‹ Travaux scientifiques de Louis-Daniel Beauperthuy [electronic resource]Chapitre 6 sur 7 · VA · texte numérisé non relu

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la lièvre jaune atteignit-elle un degré de malignité peu commun. L'épidémie s'étendit sur les Indiens comme sur les Européens, sans distinction de classes. Les nègres eux-mêmes ne lurent pas exemptés. Elle atteignait depuis les enfants de quatre ans jusqu'aux hommes de l'âge le plus avancé; M. Manuel Artiz, vieillard presque centenaire, fut attaqué du typhus amaril. Je lui assurai qu'il accomplirait le siècle, et j'eus le bonheur de lui tenir parole.

Dans la mission que j'avais à remplir, j'apportais le fruit de quatorze années d'observations faites au microscope sur les altérations du sang et des autres fluides de l'économie animale dans les fièvres de tous les types.

Ces observations, faites dans les régions équinoxiales et intertropicales, me furent d'un grand secours pour reconnaître la cause de la fièvre jaune, et les moyens propres à combattre y cette terrible maladie. Quant à mes travaux sur î'étiologie de la fièvre jaune, je m'abstiendrai pour le moment de les livrer à la publicité. Mes recherches à cet égard font partie d'un \ grand travail, dont les résultats offrent des faits tellement 1 nouveaux, et si éloignés des doctrines reçues, que je ne dois pas les présenter à la publicité sans apporter à leur appui les démonstrations les plus évidentes. Du reste, j'envoie à / l'Académie des sciences de Paris une lettre scellée qui renferme ' le résumé des observations que j'ai faites jusqu'ici, et dont le but est de m'assurer à toute éventualité la priorité de mes découvertes sur la cause des fièvres en général. Quant à la méthode curative que j'ai employée et qui a également réussi sur les Européens et sur les indigènes atteints de la fièvre jaune, je ne crains pas de la publier. Ces faits sont faciles à observer et tout médecin intelligent et de bonne foi qui usera, sans restriction, de mes préceptes contre le typhus amaril, obtiendra les résultats que j'ai obtenus moi-même.

A part un grand nombre de fièvres bilieuses, intermittentes et rémittentes, que j'ai eu à traiter pendant l'invasion de la fièvre jaune et qui forment toujours un cortège nombreux à cette affection, j'ai eu à soigner 392 cas bien constatés de typhus amaril. Sur ce nombre, je n'ai eu à déplorer que sept

cas de mort. Généralement, les malades ont été guéris dans la courte période d'une semaine; la convalescence a été prompte et les rechutes peu nombreuses. Outre l'épidémie de vomito negro que j'eus l'occasion d'observer à la Guadeloupe en 1838, époque à laquelle remontent mes premières recherches sur les altérations du sang et des autres fluides dans cette maladie, j'avais traité de 1842 à 1845 plusieurs cas sporadiques de vomissements noirs chez des Européens, et bien que la médication que j'employais alors eût été constamment heureuse, je ne me pressais pas d'en préconiser les avantages. Les cas observés n'étaient pas assez nombreux pour m'autoriser à présenter comme infaillible 'la méthode curative que j'avais adoptée. Cette méthode consiste à ineutraliser l'action délétère du principe morbide de l'économie. Les pilules dont je donne plus bas la formule remplissent cette première indication ; de plus, il est important d'expulser les matières noires dont la persistance dans le tube intestinal deviendrait une cause de graves dangers. Ce résultat s'obtient au moyen de laxatifs, pris à doses fréquentes et fractionnées. Voici les formules que j'emploie :

Pour un adulte :

Nitrate de potasse, 4 grains ; camphre, 3 grains.

Pulvérisez finement ; ajoutez : Sulfate de quinine, 15 grains; miel, q. s. pour 4 0 pilules.

Cinq pilules seront administrées immédiatement et sans perdre de temps, quelle que soit la violence de la fièvre, de la céphalalgie et des autres symptômes que présentera cette maladie. Les cinq pilules qui restent seront prises à huit heures de distance des premières, et l'on continuera à employer la même formule et à administrer cinq pilules de huit en huit heures, jusqu'à ce que la fièvre ait cédé, ce qui arrive ordinai- ^rement avant le troisième jour du traitement. A partir de ce moment, on donnera deux pilules le matin et deux le soir, et quand toute réaction fébrile aura cessé, on administrera deux pilules par vingt-quatre heures.

Les malades prendront pour boisson ordinaire la limonade citrique.

Des lavements d'eau citronnée tiède, de six heures en six heures.

Administrer d'heure en heure cinq cuillerées de la mixture suivante :

Sulfate de magnésie, 2 gros; sulfale de soude, 3 gros; chica pulvérisé, 3 grains; dans une bouteille d'eau.

Pour toute nourriture un peu de sagou ou de soulou très clair. Ne faire usage de bouillons et de soupes que lorsque la céphalalgie et la fièvre ont disparu,

Sinapismes de vinaigre et de farine de moutarde sur la région épigastrique.

Formule pour les enfa»its de sept à quatorze ans :

Nitrate dépotasse, 3 grains; camphre, 2 grains; sulfate de quinine, 42 grains; miel, q. s.; 8 pilules à prendre quatre à la première visite, et quatre huit heures après les premières. Continuer l'emploi des mêmes pilules, quatre de huit heures en huit heures, jusqu'à la cession de la fièvre, etc.

Tisane, lavement et diète, ut supra.

Mixture sahne : la même formule.

A prendre quatre cuillerées d'heure en heure.

Formule pour les enfants de quatre à six ans :

Nitrate de potasse, 3 grains ; camphre, 1 grain ; sulfate de quinine, 8 grains. A prendre dans une tasse de café '; une demi-tasse de huit en huit heures. Limonade citrique ; lavements d'eau citronnée de six en six heures. Chaque jour une cuillerée d'huile de ricin dans un peu d'eau sucrée.

Sous l'empire de cette médication, on voit du second au troisième jour, et très rarement après ce terme, la fièvre diminuer, la céphalalgie cesser, les étourdissements et la courbature disparaître, la soif s'éteindre, une sueur abondante couvrir la surface du corps, l'appétit et les forces revenir.

Les évacuations deviennent noires comme du charbon pilé ; mais ces évacuations abondantes et fétides, loin d'être un symptôme fâcheux, indiquent une amélioration marquée. Elles se présentent à l'époque où devraient se manifester les vomissements noirs. Par un heureux effet de la médication, la matière noire rejetée par les déjections cesse d'être une

source de graves complications dans l'économie. Aussi tous les désordres nerveux et les symptômes de congestions viscérales qui accompagnent la terminaison funeste de la fièvre jaune sont supprimés, comme il arrive dans les fièvres pernicieuses aux symptômes graves qui précèdent l'agonie, quand le dernier accès est enrayé par l'emploi énergique des antipériodiques.

