‹ Travaux scientifiques de Louis-Daniel Beauperthuy [electronic resource]Chapitre 7 sur 7 · MÉTHODE CURATIVE · texte numérisé non relu

MÉTHODE CURATIVE

En ceci, la pratique, comme il arrive souvent, a devancé la théorie, et on observe que l'empirisme populaire, ainsi que les procédés les plus raisonnés des hommes de l'art, ont indiqué un grand nombre de remèdes plus ou moins efficaces contre le choléra; à savoir : les émissions sanguines, les sédatifs, les astringents, les calmants, les toniques, les émollients, les vomitifs, etc. Presque tout l'arsenal de la thérapeutique a été mis en œuvre pour combattre cette épidémie. Parmi tous ces remèdes, nous regardons comme spécialement utiles ceux qui ont des propriétés antiputrides, comme l'opium, le camphre, la quinine, le café, les boissons alcooliques à doses modérées, la neige, le guaco {micania scandensy, la limonade citrique, le sel de cuisine, etc. De tous ces agents, nous préférons l'emploi du sulfate de quinine, qui a parfaitement réussi contre les accidents produits par la morsure des serpents venimeux.

Yoici le procédé interne que nous avons suivi pendant l'épidémie de choléra qui a ravagé Cumanâ dans les mois de novembre et décembre 1854.

Dans la période de l'invasion, nous avons toujours tâché d'arrêter les vomissements et les évacuations par le moyen d'un alcoolat : deux onces de racine de grenadier mises en infusion dans une bouteille de rhum. Chaque famille doit avoir une bouteille de ce médicament, qui s'emploie de la manière suivante : trois cuillerées d'alcoolat punique dans un demiverre d'eau ; prendre un petit verre de cette mixtion chaque quart d'heure jusqu'à ce que les vomissements soient arrêtés, en attendant l'arrivée du médecin, qui doit administrer sans perdre de temps les pilules dont nous donnons ici la recette :

Camphre 4 grains.

Nitrate de potasse. .. . 6 — Sulfate de quinine. ... 16 —

Le tout pulvérisé très fin. Farine quantité suffisante pour faire neuf pilules.

Administrer une pilule chaque quart d'heure, chaque demiheure, chaque heure, selon la gravité du cas; continuer ce système jusqu'à la disparition des symptômes graves. Dans les cas d'une gravité extrême, le médecin ne doit pas craindre d'employer, pour les adultes, depuis 30 jusqu'à 60 grains de quinine et même plus. On prescrira pour boisson ordinaire une infusion de camomille, feuilles d'oranger, ou une décoction de café pur.

Procédé externe : des frictions sur tout le corps avec du rhum, soit camphré, soit mêlé à une infusion de santamaria ou guaco. On pourrait aussi employer avantageusement, pour le même usage, une mixtion d'une once d'huile de térébenthine dans une bouteille de rhum, et également les embrocations huileuses sur toute la peau.

Les évacuations sont combattues par l'emploi des lavements émollients auxquels on ajoutera une cuillerée de charbon en poudre très fine appliqués de quatre en quatre heures jusqu'à la disparition du flux intestinal. Pendant la période algide, il faudra placer autour des membres et du corps du malade, des briques chaudes enveloppées dans du linge pour empêcher

leur refroidissement. Pour tout aliment on prescrira le sagou, le soulou et des bouillies de riz et de maïs de cariaco. Tant qu'il ne se présentera pas une amélioration notable, on ne donnera au malade ni bouillon, ni autres préparations de substances azotées, qui ont, pour les cholériques, l'inconvénient de subir une rapide décomposition putride dans le tube intestinal. Les substances animales administrées imprudemment aux cholériques convalescents sont une cause fréquente de rechutes quand la fermentation putride n'a pas été tout à fait neutralisée ou expulsée du tube intestinal, lequel exige un soin tout particulier durant la convalescence. Des sinapismes appliques sur les jambes, les bras, l'épigastre et sur tous les endroits où il se présente des douleurs, seraient très utiles. Quand les vomissements, les évacuations et les crampes se sont apaisés au moyen de la méthode curative prescrite, il serait convenable d'administrer quelques purgatifs légers comme le sedlitz, ou la mixture saline qui suit :

Sulfate de soude 2 gros.

Sulfate de magnésie 3 —

Eau , , 15 onces.

à prendre un demi-verre à chaque heure; ou n'importe quel autre minoratif pour débarrasser le tube intestinal des matières putrides et sujettes à fermenter qu'il contient. Ne pas oublier que l'action des astringents et de la quinine ne neutralise que temporairement le virus délétère des fluides altérés, dont la permanence dans les intestins est un grave danger.

Tous les cas de choléra ne sont pas guérissables, de même que toutes les morsures de serpents ne le sont pas. Le nombre des piqûres, le degré d'activité du virus cholérique, l'importance relative des parties attaquées, doivent produire et produisent en effet une grande divergence dans le caractère des symptômes et leur gravité. Presque tous les cas de choléra foudroyant qui se sont présentés à Cumanâ ont frappé des individus qui avaient passé une partie de la nuit à travailler à l'air libre ou dans des galeries ouvertes.

Il peut arriver que de nouvelles piqûres faite sur un malade déjà en voie de guérison occasionnent une répétition de symptômes aggravants et que cette rechute se produise pendant la nuit, c'est-à-dire aux moments d'action de la cause qui produit le mal. Durant l'épidémie qui envahit Cumanâ, peu d'enfants à la mamelle furent attaqués du choléra, ce qui doit s'attribuer à l'usage suivi généralement par les mères de famille et les nourrices d'abriter les enfants sous une moustiquaire afin de les préserver des piqûres des maringouins et des autres insectes. Les enfants plus âgés, qui vont au lit de bonne heure, ont peu souffert du choléra; il en a été de même pour les personnes qui fréquentent les établissements publics où il y a le soir une vive clarté.

MÉTHODE PRÉSERVATIVE

Le choléra, ne provenant pas d'émanations transmissibles d'un corps malade à un corps sain, n'est pas une maladie contagieuse; mais, comme l'insecte cholérique suit l'homme dans ses migrations, tant par terre que par eau, il en résulte que l'établissement de quarantaines, pour empêcher l'introduction du mal, est une mesure efficace et qui doit être conservée. On aura soin de prescrire des fumigations de goudron, de brai ou d'autres substances résineuses, dans l'intérieur des vaisseaux qui sortent d'un port infecté. Quant aux cordons sanitaires, il est bien évident qu'ils ne peuvent pas préserver de l'épidémie à courtes distances des lieux où elle règne et lorsque les populations sont rapprochées les unes des autres. Le cordon sanitaire établi par M. le gouverneur Hères pour préserver la ville de Barcelona de l'épidémie cholérique de 1854, qui faisait ravage dans la vallée deSàntafé, empêcha, il est vrai, la propagation de la maladie dans la province qu'il gouvernait; mais ce résultat n'aurait pas été obtenu si la population qui existe entre Barcelona et Santafé n'était pas aussi rare qu'elle l'est. Par cette même raison, le cordon établi entre Cumanci et Cumanacoa protégea cette dernière

ville, de mômo que celle d'Yrapa qui fut tout à fait préservée de la contagion grâce à la rigidité de ses cordons sanitaires, tandis que les côtes du golfe Triste étaient ravagées au vent et sous le vent de cette ville par le choléra qui décimait les populations de Gûiria et Soro à l'est, et celle de Yaguaraparo à l'ouest.

L'insecte du choléra peut fort bien passer, la distance étant courte, par dessus un cordon sanitaire sans le toucher, et atteindre les villes qu'on tâchait de préserver par ce moyen.

Cet insecte une fois domicilié dans un endroit, la réapparition du mal est très possible. La vitalité dont ce dangereux hôte est doué explique sa reproduction et sa naturalisation dans les pays où il va. L'invention des bateaux à vapeur, en facilitant les communications entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique, a généralisé le choléra à tel point qu'il est impossible de prévoir aujourd'hui jusqu'où il étendra ses ravages. C'est un insecte qui menace de détruire le genre humain.

Je n'entreprendrai pas d'énumérer les divers moyens propiiylactiques qu'ont indiqués les auteurs pour se préserver des attaques du choléra; je me bornerai à quelques indications très concises. Dans les lieux où les eaux sont supposées malsaines, on doit faire bouillir ce liquide avant de s'en servir comme boisson; il faut ne prendre que des aliments récemment préparés, afin d'éviter tout principe de fermentation, se rappelant le précepte de Pline : fac torrere quoniam tostum cibo salubrius. Il serait aussi utile d'employer, le soir, des fumigations de substances aromatiques dans les maisons et dans les cours; après ces fumigations, il faudra bien fermer les habitations, et que la famille se retire de bonne heure.

De tous les préservatifs, le plus important est l'usage des moustiquaires hermétiquement fermées autour des lits. On s'abstiendra, pendant l'épidémie, de sortir la nuit, à moins d'être bien abrité par des vêtements épais. Les embrocations huileuses sur tout le corps sont aussi utiles ; il a été observé à l'île de la Trinidad que les Coolies (Indiens Orientaux) ont été généralement préservés du choléra dans l'épidémie de 1854; on sait que les individus de cette race ont l'habitude de se

frotter le corps avec de l'huile de coco presque tous les jours. L'existence d'animaux domestiques dans les cours et de gros bétail sur les places publiques et les grandes rues, serait très utile, en ce que ces animaux recevraient les piqûres d'un grand nombre d'insectes cholériques, préservant ainsi les personnes qui auraient été l'objet de leurs attaques. On doit aussi allumer des brasiers dans les rues pendant la nuit. L'histoire raconte que pendant la grande peste d'Athènes, Acron guérit un grand nombre de malades en allumant des feux autour de leurs lits. A cause de la disposition des maisons modernes, il est évident qu'on ne pourrait pas employer un pareil système, à moins qu'on ne laisse les portes et les fenêtres ouvertes pour empêcher l'asphyxie.

Je présenterai comme conclusion quelques réflexions sur l'antagonisme de deux remèdes importants : l'opium et la quinine. Ces réflexions dérivent du sujet même que nous traitons. C'est un fait très remarquable que le fébrifuge par excellence, l'écorce du Pérou, a été longtemps sacrifié à l'opium dans le traitement des fièvres. L'usage de la quinine a été même défendu par un arrêt du Parlement sous le règne de Louis XIV. Après deux siècles, ces deux protaganistes se présentent de nouveau sur l'arène pour combattre le choléra morbus. Eh bien ! le résultat de cette nouvelle épreuve n'est point douteux pour moi : le remède américain triomphera du narcotique asiatique.

Nous terminons cette publication par l'insertion de deux lettres dont l'une de M. Emmanuel F. Urosa et l'autre de M. François J. Gomez, concernant les sépultures des cholériques de Cariaco.

Voici ces lettres :

« Gumanâ, le 30 octobre iSoS.

» Monsieur François J. Gomez.

» Mon cher Monsieur et ami,

» Lo D'' Daniel Beauperthuy a été informé par une personne d'ici que vous aviez fait une découverte de grande importance

pour lui oi pour le genre humain on général. C'est au sujet du choléra. L'information est celle-ci : qu'en visitant les endroits où furent ensevelies les victimes du choléra, vous avez observé que quelques-unes des fosses présentaient un trou qui correspondait au ventre du cadavre; mais comme ceci n'a été qu'une simple indication, il m'a engagé à m'adresser à vous afin d'obtenir des informations exactes concernant les points suivants : 1° S'il est vrai que plusieurs fosses présentaient un trou correspondant à la cavité abdominale; 2" si ces trous présentaient une agglomération de terre lâche à leur alentour comme il arrive après des excavations de bachacos; 3° s'il est possible d'introduire une petite baguette ou roseau jusqu'à heurter contre les os du cadavre; 4° combien de jours après la disparition du choléra, ou si possible après l'enterrement du cadavre, on remarqua ces trous sur les fosses ; 5" si toutes les fosses ou quelques-unes seulement présentaient ces trous; 6" si les cadavres étaient enterrés à une grande profondeur ; 7° si la terre où on avait fait ces fosses était glaise ou sablonneuse; et 8" quels pouvaient être le diamètre et la configuration des trous dans leur partie superficielle.

» Vos informations sur ce sujet, ainsi que les observations faites par le D"" Beauperthuy, seront d'une grande importance : j'espère donc que vous voudrez bien accéder à la demande que je vous fais au nom du docteur, le plus exactement possible et sans délai, car il n'attend que vos informations pour faire une publication très importante. C'est un service éminent que vous rendrez à la science et au genre humain qui conservera éternellement votre nom.

» Votre dévoué serviteur et ami,

» Emmanuel F. Urosa. »

(t Cariaco, le 20 novembre 1855.

» Monsieur Emmanuel F. Urosa.

» Mon cher Monsieur et ami, > En réponse à votre lettre du 30 octobre dernier, je vais vous donner les informations que désire le D"- Beauperthuy et qui

embrassent huit questions. Pour la première : il a été remarqué que la plupart des fosses des cholériques présentaient des fentes ou trous qui correspondaient à la cavité abdominale. Pour la deuxième : il n'y avait autour des trous aucune terre lâche ni amoncelée. Pour la troisième : on pouvait réellement introduire et on introduisait en effet une baguette mince dans plusieurs trous, laquelle allait heurter contre les os du cadavre. Pour la quatrième : c'est dans les huit premiers jours après l'enterrement des cadavres de cholériques qu'on remarquait ces trous dont la découverte fut due à une petite fumée qui en sortait. Pour la cinquième : il y avait de ces trous sur toutes les fosses des cholériques. Pour la sixième : les cadavres étaient enterrés à une profondeur d'environ six quarts de vare. Pour la septième : le terrain où furent enterrés les cholériques était une terre composée d'argile et de sable. Pour la huitième : le diamètre de la superficie des trous était à peu près celui d'un franc et leur configuration variait : c'est-àdire les uns entièrement ronds, les autres presque carrés ou triangulaires.

» Votre dévoué serviteur et ami,

» François J. Gomez. »

Presque tous les cadavres des cholériques morts à Cariaco furent enterrés sans cercueil. Il résulte des observations faites par M. F. J. Gomez, qu'il existait des fentes ou trous d'environ un pouce de diamètre sur toutes les fosses des cholériques morts à Cariaco, et que ces ouvertures communiquaient par une voie directe, verticale, à la cavité abdominale des cadavres. On ne peut attribuer à la simple force d'expansion des gaz exhalés par la putréfaction ces conduits à direction verticale de manière à permettre l'introduction d'une baguétte jusqu'à toucher les os du cadavre. Les gaz expansifs produits par la putréfaction peuvent bien fendre la terre récemment remuée et l'élever d'une manière irrégulière pour se frayer un chemin vers l'air libre; mais la force d'expansion de ces gaz ne peut, en aucun cas, produire des voies régulières et verticales.

Il faut absolument admettre que ces ouvertures sont l'œuvre d'animaux fouisseurs comme quelques crustacés ou insectes. Il n'est pas non plus supposable que ce travail ait été fait de l'extérieur à l'intérieur; car, dans ce cas, on aurait trouvé, autour de l'ouverture extérieure, l'amas de terre enlevée pour former ces cavités souterraines; il est absolument nécessaire d'admettre que le travail a été fait de l'intérieur à l'extérieur, et que la terre soulevée par les insectes fouisseurs s'est accumulée dans les cavités abdominale et pelvienne des cadavres corrompus. On sait avec quelle rapidité se décomposent les corps des individus qui ont succombé à une infection générale des humeurs et spécialement du sang.

Les faits observés par M. Gomez sont très importants. Ils peuvent contribuer à nous éclairer ou à nous instruire sur la manière de se propager de l'insecte qui produit le choléra.

Il est d'un grand intérêt pour la science et pour l'humanité que ces observations soient faites dans d'autres localités.

Nota. — Cet article a été envoyé à l'Académie des Sciences de Paris et publié dans la Gazette officielle de Cumanâ du 1°^ décembre 1855, n^ 79.

Éléphantiasis,

Ne reconnaître dans l'éléphantiasis qu'une simple affection cutanée serait n'avoir qu'une vue très incomplète de cette affection.

Les diathèses, ces maladies de l'économie tout entière, doivent être étudiées dans leurs causes.

Les nerfs qui pénètrent jusqu'à la peau établissent entre elle et l'encéphale la communication du toucher et de l'impression.

Dans l'anesthésie cutanée chez les éléphantiques, l'organe encéphalique a conservé son intégrité. La volonté ordonne des mouvements qui ne peuvent s'exécuter en raison de l'état de torpeur dans lequel se trouvent les filets nerveux qui se distribuent dans la trame du système musculaire.

La lésion du système capillaire chez les éléphantiques n'est pas irréparable.

Les gouvernements ne tiennent compte, pour les récompenses, ni des travaux, ni des peines, ni des fatigues.

Ma découverte n'est pas due au hasard. C'est par le travail, l'étude et l'observation que je suis arrivé à la faire. Elle m'a coûté un grand nombre d'années d'études, de travail et de déplaisirs.

Lorsque je m'occupais de l'étude de l'éléphantiasis, et des moyens de la combattre, je reconnus que la médecine était impuissante devant cette maladie, dont elle ne pouvait pas même enrayer les progrès ; que l'économie sociale repoussait les éléphantiques et les séquestrait comme des pestiférés ; que les affections de famille se taisaient fréquemment en présence du mal réputé irrémédiable et dont le caractère repoussant et contagieux était bien de nature à attiédir le dévouement.

La spécificité simplifie la médecine sans l'immobiliser.

Les diathèses syphilitique et herpétique préparent la destruction nécrobiotique et infectante du tissu plasmatique des

organes. Il faut ouvrir une issue à l'expulsion de ces produits excrémentitiels ; il faut en débarrasser l'organisme pour arriver à l'assainir.

Les ganglions indurés et infiltrés de matière plasmatique diminuent et disparaissent rapidement après l'application du caustique noii' sur la peau qui les recouvre. Cette méthode épidermiqne doit être étudiée dans son application et dans ses efiets.

Dans l'éléphantiasis, des exsudats albumineux envahissent progressivement les tissus tégumentaires. Les exsudats tibrineux ont une tendance à se laisser résorber.

Souvent les poils sont plus longs, plus gros, plus abondants dans le voisinage d'une suppuration à marche lente, d'une maladie des os, et lorsque la peau est infiltrée de dépôts albumineux.

La liqueur de Van Swieten jouit d'une action dissolvante sur les infiltrations albumineuses et facilite leur élimination par la voie des membranes muqueuses; mais il n'existe pas de traitement interne qui puisse fondre ou qui élimine les dépôts albumineux cutanés; il faut pour obtenir leur élimination avoir recours à la cautérisation épidermique.

L'éléphantiasis des Grecs, que des traditions quarante fois séculaires ont réputée incurable, est, contrairement à l'opinion universellement admise, une maladie guérissable, surtout à son début, lorsque les tubercules et taches tuberculeuses sont peu développés et peu étendus; alors la maladie peut être vaincue en quelques mois et même en quelques jours. La guérison exige plus de temps lorsque la maladie est ancienne et que les diathèses syphilitique et herpétique qui préparent le développement de la tuberculisation sont très avancées. Ces diathèses se manifestent par des infiltrations de produits albumineux dans le tissu de l'enveloppe tégumentaire. Ces infiltrations sont prononcées dans les membres dans le sens de l'extension et moins dans celui de la flexion. Chez l'homme la peau est naturellement plus fine dans cette dernière région que dans la première. Aussi l'engorgement des tissus par des fluides demi-consistants est-il plus difficile à dissiper dans les

régions où la peau est épaisse naturellement que dans celles où elle est fine.

Ces engorgements chez les enfants et chez les femmes cèdent plus facilement que chez les hommes. Les blancs et les coolies sont plus faciles à guérir que les nègres et les métis.

Les tubercules et taches tuberculeuses disparaissent dussez rapidement sous l'application bien dirigée de ma méthode de traitement. Les infiltrations albumineuses occasionnées par les diathèses herpétique et syphilitique exigent un terme plus long pour obtenir leur complète disparition. La maladie peut se reproduire, quand les diathèses qui en préparent l'inoculation ne sont pas entièrement éteintes. Les causes occasionnelles du mal existent dans les pays chauds et même dans quelques contrées des zones tempérées. Lorsque les diathèses n'existent pas^ la lèpre ne peut être contractée. Ces données prémisses établies comme des vérités qui ne laissent aucun doute, que doit faire l'autorité pour obtenir la guérison générale de la lèpre et plus tard son extinction? Soumettre les cas déjà avancés à l'expérimentation du traitement, c'est imposer aux médecins des cas difficiles qui exigent toujours des soins très longs et dispendieux, c'est courir la chance de lasser la patience des malades et des médecins, c'est n'arriver à un résultat certain qu'à la suite d'une longue épreuve. Il serait plus convenable, à mon avis, de ne soumettre au traitement que des cas relativement assez récents, afin d'obtenir des guérisons promptes et pouvoir renouveler le personnel des malades plusieurs fois dans le cours d'une année. Alors, on aurait des cas nombreux de guérison et on pourrait arriver rapidement à perfectionner une méthode qui n'a pas dit son dernier mot.

La lèpre est une affection symptomatique de deux maladies : la dartre et la syphilis; la partie idiopatique de cette affection, celle qui la caractérise d'une nmnière plus spéciale, et sans laquelle les autres ne pourraient la développer, est produite par l'inoculation d'un venin producteur de l'élément tuberculeux, soit qu'il provienne de l'élément paludéen, piqûres des tipulaires et principaleinent du puyon dont le venin est plus abondant

et plus pernicieux, soit qu'il procède de toute autre inoculation de fluides présentant les mêmes propriétés. Les diathèses herpétique et syphilitique, constitutionnelles ou acquises, en forment les éléments prédisposants. Le venin tuberculigène en constitue la cause déterminante. Ce n'est donc pas une affection à élément simple, que la thérapeutique est appelée à combattre; c'est un mal de nature compliquée et dans lequel entrent, pour le moins, deux éléments ou souvent trois; les virus syphilitique et dartreux, constitutionnels ou acquis, et le troisième constamment de cause externe, virus tuberculeux introduit par voie d'inoculation dans la peau. Les variétés de formes que présente le mal dépendent de la prédominance des divers éléments respectifs qui concourent à son développement.