La fièvre jaune attaquée au premier et au second jour de l'invasion du mal par la méthode que j'indique vient se réduire au quatrième, cinquième ou sixième jour, aux proportions d'une fièvre intermittente facile à guérir. Si dès le début de la maladie ma médication est employée, rarement les vomissements noirs se présenteront; et s'ils se présentent après que les remèdes ont été administrés depuis douze ou quinze heures, "on verra, en continuant l'emploi des mêmes moyens, cesser les vomissements et l'affection marcher à une heureuse terminaison.

Dans le cas où le médecin serait appelé après que les vomissements noirs se sont déclarés, c'est-à-dire à une époque déjà très avancée de la maladie, toute médication devient alors presque inutile : le mal est trop grave, l'infection du sang trop profonde, sa fluidité incompatible avec les phénomènes réparateurs de la vie. D'ailleurs l'estomac, en rejetant les remèdes, s'oppose à leur action curatrice, et la puissance d'absorption du gros intestin est bien faible pour que les remèdes introduits par cette voie puissent être efficaces. Le médecin alors n'est plus que le spectateur d'une lutte inégale où une désorganisation rapide l'emporte sur les forces de la vie. C'est précisément pendant cette seconde période de la fièvre jaune, quand toute médication est inutile, qu'on a préconisé les toniques, et cela au moment même où leur action cesse d'être avantageuse. C'est en faisant ainsi un usage intempestif des meilleurs remèdes qu'on parvient à les discréditer.

Si pendant le traitement les malades éprouvent des bourdonnements dans les oreilles ou une surdité momentanée, ces phénomènes de peu d'importance ne doivent pas entraver le traitement que j'indique. Il faut remettre aux purgatifs le soin de les faire disparaître.

L'affection connue sous le nom de typhus amaril, de vomissement noir, etc., est produite par la même cause qui produit les fièvres rémittentes et intermittentes. C'est par suite d'une distraction )3ien grande qu'on a fait de la fièvre jaune une maladie inflammatoire. L'examen microscopique des matières noires rejetées par les individus atteints de la fièvre jaune montre qu'elles sont de la même nature que celles observées dans les fièvres intermittentes, rémittentes et pernicieuses. L'analogie est complète; c'est la même substance, à la couleur près qui est jaune, verdâtre ou obscure dans les autres fièvres. Il n'y a de différence que dans le degré d'intensité de la maladie. Sans la préoccupation de vouloir faire de la fièvre jaune une affection distincte des autres fièvres, on eût tenu compte davantage que ce mal reconnaît pour cause les mêmes foyers de putréfaction produite par la décomposition des substances animales et végétales qui occasionnent les fièvres que l'on nomme miasmatiques de tous les types; et que ces fièvres coexistent constamment avec les épidémies de typhus amaril. Souvent, du reste, la fièvre jaune revêt une forme normale qui n'est pas une complication (comme on l'a donné à entendre) et présente les types rémittent et intermittent, et dans ce cas tous les auteurs sont d'accord sur l'efficacité des antipériodiques pour enrayer la marche de cette affection. Nous ne pouvons partager l'opinion des auteurs qui attribuent les symptômes observés dans la première période de la fièvre jaune à une gastrite. L'autopsie ne confirme pas cette manière de voir, puisque dans le plus grand nombre de cas la muqueuse intestinale est intacte, et les ecchymoses qu'on observe quelquefois à sa surface ne doivent pas être plus attribuées à un état inflammatoire que les pétéchies et ecchymoses de la peau ne procèdent de l'inflammation de cette membrane. Ces épanchements sont dus à la grande liquéfaction du sang qui suinte en quelque sorte à la surface des muqueuses, comme cela arrive dans le scorbut, la fièvre typhoïde, dans les cas de mort due à la morsure des serpents venimeux, etc.

Le frisson, la céphalalgie, les nausées, les étourdissements, la cpurbature, etc., qui s'observent au début du typhus amaril,

sont les mêmes symptômes qu'on observe, à un moindre degré, il est vrai, dans l'invasion des fièvres rémittentes et intermittentes; et personne ne s'est avisé, dans ces dernières maladies, de les attribuer à l'inflammation de la membrane gastrointestinale; et jamais ces symptômes n'ont été regardés comme une contre-indication à l'emploi des antipériodiques.

Le typhus amaril est une fièvre de type anormal, qu'on doit attaquer sans attendre la rémission des symptômes, et il faut administrer les neutralisants des influences réputées miasmatiques, dans le fort même de la fièvre, comme cela se pratique dans les premiers accès des fièvres pernicieuses : métiiode qui est constamment suivie des plus heureux succès.

Qu'il me soit permis, en terminant ce court exposé, de dire quelques mots des traitements préconisés dans le but de ranger la fièvre jaune sous l'empire de certaines doctrines.

La saignée est constamment nuisible. Elle a deux graves inconvénients : celui d'activer l'absorption de la matière altérée et qui constitue à un degré avancé la substance noire des déjections, et de préparer une convalescence très longue. Les saignées locales sont également nuisibles pour les mêmes raisons, bien qu'à un moindre degré.

Les vomitifs sont, pour le moins, inutiles. Ils fatiguent les malades, et n'ont pas la puissance de détruire l'agent morbide.

Les purgatifs ne sont indiqués que lorsque les antipériodiques ont neutralisé l'action délétère de l'agent réputé miasmatique.

On ne peut considérer la fièvre jaune comme une affection contagieuse. Les causes de cette maladie se développent dans des conditions climatériques leur permettant de s'étendre à la fois ou successivement sur plusieurs localités. Ces conditions sont : l'élévation de la température, l'humidité, le voisinage des cours d'eau, les lagunes, le peu d'élévation du sol audessus du niveau de la mer. Ces conditions sont celles qui favorisent le développement des insectes tipulaires. f La fièvre jaune n'étend jamais ses ravages dans les terrains marécageux de l'intérieur de la province de Cumana. Elle est inconnue dans les belles et fertiles vallées de Cumanacoa, de San Antonio, de San Francisco, de Guanaguana et de Caripe,

vallées destinées à devenir avec le temps de grands centres de population, et dont l'altitude varie de 200 à 800 mètres.

La flèvre jaune ne diffère des fièvres putrides, rémittentes et intermittentes, que par l'intensité des symptômes. Comme ces maladies, elle se développe après une période plus ou moins longue d'incul)ation, période pendant laquelle les fluides lymphatiques et sanguins sont altérés profondément, avant même qu'aucun symptôme fasse entendre son cri d'alarme.