L'éléphantiasis est une maladie mixte qui nécessite un concours de circonstances qui en feront toujours un mal exceptionnel et jamais général.

Deux causes, la syphilis et l'herpès, soit acquises, soit originelles, y prédisposent. Ces causes peuvent exister longtemps dans l'économie, sans révéler leur présence par des manifestations apparentes. Les Européens qui présentent ces diathèses dans les contrées où les causes déterminantes de l'éléphantiasis n'existent plus aujourd'hui ou sont très atténuées, ne sauraient être atteints de cette maladie : mais ils peuvent la contracter dans le cas où, transportés dans les localités où ces causes prédisposantes existent au degré voulu pour le développement du mal, ils s'exposeraient à leur action, sans que pour cela il soit nullement indispensable que leurs ascendants aient été lépreux. Les diathèses, vices de constitution syphilitiques et herpétiques, forment dans cette maladie l'élément héréditaire et préparent dans le système tégumentaire les dépôts excrémentitiels albumineux qui lavorisent le développement des tubercules et taches tuberculeuses. L'affection tuberculeuse, qui est loin de constituer la maladie tout entière, reconnaît presque toujours pour origine des causes externes (causes déterminantes, auxiliaires ou concourantes, pour me servir d'un langage consacré dans la science).

Les enfants des éléphantiques n'héritent pas de l'affection • tuberculeuse; mais eux et leurs descendants peùvent hériter des diathèses et vices de constitution qui favorisent le développement de la tuberculisation.

L'éléphantiasis débute par de petites élevures qui constituent la lésion élémentaire de ce mal. L'épiderme se régénère sans cicatrice.

Dans rélépliantiasis, il faut qu'il existe une cause prédisposante pour que cette affection puisse se développer.

Hébra censure l'usage de l'acide carbonique dans" la lèpre. Les applications de ce remède rendent la maladie plus fétide.

Les taches lustrées et prédominantes des éléphantiques présentent un grand nombre de follicules hypertrophiés, qui donnent à ces parties du tégument l'aspect de la peau du porc recouverte de ses soies.

Dans les cicatrices, le derme et l'épiderme sont, de tous les éléments de la peau, ceux qui sont le plus vite reproduits. Le pigment ne se dépose que bien plus tard, et les follicules sébacés et pileux ne se reproduisent presque jamais; follicules cutanés dilatés.

Les taches font ressembler la peau à de la couenne. Les papilles de la peau sont élargies.

Les taches luisantes, huileuses, souvent insensibles, un peu proéminentes, prennent sous l'action du nitrate d'argent une couleur noire plus foncée que la peau saine tachée par le même caustique. La matière pigmentaire y est conséquemment plus abondante, soit qu'elle s'y développe en plus grande quantité ou qu'elle s'y accumule par défaut d'exhalation cutanée. La coloration noire s'observe également dans les cas de tubercules éphémères produits par le venin des tipulaires, de la punaise, par l'urticaire, etc. Aspect mamelonné de la peau. Cette affection se développe d'une manière lente et graduée. Les orifices des follicules de la peau sont très développés; tumeurs arrondies dont le volume inégal varie entre celui d'une tête d'épingle et celui d'un pois; sans apparence de vaisseaux lymphatiques ni sanguins, ni de filaments nerveux.

Il existe une disposition organique pour contracter les

maladies contagieuses. On naît plus ou moins disposé à l'éléphantiasis ; mais le germe de cette maladie procède de l'inoculation extérieure, sans laquelle l'affection ne saurait se développer.

Les préparations arsenicales n'ont pas été employées par moi dans cette maladie, ni intérieurement, ni par application extérieure ; j'ai préféré faire usage de remèdes également connus dans la science, mais dont l'action peut être continuée pendant longtemps et me paraît moins dangereuse; cependant je considère que l'emploi de ce toxique peut offrir des avantages, surtout pour son action modificatrice bien connue sur les papilles : cet agent faisant partie de plusieurs pommades épilatoires.

Dans l'éléphantiasis, l'altération principale et primitive réside dans les téguments extérieurs; la voix devient rauque fréquemment dans le début de la maladie.

Outre les insectes tipulaires susceptibles d'inoculer dans les téguments les germes producteurs de cette maladie, il existe dans les eaux tranquilles comme celles des étangs, des marais, et des rivières dans leurs détours ou à leurs embouchures, d'autres insectes qui, dans ces localités et sur les rives ombragées, occasionnent par la pipûre de leurs pattes des tubercules semblables à ceux de la piqûre des punaises et à ceux de l'urtication. Ces affections peuvent, dans des circonstances déjà signalées, déterminer les premiers symptômes de l'éléphantiasis. Toujours est-il que l'affection, dès le début et dans les premières périodes de son développement, est une affection presque exclusivement externe, en comprenant dans cette désignation l'origine des membranes muqueuses nasale, buccale et trachéale. Elle peut avec le temps pénétrer dans l'intérieur des viscères, particulièrement en suivant les cavités aériennes et alimentaires, et y occasionner de très graves complications. Cela n'est pas douteux et cela a lieu en efl'et.

Les vaisseaux aériens qui existent dans l'organisation des oiseaux doivent considérablement favoriser le développement des acariens. Cependant je n'ai observé jusqu'à présent cette

diathèse que dans l'intériear des vaisseaux lymphatiques de quelques échassiers, et pour dire la vérité, je n'ai jamais remarqué que l'alcatraz et le kamichi, deux espèces d'oiseaux dont les tissus tégumentaires sont tellement distendus par les cellules aériennes, que leur peau est en quelque sorte emphysémateuse, soient attaqués de cette affection parasitaire. Le milieu dans lequel vit l'alcatraz, l'eau salée de la mer, peut être un préservatif de cette affection, et le genre d'alimentation du kamichi, ce ruminant du règne ornithologique qui ne vit que de matières végétales , peut également le préserver de ce parasitisme.

Les Européens qui ont contracté cette maladie pendant leur séjour dans les pégions équatoriales et tropicales portaient en eux les prédispositions à cette grave affection; mais sans l'action des causes déterminantes, il est évident qu'ils n'auraient pas contracté l'éléphantiasis.

Les individus d'un tempérament lymphatique sont plus fréquemment atteints de ce mal dont le développement est également plus prompt chez les mêmes individus, tandis que le mal est plus lent à se développer chez les individus de tempérament sanguin et bilieux. La nature même des causes du mal explique d'une manière satisfaisante cette différence.

Les soins de grande propreté doivent être recommandés. Les malades doivent changer fréquemment de linge, surtout pendant la période d'ulcération. Les matelas de leur lit doivent être changés dans les climats froids, et les lits de sangle ou hamacs lavés à l'eau bouillante dans les climats chauds.

La teinte bronzée de la peau n'est pas due à une matière pigmentaire déposée à la surface du corps papillaire. La peau est perforée par une foule de petits pertuis qui occupent l'épaisseur du derme et aboutissent à l'épiderme, par des conduits excréteurs. Infection générale. J'emploie la liqueur de Van Swieten dans le but de modifier la constitution chez les individus affaiblis par des maladies antérieures et doués d'une constitution altérée par des affections acquises ou héréditaires.

Similia similihus curantur. L'infiammation thérapeutique détruit l'irritation étiologique.

Selon Brown et Broussais, il n'existe qu'une cause morbifique : l'application des excitants au corps de l'hommé. Les excitants sont les causes, Texcitation l'effet. La différence d'intensité de la cause, la différence du mode de réaction de l'économie, sont la source des innombrables différences des formes maladives. Il y a différence dans le mode d'action des caustiques végétaux et minéraux, différence qui tient à la façon dont ils se combinent avec les parties. La spécialité de la cause est ici facile à déterminer.

L'avantage de la dissolution de nitrate d'argent est, dans un nombre fréquents de cas, de détruire la cause du mal et de produire la cicatrisation de la plaie plus promptement que cette cause ne peut se reproduire ; et si cette cause se reproduit avant la cicatrisation, la cautérisation avec le nitrate peut être renouvelée aussi fréquemment qu'elle devient nécessaire, sans atteindre profondément les tissus et sans les désorganiser dans une grande épaisseur, ce qui occasionnerait une cicatrisation lente et à reproduction des germes du mal et conséquemment du mal lui-même.

On applique le nitrate en solution au moyen d'un pinceau sur les taches tuberculeuses.

Les éléphantiques éprouvent une aggravation dans leur état morbide pendant la saison du refroidissement de l'atmosphère. L'action de l'abaissement de la température sur l'économie animale produit la diminution de la transpiration cutanée et l'augmentation de la sécrétion urinaire. Il en est de même dans l'ordre pathologique. Le refroidissement occasionne un mouvement des humeurs de la périphérie vers le centre. C'est dans ce sens seulement que devait être entendue la proposition d'Arétée, qui considère le froid subit comme la cause de l'éléphantiasis.

L'éléphantiasis arrête le développement des organes génitaux lorsqu'elle se déclare avant la puberté, et lorsque l'invasion de la maladie a lieu après cette époque, ces organes s'atrophient. Une phlegmasie thérapeutique. Cette réaction thérapeutique est éphémère et n'exige l'emploi d'aucun moyen énergique. Elle se réduit à la simple réaction d'une brûlure superficielle.

Il ressort des observations microscopiques que les agents de reproduction de ce mal procèdent de l'extérieur; qu'ils n'attaquent dans le principe que les follicules sébacés; que plus tard ils pénètrent, mais lentement, dans la couche dermoïde et dans le tissu cellulaire sous-jacent; qu'ils occasionnent la tuberculisation d'abord à l'extérieur, puis, de proche en proche, comme l'invasion d'agents organisés, sur les muqueuses nasale, buccale et trachéale; que les ganglions lymphatiques de la région crurale ou cervicale et par conséquent des vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent ne s'engorgent que lorsque le mal a fait de grands progrès ; que l'engorgement des ganglions et vaisseaux lymphatiques cède en partie ou en totalité à l'emploi des mercuriaux, des boissons aromatiques et sudoriflques, et n'est conséquemment qu'une complication, je ne dirai pas insignifiante, mais secondaire du mal principal.

Je n'engagerai pas les professeurs qui daigneront s'occuper de la médication que fai appliquée contre l'éléphantiasis, à entreprendre leurs premiers essais sur des individus qui ont atteint les degrés les plus avancés du mal. Ce serait leur imposer une tâche, non pas impossible, mais très laborieuse; c'est après qu'ils auront guéri des cas moins avancés de cette maladie qu'ils pourront se proposer, en persévérant dans cette noble lutte, d'obtenir des triomphes plus éclatants. . La maladie est contagieuse, mais seulement à la période d'ulcération, produite soit par le progrès du mal, soit par l'action cautérisante des remèdes. Les malades, en effet, dans ces deux circonstances, sont tourmentés généralement par un fourmillement, soit dans la partie lésée, soit sur toute la superficie de la peau, qui leur occasionne une démangeaison très incommode qu'ils comparent à l'a-ction des piojillos; c'est là l'expression constante dont ils se servent. Le délogement de ces insectes est un fait inquiétant pour le praticien.

Les coolies et les Indiens qui n'ont point perdu la coutume traditionnelle de se frotter journellement le corps de substances graisseuses ou huileuses ne sont pas atteints du mal de l'éléphantiasis, bien qu'ils soient exposés à l'action de la cause occasionnelle qui produit ce mal. Il convient d'appeler l'atten-

tion sur les effets généraux et locaux do I hygiène instinctive des peuples primitifs, et de lui donner une certaine importance. C'est la môme question pour le tabac à fumer et la pipe.

Lorsque les causes d'un grand nombre d'affections des voies aériennes et pulmonaires seront davantage connues, la thérapeutique s'enrichira de l'emploi de beaucoup de substances aromatiques employées à l'état de vapeur dans les conduits aériens qui constituent la voie la plus directe pour combattre les causes de ces aff'ections.

Chez la race blanche, bien que l'affection se développe au visage avec un masque plus hideux, elle est cependant plus facile à modifier favorablement.

Chez la race noire l'affection est plus tenace et parcourt ses périodes avec plus de promptitude. Il est rare qu'elle se prolonge au delà de huit ans. Chez l'Indien et chez les races métisses de l'Indien, le mal se développe avec lenteur, se modifie rapidement et la peau se rétablit promptement à l'état sain. Peut-être cette différence est-elle due en grande partie à l'atrophie des bulbes pilaires chez la race indienne. D'où dépendent ces différences? Probablement de la contexture des téguments chez ces trois races d'hommes et du développement respectif du système lymphatique chez elles ; mais on ne peut rien déduire de concluant; et l'on est réduit à ne présenter que des explications conjecturales. Ne pas laisser l'affection reprendre son intensité. Si la sécrétion morbide, la démangeaison, la douleur sont diminuées par l'application d'un médicament irritant, le bénéfice de cette médication est dû tout entier à la destruction des germes producteurs du mal. L'application du calorique à la peau dans les maladies cutanées a pour but la destruction de ces insectes. Le traitement interne est adjuvant.

Chaque molécule organique est un microcosme qui agit sur l'état général, et dont la vitalité est rendue plus active par l'action parasitaire. On doit opposer à chaque vice morbigène les moyens thérapeutiques accrédités pour le combattre.

Chaque follicule cutané est une cellule microcosmique occupée par un ou plusieurs germes parasitaires qui y vivent

aux dépens de Torganisme général et des sécrétions locales, s'y développent et s'y multiplient. On ne peut les atteindre d'une manière partielle sans s'exposer à éterniser leur présence dans les tissus en permettant au mal de reparaître et de se reproduire sur les points mêmes où il a été combattu. Pour obtenir leur destruction complète, il faut aider l'action du caustique par une médication qui sans produire une nouvelle cautérisation , (le la peau, ait des propriétés insecticides qui s'opposent à la reproduction, et par conséquent à la continuation de leur œuvre de destruction. Ce résultat est obtenu par la préparation de l'onguent antipsorique dont on frictionne les parties malades deux fois par jour, le matin et le soir, et par les bains généraux d'eau tiède rendue légèrement savonneuse avec le savon noir à base de potasse.

On comprend combien sont importants dans le traitement de cette maladie les soins extrêmes de propreté. On doit soumettre à de fréquents lavages le linge du malade, les draps de lit, les couvertures. Les garnitures du lit doivent être changées fréquemment. Les lits en fer ou en bois, la chaise de bois des malades, doivent être passés à l'eau chaude. Les insectes qui se détachent du malade ne tardent pas à y retourner et y retournent de préférence à toute autre personne saine. L'insecte de la gale préfère le galeux ; celui de la teigne, le teigneux, etc. C'est la loi instinctive des parasites en général. C'est exceptionnellement qu'ils attaquent des organisations saines et, dans ce cas, ce sont presque toujours les mouches domestiques ou d'autres petits diptères qui leur servent de véhicule. Cela explique pourquoi les hôpitaux qui sont situés au voisinage des cours d'eau, dans des endroits humides ou des rues étroites ou malpropres, fournissent plus de cas de gangrène, de pourriture d'hôpital et autres affections de cause externe qui compliquent les blessures et les opérations chirurgicales, que ceux qui sont situés dans des conditions moins défavorables.

L'application directe de certains agents sur des troncs et filets nerveux produit des symptômes d'intoxication grave, bien que ces agents n'aient été introduits dans l'économie qu'en de très faibles proportions. C'est ce qui arrive pour le venin

du scorpion, de la guêpe, et dans les affections traumatiques occasionnant le tétanos, virus morbilleux. La cause occasionnelle détermine sur la peau un travail local. Les altérations squameuses, croûteuses, ulcéreuses, sont communes à plusieurs affections.

Cette maladie n'est pas une répercussion à la peau d'une maladie intérieure. Elle existe par elle-même.

L'éléphantiasis rentre dans le groupe des affections cutanées.

Les affections cutanées locales doivent être traitées simultanément avec les infections générales qu'elles peuvent avoir occasionnées. Sans la simultanéité de ces deux traitements, le mal ne pourra être vaincu qu'en partie au lieu de l'être d'une manière complète. Elles laissent, sur la peau des personnes de race blanche, des teintes qui disparaissent avec le temps. L'infection générale doit être prise en considération dans les règles du traitement de cette maladie.

Les taches et tubercules de la lèpre léontine siègent plus habituellement et en majeure quantité sur la surface dorsale des membres. Il résulte de cette disposition que la paralysie bien qu'incomplète de la sensibilité et de la motilité, causée par cette affection, détermine le relâchement des muscles extenseurs et assure la prédominance des fléchisseurs; aussi est-il fréquent d'observer, chez les éléphantiques, la flexion d'un ou de plusieurs doigts des mains ou des pieds, ou du pied dans sa totalité, dont l'extrémité pendant la marche s'incline en bas et en dedans. Cette paralysie est évidemment locale et ne dépend aucunement de lésions de la substance cérébrale et de la moelle épinière. Elle disparait lorsque la maladie est guérie et que les membranes reprennent l'exercice normal de leurs fonctions. Cette méthode n'est que l'application des principes scientifiques connus, mais appliqués sans suffisante persévérance, sans profonde conviction.

Certains éléphantiques marchent en fauchant. L'action du froid humide, ainsi que l'application de certaines préparations réfrigérantes sur les membres atteints de l'éléphantiasis des Arabes, détermine fréquemment une rétrocession mortelle du mal sur les poumons avec disparition de l'aftection érysipéla-

teuse. Dans toutes les affections parasitaires apparentes ou non du système dermoïde, Papplication du froid humide, des topiques réfrigérants et de l'iiumidité sur la peau, détermine des métastases sur des organes plus ou moins rapprochés, et donne naissance à des névralgies et à des douleurs rhumatismales.

L'éléphantiasis est produite par les mêmes germes qui occasionnent les affections herpétiques; seulement dans ces dernières les germes sont plus superficiels et occupent la surface cutanée dénudée de son épiderme, tandis que dans l'éléphantiasis l'épiderme reste intact sur la surface des taches, et les germes occupant les cavités des cryptes mucipares ne déterminent la formation ni de squames, ni de sécrétions croûteuses. Les produits morbides restent invisibles et forment de petits dépôts dans les cellules où ils s'élaborent. Les follicules les contiennent sans les verser au dehors. Après que la cautérisation atteint ces germes parasitaires et les a détruits, il est alors facile de vider, par expression de la peau malade entre les doigts, ces petits dépôts, et d'en faire jaillir à l'extérieur la matière sébacée mélangée avec un fluide séreux purulent. Si l'affection cutanée est ancienne et que les taches tuberculeuses soient très proéminentes, l'expression de la peau, vingt-quatre heures après la cautérisation, provoque le dégorgement d'une plus grande quantité de matière sébacée et de sérosité purulente de la cavité agrandie des cellules mucipares, et cette sécrétion , selon sa plus ou moins grande abondance, se déposera sur la peau par dessèchement sous la forme de squames et croûtes herpétiques; seulement quand ces squames et croûtes herpétiques tombent, l'épiderme de la peau qu'elles recouvraient ne présente aucune trace d'ulcération. Ce sont de véritables affections dartreuses, mais intercalées dans l'intérieur du tégument dermoïde et non sur la surface, s'il m'est permis de me servir de cette expression.

Les parasites, cause de l'éléphantiasis, sont les mômes dont j'avais déjà depuis un grand nombre d'années reconnu l'existence dans les affections herpétiques. Si je n'ai pu découvrir que très tard les parasites de l'éléphantiasis, cola tient à la

situation inèine qu'occupent ces insectes qui semblaient pouvoir se soustraire à toutes les investigations.

L'emploi de ce caustique sert comme de pierre de touche pour reconnaître ces affections masquées du système dermoïde. 11 donne lieu à des symptômes qui mettent en relief et rendent évident son état morbide. L'œuvre que j'ai entreprise surpasse de beaucoup mes facultés. La méthode que j'emploie, et que je qualifierais volontiers du nom d' « hégire », s'il m'était permis de comparer les petites choses aux grandes, est celle de l'excitement et de la dispersion. .Je sais combien de semblables recherches peuvent susciter de préventions et combien elles sont éloignées du cours des doctrines qui dominent la science, je n'ignore pas la défaveur qu'elles peuvent encourir. Il faut posséder un certain courage pour les émettre. .Je sais que j'ai aussi un devoir à remplir : ce devoir est de dire la vérité.

Ce n'est pas seulement contre les taches et les tubercules qu'il faut employer le liquide cautérisant, mais aussi sur les surfaces de la peau qui, en apparence saines, présentent des granulations ou un genre d'hypertrophie des cryptes mucipares connu sous le nom vulgaire de chair de poule : sous l'application du caustique l'épiderme se détache, une sérosité abondante s'écoule de la surface du derme, les cryptes mucipares se dégorgent de la matière sébacée et des parasites qu'elles contiennent : ici est mis à découvert un travail morbide caché et dont aucun signe ne révélait l'existence. Aucune apparence extérieure ne décèle ces affections occultes.

En offrant ce travail au premier corps savant de la France, j'ai dû m'imposer le devoir de présenter les faits tels qu'ils se passent môme dans leur apparente trivialité. J'aurais pu me limiter à faire connaître le traitement de l'éléphantiasis et me taire sur l'étiologie de cette affection : étiologie si éloignée des doctrines reçues, qu'il faut quelque courage pour l'énoncer; mais j'ai considéré qu'il ne m'était pas licite de garder le silence, que je devais la vérité, pour peu séduisante qu'elle fût, à l'auguste aréopage auquel j'ai l'honneur de m'adresser, et que je devais enfin appeler l'attention sur des faits d'observation dont j'ignore la portée, et qui semblent susceptibles

de déductions qui peuvent devenir fécondes entre des mains plus habiles. En présentant ce travail à l'Académie, j'ai la conviction d'avoir accompli un devoir.

Le développement de l'éléphantiasis est dû à un état particulier de la constitution lymphatique.

Le flux sébacé s'observe le plus souvent sur le nez, les sourcils, le cuir chevelu, points où l'excrétion de l'humeur sébacée des follicules est naturellement plus abondante.

Les orifices des follicules sont plus apparents que dans l'état naturel. Picotements. La peau paraît criblée par une foule de petits points qui ne sont autre chose que les orifices dilatés des follicules dont plusieurs contiennent encore la matière sébacée. Plusieurs personnes afi'ectées du flux sébacé éprouvent des douleurs rhumatismales.

Les individus qui présentent dans ces climats l'urticaire à l'état chronique portent en même temps des taches tuberculeuses d'éléphantiasis.

Cet aphorisme désespérant : Elephantiasïs confirmata non curatur, n'a eu malheureusement que trop de retentissement dans le monde scientifique. Les praticiens cessèrent de lutter contre une maladie réputée incurable ou ne tentèrent pour le combattre que de faibles essais entachés de l'esprit de vacillation et de découragement. Les améliorations partielles mêmes qu'ils obtinrent ne furent pas considérées de grande importance dans une affection douée du triste privilège de se reproduire et de se propager d'une manière en quelque sorte indéfinie. En faisant dépendre le mal d'une cause interne, insaisissable aux moyens d'investigation et inaccessible aux médicaments les plus actifs, on se réduisait à une intervention insuffisante contre une affection occasionnée par une cause extérieure et douée de la faculté de se reproduire non seulement de proche en proche, mais encore à distance, et de se propager des parties malades à des parties saines.

Infarctus tuberculeux. — L'application du liquide caustique provoque la manifestation des virus et permet de découvrir, en les mettant en évidence, les germes cachés dans le tissu

dermoïde. Cette application fait reconnaître si une organisation est saine ou si elle est entachée de disposition morbide. Le virus peut être assoupi, ne manifester son existence par aucun signe, exister en quelque sorte à l'état latent, se développer et faire explosion après un temps donné, en produisant des symptômes qui décèlent la nature du mal insidieux.

Le tempérament lymphatique prédispose à la ladrerie et les diathèses syphilitique et herpétique, qui peuvent être considérées comme constitutions pathologiques ou morbides, y prédisposent encore davantage. Elles produisent à la peau une prédominance de fluides blancs altérés qui occasionne l'hypertrophie lympathique de cette membrane et prépare le terrain aux inoculations tuberculeuses qui y prennent un développement considérable et persistant. La dégénérescence de la peau favorise le développement des tubercules. C'est une alliance de causes, les unes internes et constitutionnelles, les autres externes et accidentelles, qui constitue la ladrerie.

L'éléphantiasis s'observe encore dans certaines contrées de l'Europe, aux environs des marais où ses germes existent.

L'éléphantiasis produit l'altération du mouvement nutritif général, la diminution graduelle de l'embonpoint. Il est difficile ordinairement de reconnaître le point de départ de la maladie. Elle opère son apparition sans période d'invasion, sans développement de symptômes généraux ni perturbation dans les fonctions. Les malades ne s'aperçoivent de l'existence de cet hôte redoutable que quelque temps après qu'il a établi son domicile. Ce n'est dans l'origine qu'une tache sur la peau en apparence saine, qui n'inspire aucune inquiétude, ne cause aucune incommodité, n'appelle presque pas l'attention. Les dépôts albumineux occasionnent à la peau une lésion de sécrétion. Ces matériaux excrémentitiels encrassent le tissu cutané et, sans lui causer dans le principe de lésions de structure, troublent ses' fonctions.

Pour connaître les maladies il faut remonter aux actions moléculaires qui s'opèrent dans l'organisation humaine à l'état anormal.

Les tutercules et les taches tuberculeuses sont des végéta-

tions anormales produites par des germes reproducteurs. Ces végétations se forment et s'épaississent couche par couche, lentement, progressivement.

La lèpre des Grecs est ime' maladie squameuse.

Chez les vieillards l'éléphantiasis résiste davantage au traitement externe. Chez les adultes, à un moindre degré. Chez les enfants, les tubercules, les taches tuberculeuses et l'hypertrophie tuberculeuse cèdent plus facilement à l'emploi de la médication extérieure. Les jeunes filles et les femmes présentent les mêmes conditions favorables de guérison.

La transmission d'un virus éléphantiasique par voie d'hérédité des parents aux enfants est un fait inexact; cependant il peut exister dans l'organisme une disposition favorable au développement des germes du mal après leur introduction dans l'économie.

Le séjour des ladres dans les pays froids et humides leur est préjudiciable. L'influence d'un semblable climat favorise l'engorgement du système lymphatique et donne un plus grand développement aux virus herpétique, strumeux et syphilitique qui peuvent infecter les vaisseaux et ganglions de ce système. La prédominance de ce fluide vicié dans l'économie nuit aux fonctions de l'élaboration nutritive et à celles de l'absorption et de la sécrétion. Nulle part la perturbation de ces importantes fonctions ne se manifeste d'une manière plus générale et plus prononcée qu'à la périphérie du corps, aux aboutissants des vaisseaux excréteurs, dans la trame de la membrane tégumentaire. Elle s'infiltre de ces fluides et prépare un terrain fertile à tous les germes d'inoculation cutanée, à toutes les affections exanthémateuses. Ces germes ne peuvent se propager au delà de la membrane cutanée que très lentement; ils pénètrent dans les organes intérieurs par suite de l'inertie des vaisseaux absorbants. Aussi voit-on rarement les malades atteints de ce genre d'affection être impressionnés par les fièvres de causes internes, telles que les fièvres paludéennes, le typhus, la peste, etc. A l'égard de cette dernière maladie, ils jouissent d'une immunité qui mal interprétée a fait rechercher la demeure des lépreux comme lieu de refuge pendant les

épidémies de ce mal contagieux. Ce n'est pas qu'ils ne soient soumis à l'action de la cause qui produit la peste, mais le virus de la peste, agissant par voie d'inoculation cutanée, n'est pas absorbé par les vaisseaux lymphatiques et sanguins des lépreux et ne peut occasionner chez eux aucun des désordres d'infection générale qui rendent cette affection si redoutable. L'inoculation de ce virus pestilentiel sur la peau des lépreux se réduit à une simple piqûre sans gravité, du moment qu'il ne peut franchir cette barrière pour transmettre et propager ses propriétés dalns le reste de l'économie. On porte en naissant une organisation qui prédispose à la phtisie et à l'éléphantiasis sans avoir les germes déterminants de ces maladies.

Chez les individus atteints de ladrerie tuberculeuse, prédomine comme cause prédisposante la diathèse impétigineuse. Chez les malades atteints de ladrerie de forme anesthésique prédomine la diathèse syphililique. La forme tuberculeuse est plus fréquente dans les pays chauds; la forme anesthésique plus commune dans les zones tempérées et froides.

La cautérisation avec le caustique noir détermine sur les tubercules et plaques tuberculeuses des phlyctènes contenant un liquide blanchâtre, d'une consistance gommeuse. Ce liquide traité par quelques gouttes d'acide nitrique se concrète en une masse blanche solide qui décèle sa nature albumineuse.

La coagulation albumineuse de ce tissu cutané s'opère avec une activité d'autant plus prompte et est d'autant plus complète que la sécrétion acide de la peau est plus prononcée. Aussi voyons-nous l'affection tuberculeuse présenter plus de gravité et résister davantage aux moyens curatifs chez les éléphantiques de race nègre, dont la transpiration est fortement acide et odorante, que chez les individus des autres races. Pour la même raison, l'affection tuberculeuse, toutes choses égales d'ailleurs, résiste moins chez les enfants et les femmes que chez les hommes et les adultes. Le sulfate de quinine qui donne à l'albumine plus de fluidité détermine par son application interne suivie pendant quelque temps chez les éléphantiques une diaphorèse abondante qui produit le ramollissement des tubercules et des taches tuberculeuses.

La cautérisation avec Ja dissolution de' nitrate d'argent et de l'huile de noix d'acajou détache l'épiderme qui conserve constamment la propriété de se régénérer. L'épiderme détaché se remplit d'un liquide d'une couleur louche blanchâtre, qui se concrète sous l'action de quelques gouttes d'acide nitrique. Ce fluide albumineux s'écoule pendant quarante-huit heures de la surface cutanée dénudée; plus tard, ce fluide moins abondant se concrète au contact de l'air et forme des croûtes d'une épaisseur qui varie avec l'état pathologique de la peau. Pendant la formation des croûtes, les malades ressentent dans les parties où elles siègent de très vives démangeaisons dont ils se procurent le soulagement en se grattant. 11 convient de diminuer ces démangeaisons en les combattant par des embrocations huileuses. L'action de se gratter peut déterminer au lieu d'exsudation une suppuration plus ou moins profonde et par suite des cicatrices plus ou moins marquées. C'est surtout le visage qui doit être préservé de toute déformation.

Les croûtes de l'éléphantiasis et celles produites par la suppuration des régions diathésiques cautérisées sont épaisses, anfractueuses, hérissées de saillies membraneuses et creusées d'enfoncements nombreux, mais moins marquées au centre de la plaque qu'à la circonférence.

La lèpre n'attaque pas les Arabes qui vivent sous des tentes. Elle est commune chez les Kabyles qui vivent dans une atmosphère sombre, humide et infecte. La lèpre a disparu de l'Europe avec les améliorations hygiéniques opérées dans les populations ; elle a persisté vers les pôles chez les Lapons, les Norvégiens, les Islandais qui passent leur vie dans des grottes et des cavités souterraines.

L'éléphantiasis qui certainement est une des afléctions les plus compliquées ne reconnaît, à ma manière de voir, que trois éléments étiologiques bien distincts : l'élément vénérien, l'élément dartrique et l'élément des germes reproducteurs. Ce sont du moins les phases qui se présentent successivement pendant le traitement du mal.

Deux diathèses, la syphilitique et la dartreuse, prédisposent au développement de l'éléphantiasis. La partie idiopathique

de cette affection, la plus locale, qui lui appartient plus particulièrement, et sans laquelle les infections diathésiques indiquées ne sauraient produire le mal, consiste dans l'élément tuberculeux. Celui-ci est constamment d'origine externe, soit qu'il provienne du voisinage des localités marécageuses, soit des piqûres des tipulaires, soit qu'il dépende de toute autre inoculation causée par la piqûre des tiques (ixodes), punaises {cimex lectularius), chiques (puleœ penetrans), araignées aquatiques, acariens, ou d'autres causes qui restent encore à connaître, car ces recherches laissent encore des problèmes à résoudre. Le venin tuberculigène est la cause déterminante de l'éléphântiasis ; il lui imprime son cachet pathognomonique et constitue son entité. Ce n'est donc pas une affection de nature simple que la thérapeutique est appelée à combattre, c'est un mal mixte et dans lequel entrent, pour le moins, trois éléments, deux constitutionnels procédant des virus syphilitique et herpétique, et le troisième de cause externe provenant de l'inoculation du venin producteur du tuberculum.

Les variétés de formes que présente le mal dépendent de la plus ou moins grande prédominance des divers éléments respectifs qui concourent à sa production.

Les différentes formes de la lèpre sont : la forme tuberculeuse et la forme anesthésique.

La forme dite anesthésique reconnaît pour base la prédominance de l'élément diathésique vénérien, tandis que la forme tuberculeuse répond plus particulièrement à la prédominance de l'élément diathésique herpétique. Les types resteront et l'art médical tiendra moins compte des variétés de détail qui constituent des matériaux encombrants, trop nombreux pour pouvoir être mis en œuvre, pour élever un édifice régulier et symétrique, sans reproche dans toutes ses proportions.

L'éléphântiasis peut être considérée comme le dernier terme de la dégradation pathologique cutanée. La sensibilité générale est parfois tellement altérée chez les idiots qu'ils supportent de grandes brûlures sans ressentir de souffrance.

Comme la lèpre se complique fréquemment de plusieurs autres maladies cutanées, il n'est pas étrange de rencontrer

chez les auteurs la description d'un grand nombre de variétés de cette maladie basées sur ces complications.

L'éléphantiasis des Grecs ou lèpre est-elle contagieuse ?

On agite depuis un temps immémorial cette grave question.

Les lois de Moïse tendaient à préserver le peuple hébreu des atteintes de la ladrerie (Savaat), en prescrivant la séquestration des individus atteints de cette maladie. A son époque la lèpre était considérée comme un mal contagieux et transmissible par le contact des lépreux, par celui de leurs vêtements et des objets de leur usage habituel. Cette opinion régnait chez les peuples les plus anciens et séparés entre eux par de grandes distances.

Moïse considérait qu'un des modes de transmission de cette maladie pouvait avoir lieu par la souillure de l'haleine.

Oui, la contagion de la lèpre est un fait possible. Il existe un organisme vivant qui peut être un agent de propagation de cette maladie et constitue un danger qui ne peut pas être imaginaire. 11 se présente dans la période d'ulcération, pendant la dernière évolution de l'éléphantiasis. Par des raisons que je me réserve d'émettre plus tard, ce contagium ou agent possible de contagion se trouve restreint dans des limites beaucoup plus circonscrites que ne le sont celles du contagium de la gale.

Cette question de la contagion de l'éléphantiasis est encore pour moi un sujet d'étude qui est loin d'avoir dit son dernier mot. Cette question perdra une grande partie de son importance aujourd'hui que la curabilité de la lèpre est un fait acquis à la science et que cette maladie cesse enfin d'être un motif de continuelle alarme et de répugnance invincible pour les populations.

Il se présente la grave question : s'il convient, dans l'intérêt de la police sanitaire, de rétablir les ordonnances qui décrètent la séquestration des ladres, ordonnances qui sont tombées en désuétude depuis longtemps chez presque toutes les nations qui comptent des lépreux dans leur sein. Cette mesure préventive a perdu toute opportunité aujourd'hui que la guérison de la lèpre est un fait désormais acquis à la science ; que ce mal prend

place clans le cadre des maladies communes, justiciables de l'art médical, et facilement guérissable lorsqu'il est pris à sa première évolution; que le mot d'incurabilité doit être effacé de son histoire, afin de ne pas perpétuer relativement à cette maladie cette sévère maxime de Bacon : Décréter l'incurabilité de certaines maladies, c'est sanctionner par une loi la négligence et l'incurie du médecin.

Quelles mesures de séquestration préventive pourraient être appliquées à une classe de malades qui voient luire enfin l'ère de leur réhabilitation, qui déjà ont commencé à reprendre leur place dans la famille, dans la société et dans l'Etat?

Ce ne sont plus des lieux de conflnation, asiles qui reçoivent des malades et ne rendent que des cadavres, qui doivent être ouverts aux lépreux, mais des hôpitaux où le médecin puisse accomplir sa noble mission qui est de soulager et de guérir les souffrances humaines.

Jusqu'ici il semble que la question de la curabilité de la lèpre est entourée de tant de préventions et de défiances, qu'elle n'a excité qu'un intérêt de curiosité de la part du plus grand nombre des médecins. Seulement un petit nombre de notabilités scientifiques, ne se laissant pas abattre, conservent l'espoir de triompher de ce fléau auquel l'humanité a payé depuis tant de siècles un si horrible tribut. Leur espérance ne sera pas déçue.

J'accomplirai jusqu'au bout la mission que je me suis imposée, mission qu'un gouvernement éclairé et humanitaire a eu la généreuse inspiration de protéger. Oui, je le dis avec une pleine confiance, la lèpre est guérissable. Confirmata elephantiasis curatur. Cet aphorisme est plus consolant et plus vrai que celui de Lhuillier.

Les habitants des zones tempérés et des climats froids, où l'éléphantiasis est aujourd'hui à peine connue, qui contractent cette maladie pendant leur séjour dans les régions équatoriales et intertropicales, présentent l'infection diathésique favorable à l'implantation sur la peau de l'affection tuberculeuse ; mais sans leur déplacement ils n'en auraient jamais été atteints. Ils ne doivent conséqiiemment le développement chez eux de ces

produits morbides qu'à leur résidence dans les pays chauds. Il ressort de ce lait que les causes occasionnelles de l'affection tuberculeuse, sans lesquelles le mal ne peut se produire quelle que soit du reste la prédisposition des sujets, existent exclusivement dans ces mêmes contrées, du moins avec le degré d'intensité requis pour causer le mal.

Si dans les climats froids et tempérés on n'observe l'éléphantiasis que dans certaines localités très restreintes et généralement paludéennes, il faut en rendre grâce à la bénignité de ces climats et aux mesures d'assainissement provoquées par l'hygiène publique et privée qui ont fait disparaître en grande partie les cloaques, bourbiers, marécages et autres lieux d'infection.

L'opinion, admise universellement dans la science, que l'élépbantiasis était due à une affection exclusivement de cause interne, a détourné les médecins d'aider le traitement général par une thérapeutique externe suffisante.

La persuasion trop accréditée que l'agent morbide était doué de la funeste propriété de reproduire le mal par des poussées successives de l'intérieur de l'économie à la périphérie, a porté le découragement dans les meilleurs esprits et a fait considérer l'éléphantiasis comme non cmmtur.

Il ressort de mes observations que les agents producteurs et propagateurs des tubercules procèdent d'une origine interne.

Tous les animaux qui attaquent la peau de l'homme, recherchent plus particulièrement celle des éléphantiques; tels sont : les chiques {puleœ penetrans), les rougets (chzracoa), les puces, les punaises, dont les piqûres déterminent, selon l'état d'infiltration albumineuse plus ou moins prononcé de la peau, des tubercules ou des papules; les insectes tipulaires, dont le venin chez les lépreux concentre son action sans être absorbé dans la circulation et détermine des tubercules ou des pustules, selon le degré de nocuité du venin et aussi selon l'état diathésique de la peau des malades; les blattes, les rats et même certaines classes de chauves-souris connues dans les régions équatoriales sous le nom vulgaire de vampires ; les arachnides et les acariens, insectes microscopiques dont les espèces sont très

variées clans les pays chauds. A peine existe-t-il une matière en décomposition septique qui n'en contienne. Ils constituent une classe d'inoculateurs très dangereux dans un grand nombre de maladies, telles que la morve des chevaux, les érysipèles, etc. En plaçant, à l'époque des chaleurs, une petite quantité de matière purulente rendue par un cheval morveux entre deux morceaux de verre, sans trop exercer de pression, et la laissant pendant quelques jours dans une étable où il existe des chevaux morveux : on ne tardera pas à rencontrer à l'examen microscopique des acariens dans la matière de la morve; on aura alors à la fois sous les yeux le vaccin morbide inoculable ou le virus, et l'inoculateur, soit qu'il se transporte lui-même par mouvement propre pour opérer ses dangereuses attaques , soit que les mouches domestiques ou autres petits diptères connus généralement sous le nom de mouches à malingres, qu'attirent les matières sep tiques, servent de véhicules pour le transporter sur la peau ou à l'orifice des membranes muqueuses.

Ces insectes sont eux-mêmes les victimes de ces dangereux parasites. La mortalité des mouches domestiques a été signalée par les anciens comme un présage de peste. Il en est de même pour la matière expectorée par les malades atteints de toux férine ou de coqueluche et pour les matières excrémentitielles des cholériques, non dans le moment de leur défécation, mais quelques jours après, lorsque ces substances commencent à se dessécher; c'est alors qu'elles deviennent dangereuses. Il est probable que c'est à un organisme microscopique de ce genre développé sur les déjections en voie de dessèchement des cholériques que l'on doit un des modes de propagation de cette maladie épidémique.

En Norwège, la lèpre est très fréquente à l'état endémique sur le littoral et très peu dans l'intérieur. Sur la côte dltalie, elle existe en un seul endroit, Commachio, situé dans les lagunes de Ferrare. Cette maladie y règne depuis un temps illimité ; suivant Medici et Vergue, elle ne s'étend que dans la population de la ville et des environs immédiats, de telle sorte qu'à une très petite distance vers Ravenne on ne la rencontre plus. La lèpre est un peu plus fréquente sur le littoral du golfe de Gênes;

dans les États sardes, la lèpre est exclusivement limitée au littoral. Elle existe sur les côtes de Provence. On l'a signalée dans certaines localités des deltas marécageux du Rhône, particulièrement Martigues, Vitrolle, Rognes, etc.

Delorme accuse de la production de la lèpre l'alimentation insuffisante, défectueuse, l'absence du pain dans les classes inférieures. Cause prédisposante : tempérament lymphatique. Pathogénie : piqûre, blessure plus ou moins légère, brûlure.

Moïse considère la lèpre comme contagieuse et transmissible non seulement par le contact et les émanations du corps des lépreux, mais encore par le contact de leurs vêtements, des meubles et des maisons où ils avaient séjourné.

Bajon et de la Borde pensent que la contagion est possible dans la période d'ulcération.

La lèpre a été probablement importée dans nos colonies d'Amérique par les nègres d'Afrique, très imbus des idées de la contagion de celte maladie au point de séquestrer les lépreux et de les abandonner dans les forêts.

Presque tous les médecins croient à l'hérédité de la lèpre. Schilling pensait* que l'influence de l'hérédité pourrait être annulée par le régime, le déplacement vers une contrée salubre où la maladie n'est pas endémique. MM. Danielsson et Bieck concluent de leurs recherches que la maladie s'acquiert, et se développe spontanément pour cause d'hérédité. Yidal regarde la lèpre spontanée comme excessivement rare dans les zones tempérées.

Dans l'intérieur de la Russie, la lèpre est inconnue ; cependant elle se rencontre dans quelques localités des provinces du littoral ouest de la Russie, particulièrement en Finlande, à l'embouchure du Njuranda, dans l'Angermanland, dans le Helsingland. La maladie a une plus grande fréquence parmi les populations exposées aux insudations de l'épidernie.

Les auteurs parlent d'une éruption érythémateuse qui se faisait souvent à la surface de la peau qui recouvre le tubercule et à la suite de laquelle ce dernier diminuerait notablement de volume, ce qui arrive après des poussées .fébriles. Lèpre atrophique aphymatoïde.

Les auteurs norwégiens mentionnent la présence d'une quantité incalculable d'acarus dans les croûtes épaissies de certains tubercules. Danielsson et Bieck ont vu des acarus môme dans les tubercules ramollis, et ont suivi toutes les phases de leur développement. Des croûtes entières ont paru formées, pour ces observateurs, par des squelettes d'animalcules morts et liés entre eux par une substance visqueuse.