L»es4ipules introduisent dans la peau leur^suçoir, conipo§i d'un aiguillon canalisé piquant et de deux scies latérales; ils instillent dans la plaie une liqueur venimeuse qui a des propriétés identiques à celles du venin des serpents à crochets. ! Il ramollit les globules du sang, détermine la rupture de leurs / membranes tégumentaires, dissout la partie parenchymateuse, facilite le mélange de la matière colorante avec le sérum. Cette I action est en quelque sorte instantanée, comme le démontre I l'examen microscopique, puisque le sang absorbé par ces j insectes, au moment môme de la succion, ne présente pas de ^ globules. Cette action dissolvante paraît faciliter le passage du fluide sanguin dans le conduit capillaire du suçoir. Si l'insecte est interrompu dans l'opération de la succion, tout le venin reste dans la plaie et produit une plus vive démangeaison que ! lorsqu'une grande partie du fluide venimeux est repompée i, avec le sang. On attribue sans motif le prurit à la rupture de \ l'aiguillon; cet aiguillon est une substance cornée élastique, t dont je n'ai jamais observé la rupture dans mes nombreuses observations.

Les agents de cette infection présentent un grand nombre de variétés qui ne sont pas toutes nuisibles au même degré. La variété zancudo bobo, à pattes rayées de blanc, est en quelque sorte l'espèce domestique. Elle est la plus commune et sa piqûre est inoffensive comparativement à celle des autres espèces. Le puijon est le plus gros et le plus venimeux; il produit une gale ; son aiguillon est bifurqué à son extrémité ; sa piqûre, dans les cas les plus favorables, où le venin n'est pas absorbé dans l'économie, détermine une irritation locale

qui présente la forme d'un bouton prurigineux semblable au scabies purulent, mais nullement contagieux. C'est surtout les enfants qu'il attaque. L'étendue du foyer de suppuration rend difficiles les recherclies qui tendent à découvrir l'existence du sarcopte dans ces vésicules.

L'acide carbonique sulfuré et l'hydrogène phosphoré, gaz dégagés dans la décomposition des matières animales et végétales en putréfaction, peuvent bien, à un certain degré de concentration, déterminer l'asphyxie; mais jamais produire un malaise comparable aux symptômes des typhus ou des fièvres d'accès.

Les plages des régions équatoriales et intertropicales sont couvertes de débris de plantes marines, de poissons, de crustacés, de mollusques, etc., dont l'accumulation produit une fermentation très active, surtout à l'époque de l'hivernage, quand les pluies et l'humidité de la saison forment de nouveaux éléments ajoutés à la putréfaction. Les racines et les troncs des palétuviers {rhizophora) et autres arbres pélagiques se couvrent à marée haute de couches de matières animales, de mucosités et de myriades de zoophytes gélatineux, dont les vastes bancs, s'étendant pendant certaines saisons de l'année à plusieurs milles de longueur sur la surface des flots, sont généralement connus sous le nom de agua mala. A la marée basse, toutes ces substances glutineuses appliquées contre l'écorce des arbres se dessèchent et forment un enduit qui ne tarde pas à se corrompre. Les insectes tipulaires qui fréquentent les sombres retraites formées par les mangliers, maintiennent leur existence en absorbant ces fluides décomposés. C'est accidentellement, on peut le dire, qu'ils font servir le sang de l'homme à leur nourriture, et dans ce cas, la . puissance dissolvante des sucs contenus dans le tube intestinal de ces insectes est telle, que les globules du sang sont ramollis et liquéfiés d'une manière presque instantanée, comme j'ai eu occasion d'en faire l'observation au moyen du microscope. Que sont ces matières pélagiques dont les tipulaires se nourrissent, sinon des substances animales phosphorescentes comme la ••' chair des poissons? Qu'y a-t-il d'étrange que l'instillation dans

le corps doi'hûmrae.de ces^ substances à l'état putride produise ÏÏes désordres très graves? M7~Mâgendie n'a-t-il pas prouvé que quelques gouttes d'eau de poisson pourri, introduites dans le sang des animaux, déterminaient en peu d'heures des symptômes analogues à ceux du typhus et de la fièvre jaune? N'est-ce pas, en effet, une instillation de poisson en putréfaction que versent ces insectes sous la peau et dans le tissu cellulaire de l'homme?

Il n'est plus nécessaire de chercher pourquoi le typhus ictérode, si commun au voisinage de la mer, est si rare dans l'intérieur des terres et sur les lieux peu fréquentés par les insectes tipulaires. On a observé à la Basse-Terre, capitale de l'une de nos Antilles, que les épidémies de fièvre jaune n'étendent pas leur influence pernicieuse jusqu'au quartier du Matouba, localité située à une distance à peine d'une lieue de cette ville. Il faut convenir que cette distance est bien rapprochée pour préserver le Matouba des effluves prétendus nuisibles exhalés sur le littoral, et que les courants aériens qui leur servent de véhicules peuvent y transporter en peu de minutes quand le vent souffle dans la direction de l'ouest ; tandis que cet éloignement du rivage de la mer, c'est-à-dire des localités habitées par les insectes tipulaires, est plus que suffisant pour préserver de leur action et des graves inconvénients qu'elle produit. D'ailleurs la chimie n'a-t-elle pas examiné les gaz des marécages et des matières animales en putréfaction ? Ses moyens parfaits d'analyse lui ont permis de reconnaître que les produits volatils de ces décompositions ne sont que des acides carbonique, hydrogène sulfuré et hydrogène phosphoré. Il est parfaitement reconnu que ces gaz peuvent à un certain degré de concentration déterminer l'asphyxie, mais jamais produire aucune maladie comparable aux symptômès des fièvres d'accès. /' /J (J )

Non seulement le virus des insectes tipulaires varie selon leurs espèces et les localités qu'ils habitent; mais aussi selon les saisons de l'année.

C'est après les grandes inondations et à l'époque de l'abaissement des eaux qui l^^s arrosent que les alluvions déposées sur

les bords des fleuves sont réputées malsaines. La retraite des eaux abandonne les matières animales et végétales empâtées dans ces terrains fangeux aux ardeurs du soleil qui active puissamment leur putréfaction. C'est alors que les piqûres des insectes tipulaires qui s'alimentent/de ces substance^décom- /^j^^^./, poseès^ausent plus d'irritation et sont plus dangereuses. C'est une vérité reconnue sur les bords de tous les grands fleuves ,- /•' „ des pays chauds, que les fièvres essentielles diminuent et sont plus bénignes pendant la crue des eaux. Ces faits s'appliquent à rOrénoque et à l'Amazone aussi bien qu'au Magdalena. On sait que la peste disparaît en Egypte à l'époque du débordement du Nil.