Les peuples qui habitent les régions voisines des pôles passent les mois de l'hiver privés de la lumière et de la chaleur solaires. Leur peau se décolore, leurs chairs sont molles et infiltrées de fluides lymphatiques qui favorisent peu l'absorption et laissent cette fonction dans une sorte d'atonie.

La peau et le tissu cellulaire sous-jacent deviennent le siège d'un engorgement indolent et d'une hypertrophie. De nouvelles plaques tuberculeuses se développent et s'agrandissent du centre à la circonférence, étendant les aires des surfaces malades ; la couche tuberculeuse est plus épaisse vers le centre et résiste davantage aux moyens cautérisants; des incrustations épaisses recouvrent les surfaces cautérisées et deviennent le siège de démangeaisons très vives, d'un fourmillement très incommode surtout pendant la nuit; le tissu cellulaire souscutané est engorgé. A la suite du remède interne, les taches tuberculeuses éprouvent une modification locale intestine, un état de ramollissement et d'affaissement; elles deviennent aussi plus pâles et tendent à disparaître. La cautérisation exerce fréquemment une influence salutaire, non seulement sur les points d'application, mais sur des tubercules situés à des distances plus ou moins éloignées. Les fièvres exanthémateuses améliorent la peau.

La lèpre anesthésique est souvent accompagnée d'autres affections cutanées, telles que l'eczéma, le pemphigus, le prurigo, etc. : chacun de ces complications du mal principal exige un traitement spécial, mais qui ne peut être appliqué qu'après avoir pris connaissance de ces maladies.

Le visage des éléphantiques est presque toujours le siège d'un certain nombre de taches tuberculeuses et de tubercules. Aussi, est-il difficile à ces malades de cacher l'affection dont

ils sont atteints. Elle se décèle d'elle-même par des taches proéminentes, de couleur bronzée, recouvrant les sourcils, le front, les joues, les ailes du nez, le pourtour des oreilles, le menton, imprimant au faciès un masque repoussant et frappé d'immobilité, qu'on compare à l'aspect d'un lion (lèpre léontine). Ces taches décèlent l'état maladif des infortunés atteints d'éléphantiasis, dès la première phase du mal, aux regards les moins clairvoyants. C'est toujours la voix publique qui révèle aux lépreux l'affection dont ils sont atteints. Sans le terrible cachet imprimé sur leur visage par la maladie, ils pourraient jouir des apparences de la meilleure santé et conserver longtemps encore la jouissance de leurs relations sociales, qu'ils sont contraints de suspendre par suite de l'invincible répugnance que leur maladie inspire. Il faut avoir en effet le cœur revêtu du triple airain dont parle le poète, pour vivre au contact de ces infortunés, contempler leurs hideuses difformités, leur prodiguer des soins et se consacrer à soulager leurs souffrances . Pour le médecin c'est un devoir imprescriptible; mais pour tout autre, c'est un acte d'abnégation et de dévouement.

La peau située entre les taches tuberculeuses est rarement saine. Elle présente un état d'infiltration, d'hypertrophie dû à la présence de dépôts albumineux excrémentitiels. Il importe d'éliminer ces fluides viciés en procurant leur excrétion par les mêmes applications qui sont employées pour combattre les tubercules et les taches tuberculeuses. Il faut faire suer aux éléphantiques leur maladie. Le traitement consiste à produire un simple nettoiement de la peau.

L'altération des bulbes pilifères et la chute des poils suivent le développement des tubercules et taches tuberculeuses sur les parties qui en sont pourvues. Les poils reproduits sur les bulbes guéris sont fins et soyeux.

Les sourcils, les cils, la barbe, les cheveux de repousse dans cette maladie sont clairsemés, peu consistants, très fins.

La chute des poils n'est pas toujours accompagnée de la destruction des follicules pileux. Une partie des tissus persiste et donne lieu à la reproduction de ces appendices cornés

lorsque la peau est débarrassée des rouches a] bu mineuses et des germes parasitaires qui altéraient cette membrane. Les cheveux sont grêles, secs et cassants. La chute des cheveux et des poils est accompagnée d'une desquamation furfuracée; l'épiderme se détache de la surface érythémateuse de la peau.

La chute des poils coïncide avec un état pathologique des follicules sébacés, et l'altération morbide de leur sécrétion. L'alopécie est accompagnée quelquefois du développement antérieur d'une teigne faveuse, d'un impétigo, d'un eczéma chronique.

Quelques éléphantiques présentent la variété d'alopécie, décrite sous le nom de porjHgo decalvans. Chez eux, les taches tendent constamment à envahir les parties saines. L'alopécie peut être générale.

Les dépôts albumineux excrémentitiels ne présentent dans le principe d'autres inconvénients que celui de troubler les fonctions d'absorption, d'exhalation et de nutrition de la membrane tégumentaire , d'assoupir l'activité des fonctions d'innervation, sans la détruire entièrement, et de rendre la peau plus accessible au contact nuisible des agents extérieurs. Restreint dans ces limites, le mal ne présenterait qu'un état d'incommodité, sans majeure gravité; mais il n'y a pas de temps d'arrêt dans son développement : il progresse lentement, il est vrai, mais graduellement, sans rétrocéder. Ces produits envahissent la peau, molécule par molécule, feuillet par feuillet, couche par couche; les tissus qui les recouvrent sont successivement moins animés, moins résistants, plus impressionnables au frottement, à la pression, au choc, à la chaleur, etc. L'épiderme se soulève facilement sous l'action de ces causes, se sépare de la couche muqueuse du chorion, et contient l'accumulation du fluide albumineux excrété à la surface du chorion, ainsi qu'on l'observe dans la rupia, les bulles du pemphigus et celles de la pustule maligne. Il se déchire, livre passage au fluide qui le distendait et qui s'épanche en dehors; le derme s'ulcère, suppure ; ce tissu, profondément infiltré par les dépôts excrémentitiels, a perdu sa force de réaction, sa puissance d'expuiiion : il cède facilement et par une sorte

d'inertie aux agents de destruction qui l'envahissent et y propagent leurs ravages. Aussi, le mal doit être contenu dans ses progrès dès le principe et les téguments doivent être débarrassés des dépôts albumineux qui troublent leurs fonctions, aussitôt l'apparition des premiers symptômes de réléphantiasis, si cela est possible. Dans le cas où l'affection est très avancée et irrémédiable, le médecin, réduit à un rôle impuissant, se verra contraint d'assister à la destruction des téguments sans pouvoir y remédier.

Je n'ai fait que traiter cette question dans ses appréciations les plus palpables, présentant les faits dans leur ensemble et tels que la science s'en forme généralement une idée. Cette argumentation offrirait plus de preuves et entraînerait plus de conviction si les phénomènes destructeurs venaient à être étudiés dans leurs éléments moléculaires, dans les germes parasitaires qui les occasionnent; mais ces recherches seront seulement indiquées ici : je dois éviter de m'étendre au delà des limites que je me suis tracées; cette grave question soulèverait trop d'objections et entraînerait à des développements trop étendus. Il n'appartient pas à une main aussi peu expérimentée que la mienne d'ébranler quelques-uns des fondements séculaires de la science médicale ; les faits qu'il m'a été donné d'observer ne sont ni assez nombreux, ni assez concluants pour m'enhardir à entreprendre une œuvre aussi gigantesque qui sera un jour le résultat du travail d'un grand nombre de chercheurs.

Dans l'aifection tuberculeuse de la peau, l'ensemble des forces qui résistent à la destruction des tissus est impuissant devant les envahissements successifs des produits excrémentitiels.

Dans le règne organique, les produits albumineux sont doués de la propriété de favoriser le phénomène de la fermentation et le développement des germes reproducteurs, principalement dans la fermentation putride, ainsi que j'en ai déjà donné des preuves dans un mémoire qui fut produit à l'Académie des Sciences de Paris. Ces points sont importants à fixer dans l'étude de la maladie que je me suis proposé de combattre.

Quelques gouttes d'acide nitrique appliquées sur ces fluides coagulent l'albumine en masse blanchâtre semblable au blanc d'œuf durci sous l'action de la chaleur. C'est une des premières observations que j'ai faites dans l'étude de cette maladie; je tiens à ce qu'elle soit constatée dans cette lettre.

La tuberculisation n'est pas la maladie tout entière; elle constitue une des phases de l'éléphantiasis ; elle est une évolution avancée du mal. On ne naît pas tuberculeux, on le devient lorsqu'on est soumis aux diathèses qui favorisent le développement des tubercules cutanés.

Pour beaucoup de médecins, les tubercules et les taches tuberculeuses constituent l'éléphantiasis avec ou sans anesthésie; c'est confondre la maladie avec le symptôme. Presque toujours le système tégumentaire n'est affecté que secondairement; l'engorgement des ganglions lymphatiques, indiquant un état diathésique plus profond du système tégumentaire, s'accompagne généralement de tubercules et de taches tuberculeuses nombreuses et plus développées.

Les tubercules et taches tuberculeuses procèdent de la peau aux muqueuses qui tapissent les cavités buccale et nasale, et n'envahissent que graduellement et à une phase avancée de la maladie les viscères. Arrivé à cette période, le mal est incurable.

Les diathèses sont le produit des maladies syphilitiques et herpétiques.

Nous avons éprouvé la froideur et les préventions contre l'œuvre que nous avons entreprise. Les censures ne nous ont pas été épargnées, et nous avons pu apprendre par une pénible expérience combien un praticien qui innove rencontre d'incrédulité; et je dois le dire, ce sont des confrères, qui exercent la même profession de la médecine, qui se sont montrés les plus hostiles. Comme le dit Bacon, décréter l'incurabilité de certaines maladies, c'est mettre en évidence la négligence et l'incurie du médecin. C'est après trente ans de lutte qu'Harvey put établir la découverte de la circulation du sang. S'il eût eu affaire à des esprits moins prévenus, il aurait pu les convaincre en quelques minutes.

D'après Sydenham, la malignité du venin détermine celle de la maladie. Cette opinion est juste surtout relativement aux maladies qui reconnaissent pour origine une cause externe ou l'introduction d'un venin septique dans l'économie par voie d'inoculation; mais relativement à la lèpre l'axiome de Stoll est plus applicable : La malignité du venin dépend de la constitution particulière des sujets.

Lés poussées tuberculeuses, en aboutissant à la peau, tendent à donner des issues aux germes de la matière tuberculeuse. Les tubercules de causes internes, celles qui produisent les poussées, ne sont pas formés de toute pièce dans l'économie; ils sont constitués par des germes dont la nature intime sera dévoilée un jour, et qui rencontrant à la peau une infiltration de fluide albumineux favorable, s'y fixent et grossissent. Ces germes me paraissent procéder des ganglions et vaisseaux lymphatiques, du moins dans la grande majorité des cas. Ils étendent leur action de proche en proche dans les ganglions et vaisseaux lymphatiques où ils puisent leurs éléments de propagation. Ils aboutissent à la peau sans altération appréciable des tissus intermédiaires, et forment dans cette membrane ou dans le tissu cellulaire sous-cutané des nodosités ou tumeurs saillantes tuberculeuses, douloureuses dès le principe, accompagnées ou précédées d'un mouvement de réaction générale, frisson, fièvre, céphalalgie, anorexie, courbature. Le plus ordinairement, ce mouvement réactionnel ne dépasse pas les proportions d'une fièvre éruptive vaccinale. Une fois le tubercule établi dans le système tégumentaire, il est doué d'une vitalité propre, il tend à s'accroître, à envahir les tissus avec lesquels il est en contact. Il se reproduit sur place et finit par s'ulcérer. On reconnaît alors les développements que peuvent prendre dans l'économie de semblables foyers morbigènes et la difficulté de les détruire lorsqu'ils ont pris une certaine extension et qu'ils ont envahi les tissus environnants avec leurs éléments de reproduction. Souvent le foyer, point de départ des germes propagateurs de la tuberculisation, est si réduit, si peu notable, qu'on n'en tient a,ucun compte dans le principe, et alors l'origine génératrice du mal passe inaperçue et on n'en observe que les effets.

Sous rinfluencc de causes déterminantes, c'est le degré de l'infiltration albumineuse de la peau qui détermine la nature de la manifestation externe de l'affection cutanée.

Les applications d'huile d'anacardium sur ces tubercules de nouvelle formation les détruisent en quelques heures. L'emploi de la solution de Van Swieten et du sulfate de quinine favorise le mouvement éruptif des germes tuberculeux vers le système tégumentaire et par conséquent tend à l'expulsion de ces produits et à l'assainissement général de l'économie. Il est à observer que les malades, après ces poussées, acquièrent plus de forces et présentent les attributs d'une meilleure santé. C'est un mouvement éliminateur que le praticien doit chercher à favoriser par la continuation des moyens qui le provoquent. Peut-être l'iodure de potassium a-t-il des propriétés éliminatrices plus énergiques encore que la préparation mercurielle. Ce point intéressant est actuellement pour moi un sujet d'étude. Les fortes poussées s'accompagnent presque toujours d'une douleur locale, de lassitude, d'anorexie, de frisson et d'un état fébrile qui ne dépasse guère les limites de la fièvre vaccinale. Le moral des malades en est affecté, ils tombent dans un état d'abattement et de tristesse; quelques-uns, lorsque la poussée est prolongée, perdent l'espoir d'être guéris. Il y a un sort encore plus triste pour l'homme modeste et laborieux : celui d'être déchiré par ses propres compagnons d'études.

Nous l'avons déjà dit, les poussées tuberculeuses ont été de tout temps un motif de découragement pour les malades et pour les médecins qui les assistaient. A quoi bon, en effet, détruire un ou plusieurs tubercules, lorsque de nouveaux se présentent par centaines sur le corps des malades? Nous avons déjà indiqué le moyen de remédier facilement et promptement à ces décourageantes éruptions. Celui qui possède entre les mains le moyen de détruire les poussées tuberculeuses ne doit pas redouter les récidives du mal qu'il a le pouvoir de faire avorter en quelques heures. Tout le temps que les diathèses qui prédisposent au développement des tubercules persistent dans l'économie, les tubercules peuvent sans doute se reproduire; mais il est aussi facile de détruire une nouvelle'

poussée tuberculeuse qui se présente en récidive, qu'un accès de lièvre intermittente en administrant la quinine.

Les tubercules sont en général des corps d'un blanc jaunâtre ou grisâtre, de forme ordinairement arrondie, sans vestiges d'organisation. Ils se développent sous l'aspect de corps isolés et par infdtration. Les tubercules miliaires sont de petits corps grisâtres, demi-transparents, de la grosseur d'un grain de millet. Les tubercules crus sont plus volumineux, friables, se laissant écraser sous la pression du doigt comme le fromage. Les tubercules sont formés d'une vésicule hydatidique; ils se développent par intussusception, et sont contenus dans un véritable kyste ou sac membraneux.

L'infiltration albumineuse de la peau et les diathèses syphilitique et herpétique qui l'occasionnent généralement, exigent, comme les maladies qui affectent tout le système organique, un traitement toujours long. De là proviennent les récidives de l'infiltration tuberculeuse lorsque la diathèse subsiste.

Les poussées tuberculeuses chez les éléphantiques se produisent ordinairement dans les mois de décembre et de janvier, à l'époque où les nuits sont froides et- humides. Les malades sont pris de malaise, de courbature, accompagnés de fièvre, de turgescence de la peau et des ganglions lymphatiques qui forment des cordons noueux et deviennent le siège de fortes douleurs. Cet état qui dure deux ou trois semaines s'accompagne de céphalalgie, d'étourdissements, de saburre de la langue, d'anorexie, de nausées et de diarrhée; la peau s'épaissit et devient rigide. Après la disparition de cet état réactionnel, les tumeurs tuberculeuses se ramollissent, subissent une notable diminution de volume et présentent un aspect moins repoussant. Les malades considèrent cet état de réaction générale comme une crise favorable dans la marche de la maladie dont ils sont atteints.

Les taches tuberculeuses s'étendent en affectant presque constamment une disposition circulaire. La tuberculisation est plus active, plus épaisse sur les zones qui avoisinent le centre, leur coloration plus prononcée.

La variété de forme qui résulte de l'état anesthésique du

malade ne doit pas être prise en considération . Les tubercules et l'anesthésie sont des symptômes d'un même mal; ils ne se manifestent pas indépendamment l'un de l'autre, mais peuvent exister à la fois sur un même sujet avec prédominance soit de l'état anestliésique soit de l'état tuberculeux.

Je possède bien le moyen de détruire les germes intérieurs des tubercules sans qu'il soit nécessaire de les faire aboutir vers la membrane tégumentaire, mais je me suis abstenu jusqu'ici d'en faire usage. Je ne dois pas oublier que ma méthode étant encore soumise à une sorte d'exp(3ctation , il serait peu prudent de ma part de lui faire subir des altérations, et, bien qu'elle ne soit pas encore adoptée, entrer dans [une voie de tâtonnements indispensables qui pourraient, en retardant la guérison des lépreux qui me sont confiés, jeter des doutes sur l'efficacité du traitement que j'emploie. Ces doutes ne laisseraient pas de se présenter et même aux meilleurs esprits et les mieux intentionnés. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me suis aperçu de toutes les difficultés de la tâche que je me suis imposée.

L'individu disposé par sa constitution à contracter la tuberculose doit habiter un local bien aéré, nettoyé fréquemment de toute immondice et souillure; éloigné, s'il est possible, du voisinage des flaques d'eaux croupissantes, des matières organiques en décomposition, telles que engrais, fumiers, etc., des réservoirs bourbeux, des marécages. Il doit constamment se servir pendant la nuit d'une moustiquaire destinée à le préserver des piqûres des insectes tipulaires. Il sera avantageux pour lui de pratiquer chaque jour, avant de se coucher, des embrocations huileuses sur la peau. Cette mesure hygiénique instinctive des peuples primitifs est excellente. Il devra faire un usage journalier du bain enfrottantles téguments extérieurs avec du savon. Sa nourriture, sans être recherchée, devra être saine, suffisamment abondante, se composer de viandes et de poissons frais, de légumes frais, d'œufs, de volaille, de lait, etc. Il s'abstiendra de manger des viandes et des poissons salés, du fromage, etc. Il ne fera usage de boissons spiritueuses qu'en très faibles quantités, et seulement comme toniques

ou clans le cas où il se trouverait dans un état de taiblesse ou d'anémie. Il évitera les veilles prolongées et les amusements nocturnes qui ont le grand inconvénient de surexciter l'organisme dans un moment où il tend au repos. Il prendra ses repas autant que possible à des heures réglées. Il fera un exercice modéré ou se livrera à des travaux professionnels qui ne doivent pas être portés jusqu'à la fatigue. Il usera de préférence des vêtements de toile ou de coton, et les soumettra périodiquement au lavage.

Par ces moyens on pourra enrayer dans un grand nombre de cas la marche progressive du mal et même assainir la constitution générale et la rendre moins impressionnable à l'action des agents morbides extérieurs.

L'affection des follicules dans cette maladie occupe la face qui est couverte d'un enduit jaune brunâtre, gras et comme huileux, analogue au cérumen des oreilles. La peau située au-dessous est saine et n'offre aucune trace d'inflammation. Cet enduit est plus ou moins épais selon les parties malades. Plusieurs points de la peau qui en sont dépourvus présentent quelques squames furfuracées. L'épaisseur de cet enduit varie d'un huitième de ligne à une demi-ligne. L'enduit gras de la peau est le produit desséché d'une sécrétion morbide des follicules sébacés. Les parties affectées sont le siège d'une cuisson habituelle.

Par compression, on fait sortir des follicules sébacés sur les ailes du nez où ils sont très apparents, de petits corps jaunâtres, filiformes. L'épiderme n'entre pour rien dans la formation de cet enduit qu'on peut enlever sans faire éprouver de douleurs aux malades. Au-dessous, la peau est saine, mais luisante et huileuse. Les mains sont également couvertes de cette matière, mais elle y est plus dure, brunâtre et moins luisante, semblable à des squames, sans altération de l'épiderme. Elevures très analogues à celles qui se manifestent par l'impression du froid.

Quels que soient les rapports d'organisation et les similitudes de fonctions qui unissent les membranes muqueuses et l'enveloppe tégumentaire externe, il est un fait démontré, c'est que les taches tuberculeuses de l'éléphantiasis des Grecs ne se

développent que sur la membrane extérieure revêtue de l'épiderme, et à un degré moindre sur la membrane muqueuse, et seulement sur les parties qui sont couvertes de l'épiderme des muqueuses ou épithélium. Ce fait est bien digne d'appeler l'attention des praticiens. Pourquoi cette différence entre des tissus dont la texture et les fonctions présentent tant d'analogie? Elle dépend de deux ordres de causes : des causes internes et des causes externes.

Occupons-nous tout d'abord des fonctions des membranes muqueuses. Elles sécrètent constamment une humeur épaisse, visqueuse, albumineuse, qui lubrifie la surface et facilite les fonctions des organes qu'elles tapissent.

La sécrétion de la membrane cutanée, la sueur, se fait à travers les pores de l'épiderme. Elle n'est pas, comme celle des membranes muqueuses, formée par un mucus plus ou moins épais, mais par un fluide aqueux, contenant peu de particules organiques, et à peine quelques traces de substances salines.

Les membranes muqueuses, comparées à la peau, peuvent être considérées comme de véritables exutoires livrant passage et rejetant de l'économie une grande quantité de produits inutiles et excrémentitiels. Les fonctions de la peau sont beaucoup plus limitées. Elle ne rejette que des produits très fluides et en quelque sorte aqueux. Lorsque, par un vice héréditaire ou acquis, l'organisme est envahi par des produits albumineux résultant d'un trop grand développement et d'une trop grande activité des ganglions et vaisseaux lymphatiques, comme on l'observe dans les diathèses syphilitique, herpétique et autres, ces produits qui aboutissent à la peau ne pouvant être rejetés au dehors, s'y accumulent, s'inflltrent entre les mailles du tissu cutané et occasionnent l'hypertrophie, l'épaississement de cette membrane.

Cet état d'encrassement de la peau causé par des produits excrémentitiels n'occasionne dans le principe aucune gène ou incommodité; les fonctions d'exhalation de la membrane tégumentaire sont à peine altérées; c'est seulement lorsque l'accumulation de ces dépôts devient considérable que les fonctions de la peau souffrent des modifications. L'hypertro-

phie de la peau occasionnée par ces produits excrémentitiels constitue un terrain fertile, favorable à l'ensemencement et au développement de tous les germes. Les affections psoriques, herpétiques, papuleuses et tuberculeuses, etc., y établissent leur siège de prédilection et s'y propagent. Des pipûres de puces, de punaises, de cousins, de guêpes, de chiques, d'ixodes, etc., inoculation de venins plus ou moins délétères, simples lésions, déterminent sur la peau ainsi préparée des germes tuberculeux. C'est surtout au voisinage des marécages et des terrains noyés ou humides, que les individus doués de cette constitution morbide sont le plus exposés au développement des affections tuberculeuses cutanées.

Ce que l'on appelle tempérament, qui n'est que la prépondérance d'un élément organique ou d'une fonction, a été regardé avec raison comme le premier pas vers la maladie. Cette vérité est encore plus évidente en ce qui concerne les diathèses qui ne sont plus des tendances à la maladie, mais des maladies elles-mêmes constituées par l'invasion des fluides morbides dans le tissu des organes, accumulation de produits qui troublent le jeu de leurs fonctions.

Dans l'éléphantiasis, les altérations des ongles sont dues à l'état pathologique des follicules qui sécrètent cette substance cornée. Les ongles se recourbent et se ramollissent chez les éléphantiques de même que chez les phtisiques. Dans ces deux maladies cette disposition dépend d'une cause identique : l'atrophie du tissu graisseux du follicule unguéal. Dans un état plus avancé de l'éléphantiasis, les ongles éprouvent des altérations plus notables. Ils se déforment, perdent leur transparence, deviennent écailleux, aplatis à leur surface, non adhérents, rugueux, opaques, cassants, ne recouvrant que très imparfaitement l'extrémité des doigts; et, comme dans les cas de diathèse syphilitique et herpétique (impétigo), il se forme des ulcérations au pourtour des ongles des pieds et des mains qui déterminent leur chute.

A mesure que la peau de l'éléphantique se débarrasse par excrétion des couches albumineuses qui troublent ses fonctions, la sécrétion des ongles s'opère dans des conditions plus

normales : ces productions cornées deviennent plus transparentes et cèdent à la pression des ciseaux sans s'écailler. C'est avec joie que les malades observent ces changements- qu'ils considèrent avec raison comme des indices de l'amélioration de leur état.

Le D"" Chéron a guéri des syphilides avec une solution de sublimé corrosif dans l'éther. M. Lambert regarde l'emploi préalable du bain comme favorable à l'endermie. L'absorption avec des frictions de teinture d'aloès a produit des évacuations alvines. L'iode et ses préparations sont absorbés par la peau. Les parties de la peau où ^l'absorption se fait le mieux (l'inhalation est le mode le plus actif) sont la paume des mains et la plante des pieds, le voisinage des articulations, la poitrine, le dos, et la partie interne des membres; cette fonctions a paru à peu près nulle à la partie externe des membres, sur le dos de la main et sur celui du pied. Aussi, les frictions sont-elles faites préférablement sur les parties internes des membres. Les parties de la peau qui absorbent le mieux sont aussi celles qui transpirent le plus. L'activité de l'absorption est en raison inverse de l'âge. L'absorption passe pour plus active le soir et le matin. L'absorption est en raison inverse de l'exhalation. La peau protégée par l'épiderme est peu susceptible d'éprouver des effets topiques. L'absorption endermique est généralement douloureuse.

Il s'opère incessamment au sein de l'économie vivante des phénomènes moléculaires. Les phénomènes de la chimie vivante sont, pour la plupart, tellement compliqués, tant d'éléments s'y pressent et s'y confondent, que leur théorie complète est souvent au-dessus de nos efforts. On s'expose à commettre des erreurs quand on s'efforce de trouver une solution à tant d'inconnues. Le traitement se déduit de la connaissance exacte de la maladie.

L'absorption par voie cutanée chez les éléphantiques n'est pas aussi active que dans l'état physiologique. L'absorption des venins ou des virus à germes reproducteurs est nulle ou très incomplète par inoculation sur la peau de ces malades. L'action de ces agents reste locale et n'occasionne aucune

réaction générale. Aussi, voit-on les lépreux indemnes au milieu des épidémies de fièvre jaune, de peste d'Egypte, de fièvres paludéennes. Ils ne sont pas à l'abri des inoculations qui occasionnent ces maladies, mais l'absorption des venins ou virus inoculés n'ayant pas lieu, l'infiltration générale ne peut se développer. Les phénomènes se réduisent à une simple maladie locale sans importance pathologique. Les symptômes développés par l'action de la cautérisation constituent une fièvre de réaction et non d'infection septique; aussi, cèdent-ils promptement à une médication purement émoUiente.

La peau, et souvent aussi le tissu cellulaire sous-cutané, chez les éléphantiques, se trouvent infiltrés de dépôts albumineux ; produit amorphe qui diminue considérablement la sensibilité et la vitalité de ces organes. Toutes les lésions du derme et du tissu cellulaire sous-dermique, pour insignifiantes qu'elles paraissent, occasionnent des ulcères très difficiles à guérir et avec grande tendance à la pourriture et à la gangrène ; aussi doit-on bien se garder dans le traitement de l'éléphantiasis d'employer des topiques qui entament le tissu du derme, mais seulement des cathérétiques qui, produisant une action très superficielle, déterminent l'excrétion des dépôts albumineux sans compromettre la trame des tissus dermiques. Ces ulcères, occasionnés et entretenus par un vice général, tendant constamment à s'agrandir, exigent à eux seuls les soins du médecin et ne lui permettent pas de s'occuper du traitement de l'afTection tuberculeuse.

Le tissu normal de la peau est envahi progressivement et lentement par des dépôts albumineux transportés molécule par molécule qui donnent à ce tissu plus d'épaisseur et plus de dureté : hypertrophie des tissus, mais hypertrophie qui ne provient pas d'un développement normal ou physiologique exagéré, mais de l'envahissement d'un produit excrémentitiel et de l'intercalation de ce produit dans la trame du tissu cutané. La peau revêtue du vernis épidermique est impuissante à se débarrasser, par le moyen de ses vaisseaux ou orifices excrémentaires, de ces produits que l'action des acides, de la chaleur et le contact de l'air et de la lumière concourent à faire passer

à l'état semi- consistant, ou même à l'état solide. Aussi, voit-on les fonctions de transpiration diminuer puis cesser chez les lépreux, la sensibilité s'éteindre, des éléments amorphes intercalés dans la trame des tissus annihiler leurs propriétés sensitives qui finissent par disparaître; les tissus animaux, amenés en quelque sorte à un état purement végétatif, cessent d'être impressionnables à l'action des agents extérieurs ; aussi peut-on impunémentles percer avec des instruments tranchants, les lacérer, et même les brûler, sans qu'aucune sensation ou transmission de sensation soit reflétée au cerveau.

Ce sont des produits que l'accomplissement régulier des fonctions de la peau ne peut entraîner au dehors, et qui sont rej étés à la surface des membranes muqueuses, surtout lorsqu'elles ne sont pas revêtues de membrane épithéliale. Ces productions albumineuses n'occasionnent d'autre trouble apparent dans les tissus que l'affaiblissement et la perte de la sensibilité et de la motilité.

Ces produits ne sont ni liquides, ni semi-liquides : ils ont plus de consistance et ne sauraient trouver dans la membrane cutanée une voie d'élimination par simple exhalation. Pour en débarrasser cette membrane il faut l'attaquer par des topiques qui détruisent l'épiderme, atteignent le corps muqueux de Malpighi, et n'aient sur le derme aucune action désorganisatrice, des caustiques assez puissants pour dénuder la peau et lui donner temporairement les fonctions des membranes muqueuses sans désorganiser la trame des tissus dermoïdes. Le pus excrété ne doit contenir que l'albumine en excès, et aucune trace de vaisseaux lymphatiques, veineux ou artériels, ni aucun filament nerveux.

Les produits des glandes sécrétoires s'étalent dans l'intérieur des membranes cutanées.

L'envahissement des tubercules sur la surface des muqueuses nasale, buccale et gutturale ne s'opère pas dès le principe de l'invasion du mal, mais bien à une époque avancée de l'envahissement tuberculeux de la peau. Lorsque ces tubercules gagnent les membranes muqueuses, l'invasion se fait sur celles qui sont revêtues d'un épithélium remplissant à l'égard des

miiqueiises une partie des fonctions de l'épiderme relativement à la peau. Quant aux muqueuses situées plus profondément et non recouvertes de la membrane épithéliale, elles ne sont envahies par les tubercules que rarement et à une époque très avancée de l'éléphantiasis. Ces tubercules développés à la surface des membranes muqueuses cèdent à l'application d'une solution faible de nitrate d'argent. Ce moyen doit être employé chaque jour et pendant longtemps; il faut se proposer une modification graduelle et lente. Les moyens prompts et par conséquent énergiques désorganiseraient le tissu de la muqueuse, ce qu'on doit éviter.

Les distinctions que les auteurs ont établies sur la forme des squames et sur les sécrétions des affections de la peau n'ont pas une grande valeur et sont très futiles.

Le parasite provoque des éruptions qui varient selon l'état d'infiltration des diverses régions de la peau. Vésicules, pustules, érythèmes peuvent se produire par le seul fait de l'inoculation venimeuse, selon l'état diathésique des sujets.

La surface des plaques tuberculeuses est soulevée au-dessus du niveau des parties voisines. Cet aspect est dû sans doute à l'hypersécrétion épidermique et à la turgescence des follicules pileux qui sont remplis de matière albumineuse.

Les changements produits à la peau par l'infiltration albumineuse déterminent la maladie du poil et le privent des fluides nourriciers que lui fournissait la peau à l'état physiologique. C'est l'élément primitif qu'il faut chercher dans l'étiologie des maladies. Le vitiligo consiste dans un vice congénital ou accidentel de la sécrétion pigmentaire. h2i pelade est produite par le microsporon (Andomini, Grubey); microsporon furfur dans le pytiriasis versicolor. La peau et le cuir chevelu présentent dans l'éléphantiasis un état d'hypertrophie très prononcé. Dans le vitiligo il existe une hypersécrétion pigmentaire. La peau se change en tissu cicatriciel.

Le bourrelet circonférenciel du lupus est accompagné d'une légère rougeur. Le lupus laisse des cicatrices. Les crasses parasitaires, le pityriasis versicolor, le nigra chloasma {macula gravidarum), les taches hépatiques, les éphélides lenticulaires

sont toutes causées par le microsporon fur fur. Elles produisent une exfoliation furfuracée continuelle. Le pityriasis versicolor est d'origine dartreuse. Le parasite n'est pas seulement un phénomène accessoire. J'imagine que rien ne serait plus fréquent que les affections parasitaires, si certaines conditions de l'organisme ou de la peau n'étaient pas nécessaires au développement des parasites. Par suite de frottements répétés, la peau revêt complètement le caractère, des muqueuses. Vœdema albicans ne se montre jamais avant que le mucus buccal soit devenu acide ; la solution de sublimé le détruit.

Dans les pourritures les acarus se développent; (Demodex, acarus folliculorum.)

Le sarcopte peut occasionner des pustules et des papules, selon les diathèses, et même des éruptions furonculeuses. La disparition des sarcoptes pendant certaines maladies générales qui affectent profondément l'organisme , ne dépend nullement du sommeil de l'acarien, comme le dit Bourguignon, mais provient d'une rétrocession.

Le sarcopte s'attache de préférence aux constitutions diathésiques. Il y a souvent mélange de plusieurs éléments éruptifs.

Les élevures vésiculeuses de l'épiderme se présentent chez les éléphantiques particulièrement aux pieds et sur d'autres points où l'inflltration albumineuse est très prononcée; elles accompagnent toujours un état diathésique avancé. Il suffit ordinairement d'un simple échauflfement de la peau, par la pression des souliers, pour les produire. D'autres fois elles paraissent dépendre de piqûres d'acariens, insectes dont les variétés sont très nombreuses dans les pays chauds. A peine existe- t-il une matière organique en . décomposition qui n'en contienne. Leur morsure à la peau introduit dans l'économie sous le volume d'un atome des fluides pernicieux généralement septiques comme le sont les matières en décomposition dont ils se nourrissent, et qui peuvent occasionner des infiltrations générales graves. Dans ces cas, la sérosité est trouble, d'un rouge vineux, et le corps muqueux tombe en gangrène. Cependant, on n'observe pas de réaction fébrile générale, ce qui tient à ce que les facultés d'absorption du tissu cutané sont peu actives chez les éléphantiques.

Chez les éléphantiqiies Tanesthésie procède de la périphérie vers le centre. L'exsudation de la peau rejette au dehors de cette membrane, sous la forme d'abord d'un fluide visqueux, poisseux, fllant, blanchâtre ou noirâtre, et ensuite sous celle de croûtes impétigineuses, une grande quantité de produits excrémentitiels albumineux déposés dans le tissu cutané. Ces produits amorphes contribuent par leur présence à diminuer la vitalité de la membrane tégumentaire.

L'huile d'anacardium, en débarrassant partiellement ou totalement la peau de ces produits excrémentitiels, rétablit le jeu des houppes nerveuses qui s'épanouissent dans le tissu cutané, et fait par conséquent disparaître en totalité ou en partie, selon le degré d'assainissement de cette membrane, l'état anesthésique.

Les dépôts albumineux de la peau sont des manifestations des deux diathèses syphilitique et herpétique. Le traitement local ne remplit qu'une condition, celle d'assainir la peau par l'expulsion des produits albumineux excrémentitiels au moyen des topiques modificateurs. Ce traitement purement externe doit être accompagné d'un traitement général qui combatte les diathèses existantes.

La propriété absorbante du tissu cutané étant peu développée chez les éléphantiques, les fluides malsains introduits par cette voie ne sont que rarement transportés dans le torrent de la circulation, et ne donnent presque jamais lieu à l'intoxication du sang; aussi résulte-t-il de ce fait que les lépreux sont d'ordinaire préservés des atteintes des maladies épidémiques qui peuvent reconnaître pour origine une cause d'inoculation externe, telles que la peste d'Egypte; et, selon ma manière de penser, cette classe de maladies attribuées faussement à des causes miasmatiques est assez nombreuse. Ce fait sera discuté plus tard. Les lépreux sont, il est vrai, pendant que régnent les maladies épidémiques, soumis à ces causes ainsi que le reste de la population. Ils sont même plus exposés que les personnes dont la peau est saine à l'inoculation de ces produits septiques; mais chez eux cette inoculation n'a pas le même degré de nocuité.

LapLilkilation des acariens sur les matières en putréfaction, cadavres de petits animaux, de mouches domesliques, de chenilles, et d'autres insectes, etc., est un fait déjà signalé dans la science. Ces acariens présentent dans les régions intropicales de grandes variétés dans leur forme, leur grosseur, etc. L'espèce qui se développe sur les viandes salées desséchées, telles que les cecinas espagnoles et le lasajo vieillis, est visible à la loupe et môme à la simple vue. Celle que l'on trouve constamment sur les croûtes moisies du fromage de chèvre est en tout identique à l'acarien obtenu sur les croûtes teigneuses par méthode d'éclosion. Le sarcopte de la gale, véritable parasite à sérum qui vit sous la peau, formant des sillons dans la peau humaine, sécrète au contact de l'épiderme un fluide purigineux semblable à celui du puleœ penetrans. Ces deux insectes, en effet, ne s'alimentent que de fluides généralement sains; mais il n'en est pas de même des acariens qui vivent aux dépens des matières animales en putréfaction et qui accidentellement attaquent la peau de l'homme et des animaux. Leurs morsures, si légères qu'elles soient, introduisent sous la membrane épidermique, et livrent à l'absorption de la peau, des fluides septiques, qui sous le volume d'un atome peuvent pénétrer dans le torrent de la circulation et devenir, après une période d'incubation plus ou moins prolongée, des causes d'infection générale grave.

Les liquides exsudés à la surface des plaies sont bientôt le siège d'une fermentation putride au contact de l'air extérieur et constituent de véritables poisons ou virus qui, rapidement résorbés par les orifices béants des vaisseaux, vont reproduire dans l'organisme les intoxications chirurgicales, c'est-à-dire l'érysipèle, la phlébite, le phlegmon diffus, l'infection putride ou purulente, les fièvres puerpérale, uréthrale, etc. Tout ce que nos sens possèdent de finesse doit être employé pour étudier ces maladies.

Certaines plaies présentent la complication de l'inoculation d'un venin ou d'une substance virulente. Les abeilles, les guêpes, les frelons, les scorpions, les araignées, sont armés d'aiguillons ou de crochets canaliculés qui déposent dans les

plaies qu ils ibiit un liquide venimeux. A la suite des piqûres des serpents à crochets mobiles, les crotales, l'élaps coralinus, le trigonocéphale, la cuaima, le mapanare, des symptômes locaux se présentent : gonflement et engourdissement des parties blessées, douleur, phlyctènes, coloration vineuse ou verdàtre des parties où le venin a pénétré qui se gangrènent promptement; les symptômes généraux sont : fièvre, nausées, vomissements, sécheresse de la langue, soif ardente, délire, lipothymie, syncopes, sueurs froides, etc. Dans l'inoculation de matière septique, les symptômes sont : engorgement des vaisseaux et ganglions lymphatiques, frisson, fièvre, soif, rougeur de la langue, nausées, vomissements, délire, phénomènes adynamiques et ataxiques.

Les ulcères qui se forment sur la peau des éléphantiques et dont le siège existe principalement sur les pieds et sur les mains, sont des ulcères diathésiques. Ils procèdent d'un état morbide général dû chez ces malades à des diathèses syphilitique et herpétique qui créent dans l'économie des produits albumineux dont elle tend à se débarrasser par sécrétion. L'exhalation cutanée est impuissante à opérer l'élimination de ces produits excrémentitiels que la peau a, de même que toutes les autres membranes, la propriété de sécréter dans les conditions indiquées. La sueur est un liquide limpide, à peine chargé de quelques sels et de lamelles épithéliales. Elle contient peu d'albumine et ne dissout que faiblement cette substance dans un état de demi-consistance. Aussi observe-t-on chez les éléphantiques que ces dépôts albumineux une fois formés augmentent graduellement avec le temps, par l'addition de nouvelles couches, particulièrement dans les régions où les téguments présentent dans leur texture une plus grande épaisseur, par exemple dans le sens de l'extension, et là où la sécrétion cutanée est acide. C'est en efl'et dans ces régions que se présentent le plus habituellement la tuberculisation et aussi l'anesthésie. Toutes deux procèdent de la même cause : l'infiltration albumineuse.

Les régions au contraire où la peau est plus fine, la transpiration plus facile, plus abondante, telles que les régions

internes et antérieures des membres supérieurs et pelviens, sont celles où la tuberculisation et l'anesthésie sont moins prononcées; et enfin, les parties du corps, comme le pli de l'aine et le creux de l'aisselle, où la transpiration est encore plus abondante et rejette une sueur visqueuse pins azotée, plus odorante et alcaline, sont celles où la tuberculisation et l'anesthésie ne se présentent presque jamais.

Les membranes muqueuses qui constituent le tégument intérieur possèdent des propriétés éliminatrices plus énergiques que le tégument extérieur. Rarement, même dans les affections dues aux diathèses syphilitique et herpétique, elles sont envahies, dans les parties dépouillées d'épithélium, par les tubercules, et seulement dans les phases avancées de la maladie. Les muqueuses nasale et buccale, revêtues de la membrane épithéliale, sont atteintes plus fréquemment que les autres muqueuses, mais jamais les tubercules implantés sur ces membranes n'atteignent les proportions des tubercules cutanés, excepté lorsque les tumeurs se développent, non pas sur la muqueuse elle-même, mais dans le tissu cellulaire sousjacent.

Les ulcères cutanés développés dans ces conditions diathésiques présentent généralement un aspect fongueux et fournissent un pus sanieux, mal lié, fétide; ils tendent à s'élargir et entretiennent une suppuration à long terme, l'éfractaire à la cicatrisation. Ces ulcères guérissent rapidement lorsque l'état diathésique chez le malade est avantageusement combattu et diminué ; ils tendent également à la cicatrisation, quand la peau environnante est débarrassée dans une assez grande étendue des fluides albumineux qu'elle contenait. La peau alors se trouve relativement assainie.

J'ai cru devoir entrer dans ces préliminaires qui permettent de mieux apprécier les phénomènes que présentent les différentes phases de la gucrison de l'éléphantiasis.

L'existence des diathèses syphilitique et herpétique, produisant des dépôts d'infiltration album ineuse de la peau et même souvent du tissu cellulaire sous-cutané, entretient dans les ulcères formés dans ces conditions une suppuration à long

terme et réfractaire à l'emploi des meilleurs agents de cicatrisation. Cette cause de retard de la cicatrisation doit être étudiée avec plus de soin qu'on ne l'a fait jusqu'ici.

La tuberculisation n'est pas très difficile à guérir même dans les cas les plus graves. Ce sont les diathèses syphilitique et herpétique qui présentent aux médecins le plus de difficultés.