On a dit que les effluves dégagés des marécages exercent sur l'économie animale une influence plus nuisible pendant la nuit que pendant le jour. Pour quelle raison en serait-il ainsi ? Ces effluves ne sont-ils pas au contraire beaucoup plus abondants pendant le séjour du soleil sur l'horizon ? La chaleur n'est-elle pas l'agent le plus actif de la décomposition des matières végétales et animales, et de la formation des gaz qui s'en échappent? C'est une explication peu satisfaisante que la supposition de l'innocuité des effluves, précisément dans le moment de la journée où ils sont plus abondants. On a admis que ces effluves, après avoir monté dans l'atmosphère durant le jour, retombaient pendant la nuit comme une rosée malfaisante au voisinage des marécages. Pour que cette explication fût exacte, il faudrait admettre l'immobibilité de l'air audessus des endroits marécageux. L'atmosphère de ces localités n'est-elle donc pas soumise à ces grands courants aériens qui balaient avec une vitesse de plusieurs lieues par heure la superficie de la terre ? Que deviennent les effluves au milieu de ces grands mouvements do ventilation ? Dans les régions équatoriales et tropicales, c'est précisément pendant le jour que le soleil, ce puissant ventilateur, donne impulsion aux courants aériens, et c'est au contraire pendant la nuit que l'atmosphère reste en calme.

Anùnalcules de la fiàvre jaune. Vertnisseaux lymphatiques. — Ces animalcules se meuvent dans toutes les

directions, remontant le courant, et sont doués d'un mouvement de giration de droite à gauche et de gauche à droite.

Une très petite quantité de sulfate de quinine mélangée avec le liquide, paralyse instantanément l'action des animalcules. Ils sont entraînés par le cours du liquide sans manifester aucun mouvement.

Nota. — Cet article a été publié dans la Gazette officielle de Cumanâ, le 23 mai '1854, n° 57.

Dysenterie. — Hydropisîe. — Rhumatisme. — Goutte.

Paralysie saturnine. — Œdème.

Diabète albumineux. — Suette. — Rage. — Tétanos.

La dysenterie se présente fréquemment à Cumanâ, mais d'une manière sporadique. Cette affection, combattue dès les premiers jours de son invasion par une médication bien dirigée reconnaissant pour base l'emploi des potions oléogiques, à doses fractionnées, le calomel, l'ipécacuanha et les toniques, est une des maladies les plus faciles à réduire. Depuis dix ans, il n'y a pas eu à Cumanâ un seul cas de dysenterie qui se soit terminé par la mort.

In medio stat veritas. Altérations chimiques ou décomposition moléculaire dans les cachexies, telles que le scorbut, le cancer, les diathèses syphilitique et herpétique, les venins, les virus, les typhus, les fièvres paludéennes et autres, la pustule maligne.

L'induration des glandes lymphatiques ralentit la circulation de la lymphe.

Le ralentissement de la circulation lymphatique occasionne la distension des vaisseaux où cette circulation a lieu. L'atonie des vaisseaux lymphatiques cause Vhydropisie. La simple distension du système lymphatique occasionne aussi l'hydropisie.

Causes des hydropisies passives : la distension des vaisseaux.

Dans le rhumatisme comme dans la goutte, il faut ménager la maladie quand elle veut bien se tenir dans une jointure, afin de l'empêcher de se porter sur quelque organe important des cavités.

M. Alfred Basin-Garrot découvrit la présence de l'acide uriquedans le sang des goutteux; urate de soude, cristaux rhomboédriques. (38« année, 2« série, page 333.)

M. Chilius a le premier démontré que la préparation du colchique double la proportion d'acide urique éliminé par les goutteux. L'acidité de la salive est un des signes du diabète.

Dans la paralysie saturnine, les mains sont dans un état complet de résolution et ne peuvent être relevées sous l'empire de la volonté. La contraction des fibres musculaires est entièrement anéantie.

Les lèvres, les paupières, le prépuce sont des points où le tissu cellulaire très lâche se prête à Vœdème.

Le gonflement œdémateux des extrémités inférieures coïncide avec le diabète alhuminurique. Cette maladie albumineuse s'observe à la fin de la scarlatine et des fièvres typhoïdes, dans le cours des varioles, dans les derniers mois de la grossesse, chez un malade auquel on a appliqué la veille un vésicatoire et même chez des individus très bien portants. La déperdition de l'albumine accuse un excès de ce principe dans le sang. Il faut tendre à le diminuer.

La suette est une fièvre larvée présentant comme symptôme prédominant la sueur continuelle et abondante. Cette fièvre se combat par le sulfate de quinine à haute dose.

On prévient le développement du virus rahique par le lavage à grande eau de la plaie et l'application renouvelée chaque jour, jusqu'à parfaite cicatrisation, de coton cardé imbibé d'huile de térébenthine. Ce moyen est peu douloureux et d'une efficacité non démentie. On emploiera en même temps, pour combattre les effets possibles d'une infection générale, le sulfate de quinine à dose de seize grains en vingt-quatre heures chez les adultes et huit grains chez les enfants, en faisant suivre l'emploi de ce neutralisant d'un ou de plusieurs purgatifs.

Le tétanos^ ce typhus masqué si dangereux, enrayé da.ns son développement avec l'infection générale, n'est plus qu'une affection facile à guérir, bien que les contractions cloniques puissent substituer et subsistent encore un certain nombre de jours.

(Piony, p. 691.) Similitude de la rage et du tétanos. Diff"érence

piiremont apparente. La première succède à une blessure empoisonnée, tandis que dans le second la plaie n'est point compliquée d'intoxication. Le siège primitif- de la rage et du tétanos n'est autre que la plaie infectée; l'inoculation de la maladie se fait dans la blessure.

Syphilis.

Les préparations sulfureuses appellent à la peau les manifestations syphilitiques et éclairent le diagnostic.

M. Dolbeau considère que les syphilides et les manifestations syphilitiques qui aboutissent à la peau fournissent des issues au virus. M. Velpeau dit qu'il faut administrer le mercure pendant longtemps. Le mercure est à la vérole ce que le quinquina esta l'intoxication palustre. Il faut deux ans pour guérir la syphilis. M. Verneuil : poussées tuberculeuses et poussées syphilitiques; roséoles, papules, macules foncées, squames et pustules syphilitiques. M. Didey emploie le mercure contre l'iritis, l'onyxis, l'albuginite, la dysphonie, et non contre la syphilide palmaire ou plantaire ou les plaques muqueuses.

La syphilis secondaire est contagieuse; elle guérit. La syphilis tertiaire n'est pas contagieuse ; elle est incurable au même degré que la dartre, le rhumatisme, la goutte. De même que l'intoxication saturnine, paludéenne, rubéolique donne lieu à des perturbations profondes, à la leucocythémie, à l'anémie, à l'albuminurie; de même l'intoxication syphilitique peut se transformer en diathèses dans les conditions de privation de sommeil nocturne, des excès alcooliques, la vie sédentaire dans un air confiné, etc.

Le tertiairisme ou la syphilis devenue diathèse ne guérit pas. L'iode, dans ce cas, n'est qu'un excellent palliatif. Le mercure, bien qu'insuffisant pour détruire les plaques végétantes, fait disparaître les plaques muqueuses superficielles.

M. Alphonse Guérin pense qu'en agissant longtemps on peut détruire à jamais le virus syphilitique. Cette méthode doit être appliquée surtout aux femmes enceintes.

Si l'on administre le mercure dans le cas de syphilis récente, l'enfant viendra vivant.

L'iodure de potassium est reconstituant dans les cas de syphilis, dans les rhumatismes articulaires, dans la goutte, etc.,

affections dont le point de départ est le tissu connectif. (Ad. Joubin.)

M. Hiiss admet deux/ormes dans les manifestations syphilitiques. A la première correspond le mercure; à la seconde, l'iode. Les manifestations syphilitiques occupent souvent le derme et l'épiderme.

La syphilis tertiaire, c'est la syphilis qui d'intoxication est devenue diathèse, qui de l'état transitoire a passé à l'état permanent. La syphilis tertiaire est réfractaire à la thérapeutique comme les diathèses herpétique, rhumatismale, etc.

La maladie vénérienne, loin d'être endémique en Amérique, n'existe pas parmi les Indiens, et les cas exceptionnels qui se présentent ne sont dus qu'à l'infection occasionnée par les Européens ou les descendants d'Européens. Il est rare' que les indigènes présentent des affections cutanées, manifestations de la diathèse syphilitique constitutionnelle. Cette affection est due à une cause spécifique, à un virus distinct dont l'action est locale et circonscrite.

La syphilis primitive est dite syphilis constitutionnelle lorsque le virus absorbé a infecté la masse du sang.

On a nié l'existence du virus syphilitique. Cette dangereuse erreur a été soutenue.

Le pus lui sert de véhicule. Il se transmet par voie d'inoculation, reconnaît une période d'incubation et se manifeste par une sécrétion morbide. Son action, constamment la même, paraît modifiée par l'idiosyncrasie des sujets atteints. Le virus syphilitique développe, à la superficie des muqueuses, une sécrétion muco-purulente ou des ulcères spécifiques. Ces deux modes d'infection sont susceptibles de produire les mêmes phénomènes constitutionnels.

L'ulcère commence par un point rouge qui devient le siège d'une douleur acre ou prurigineuse; l'épiderme se soulève, il se forme une sérosité opaque et purulente. Les caractères de l'ulcère sont d'être arrondi, les bords durs, taillés à pic; le fond est dur, grisâtre, formé do tissu cellulaire.

Les ulcères phagédéniques présentent des bords œdémateux plutôt qu'indurés. Ils sont quelquefois serpigineux. L'indu-

ration est moins inhérente à la cause du mal qu'à l'individu que cette cause affecte.

Du moment que l'induration se produit, elle indique qu'il existe déjà un empoisonnement généfal. Les ulcères vénériens s'accompagnent généralement de l'engorgement des ganglions lymphatiques situés dans leur voisinage . C'est le même ordre de phénomènes que l'on peut observer dans la peste d'Egypte. Les bubons pestilentiels ou engorgements ganglionnaires se développent au voisinage des régions oti les acariens qui inoculent le virus pestilentiel ont dirigé leurs attaques.

La cautérisation fait avorter les ulcères pris à temps et ne développe pas de bubons. Le virus peut infecter l'économie pendant la période d'incubation.

Lorsque les dénominations en médecine n'expriment que d'une manière incomplète les phénomènes d'une maladie, il est préférable de se servir d'un nom qui n'ait aucune signification et qui ne peut donner une idée fausse.

La syphilis rentre dans la classe des maladies qui ont de tout temps existé, telles que le croup, l'angine diphtéritique, l'angine pharyngée, l'angine œdémateuse, la coqueluche. La coqueluche est une maladie qui n'a pas été décrite par les médecins anciens, et cependant il n'est pas douteux que des épidémies de coqueluche n'aient existé avant l'époque où Willis mentionne cette maladie que l'on a appris à distinguer des autres affections pendant ces derniers temps.

La syphilis constitutionnelle n'est pas directement contagieuse; le mal vénérien ne peut se produire sans l'accident primitif ou le chancre. L'absorption du virus par le système dermoïde ne peut affecter le sang que par inoculation.

L'iode guérit avec une merveilleuse facilité les désordres d'origine syphilitique.

Engorgement des ganglions cervicaux : symptôme pathognomoniques de l'infection générale syphilitique

Névralgie crânienne intermittente et nocturne; chute des cheveux; taches cutanées : symptômes secondaires.

L'engorgement des ganglions n'est pas une conséquence nécessaire des accidents syphilitiques secondaires. Il n'existe

pas d'accidents constitutionnels sans accident primitif : au mal vénérien préexiste un chancre qui est toujours ou presque toujours celui que nous appelons calleux ou induré.

La syphilis se transmet par voie héréditaire ou par génération, par un des parents ou par les deux. La transmission est plus facile de la mère à l'enfant que du père.

Les accidents primitifs ne se transmettent pas par voie iiéréditaire; les accidents constitutionnels seuls ont ce triste privilège.

Les enfants de pères qui sont arrivés déjà à la cachexie syphilitique naissent maladifs, avec une constitution altérée, apportent avec eux depuis l'utérus de leur mère le germe des scrofules. Le virus syphilitique introduit dans leurs vaisseaux lymphatiques conserve toutes ses qualités.

La contagion syphilitique se propage par contact immédiat avec les personnes infectées.

L'élément syphilitique répandu par voie d'absorption dans l'économie revêt les apparences les plus variées et passe à l'état d'infection générale.

Tuberculose. — Phtisie.

« Les Algériens, dit Hahnemann, n'ont emprunté jusqu'ici à notre civilisation que ses éléments de libertinage et de démoralisation. » Causes de la phtisie : la malpropreté, l'usage des aliments salés, l'influence des poussières du macadam, la propagation des maladies vénériennes. La phtisie est très rare dans les conditions ordinaires d'une vie nomade.

Les diathèses syphilitique et herpétique peuvent être héréditaires. Elles tirent leur première origine de deux afl'ections germinatives ou parasitaires qui introduites dans l'économie, primitivement sous la forme d'un atome, peuvent progressivement l'envahir dans son ensemble. Ces diathèses acquises ou héréditaires disposent à la phtisie, mais ne peuvent l'occasionner sans le concours d'un agent de cause externe, sans l'intervention des acariens, qui s'introduisent ordinairement dans les voies pulmonaires par les fosses nasales où ils produisent les coryzas. Les diathèses s^^philitique et herpétique héréditaires ne sauraient être évitées, mais la cause extérieure qui contribue à développer la phtisie peut l'être; ainsi, cette maladie doit cesser d'être un épouvantail pour les familles et pour ceux que des vices héréditaires prédisposent à ses atteintes.