L'application de l'huile vésicante occasionne pendant les premiers jours l'exsudation d'un fluide albumineux, visqueux, généralement d'un blanc sale, inodore, n'ayant aucune action sur le papier tournesol, se coagulant au contact de quelques gouttes d'acide nitrique; à cette exsudation succède la suppuration des surfaces dépouillées d'épiderme. L'huile de coco avec ou sans addition de quelques gouttes d'acide phénique, dont on enduit les surfaces en suppuration, enlève au pus toute espèce de fétidité. La formation de croûtes épaisses impétigineuses ou dartreuses succède à la suppuration et donne lieu plus tard à la desquamation, laquelle laisse apparaître après la chute des squames une surface d'une couleur plus ou moins rosée recouverte d'un épidémie de nouvelle formation et sans aucune trace de cicatrice. La peau se trouve en voie d'assainissement après avoir rejeté par élimination les dépôts excrémentitiels albumineux qui avaient envahi le tégument externe. Dans les cas où l'état diathésique est très prononcé, l'exsudation des fluides albumineux peut se renouveler deux ou plusieurs fois et donner lieu comme dans les affections dartreuses à la production de nouvelles squames. Ce travail éliminateur ne doit pas être arrêté par l'application de topiques et des fomentations de substances émollientes qui auraient l'inconvénient de s'opposer au rejet hors du tissu cutané des produits morbides. Il faut dans ce cas ne pas entraver intempestivement l'action éliminatrice qui s'opère au bénéfice de l'assainissement de la membrane tégumentaire. C'est du reste le mode d'action obtenu par l'application du nitrate d'argent et des autres escarrotiques sur les surfaces envahies par le mal. Ce genre d'affection ne cède à l'emploi des escarrotiques qu'en rejetant au dehors de la peau le virus dartroux que cette membrane contient. Lorsque les dépôts albumineux sont

partiels et limités, ces affections cèdent facilement à une ou plusieurs cautérisations; mais s'ils proviennent d'une affection diathésique, l'épuration locale même fréquemment renouvelée est impuissante à détruire le mal dans toute son étendue et ne produit qu'un assainissement temporaire, une guérison à terme plus ou moins court, suivie de la réapparition des symptômes qui annoncent la persistance du mal impétigineux. L'exsudation ne constitue pas la maladie en elle-même, elle n'en est qu'un symptôme, une efflorescence qui tend à débarrasser l'économie des germes surabondants de la maladie. Lorsqu'on laisse la nature opérer elle-même cette élimination, elle le fait par l'accumulation successive des produits albumineux sur la surface cutanée. Alors, la moindre cause extérieure, le frottement d'un corps dur, une pression continue, une piqûre d'insecte venimeux, telle que celles des acariens, des tiques, des puces, etc., détermine la tuberculisation et les taches tuberculeuses. C'est un terrain fertile et préparé à l'ensemencement et au développement de tous les germes malsains, soumis à l'action de toutes les causes parasitaires ou non, qui agissent sur la peau, telles que choc, pression, érosion, frottement de corps durs, piqûres d'insectes venimeux, etc., qui deviennent les causes occasionnelles de la tuberculisation cutanée chez les individus affectés de diathèses syphilitique et herpétique. L'action de ces mêmes causes chez les individus qui ne sont pas sous l'infection générale de ces diathèses pourra bien occasionner d'autres accidents, mais ne produira pas la lèpre tuberculeuse; en un mot, tout le monde n'est pas apte à contracter la lèpre.

Les élevures remplies de sérosité qui se présentent chez les éléphantiques surtout aux pieds et dans d'autres parties de la peau où l' infiltration albumineuse est très prononcée, sont le signe d'un état diathésique très avancé. La friction ou la pression de la peau les détermine d'ordinaire.

Les abondantes suppurations causées par les ulcères des tubercules ou plaques tuberculeuses produisent chez certains éléphantiques une sorte de dégorgement, d'élimination des matières viciées (germes parasitaires, monades, reproducteurs),

qui laissent l'enveloppe tégumentairo dans un état rela.tif d'assainissement. Ce travail éliminateur produit par les seuls efforts de la nature et occasionnant la nécrose des os spongieux et la mutilation des doigts et des orteils, indiquait bien aux hommes de l'art le parti avantageux qu'ils auraient pu tirer d'une exsudation habilement dirigée et assainissante sans provoquer la perte d'organes importants. Dans tous les climats, l'ichthyophagie jouait un certain rôle. La lèpre grecque a presque disparu des îles Feroë en moins d'un demi-siècle, depuis que les ha'bitants ont abandonné la pêche et l'usage de la chair de baleine pour s'adonner à la culture qui leur procure une nourriture plus variée. (Bieck.)

Chez l'embryon tous les tissus ont commencé par être du tissu cellulaire. Le tissu cellulaire est susceptible de toutes les transformations selon les fonctions des organes qu'il constitue primitivement. Toutes les altérations morbides peuvent être rapportées à ces deux causes : cessation de fonction, fonction nouvelle.

Tout tissu qui s'atrophie tend à subir la transformation cellulaire, c'est -à dire à rétrograder vers son origine primitive.

L'usage de priser délivre des coryzas ou rhumes de cerveau, non en émoussant la sensibilité de la membrane pituitaire, mais en repoussant l'invasion des acariens.

Le tempérament est le premier pas vers la maladie.

Dans un grand nombre de maladies, l'usage des boissons adoucissantes, le repos, la diète, suffisent pour obtenir la guérison. Le médecin n'éprouve a.ucune inquiétude sur le résultat de ces affections et se préoccupe fort peu par conséquent des causes qui les produisent. Dans le plus grand nombre de cas, l'action des médicaments sur la marche, la durée et la terminaison des maladies est presque nulle.

Les spécifiques sont les agents thérapeutiques qui offrent le plus d'utilité à l'art médical et qui doivent être étudiés avec le plus de soin.

Chez les éléphantiques, les moindres coupures, de simples lésions de la peau, ont une tendance à produire des plaie

sanieuses difficiles à guérir. Il est évident que ce ne sont pas ces légères lésions qui occasionnent la gravité du mal, mais l'état morbide de la peau qui retarde et rend difficile la guérison de ces plaies. La peau malade présente peu de résistance à la désorganisation ulcéreuse.

On observe parfois sur les surfaces en suppuration des boursouflements d'un rouge brunâtre ou des caillots sanguins de la grosseur d'une amande qui sont dus à l'érosion des vaisseaux et qui ne paraissent présenter rien de grave.

L'anesthésie cutanée n'est qu'un des phénomènes de l'éléphantiasis sans constituer la maladie elle-même. Elle se manifeste généralement dans les cas d'absorption de molécules saturnines par la voie cutanée. Leur action stupéfiante sur les houppes nerveuses est bien connue; elle accompagne fréquemment l'atrophie des membranes chez les individus mal guéris de la morsure des serpents à crochets mobiles, ainsi que j'ai eu ' l'occasion de l'observer.

Les nerfs, le cerveau, ne jouissent pas par eux-mêmes de la propriété de sentir. Les nerfs sont les conducteurs des sensations sans posséder de sensibilité propre. La substance cérébrale ne paraît nullement apte à ressentir la douleur, bien qu'elle soit chargée exclusivement de la recevoir. Pour remplir les fonctions d'impression, de transmission et de manifestation de la sensation, les nerfs doivent se conserver dans leur intégrité normale.

C'est à tort qu'on a fait dépendre la paralysie de la peau, chez les éléphantiques, d'un état pathologique des grands centres nerveux et de leurs principales ramifications.

Dans l'origine du mal, et même à une époque avancée, l'insensibilité des téguments est seulement partielle. Elle se trouve fréquemment limitée aux taches tuberculeuses et aux tubercules, et ne peut par conséquent reconnaître qu'une cause superficielle et peu étendue. Ce fait aurait dii appeler l'attention sur la prédominance de ce phénomène d'origine et de siège externes dans cette maladie, et engager à faire des moyens externes la base principale de la méthode curative. On aurait ainsi aplani des difficultés qui deviennent insurmontables en

suivant une voie contraire, et faisant dépendre la médication principalement des moyens internes.

Les extrémités nerveuses qui aboutissent à la peau et qui transmettent au cerveau les impressions et les sensations de cette membrane, sont en partie ou en totalité, dans certaines maladies de la peau et principalement dans l'éléphantiasis, recouvertes de produits albumineux concrètes, et isolées par ces produits excrémentitiels de la trame des tissus. Elles perdent par cette interposition le pouvoir de transmettre les impressions qui portent sur ces tissus, lesquels dans ces conditions peuvent être contusionnés et lacérés, et même brûlés, sans porter au contrôle du cerveau l'impression de l'action désorganisatrice.

La sensibilité éteinte ou assoupie ne dépend pas de la destruction des houppes nerveuses qui n'ont pas cessé d'exister, mais de l'état de torpeur des fonctions qui leur sont départies. Cela est tellement vrai, que lorsque la peau est débarrassée, à l'aide de vésicatoires ou d'autres caustiques, des produits excrémentitiels qui l'ont envahie temporairement, lorsqu'elle s'est épurée, les houppes nerveuses, rendues à leurs rapports physiologiques avec la trame des tissus, reprennent leurs fonctions et deviennent des agents de la motilité, d'excellents conducteurs de la sensibilité. S'il y avait destruction des houppes nerveuses ou, ce qui revient au même, altération de leur organisme, les fonctions de sensibilité et de motilité ne pourraient être rétablies. Ces mêmes fonctions se réveillent au contraire aussitôt que la cause qui en paralysait l'action cesse d'exister. Généralement la sensibilité se rétablit ou même s'exagère après plusieurs applications de caustiques, à moins que l'affection tuberculeuse ne soit très ancienne et n'ait donné lieu à la destruction des ramifications' nerveuses, accident irrémédiable : mais lorsque la paralysie ne provient que de troubles fonctionnels, le mal est guérissable et la sensibilité se rétablit.

C'est un phénomène analogue à l'anesthésie cutanée, c'està-dire une paralysie complète du tégument extérieur, que déterminent chez les chenilles les piqûres des ichneumons qui

instillent, dans le corps de ces victimes, qu'ils préparent pour pâture à leurs larves, un venin qui, sans éteindre la vie, paralyse les mouvements et produit la contraction de leurs pattes, comme le démontre leur cramponnementsur les plantes où l'attaque des ichneumons les a surprises.

La sensibilité cutanée est émoussée, môme dans l'état physiologique, par l'accumulation du tissu adipeux dans le tissu tégumentaire. Dans les cas d'obésité, les filets nerveux, entourés de dépôts graisseux, sont peu impressionnables à l'action des agents extérieurs et ne transmettent au cerveau que des impressions affaiblies. Un phénomène de même nature se produit après les bains très prolongés ; la peau saturée d'humidité présente alors une sensibilité plus obtuse.

L'impression du froid, les progrès de l'âge, diminuent également la sensibilité de la peau.

Lorsque l'innervation cutanée diminue à l'état normal dans les circonstances indiquées, pourquoi s'étonner qu'à la suite d'une accumulation de dépôts albumineux excrémentitiels autour des filets nerveux, il se produise un isolement encore plus complet qui donne lieu à l'anesthésie cutanée? Une fois ces dépôts rejetés par voie d'exsudation, la sensibilité se rétablit au fur et à mesure que la membrane cutanée est ramenée à l'état normal^ par le dégorgement des fluides albumineux qui l'avaient envahie.

Tous les points de la peau ne sont pas doués du même degré de sensibilité.

L'anesthésie musculaire chez les éléphantiques, ainsi que la paralysie par intoxication saturnine, portent principalement sur les extenseurs. L'intoxication saturnine et l'éléphantiasis présentent un groupe de symptômes qui est commun à ces deux maladies : atrophie du tissu graisseux convertissant les éminences théna,r et hypothénar en cavités profondes, ou en méplats; difficulté à opposer le pouce aux autres doigts, à saisir et à assujettir de petits objets; anesthésie cutanée du tact qui ne permet pas au malade de reconnaître s'il tient un petit objet entre le pouce et l'index; chute du poignet; teinte jaune pâle de la peau et des muqueuses apparentes, flaccidité

générale des chairs, anémie des tissns; lisérébleiiàtre, indemne, du bord libre des gencives.

Les sujets atteints de ces paralysies ne sauraient rien assujettir avec force entre le pouce et les fléchisseurs des doigts, ni avoir la conscience, par le tact, qu'ils tiennent un objet de peu de poids entre leurs doigts. Atrophie granuleuse et atrophie graisseuse.

La paralysie de la sensibilité a reçu le nom d'anesthésie. La paralysie du mouvement chez les éléphantiques affecte principalement, comme dans les cas de paralysie saturnine, les extenseurs des pieds et dès mains , d'où résulte la contraction permanente des doigts des mains. Pour ce qui concerne lesdoigts des pieds, cette contraction ne peut s'opérer que très difficilement. Le poids du corps pendant la station et la locomotion supplée en grande partie à l'action des extenseurs; je dis en grande partie, parce que dans l'acte de la locomotion, au moment de la séparation du pied de son point d'appui, les fléchisseurs, dont les tondons s'engagent dans la coulisse du calcanéum, déterminent en se coniractant le mouvement de flexion en bas et en dedans de la pointe du pied : le pied fauche.

L'anesthésie n'est pas chez les lépreux symptomatique d'une altération matérielle des centres nerveux, même à une période assez avancée de la maladie. Elle altère la nutrition des parties affectées et détermine l'atrophie du tissu cellulaire et des bourrelets adipeux situés entre les os du métacarpe et du métatarse. La paralysie du nerf de la septième paire prive les malades de la faculté de siffler. Celle du nerf facial d'un côté du visage frappe d'immobilité les muscles qui relèvent la commissure des lèvres, tandis que le jeu de la physionomie est conservé du côté non paralysé; la paralysie de la bouche qui s'étend à la paupière ne permet pas l'occlusion complète de ces voiles membraneux. L'anesthésie, ainsi que la paralysie du mouvement, ne se présentent pas tout à coup, mais lentement et par degrés.

Il existe dans la science des cas de paralysies étendues qui ne reconnaissent pour origine aucune lésion des centres ner-

veux (Béribéri) : paralysies saturnines, atrophie des membres à la suite d'intoxication occasionnée par le venin des serpents à crochets. Mais dans la plupart des cas la paralysie est une affection symptomatique d'une altération organique des grands centres nerveux. Les paralysies essentielles sont très circonscrites. Cette affection dépend le plus souvent d'une lésion purement fonctionnelle du nerf.

Lorsque la paralysie faciale est complète, tous les muscles qui reçoivent des fflets de la septième paire sont aff'ectés. La paralysie du muscle sourcilier et du frontal détermine l'abaissement du sourcil et son inclinaison à la ligne moyenne; - le même côté du front ne peut se plisser. La paralysie à marche orbiculaire des paupières ne peut compenser l'action de l'élévateur et l'oeil reste ouvert : il y a épiphora. (P. 97.) Les malades exécutent un mouvement de rotation du globe oculaire et cachent sous la voûte orbitaire la cornée transparente.

Souvent la sensibilité est un peu obtuse du côté paralysé. (P. 99.)

La paralysie faciale dépend presque toujours, lorsqu'elle n'est pas précédée d'otite, d'une altération du rocher, ou de la présence d'un tubercule dans l'intérieur de l'oreille. La paralysie faciale peut dépendre de la compression, de l'atrophie ou de la destruction du nerf. Le refroidissement peut la produire en comprimant le nerf à sa sortie du trou stylomastoïdien.

La paralysie de la cinquième paire peut être essentielle. (P. lOL) La perte des sens est presque toujours l'eff'et d'une altération de nutrition ou de sécrétion.

Le sang des éléphantiques, selon l'étude faite, dépourvu de fibrine, contient un grand nombre de cellules irrégulières, assez grandes, remplies de molécules transparentes; sans doute des globules de sang non encore assez développés. En outre, tout le champ du microscope était couvert de molécules limpides, extrêmement ténues, peut-être d'albumine. Les globules du sang ont toujours été plus rares là où les cellules mentionnées se trouvaient en plus grande quantité. (Danielsson et Bieck.) La composition du fluide sanguin est anormale avant même

\o dépôt des éléments morbides dans les tissus. A l'époque des prodromes, le sérum du sang est déjà en trop faible proportion pour l'excès de fibrine, d'albumine surtout; de là des hypérémies, des congestions passives et plus tard ces exsudations qui donnent naissance aux tubercules formés en partie d'albumine et d'un peu de fibrine. Ces éléments, en excès dans le sang, diminuent quand la poussée tuberculeuse s'est faite; mais si le temps d'arrêt dans cette poussée doit être court, il y a bientôt une nouvelle accumulation de ces principes dans le sang, et l'analyse faite à propos pourra annoncer une nouvelle fièvre d'éruption.

Dans la forme anesthésique on trouve une atropbie remarquable du tissu cutané, surtout aux endroits où se forment les cicatrices de pemphigus ou de pustules, atrophie sans altérations de structure, s'il n'y a pas eu ulcération. Il y a aussi atrophie des muscles et d'une partie des tissus graisseux sous-dermiques et intermusculaires. Autour des ulcères, le tissus cellulaire se trouve au contraire épaissi, infiltré, les nerfs qui le parcourent sont gonflés, et les gaines, comme dans la forme tuberculeuse, se trouvent remplies de substance albumineuse. D'après le D"" Carteur, les tubes nerveux sont disjoints et comprimés par le développement d'un tissu à noyau parmi les fibres nerveuses. Quelquefois même leur destruction est complète, mais ces altérations ne s'étendent qu'auxbranches cutanées et ont plusieurs degrés depuis l'altération de quelques tubes seulement jusqu'à la destruction entière des filets. Dans les organes où les tubercules font défaut, nous trouvons des hypertrophies manifestes et des exsudations albumineuses souvent considérables. Ces mêmes exsudations se rencontrent également dans les organes centraux du système nerveux, sur l'arachnoïde, souvent jusqu'aux racines postérieures des nerfs spinaux, sur les membranes spinales épaisses et adhérentes entre elles, sur la moelle épinière devenue très consistante, à la base du cerveau, surtout à l'origine des nerfs des cinquième et septième paires, etc. Lésions nerveuses centrales et périphériques.

Les exsudations albumineuses, en comprimant les nerfs,

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diminuent l'action nerveuse de la stase dans la circulation capillaire des vaisseaux lymphatiques et ralentissent la circulation dans les cordons ganglionnaires. Delà, atonie dans la nutrition et la réparation organiques.

Dans le sang, on reconnaît à peu près la même dyscrasie que dans la forme tuberculeuse, et s'il y a moins d'accumulation d'albumine, c'est que de bonne heure cet élément forme des exsudations considérables de la peau dans les organes et les centres nerveux.

Les lésions sont toutes dépendantes d'une dyscrasie spéciale du sang.

Dans la production de la maladie, quelque chose échappe assurément : C'est la cause première de cette altération si remarquable du sang. Cette altération produit dès le début des désordres que la thérapeutique ne peut pas toujours atteindre.

La lèpre est une maladie toujours une dans son essence, malgré les variétés de forme.

Thérapeutique de la lèpre. — La cautérisation avec l'huile d'anacarde sur les parties affectées de taches tuberculeuses, de tubercules et d'infiltration albumineuse, amène la turgescence de la peau, poussées herpétiques, exsudation abondante d'un fluide filant, visqueux, d'un blanc sale, opalin, qui en se desséchant se concrète en couches épaisses, brunes, jaunâtres ou verdâtres, qui s'exfolient et tombent. En cautérisant les parties malades à plusieurs reprises, on obtient l'assainissement total de la peau par le rejet successif des dépôts excrémentitiels que cette membrane contenait, et la maladie disparaît.

Les tubeîxules, taches tuberculeuses., sont des affections qui reconnaissent pour cause interne les infiltrations albumineuses, et pour causes externes, les piqûres d'insectes, puces, punaises, pulex penetrans, acariens, etc.

Les infiltrations albumineuses sont produites par une cause d'infection générale, par les diathèses syphilitique et herpétique ; les tubercules et taches tul^erculeuses constituent une affection locale.

La peau reprend son aspect naturel; retour de la santé générale. Médication substitutive ou causée par l'irritation.

La poussée provoquée par les cautérisations se limite exclusivement aux parties de la peau envahies par l'acné.

L'action éliminatrice des topiques devient manifeste par l'expulsion do produits excrémentitiels semblables à ceux des affections herpétiques. L'abondance des produits de la poussée est en raison directe de l'intensité de la maladie, de sorte que les transformations et évolutions successi'ves des tubercules et taches tuberculeuses déterminent un assainissement général. Lorsque les cautérisations ne provoquent plus aucune exsudation, la guéri son est obtenue.

La méthode locale expulsive ou épispastique provoque une puissante attraction du dedans au dehors qui, par l'expulsion des matières excrétées, caractérise l'effet des topiques.

La méthode d'expulsion détermine un travail fonctionnel analogue à celui des membranes muqueuses irritées, qui s'observe à la surface du tissu cutané, travail développé à la superficie de la peau par la chute de son épiderme et la turgescence du derme qui donne lieu à l'expulsion de produits albumineux excrémentaires qui décèlent leur nature herpétique par la formation de croûtes dartreuses. Cette série de phénomènes jusqu'ici négligés constitue un ordre tout nouveau d'influences curatives qui méritent d'être prises en grande considération. Cette médication est à la fois inoffensive et efficace; elle n'occasionne d'accidents que si l'on exagère les doses ou qu'on en multiplie imprudemment les applications. Les dermatologistes admettent parmi les causes occasionnelles des affections diathésiques de la peau les émotions morales vives, les chagrins profonds; ces perturbations de l'esprit déterminent la dépression générale des forces, cette grande porte par laquelle entrent toutes les maladies qui assiègent l'organisme. L'enchaînement des troubles fonctionnels digestifs amène un eczéma, un pytiriasis, un ecthyma, un impétigo, etc. Les maladies ne sont pas le produit d'une exubérance de santé, elles n'éclatent qu'à la suite d'un afiaiI)lissementdo l'organisme. Elles sont dues à tout ce que l'organisme malade a de moins approfondi.

La cautérisation avec l'huile de noix d'acajou détermine la séparation de l'épiderme du corps muqueux, son soulèvement. Il contient un fluide filant, d'un blanc sale, de nature albumineuse, qui se concrète en se desséchant et produit des couches squameuses herpétiques, jaunâtres ou brunes, d'une épaisseur variable selon l'état plus ou moins avancé de l'affection cutanée. Lorsque la cautérisation agit plus profondément et atteint le corps muqueux et la surface externe du derme, ces membranes se recouvrent d'une couche albumineuse blanche, étalée en nappe; la suppuration se prolonge et produit des croûtes jaunâtres plus épaisses. Si la peau n'a rejeté que des produits excrémentitiels, sans perte de son tissu propre, elle se recouvre d'un épiderme de nouvelle formation et ne présente aucune trace de cicatrice. Dans le cas où le derme est ulcéré superficiellement, la cicatrisation se fera avec plus de lenteur et présentera des taches blanchâtres peu différentes de la coloration de la peau chez les individus de race blanche, et d'une couleur variable chez les races noires ou indiennes et chez les métis.