M. Lebert de Breslau dit que la tuberculose chez l'homme ne peut être considérée comme une production néoplasique à vie propre, tel que les tumeurs cancéreuses flbro-plastiques, fibreuses, épithéliales, les enchondromes et les lipomes. Rien n'est plus transitoire et moins doué d'une vie prolongée qui la granulation tuberculeuse.

La tuberculose est-elle une inflammation simple comme toutes les autres, ou a-t-elle des caractères particuliers que en font une maladie spéciale ? M. Lebert n'hésite pas à se prononcer dans ce dernier sens. Aucun symptôme spécifique.

il est vrai, ne Ta rapprochée de la morve, de la syphilis, de la variole.

Les phlegmasies tuberculeuses forment un groupe très voisin des altérations cachectiques.

Les coryzas passés à l'état chronique ou dépendant d'une affection diathésique qui se rattache à la syphilis ou à la scrofule, doivent être traités par la glycérine.

Les engorgements lymphatiques ganglionnaires préparant la phtisie, pulmonaire et abdominale sont constitués par des vices ou diathèses qui peuvent bien être et sont en effet transraissibles par voie héréditaire ; mais les causes déterminantes sont les coryzas fréquents, les affections bronchiques et les pneumonies, etc., qui introduisent les agents tuberculeux dans l'organisme. Sans cette circonstance, la phtisie ne pourrait se déclarer. On produit l'affection tuberculeuse d'emblée, lorsqu'on injecte ou inocule la tuberculose dans l'économie animale. Alors ce sont ces germes propagateurs d'origine externe, c'est la cause déterminante elle-même, qui développe le mal par son introduction dans les organes.

Les causes occasionnelles des catarrhes, des bronchites, de la grippe et des autres affections des voies aériennes existant indistinctement dans tous les pays font de la phtisie une maladie de tous les climats, tandis que les causes déterminantes del'éléphantiasis n'existent que dans des zones spéciales. Cette maladie ne saurait se développer en dehors des centres d'action des agents de sa production.

Les mouches domestiques et plusieurs autres diptères sont les véhicules des acarus qui s'attachent à ces insectes ailés et sont transportés par eux sur le corps de l'homme et déposés sur sa peau et aux orifices des membranes muqueuses. Au voisinage de ces membranes, les piqûres de ces acariens déterminent des phlyctènes sous-cutanées et une légère réaction générale qui produit un état fébrile et conséquemment la saburre des voies digestives, comme cela arrive toujours dans les cas d'inoculations septiques. Les phtisiques sont plus sujets que les autres à la piqûre des acariens qui sont déposés au pourtour des cornets, dans l'intérieur des orifices nasaux,

et déterminent ces fréquents coryzas qu'ils ressentent. La présence des animalcules dans les poumons explique pourquoi l'air des ctables est si favorable aux phtisiques; cette atmosphère plus chargée d'acide carbonique ralentit le travail destructeur de ces insectes.

Si les catarrhes fréquents étaient évités, la phtisie ne saurait se développer. Les causes occasionnelles des catarrhes existent également dans les pays froids et dans les pays chauds et font de cette maladie, la phtisie, une maladie de toutes les zones et de tous les climats. On diminuerait le nombre des victimes de cette dernière affection, si l'on soumettait les jeunes sujets qui présentent une constitution prédisposante à ce mal, à une médication préventive, susceptible de modifier favorablement l'affection ganglionnaire, en même temps qu'on préviendrait le développement des affections catarrhales en lubrifiant plusieurs fois par jour l'intérieur des fosses nasales avec l'huile d'amandes douces aromatisée légèrement de quelques gouttes d'huile essentielle d'orange ou de citron. La cause de la phtisie pulmonaire est la môme qui produit dans un grand nombre de cas le coryza. La facilité que présente la membrane pulmonaire à être attaquée par la cause occasionnelle de la phtisie explique pourquoi le développement des tubercules dans les poumons est beaucoup plus fréquent que celui des tubercules dans le mésentère. Si l'agent producteur de ce mal se développait par une cause interne, cette différence ne s'observerait pas. Je reviendrai un jour sur cette question si le temps ne me fait pas défaut.

La phtisie reconnaît pour cause prédisposante une diathèse acquise directement ou par voie héréditaire, et pour cause déterminante les coryzas fréquents ou invasion de la membrane pituitaire par des acariens parasitaires qui, après avoir infesté cette première cavité, pénètrent plus profondément et occasionnent les clapiers tuberculeux. Le remède le plus efficace pour préserver les voies aériennes de l'invasion de l'acarus, est de tenir les fosses nasales des individus nés de parents phtisiques dans un état d'asepsie complète. On doit combattre cette affection par les huiles d'amandes douces, de palme, etc.

Traitement général et traitement local. — On n'a pas tenu assez compte des diathèses : Tavenir de la médecine est cependant dans l'étude de ces maladies générales qui intéressent l'organisme tout entier.

Remède contre la phtisie pulmonaire. — Prendre pendant trois mois, tous les jours, quatre pilules d'alun de six grains chaque, avec une tasse de décoction amère; respirer des vapeurs d'encens.

Choléra morbus.

De toutes les maladies épidémiques qui attaquent l'espèce humaine, aucune no présente dans ses causes, ses symptômes, sa nature et son mode de propagation, un caractère plus extraordinaire et plus mystérieux que le choléra asiatique. Vrai Protée, cette affection a pu se soustraire aux investigations des médecins de toutes les écoles et de tous les temps. Que d'intelligences lumineuses ont en vain essayé de pénétrer le secret de l'invasion, de. la marche, du mode d'action et de propagation de ce terrible fléau.

On s'étonne d'abord, en faisant l'étude de cette maladie, des bouleversements généraux qu'elle occasionne sur tous les systèmes, attaquante la fois l'innervation, la motilité, la circulation, la digestion, la transpiration, la respiration, les sécrétions internes et externes, la phonation, le système générateur des deux sexes, et portant son influence même sur la grossesse.

Aucune maladie ne présente un tableau plus complet de symptômes alarmants et destructeurs. La vie se trouve, en quelque sorte, attaquée dans ses sources, et forcée de céder partout à l'invasion rapide d'éléments incompatibles avec sa conservation. Et comment pourrait-il en être autrement? Cette affection altère les deux systèmes principaux de l'économie animale : le système nerveux et le système sanguin; et, outre cela, elle étend son influence sur les fonctions qui dépendent de ces systèmes, comme la motilité, la digestion, etc.

Voici la nomenclature de ces symptômes : étourdissements, bourdonnements d'oreille, obscurcissement de la vue, diplopie, éblouissements, céphalalgie, démangeaison, engourdissement de la langue, des lèvres et des membres, fourmillements sur la peau, diminution de la mémoire, faiblesse du système musculaire, et spécialement des membres inférieurs ; paralysie plus ou moins complète des fonctions des membranes muqueuses et de la peau; le pouls faible, 'fréquent et nerveux; anxiété précordiale, évanouissements, altération des globules du sang, qui

devieniieni plus larges, moins résistants, décolorés; le sang plus fluide, moins oxygéné, sujet par sa fluidité à transsuder à la surface des membranes et à produire des hémorragies; soif, nausées, vomissements de fluides écumeux, blanchâtres, jaunes, noirâtres et sanguinolents; perte de l'appétit, la langue restant naturelle, blanchâtre ou sale, et dans les cas de typhus, rouge sur les bords et fuligineuse; pesanteur dans la région épigastrique; douleurs d'estomac, parfois atroces comme dans les cas d'empoisonnement par l'arsenic; borborygmes, diarrhées de liquides blanchâtres comme l'eau de riz ou évacuations de matières bilieuses jaunes, verdâtres, noirâtres, sanguinolentes, souvent d'une fétidité insupportable; frissons erratiques, froid aux mains et aux pieds, sueurs froides; cyanose ou couleur bleuâtre de la peau chez les Européens et les personnes blanches, cuivrée et huileuse chez les Indiens et les races mixtes qui habitent l'Amérique du Sud; manque de ressort et d'élasticité des téguments ; les urines, d'abord rouges, déposent un sédiment couleur de brique et se corrompentpromptement;plus tard elles deviennent rares et sanguinolentes, ou même cessent tout à fait, non par suite de paralysie de la vessie, mais faute de sécrétion des glandes rénales, comme il arrive souvent à lafin d'une fièvre grave : ce symptôme est presque toujours mortel; douleurs hypogastriques ; la respiration ne s'altère pas très sensiblement au commencement de la maladie, mais elle devient difficile quand les symptômes s'aggravent et tendent à une terminaison funeste; refroidissement de l'haleine avec une odeur fétide et excrémentielle; diminution du timbre de la voix, enrouement, voix cholérique. Pendant la durée du choléra, les fonctions de la génération se trouvent peu ou point excitées ; les femmes enceintes sont sujettes aux fausses couches; on observe souvent l'urtication après le choléra, ou pendant l'existence de l'épidémie.

Le fluide blanchâtre, épais, semblable à une décoction de riz, et qui est considéré comme un caractère pathognomonique du choléra morbus, est composé, comme tous les autres fluides jaunâtres, verdâtres, bruns et sanguinolents qui se forment dans le tube intestinal aux diverses périodes de la maladie,

d'une multitude de vibrions ou de ténias microscopiques de un, deux ou trois centièmes de millimètre de longueur. Ces observations ont été faites avec le microscope et le micromètre de M. Vincent Chevalier en employant leur maximum de puissance; ces fluides contiennent en outre (spécialement chez les enfants) des monades globuleuses et jaunâtres, des insectes microscopiques doués de mouvements de rotation latérale ou circulaire et de progression en ligne droite : ces monades semblent être pourvues d'un appendice caudal très court. Le sulfate de quinine paralyse les mouvements de ces insectes. Nous ne prétendons pas, cependant, que le choléra présente tous les symptômes préindiqués dans un même individu ni que ces symptômes se produisent simultanément.

Un savant allemand, M. Thiersch, a annoncé à l'Académie des sciences que les déjections des cholériques sont sans action sur les animaux pendant les six premiers jours de la décomposition; mais dans les jours suivants il s'est développé un principe toxique, attaché au résidu sec des déjections, dont une portion détermine dans les animaux une maladie présentant les symptômes caractéristiques du choléra. Ce principe toxique a disparu dans une période postérieure de la décomposition. La température a été de 5 à 9 degrés Réaumur. Le choléra est une maladie indirectement- contagieuse.

La marche du choléra peut se diviser en trois périodes.

Première période : infection nerveuse. — La première action du virus cholérique attaque le système nerveux, produisant fourmillement et démangeaison sur la peau, évanouissements, obscurcissement de la vue, faiblesse des muscles surtout dans les parties inférieures, des sueurs provoquées sans efforts, frisson erratique ou froid ciux pieds, aux mains et au lobule du nez; bourdonnements aux oreilles, sursaut au moindre bruit; insomnie, le pouls nerveux, la couleur de la langue naturelle ou quelque peu sale; gastralgie, vomissements nerveux, diminution de la mémoire, et enfin, toutes les perturbations du système nerveux qui caractérisent cette période.

Denœièmc pév'ocle : infection du sang. — Choc sensible aux malades, battements de cœur clans la cavité thoracique; le virus commence à agir sur le système de la circulation et ses dépendances, comme la respiration, les sécrétions, la ■ digestion, etc.

Comme il est facile de le remarquer, les premiers troubles occasionnés parle virus cholérique attaquent l'innervation. Les altérations qu'il produit dans le sang qui lui sert de véhicule, et sur les fonctions qui dépendent du système sanguin, sont jusqu'à un certain point secondaires.

Tous les organes qui sont sous la double dépendance des systèmes nerveux et sanguin éprouvent une lassitude dans leurs fonctions qui cessent bientôt quand l'action du virus est assez active pour causer la mort. Dans les cas où le virus est insuffisant pour produire la mort ou lorsque son action a été presque, ou tout à fait, neutralisée par les remèdes qui ont été appliqués, il se présente une troisième période appelée de réaction ; c'est un travail d'élimination pareil à celui qui s'opère dans la période des fièvres intermittentes, rémittentes ou pernicieuses.

Des travaux entrepris depuis 1838 et laborieusement continués dans un grand nombre de localités malsaines des Antilles françaises et dans plusieurs provinces du Venezuela, m'ont permis de m'assurer que les fièvres ont pour cause un virus végéto-animal dont l'introduction dans l'économie est dans la plupart des cas une vraie inoculation. Je ne ferai qu'indiquer ce fait qui découle de mes investigations sur la cause de la fièvre jaune et des fièvres en général, et qui appartient à des travaux qui ne sont pas encore terminés.