La cautérisation débarrasse la peau des germes et parasites qu'elle a détruits et l'assainit de toute la quantité de la couche albumineuse exsudée. Dans le cas où les dépôts albumineux ne seraient pas épuisés par les premières cautérisations, on devra continuer l'emploi de ce moyen jusqu'à obtenir le complet assainissement de cette membrane.

La cautérisation de la peau ne doit être pratiquée que d'une manière très superficielle. Il faut éviter d'ulcérer le chorion sur une surface très étendue, surtout si cette membrane est le siège d'une infiltration albumineuse abondante qui dans ce cas favoriserait sa complète destruction.

A la chute des incrustations croûteuses, la peau prend chez les personnes de race blanche des teintes vineuses ou violacées. Ces teintes blanchissent avec le temps, mais elles sont l'indice, même après la disparition totale des tubercules ou taches tuberculeuses, que la membrane tégumentaire n'est pas totalement débarrassée des germes reproducteurs du mal. On reconnaît que la peau est revenue à l'état sain, lorsqu'elle revêt après la desquamation des teintes rosées.

L'application des liquides caustiques permet de reconnaître, avec plus de sûreté que par l'examen des sens, l'état pathologique de la peau, en provoquant la chute de l'épiderme, avec formation de phlj^ctènes et production d'une exsudation abondante des éléments viciés de la peau sous forme d'un liquide blanchâtre ou de couleur blanche, de consistance albumineuse. Quand on opère la cautérisation avec l'huile d'anacardium, si la peau est saine Tépiderme se détache, mais sans produire d'exsudations croûteuses.

Les cautérisations par la dissolution concentrée de nitrate d'argent déterminent à peine l'intumescence fluxionnaire de la peau; son action ne s'étend pas jusqu'au tissu cellulaire souscutané. Elle est superficielle et présente l'avantage que les dénudations épidermiques qu'elle occasionne se revêtent rapidement d'une couche épidermique de nouvelle formation. Cette propriété d'une rapide cicatrisation fait du nitrate d'argent un agent précieux dans le traitement de l'éléphantiasis , toutes les fois qu'il faut appliquer sur la peau hypertrophiée, sur les tubercules et sur les taches tuberculeuses, un caustique dont l'action soit à la fois superficielle et d'une prompte cicatrisation. Tout ulcère lent à se cicatriser chez les éléphantiques donne lieu à la reproduction des germes morbigènes.

Le peu de profondeur auquel donne lieu la cicatrisation par la dissolution de nitrate d'argent, facilite l'application de ce caustique sur des surfaces assez étendues, sans avoir à redouter un mouvement fébrile réactionnel considérable; et lorsque cette réaction se présente, elle est passagère et n'entraîne aucune complication organique interne.

L'action du nitrate d'argent sur l'épiderme, lorsque la peau est saine, se limite à occasionner une tache noire. La dissolution légère de ce caustique agit de même et n'a aucune action cautérisante sur l'orifice des cryptes sébacées, petites cavités que l'on peut considérer comme revêtues dans l'état physiologique d'un prolongement épidermoïde. Il n'en est pas de même lorsque les parois de ces petites cavités abritent des parasites et sont soumises à un travail d'érosion qui détruit en totalité ou en partie le vernis épidermique qui les recouvrait. La disso-

lution caustique porte alors son action non sur une pellicule cornée insensible, mais sur une trame dénudée, formée de tissu cellulaire, de vaisseaux sanguins et lymphatiques, et de filaments nerveux; ce n'est plus seulement une simple modification que son application occasionne, mais une cautérisatiçn qui se traduit par une exsudation à la surface cautérisée, sensation de douleur, etc. Lorsque l'invasion parasitaire est très étendue et forme des couches superposées (taches tuberculeuses, tubercules) qui abritent un grand nombre de ces insectes et leurs germes reproducteurs, la dissolution affaiblie de nitrate d'argent, en pénétrant dans les cryptes nerveuses, détermine l'ustion superficielle de leurs parois, -la destruction des parasites et germes parasitaires que les cavités abritent, produit l'exsudation purulente ou albumineuse des surfaces cautérisées (élimination hors de l'économie), le dessèchement successif et croûteux de ces produits, leur séparation et la formation d'une nouvelle couche épidermique recouvrant la peau et l'intérieur des cryptes muqueuses assainies et débarrassées des germes parasitaires. La dissolution de nitrate d'argent, outre son action chimique ou cautérisante sur la trame des tissus dénudés de leur épiderme, produit la destruction des parasites et des germes parasitaires, et c'est là, à mon avis, la véritable vertu curative : sublata causa, tollitur effectus.

Cette cautérisation par la dissolution affaiblie de nitrate d'argent détruit la cause du mal, et n'occasionne aux tissus sur lesquels elle est appliquée qu'une lésion légère et superficielle, promptement cicatrisable. Ce caustique, comme la lance fabuleuse d'Achille, est doué de la propriété de guérir les blessures qu'il fait.

Les caustiques tirés du règne végétal, tels que la sève du mancenillier (hippomane), celle du sablier [hura crepitans) et du cotonnier, possèdent une action cautérisante moins limitée; ils pénètrent par imbibition dans l'épaisseur des tissus et étendent leur action jusque dans l'intérieur des couches du derme; ils présentent l'inconvénient d'atteindre indistinctement les tissus sains et ceux qui sont dans un état pa.thologique.

Ma méthode de traitement de l'éléphantiasis éliminant par exsudation successive les éléments excrémentitiels nocifs de la peau, fait rétrograder la maladie vers son point de départ en la faisant repasser par la même série de phénomènes que cette affection a présentés dans son développement morbide; seulement cette marche décroissante de l'éléphantiasis parcourt sa période d'assainissement dans un laps de temps beaucoup plus court que celui de l'évolution du mal.

Chez les individus qui présentent les diathèses herpétique et syphilitique, le traitement préventif doit être mis en usage avant le développement des tubercules et taches tuberculeuses. Ce traitement" consiste dans la soustraction des causes occasionnelles de la maladie. Les malades se soumettent avec répugnance à un ordre de moyens préventifs, parce qu'ils ne croient pas au développement prochain d'affections plus graves.

La peau des individus atteints des diathèses syphilitique et herpétique est irritable parce qu'elle est hypertrophiée ou envahie par des fluides excrémentitiels albumineux.

Des médecins pensent retirer à l'aide de vésicatoires le venin des fièvres malignes; d'autres, exciter les propriétés vitales languissantes. Ils établissent un point de fluxion sécrétoire dont on retire de grands avantages. Plusieurs espèces du genre euphorbe, l'huile de l'anacardium occidental, jouissent de la propriété vésicante. L'ammoniaque est le plus essentiel des vésicants minéraux. On obtient une vésication rapide en appliquant sur la peau des rondelles de linge imbibées d'ammoniaque très concentré. Il faut éviter d'employer des substances qui produisent une escarre plus ou moins profonde. Après que la vésicule s'est déchirée, la sérosité s'écoule et l'épiderme se rapproche du corps muqueux dont il reste séparé par une couche d'albumine concrétée.

L'action de l'air sur les houppes nerveuses du derme réveille leur sensibilité émoussée.

Le pansement de ces surfaces se fait avec des onctions huileuses qui ont l'avantage d'éteindre les douleurs trop vives, et de mettre le derme dénudé à l'abri du contact préjudiciable des insectes, surtout dans les pays chauds où les petits diptères

qui s'attachent à l'homme et à ses plaies sont si importuns. Ces surfaces donnent pendant cinq ou six jours un suintement albumineux qui, lorsqu'il est abondant, se concrète en croûtes plus ou moins épaisses, selon l'état pathologique de la peau. Ces croûtes qui fréquemment sont le siège (à leur point de contact avec l'épiderme de nouvelle formation) d'une démangeaison très vive, se dessèchent et tombent, ou sont exfoliées par les malades qui ne peuvent résister au besoin de les détacher, contre la volonté et les avis du médecin.

Les croûtes se détachant elles-mêmes ne laissent aucun stigmate ni trace de cicatrice à la peau; si leur séparation se fait hâtivement, la peau peut présenter de légères cicatrices qu'il convient d'éviter de produire surtout au visage et chez les jeunes filles, car pour elles le retour de leurs traits à l'état de perfection qu'ils possédaient avant leur maladie, est une des grandes préoccupations de leur esprit. Elles aiment à contempler leur photographie faite à une époque antérieure et plus fortunée de leur existence et demandent fréquemment au médecin qui les soigne, s'il espère leur rendre leur beauté antérieure. Cette espérance les console, elles cessent dans leurs rêves de se contempler avec des masques hideux et effrayants au point de leur arracher des gémissements et des cris. La fin de leurs rêves, comme dit poétiquement Shakspeare, ne les entretient que d'images consolantes et agréables.

Souvent le suintement séreux continue après la chute des premières croûtes. Comme dans les affections dartreuses, de nouveaux épanchements et de nouvelles croûtes se forment, se dessèchent et se détachent, pendant un laps de temps plus ou moins long. Il convient dans ces cas de ne pas laisser à ellemême cette tendance à la guérison. On emploiera des lotions d'eau tiède ou d'eau saumurée. Si la surface dénudée se couvre de couches membraneuses ou albumineuses , on aura alors la certitude que la peau est malade. Si les couches cellulovasculaires du derme végètent et se développent en bourgeons élargis et volumineux, on les réprimera en les saupoudrant de sucre ou d'alun calciné.

Souvent la surface cautérisée devient saignante; de simples

embrocations ou onctions d'huile suffisent pour faire cesser l'exhalation sanguine. Si au contraire l'exhalation est passive, on peut remédier à l'atonie des vaisseaux en les touchant avec le nitrate d'argent. La circonférence de la surface cautérisée tend quelquefois à s'agrandir et à devenir dartreuse, et les ganglions lymphatiques correspondants deviennent souvent tuméfiés et douloureux. Une exhalation séreuse abondante se fait à la surface du corps muqueux; elle détache l'épiderme et détermine la formation d'une vésicule et l'exhalation d'une grande quantité de fluides visqueux, troubles, albumineux. La réaction fébrile est nulle ou presque nulle dans le plus grand nombre des cas, et pour la produire, il faut que des surfaces très étendues soient cautérisées. Cette sécrétion provoquée par un agent thérapeutique amène un dégorgement favorable par l'écoulement de liquide qu'elle détermine. L'anesthésie cutanée n'empêche pas la cautérisation de produire une exhalation albumineuse dont l'abondance est en rapport avec l'activité du caustique et la quantité des dépôts albumineux formés. Généralement les premières cautérisations ne sont pas senties par les malades; mais à mesure que des écoulements successifs ont déterminé la séparation des produits excrémentitiels détenus, et que la peau reprend ses fonctions, les houppes nerveuses deviennent sensibles à l'action cautérisante et au contact de l'air. Alors la sensibilité se rétablit et devient même excessive.

Lorsque l'aflFection tuberculeuse est très avancée, la cautérisation ne doit être pratiquée que sur de petites surfaces et avec des caustiques peu énergiques dans leur action, comme on en use sur les sujets cachectiques ou atteints d'anasarque, chez lesquels la peau profondément altérée dans sa texture cède facilement à la désorganisation et forme des ulcères difficiles à cicatriser. Cet état de choses ne se présente heureusement chez les lépreux qu'à des époques très avancées de la maladie, et il est alors irrémédiable.

Les taches tuberculeuses offrent, aux divers degrés de leur traitement, une exsudation plus ou moins abondante, suivie de croûtes épaisses, de simples squames et d'écaillés.

Les bains quotidiens à saturation chargée de sel commun (hydrochlorate de soude) et contenant une livre et demie de créosen pour 80 bouteilles d'eau salée, sont de très grande utilité. Leur action ne se limite pas à détacher les croûtes et les squames et à nettoyer la peau par le lavage; ils agissent en déterminant un travail éliminatoire, faible il est vrai, mais qui a son degré d'utilité. Ils occasionnent fréquemment, sur les surfaces où persiste l'affection morbide, une coloration érythémateuse, des excoriations avec suintement de sérosité et formation de squames qui favorisent le dégorgement des parties. Ce sont de faibles mais très bons auxiliaires à des traitements plus actifs. Les avantages qu'ils produisent s'obtiennent surtout avec une grande économie de souffrance. C'est au scrotum et sur les autres parties où la peau est très fine que cette médication agit d'une manière plus notable.

L'emploi des remèdes internes énergiques modifie assez fréquemment d'une manière favorable l'affection tuberculeuse. L'intoxication continuée à petites doses, insuffisantes chez le malade pour détruire une forte organisation, affaiblit en partie et diminue la vii^lité et les facultés reproductives des germes élémentaires qui présentent moins de résistance à son action ; mais leur destruction n'étant pas complète par ces moyens insuffisants, il est fréquent de voir ces germes pulluler de nouveau, et, après quelques mois d'amélioration ou d'apparente disparition sous l'action de ces moyens énergiques, le mal se reproduire dans ses conditions antérieures. La tâche du médecin dans ces cas d'éternelles récidives peut être légitimement assimilée aux travaux de Sisyphe.

La médication pour être complète et obtenir un résultat durable doit être interne et externe. C'est surtout la médication externe qui, comme plus énergique et agissant par application directe, peut réaliser la destruction totale des germes; aussi est-elle à la fois la plus importante et la plus efficace.

L'application de la dissolution de nitrate d'argent offre un moyen de diagnostic très facile et d'une grande exactitude que l'on ne doit jamais négliger pour reconnaître les moindres indices d'une affection aussi grave.

Dans un cas, une application du caustique huileux fut faite dix jours après la première cautérisation avec la solution de nitrate. Elle comprit les deux oreilles, les joues, le menton et le nez. L'exsudation se fit sur ces parties, mais moins abondante, avec gonflement beaucoup moins prononcé des parties molles, et formation de croûtes impétigineuses moins épaisses. Aucun mouvement fébrile ni altération dans les fonctions digestives. L'appétit est bon.

J'ai eu le regret, pendant mon séjour à Cumanâ, de ne pouvoir complètement employer ma méthode curative de la lèpre contre les affections scrofuleuses. Je fus appelé à prêter mon assistance à une demoiselle atteinte depuis son enfance de cette affection . Je trouvai les glandes du cou très prononcées et formant un cordon noueux très saillant dans la région cervicale du côté droit, dans l'intervalle compris entre le sterno-cléido-mastoïdien et le bord du trapèze cervical, au point de gêner et même de rendre impossible tout mouvement de flexion latérale de cette partie; les glandes du côté gauche engorgées ne présentaient de saillies que sous la pression des doigts. J'appliquai le caustique huileux sur les régions malades à deux reprises avec un intervalle de douze jours. Dans les deux cas il y eut exsudation des parties malades, plus prononcée du côté droit, formation de croûtes impétigineuses et diminution considérable dans le volume et l'état d'induration des glandes. Une petite toux sèche dont la malade était fréquemment incommodée disparut presque entièrement. Cette demoiselle, à laquelle un médecin de Bolivar, lieu de sa résidence, avait prescrit les bains de mer, avait fait le voyage à Cumanâ pour les prendre. Je ne la traitai qu'accidentellement de son afl'ection scrofuleuse. Aussitôt qu'elle se trouva mieux, elle se soumit au régime des bains qui lui avaient été prescrits, mais dont elle ne retira aucun avantage. Je regrette que la rareté de cette affection dans ces climats ne m'ait pas fourni un plus grand nombre de sujets d'étude.

La dissolution de nitrate d'argent, appliquée sur le tronc, les bras et les jambes du coolie Louis Guianapa, n'a produit aucune sensation de douleur ou d'ardeur, sauf quelques points

épars à grande distance les uns des autres, où les germes reproducteurs de l'éléphantiasis se présentaient dans un état élémentaire, limités aux faibles dimensions d'une tête d'épingle.' Dans ces conditions, ces petits tubercules disparaissent promptement sous l'action de la moindre cautérisation. Sur tous les points où la peau est saine, cette membrane ne subit aucune autre modification, si ce n'est parfois l'exfoliation de l'épiderme en couches très minces. La cautérisation avec la dissolution de nitrate d'argent permet d'une manière sûre de juger de l'état de salubrité de l'enveloppe tégumentaire. C'est en quelque sorte la pierre de touche qui fait rencontrer avec certitude les points malades ou prédisposés à l'être. Lorsque le mal s'étend jusqu'à la couche pigmentaire, l'application de la dissolution de nitrate détermine l'exsudation des globules de ce tissu, d'une manière plus ou moins complète, mais toujours dans des proportions suffisantes pour produire une altération dans la coloration, laquelle devient blanchâtre chez les individus de race noire et coolie, rosée chez les' individus de race blanche, et d'un rouge cuivreux chez ceux de race indienne ou indigène. Du reste, cette altération de la couleur de la couche pigmentaire n'est que temporaire. Ces couches reprennent avec l'exercice de leurs fonctions normales leur coloration primitive, même dans les cas si fréquents d'alopécie qui se rencontre sur les taches tuberculeuses des sourcils et des autres parties du corps où la peau est revêtue de poils. J'ai observé plusieurs fois que des poils soyeux et fins repoussaient sur ces surfaces après la guérison des taches tuberculeuses. On ne peut expliquer cette singularité qu'en admettant le rétablissement à l'état normal des bulbes pilifères persistants et non entièrement détruits par l'affection tuberculeuse.

Le suc laiteux de quelques plantes de la famille des euphorbiacées, du mancenillier, de Vasclepias gigantea, produit la vésication de la peau.

La disparition soit spontanée, soit obtenue par l'art, des affections cutanées peut occasionner dans l'économie des accidents graves qui disparaissent par la reproduction de ces affections dans leur siège primitif. La théorie des répercussions réclame encore des éclaircissements.

Les modifications que j'ai introduites dans le traitement me permettent d'obtenir une guérison plus prompte. Ce n'est pas sans doute un faible avantage pour le malade et le médecin. Le mieux se manifeste dès la seconde semaine du traitement : les malades sont les premiers à le reconnaître ; ils observent avec joie et reconnaissent ces phases d'amélioration qui se présentent; ils en font l'objet continuel de leur conversation, après avoir eu longtemps le coeur fermé; ils le savourent comme un fruit désiré et dont ils obtiennent enfin la possession. Loin de se soumettre à leur traitement avec répugnance, ils sont les premiers à réclamer l'application des remèdes. Avec la confiance, se développe chez eux le besoin irrésistible de se débarrasser promptement du mal. Ils tiennent peu de compte des incommodités et de la souff'rance; l'instinct qui les domine est celui de la guérison. Ce n'est pas ici seulement le mal physique qui cède sous l'influence des procédés de la science, c'est un être moral qui renaît à l'espérance, la plus douce comme la plus durable consolation de la vie.

Dans les cas graves, l'hypertrophie presque générale des tissus tégumentaires , cause prédisposante qui favorise si puissamment l'inoculation du virus tuberculeux, est fréquemment modifiée par les applications locales un peu étendues, non seulement sur les points de contact, mais encore à distance, là où le remède n'a point touché; d'où il résulte que les premières applications sont celles qui développent les exsudations les plus abondantes et par conséquent les croûtes impétigineuses les plus épaisses. Le même remède, appliqué à une phase déjà avancée du traitement, sur des surfaces non encore entamées, ne produit que des exsudations peu abondantes et des croûtes moins épaisses. Sous l'action des premières applications, les tissus tégumentaires sont modifiés favorablement et présentent moins de résistance à la disparition du mal lorsqu'ils sont attaqués directement à leur tour. Il résulte de ce fait qu'il convient presque toujours de commencer le traitement extérieur sur les points du corps qui sont moins exposés à la vue, du moins chez les individus de la race nègre et coolie, ou les métis de ces deux races.

Fréquemment les premières applications portent leur action non seulement sur l'épiderme, mais aussi sur le tissu tégumentaire. L'exsudation se fait alors aux dépens des tumeurs infiltrées, y compris les globules du pigmentum; et la peau, après le détachement des croûtes et la guérison, présente sur ces points une altération de la coloration habituelle, une teinte blanchâtre qui résulte de la disparition de l'élément pigmentaire. C'est surtout chez le nègre qu'on observe cette décoloration. Chez les individus de la race blanche ou indienne, l'épiderme n'est pas modifié sensiblement dans sa couleur ou il prend une teinte rosée. C^s conditions peuvent être négligées dans la pratique, mais il importe dans les indications théoriques de tenir compte de ces aperçus de détail. A mesure que j'avance dans mes recherches sur l'éléphantiasis, se présentent de nouveaux points de vue, quelques-uns encore inexplicables. Chez le jeune coolie dont nous parlons plus haut, l'application externe du remède a produit, sur les taches tuberculeuses des oreilles, du visage et du cou, une exsudation abondante devenue croûte use par dessèchement. Ces mêmes applications n'ont occasionné aucune altération sur les parties qui ne présentaient aucune tache tuberculeuse ni hypertrophie dans les tissus. Le médecin ne doit se fier ni à la vue ni au toucher pour reconnaître l'état morbide des téguments. Les taches tuberculeuses ont diminué d'épaisseur dans des proportions qu'il serait difficile de définir, mais qui sont très sensibles à la vue ; la sensibilité est rétablie, un nouvel épiderme se forme et couvre toute la surface dénudée, etc., etc.

Le fluide ichoreuxqui s'écoule de ces surfaces en suppuration produit quelquefois, par son contact sur des parties en apparence saines, l'excoriation de la peau.

Lorsque l'exsudation se termine par une simple exfoliation épidermique, l'affection tuberculeuse est détruite; la peau, revenue à ses conditions normales, reprend ses fonctions.

L'épiderme n'est pas épaissi; celui de nouvelle formation est plus fin, moins résistant. Les ganglions de la nuque et des régions parotidiennes sont très tuméfiés, humides, fluents, squameux et furfuracés.

La peau débarrassée des squames paraît luisante, et provoque la chute des poils.

Les changements survenus dans l'organisation de la peau des vieillards, les rendent peu susceptibles d'être atteints de cette maladie.

Les surfaces malades se couvrent d'une couche épidermique mince, conservent pendant quelque temps une couleur rosée comme érythémateuse et finissent par être le siège d'une desquamation furfuracée; les sourcils se dégarnissent de poils.

C© balancement des inflammations intérieures et extérieures est bien digne de fixer l'attention des pçithologistes et des thérapeutistes.

Lorsque la sécrétion est abondante, il peut survenir du dévoiement. Les follicules cutanés sont le siège primitif des taches tuberculeuses.

Chez les enfants les follicules sont nombreux et développés ; chez les vieillards, ils le sont moins.

On n'observe pas les plaques tuberculeuses à la paume de la main et à la plante des pieds.

Il existe entre les maladies de la peau des différences qui doivent être étudiées ailleurs que dans les éléments anatomiques qu'elles affectent.

Les taches tuberculeuses peuvent se montrer simultanément ou successivement sur la surface cutanée. Elles se développent de préférence sur les régions où les follicules mucipares sont nombreux et développés : aux oreilles, aux ailes du nez, sur les joues, au menton, la région sourcilière, le cou, la région externe des membres supérieurs et inférieurs, les pieds, les mains, les fesses où leur épaisseur est d'ordinaire considérable, les coudes et les genoux; chez l'homme sur le prépuce et le scrotum.

Les tubercules envahissent fréquemment l'intérieur de la bouche et des fosses nasales; des lamelles d'épiderme très minces se détachent.

Sous l'application de la solution faible de nitrate d'argent la peau présente souvent, vingt-quatre heures après l'application du remède, une multitude de petites élevures semi-globuleuses

de la grosseur d'une tête d'épingle donnant à cette membrane l'aspect d'une peau de chagrin ou du tégument de la raie. Ces point soulevés sont dus à la tuméfaction des follicules qui contiennent une matière purulente que la pression rejette en petits jets hors des pores qui la contiennent, comme les jets d'huile essentielle que l'on obtient de l'expression du zeste de l'orange.

Dans les cas où les plaques tuberculeuses sont très épaisses et requièrent l'application d'une solution de nitrate d'argent plus concentrée, il se forme, après un temps qui varie de douze à trente-six heures, à compter de l'application du remède, des phlyctènes avec soulèvement huileux de l'épiderme, qui en se déchirant laissent couler en abondance un liquide blanchâtre, trouble, présentant l'aspect du pus qui s'écoule des abcès par congestion.

L'exsudation de ce liquide continue à se faire et forme une croûte plus ou moins épaisse par dessiccation. Ces croûtes se détachent et laissent la peau qu'elles recouvraient modifiée favorablement.

Le thérapeutiste agira prudemment en continuant l'usage des embrocations huileuses le soir quelque temps après la disparition des taches tuberculeuses. Les applications de dissolution du nitrate d'argent sur le visage sont rapidement suivies de phlyctènes et occasionnent de l'odeur dans le principe et plus tard de vives douleurs dues à la grande quantité de nerfs qui se distribuent dans cette région. La cautérisation du prépuce et du scrotum est également très douloureuse en raison de l'extrême sensibilité de ces parties.

Ces phlyctènes donnent issue à ua fluide laiteux qui se concrète et se transforme en croûtes épaisses, jaunâtres, etc. Les croûtes n'exhalent aucune odeur, ce qui est dû à l'action même des remèdes qui les occasionnent et aux embrocations huileuses aromatiques qui permettent leur dessèchement sans les laisser envahir par la fermentation putride.

La vésication obtenue au moyen des cautérisations opérées avec les sels métalliques se cicatrise avec rapidité. L'action de la dissolution de nitrate d'argent sur la peau, qui détermine

d'abord une sensation de chaleur et d'ardeur, ne tarde pas à causer une vive douleur. L'épiderme se soulève et laisse écouler par déchirement un liquide de couleur louche, blanchâtre; l'action du caustique se communique à toute la peau et s'étend jusqu'au tissu cellulaire sous-jacent. Du là, rougeur, tuméfaction et suintement du derme qui se débarrasse, en totalité ou par couches les plus superficielles, des germes et fluides morbides qu'il renferme.

Il peut arriver, bien qu'exceptionnellement, que l'éruption variolique chez un lépreux détermine, par la suppuration et la desquamation des taches tuberculeuses, dans le cercle d'action des pustules, une amélioration considérable dans l'état du malade, et même, dans des cas peu avancés, la guérison. Également les éruptions érysipélateuses sont favorables. La suppuration pathologique détermine dans ce cas une épuration de la peau, analogue à celle-obtenue par l'agent thérapeutique chez les lépreux.

Toutes les localités ne se prêtent pas aussi favorablement au traitement de la lèpre : les lieux humides, marécageux, privés de ventilation, les endroits où pullulent les mouches domestiques et beaucoup d'autres petits diptères qui enveniment les croûtes et les plaies par leur contact ou y déposent des germes de propagation ou d'infection.

Le médecin doit surtout considérer dans les maladies les circonstances qui éclairent la méthode de traitement. La science du diagnostic est relativement moins avancée que celle de la thérapeutique. Le diagnostic, dans l'état actuel de la science, n'est guère que la connaissance des groupes de phénomènes qui permet de reconnaître et de différencier entre elles des afl'ections que nous sommes convenus d'appeler pulmonies, furoncles, érysipèles, charbon, pustules malignes, etc. Ce diagnostic est exact quand à la connaissance des maladies dans leurs symptômes ou leur expression qui tombe sous les sens; mais cette connaissance est très incomplète et ne présente que des indications incertaines pour arriver à la méthode curative, si les causes de la maladie, son étiologie, ne sont pas connues.

Comme complication accidentelle, les tubercules s'observent depuis la grosseur d'une tête d'épingle à celle d'un noyau de cerise, très saillants, d'un rouge brun, se touchant par leurs base, réunis en groupe sur des surfaces très étendues, développés sur le visage, le cou, les membre's supérieurs et inférieurs qui en sont couverts, la poitrine, le dos et les fesses. Sur le tronc et les fesses, les lubercules, plus disséminés, laissent apercevoir dans leurs intervalles une peau d'un blanc sale, siège d'un engorgement indolent consistant dans des produits excrémentitiels albumineux. Ces produits sont retenus dans le tissu dermoïde et quelquefois même dans le tissu cellulaire sous-jacent, encrassent les parties qu'ils distendent, diminuent ou suppriment les fonctions d'absorption et d'exhalation de la peau; interposés comme un élément inerte autour des filaments nerveux, ils les isolent de la trame des tissus dont ils éteignent la sensibilité. Cette paralysie, diminution ou parfois même extinction de la sensibilité et de la motilité, n'a pas son point de départ dans les grands centres nerveux, mais procède de la périphérie des houppes nerveuses et ne gagne que lentement et progressivement les rameaux et les branches nerveuses bien plus profondément situés. La peau épaissie et congestionnée de fluides albumineux excrémentitiels se trouve formée en partie de tissus organiques et en partie de produits inorganiques. De là l'altération profonde dans ses fonctions d'innervation, de circulation et de sécrétion; de là, diminution ou cessation de la sensibilité, changement de coloration, etc. Aussi, est-il facile, en obtenant le rejet, l'excrétion de ces dépôts, de rétablir complètement, ou du moins (dans les cas les plus favorables) dans des proportions toujours notables, la sensibilité et la motilité des tissus envahis par la maladie. La peau ne subit, dans ce cas, aucune décomposition, aucune perte de ses éléments constitutifs ; le traitement consiste dans une simple épuration de tluides malsains, dans un nettoiement de ses tissus. Après cette épuration la membrane tégumentaire reprend ses fonctions absorbantes, les poils poussent, la sensibilité est rétablie, etc.

Les érysipèles qui se développèrent sur la peau des éléphan

tiques Charles et Esteven et qui déterminèrent un état fébrile très prononcé avec céphalalgie et courbature, après avoir occasionné un gonflement prononcé de la peau avec endurcissement très douloureux, après leur disparition provoquèrent une modification favorable; les tubercules s'affaissèrent considérablement et la peau devint pendant plusieurs jours le siège d'une diaphorèse assez abondante pour incommoder le malade pendant la nuit. Ces sueurs abondantes modifièrent la peau dans toute son étendue. A leur suite, elle devint plus souple et moins épaisse.

Le sulfate de quinine favorise la diaphorèse ; il a été employé par moi avec succès chez les lépreux pour déterminer ces sueurs critiques.

L'infection générale doit être prise en considération dans les règles de traitement de cétte maladie. Le traitement doit être aidé par une médication générale qui modifie la constitution : sans la simultanéité de ces deux moyens, le mal ne pourra être vaincu qu'en partie, au lieu de l'être d'une manière complète.

Il faut détruire les excrétions de la peau, comme elles se sont formées, couche par couche, évitant d'atteindre la peau profondément et d'en désorganiser les tissus. Ce sont les couches excrémentitielles qu'il faut détruire et non la membrane tégumentaire qui s'assainira et reprendra ses fonctions normales après cette épuration, ce nettoiement.

Dans le règne organique, en général les dépôts albumineux excrémentitiels favorisent les phénomènes de fermentation et développent des germes reproducteurs. Les acides qui ont la propriété de coaguler et rendre plus compact ce plasma albumineux doivent être écartés du traitement. Cette vérité a été entrevue par plusieurs médecins comme fait d'observation.

Les hommes et les femmes atteints d'éléphantiasis doivent être traités dans des hôpitaux spéciaux, où ne seront admis que des individus d'un même sexe, pour ne pas donner lieu à des désordres faciles à prévoir.

Le service des salles d'hommes et celui des salles de femmes sera fait par des infirmiers de leur sexe : ainsi l'exige le

traitement qui, portant successivement sur toutes les parties du corps, oblige le malade de maintenir à découvert les régions cautérisées.

Aucune boisson alcoolique ne sera permise au malade, à l'exception d'un peu de vin et de la bière dans les cas d'anémie.

Les établissements pour les lépreux doivent être divisés en compartiments destinés à contenir trois malades chaque.

Les deux médications, interne et externe, doivent être commencées en même temps.

Le sublimé corrosif à la dose de 1/1500 de grain le matin et le soir doit être pris dans un demi-verre d'eau sucrée tiède.

Les noix d'acajou doivent être employées à l'état de maturité.

L'huile vésicante est contenue dans les alvéoles du péricarpe. L'amande comestible et la pellicule sèche qui l'enveloppe doivent être rejetées comme. substances inertes.

On doit employer assez d'alcool pour noyer la pâte huileuse, et même en excès; laisser macérer le tout au soleil pendant deux jours, renfermer cette pâte dans un sac de toile, la soumettre à une forte pression, recueillir l'alcoolat huileux séparé par la pression dans une terrine, le soumettre à l'action des rayons solaires, recueillir avec une cuiller les pellicules huileuses qui se concrètent et ne tardent pas à surnager à la surface du liquide, et verser cette huile dans un flacon à large ouverture. L'huile obtenue de cette façon sera très pure et très caustique. Si l'on recueille avec elle une partie alcoolique, son action sera moins énergique et même pourra devenir nulle. Il faut employer de préférence la dissolution de nitrate obtenue en mettant une quantité en excès d'argent monnayé dans l'acide nitrique pur. 11 faut se familiariser avec le traitement en ne touchant au commencement qu'un petit nombre de tubercules à la fois; plus tard le médecin deviendra plus hardi. Il faut d'ailleurs accoutumer l'organisme à l'action des caustiques, suspendre la cautérisation pour deux ou trois jours dans les cas de réaction fébrile et de diarthée, combattre ces complications en administrant des antipériodiques et des toniques; le sulfate de quinine à la dose de huit grains par jour répond à ces deux indications ; pendant l'administration de

ce remède, toute autre médication interne doit être suspendue. Les cas de dysenterie qui peuvent se présenter pendant le traitement comme maladie intermittente doivent être traités par la méthode du D"^ Pétra unie à l'application du sulfate de quinine à la dose de cinq grains le matin et cinq le soir.

Les complications d'angine, quelle que soit leur nature, depuis les plus légères jusqu'aux plus graves, doivent être traitées par l'application, matin et soir, d'un plumasseau trempé dans l'huile essentielle pure d'orange on de citron, sur les parties atteintes de l'atfection locale; l'infection ou la réaction générale devra être concurremment attaquée par la quinine, les purgatifs, et même un ou deux vomitifs lorsque la langue indique un état saburral.

On peut commencer indifféremment par l'un ou l'autre caustique. Dans ma pratique actuelle, je donne la préférence à l'huile de noix d'acajou pour presque toutes les cautérisations que je fais, réservant la cautérisation par le nitrate d'argent pour les tubercules très développés des pieds, des fesses et des coudes.

Le traitement doit être proportionné à la susceptibilité et à la constitution du malade, surtout dans le principe. Les parties les plus sensibles sont: le visage, le cou, le ventre, la poitrine, le dos et les parties génitales.

Les onctions d'huile de coco doivent être faites sur tout le corps, excepté sur les surfaces qui ont été récemment cautérisées.

Vingt-quatre heures après l'application du caustique, les parties cautérisées doivent être enduites d'huile de coco ; mais la cautérisation ne doit jamais être répétée sur une surface qui a été déjà touchée. Il faut attendre, avant de renouveler cette opération, que la desquamation des croûtes herpétiques soit complète, et que la peau soit revêtue d'un épiderme de nouvelle formation.

Les caustiques doivent être employés en couches légères dans le principe, de manière à amener l'exsudation des produits albumineux excrémentitiels , mais sans occasionner de cicatrices, surtout au visage. Il faut imiter les procédés de la

nature dans l'exsudation de la matière dartreuse qui s'opère généralement sans causer l'ulcération profonde du derme, et qui, par suite, ne laisse à la chute des squames aucune trace de cicatrice cutanée.

Après la desquamation des croûtes, les surfaces précédemment cautérisées pourront l'être de nouveau .

Le pinceau qui servira à appliquer un caustique doit être pur de toute autre substance.

Le bicarbonate de soude a dans l'éléphantiasis une action antiplasique pour modifier l'état d'infiltration albumineuse diathésique qui existe dans la membrane tégumentaire; seulement cette modification opérée par les alcalins ne se produit que sous l'influence d'une application lente et prolongée du remède.

La nature tend à la guérison. La médication cautérisante vésicante, en débarrassant le tissu cutané des infiltrations albumineuses excrémentitielles, la rapproche d'abord, et la ramène plus tard à l'activité des fonctions nouvelles. Le rôle du médecin consiste alors à prêter son aide aux efforts de l'organisme pour le délivrer de ces produits encombrants.

Déjà, depuis longtemps, les taches tuberculeuses et les tubercules auront disparu sous l'empire de la médication externe, que l'affection diathésique plus tenace persistera.

Minister naturœ et intey^'pres. La malignité du venin détermine la malignité du mal. (Sydenham.) La malignité du venin dépend de la constitution particulière des individus, suivant l'opinion de Stell et des épidémiographes.

Les produits albumineux excrémentitiels accumulés dans les tissus tégumentaires par suite d'une disposition diathésique de l'économie, séjournent en plus ou moins grande abondance et pendant un temps plus ou moins long, sans s'épanouir au dehors par aucune efflorescence ; ce sont alors des germes latents, dont aucune manifestation extérieure ne fait soupçonner l'existence; un état pathologique latent qui trouble, il est vrai, les fonctions d'exhalation et de sécrétion de la membrane cutanée, mais sans manifestation notable, sans symptômes perceptibles. Si pendant un semblable état l'appareil cutané est

surexcité par des causes externes, élévation de température, choc, pression, frottement, excoration, piqûres d'insectes, etc., l'état pathologique de la peau se manifeste extérieurement par l'apparition d'efflorescences ou de phénomènes morbides. Ces manifestations deviennent patentes et décèlent un état pathologique ignoré du malade et du praticien. La même apparition du mal peut également se montrer sous l'empire des boissons excitantes, de médicaments actifs et d'aliments stimulants, enfin de toutes les causes internes qui sont de nature à provoquer l'élimination complète de ces produits, causes qui agissent du centre à la périphérie et déterminent de véritables poussées de ces produits morbides ou excrémentitiels. Le médecin doit retirer un utile enseignement de ces manifestations du mal sous l'influence de leurs causes occasionnelles ; elles lui découvrent l'existence d'une disposition maladive prête à faire explosion dans des organes en apparence sains, ce qui lui permet de combattre cette disposition fâcheuse avant sa période d'éclosion. Ces agents révélateurs du mal qui existe sont des aides précieux; ils font connaître le siège, le degré de développement et la nature du mal. Ces données acquises, il est facile dès lors au médecin de traiter les affections et de se prémunir contre leur évolution ultérieure et contre les surprises d'une attaque inattendue.

J'entrevois que ma méthode de médication externe pourra s'appliquer utilement à combattre les diathèses prédisposantes à la phtisie pulmonaire et surtout les engorgements lymphatiques des glandes du cou et du pli de l'aine, qui précèdent fréquemment et à longue date le développement de l'affection tuberculeuse des poumons. Je ne puis tout embrasser; mon travail spécial sur l'éléphantiasis absorbe tout mon temps et ne me laisse aucun loisir pour m'occuper d'autres recherches. Il me manque une collaboration que j'appelle de tous mes vœux et que je n'ai pu encore rencontrer.

La destruction des tubercules et taches tuberculeuses de l'éléphantiasis, pour complète qu'elle soit, ne constitue pas par elle-même la guérison de cette grave maladie. Ce résultat est généralement facile à obtenir par la méthode que j'emploie;

la plus grande difficulté consiste à détruire l'affection diathésique, afin de n'avoir pas à redouter les rechutes. Aussi les éléphantiques, une fois débarrassés des efflorescences qui constituent le caractère apparent de l'éléphantiasis , doiventils continuer pendant plusieurs mois encore leur traitement, afin de se libérer des affections constitutionnelles plus difficiles à guérir que la tuberculisation elle-même. C'est pour avoir méconnu ce fait important que l'art médical n'a pu maîtriser cette maladie.

Prescriptions hygiéniques. — Les personnes guéries de ladrerie, éléphantiasis des Grecs, feront usage d'une nourriture saine, peu condimentée, telle que viande fraîche de boucherie, poisson frais, volailles, œufs, laitage, légumes.

Elles s'abstiendront de la viande de porc, des viandes et poissons salés ou fumés, de fromage, de beurre salé, de fruits et de boissons fermentées.

Elles se serviront pour dormir d'un hamac ou d'un cadre qui devront être élevés à plus d'un mètre au-dessus du sol, sans garniture de matelas, d'oreillers ou traversins, et pourvus de moustiquaires. La toile du cadre ou du hamac sera lavée deux fois par mois. Le cadre sera placé à quelque distance des meubles et cloisons de l'appartement. Les soins d'une grande propreté sont indispensables. Pour remplacer les oreillers, on se servira d'un ou deux draps pliés en plusieurs doubles.

Elles useront des vêtements en toile ou en coton, susceptibles d'être lavés, et éviteront d'employer des vêtements de laine.

Elles prendront deux fois par semaine des bains d'eau tiède, après s'être frotté le corps avec le savon noir ou savon à base de potasse.

Elles éviteront les bains frais, ceux des rivières dont les rives sont ombragées, ou dont les eaux sont dormantes, ainsi que les bains de mer sur les plages dont les eaux sont basses et les fonds fangeux.

Elles se frictionneront la peau avant de se coucher, ou aussi fréquemment qu'elles pourront le faire, avec de l'huile de coco aromatisée au moyen d'une résine quelconque, ou simplement

avec une petite quantité d'huile de térébenthine. Ces embrocations huileuses se répéteront tous les jours, si les moyens de la personne le lui permettent.

Elles s'abstiendront de toucher les viandes et poissons salés, détériorés ou corrompus, les farines avariées, les substances moisies, les eaux bourbeuses ou corrompues, et éviteront la fréquentation des individus atteints de la gale.

Mesures préservatrices contre les tubercules. — Les individus qui sont disposés par leur constitution à contracter les tubercules doivent habiter un local bien aéré, tenu avec une grande propreté, éloigné s'il est possible des flaques d'eaux croupissantes, des réservoirs boueux, des marécages, des dépôts de matières animales en décomposition.

Ils feront usage de moustiquaires pour se garantir pendant la nuit des piqûres d'insectes et particulièrement de celles des tipulaires.

Ils pratiqueront, chaque soir avant de se coucher, des onctions huileuses sur la peau. Cette mesure hygiénique instinctivement mise en usage chez les peuples primitifs est un excellent moyen prophylactique contre les affections cutanées.

Ils feront usage habituellement de bains avec friction préalable de savon sur toutes les parties du tégument externe.

Leur nourriture devra être saine et suffisamment abondante.

Dernière pensée du D' Louis-Daniel Beauperlhuy, lorsque la mort vint le surprendre.

La tâche que je me suis imposée est considérable et porte sur l'étude des maladies qui constituent en quelque sorte la pathologie tout entière : c'est l'examen de tous les tissus de l'économie à l'état pathologique; non l'étude des masses, mais des éléments en quelque sorte atomiques qui seuls, selon moi, peuvent en révéler la nature entière. Mes investigations doivent embrasser depuis l'étude de l'épiderme souvent hypertrophié des lépreux jusqu'à celle des houppes nerveuses et des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Un plan aussi vaste, une entreprise aussi gigantesque surpassent l'activité intellectuelle d'un seul homme.

Nota. — Depuis l'année 4867, le D^^ Louis-Daniel Beauperlhuy, appuyé sur ses nombreuses observations, a fait diverses publications dans la Gazette officielle de Cumanâ sur le traitement de l'éléphantiasis. Par suite de la mort qui le surprit en 1871, à Demerara, il n'eut pas le temps de compléter ses découvertes sur cette horrible maladie.

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