Le choléra morbus épidémique est produit par un insecte appartenant à l'ordre des hémiptères et à la section des homoptères. Ses caractères sont : corps allongé de trois à quatre lignes ; les ailes supérieures, en forme d'étui crustacé, ont une couleur jaune sale avec des taches noires, dont la distribution ressemble à celle des taches rouges de la fulgora laternaria\\^ tête et le corselet transversaux; le corselet a une rondache garnie de dents superposées en forme de scie semi-

circulaire : ces dents conoïdes ou potiis tubercules tronqués qui garnissent la rondache sont probablement des organes de sécrétion : le corselet est noir, semi-transparent à certains endroits, et contient, à ce qu'il semble, une substance de même nature que celle qui produit la lumière chez le tope lumineux [crater noctilucus) ; mais cette substa,nce ne brille pas dans l'obscurité : les antennes sont invisibles, les pattes antérieures sont très grosses et tuberculeuses, à deux articulations; les parties inférieures de ces pattes ont une forme de billot. Il semble que ces organes sont destinés à. creuser la terre ; les pattes postérieures ont les cuisses aplaties et les jambes terminées en deux longs aiguillons transparents, divergents, très fins, aigus et inflexibles en apparence. Il y a à la jointure de la cuisse et de la jambe un autre aiguillon qui présente les mêmes caractères, sauf qu'il est plus court. Ces aiguillons ressemblent beaucoup aux aiguilles végétales qu'on observe à l'aide du microscope dans la sève de la cocuiza et du maguey {agave americana), aiguilles qui paraissent être un caractère propre aux plantes de la famille des broméliacées. Il n'y a pas de pinces, ni rien de semblable, aux extrémités des pattes.

L'insecte se sert de ses aiguillons pour percer la peau des animaux sans causer une sensible douleur, comme il arrive avec les aiguilles d'acupuncture : ils ne produisent qu'une légère démangeaison comme la piqûre d'un maringouin, quoiqu'ils pénètrent profondément à cause de leur grande subtilité. Ces aiguillons servent à introduire sous la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané le poison, quel qu'il soit, qui produit les accidents du choléra.

Une seule piqûre n'est pas suffisante pour occasionner des accidents mortels chez un animal de grande taille, de même que la piqûre d'un seul scorpion ne peut amener la mort; mais les accidents causés par cet insecte deviendraient très graves si les piqûres se multipliaient. Ainsi, les piqûres répétées de plusieurs insectes du choléra donnent aux symptômes de cette maladie une gravité en rapport avec leur nombre et les parties du corps qui ont été attaquées. Cette dernière circonstance explique la prépondérance de certains symptômes sur

d'autres en raison des parties du corps sur lesquelles se fait l'inoculation du poison, et la variété d'intensité du mal depuis les symptômes les plus légersjusqu'aux plus graves, parcourant ainsi tous les degrés de bénignité et d'aggravation de l'échelle pathologique.

La tète de l'insecte est terminée par un long bec droit, conoïde, placé au long du mésothorax et de l'abdomen, et qui, à l'état de repos, est aussi long que son corps. En frictionnant les piqûres de ces insectes immédiatement après qu'elles ont été faites, et avant l'absorption du virus, elles présentent des taches livides et verdâtres, semblables à celles qui suivent la morsure des serpents venimeux.

Il est à remarquer que les mêmes bouleversements nerveux et sanguins produits par le virus cholérique, et qui attaquent toutes les fonctions de l'organisme, s'observent aussi dans les morsures graves des serpents venimeux ; et la même réaction fébrile se présente aussi dans les cas où la quantité ou l'activité du poison n'ont pas été suffisantes pour causer la mort. Je pourrais encore présenter d'autres analogies aussi frappantes pour démontrer l'identité d'action des deux virus ainsi que les propriétés qui leur sont communes d'accélérer la putréfaction, sa plus grande activité dans les temps orageux et le renouvellement fréquent des douleurs après la guérison chez les individus atteints.

Mon but n'étant pas de présenter un traité ex professa sur le choléra morbus, mais seulement de faire connaître la cause de cette maladie, je dois m'abstenir d'entrer dans des détails qui dépasseraient les étroites limites que je me suis tracées pour cette publication.

Les observations que j'ai pu faire sur l'anatomie tégumentaire de cet insecte sont insuffisantes pour bien caractériser son genre; mais elles faciliteront aux entomologistes sa compréhension et le moyen d'approfondir une matière que je ne fais qu'ébaucher.

L'absorption des poisons introduits par inoculation s'opère d une manière d'autant plus prompte et complète que les piqûres sont faites par un instrument plus subtil; dans le cas

contraire, l'irritation produite pai' un instrument plus ^roa causerait une vive douleur et une afliuenco des fluides sanguins et lymphatiques qui occasionnerait une inflammation de tout le virus. C'est pour cette raison que les piqûres de scorpions et de bêtes à mille pieds sont d'autant plus graves qu'elles sont faites par ceux des plus petites espèces qui ont l'aiguillon très subtil. L'insecte du choléra produit aussi des symptômes pareils à ceux qu'occasionnent les scorpions, abstraction faite de la différence d'intensité; les voici : démangeaison de la peau, engourdissement de la langue et des lèvres, faiblesse des muscles, soif, évanouissements, nausées, pouls nerveux, etc. Le choléra ressemble beaucoup aux piqûres des serpents venimeux, surtout à celle du serpent à sonnettes, par les symptômes suivants : engourdissement de la langue, des lèvres, des membres et de tout le corps, étourdissement, bourdonnement aux oreilles, nausées, évacuations, refroidissement des extrémités, crampes aux mains et aux jambes, vue trouble, terne et double (diplopie), frissons erratiques, défaillance quand le malade s'assoit ou se lève, ecchymoses de la peau, fausse couche chez les femmes nouvellement enceintes, expulsion du sang par la bouche et d'autres voies naturelles.

L'insecte du choléra marche difficilement : il se traîne pour ainsi dire; je ne l'ai vu se reposer sur une table que quand il y a été attiré par la lumière d'une bougie ; il ne peut se poser sur les murs, ses pattes étant dépourvues de crochets ; il est crépusculaire, vespertin et nocturne. Dans ces climats on ne le voit pas avant six heures et demie du soir; à cette heure, et pendant qu'il y a encore une faible lumière, il vole avec une certaine indécision, comme ébloui par le peu de clarté qui existe encore, se tenant dans une position presque verticale, ainsi que les capricornes et les autres insectes qui ont les antennes très longues, ou dont les organes céphaliques et thoraciques sont lourds ; il vole sans faire le moindre bruit, ce qui peut dépendre de l'extension de ses ailes inférieures ou membraneuses, dont la couleur est légèrement verdâtre et transparente, avec des bords arrondis.

Depuis l'heure indiquée, il attaque l'homme surtout aux parties dorsales des mains et du corps; il s'approche sans bruit, et ne fait que se poser une ou deux secondes, laissant une légère démangeaison dans la partie où ses aiguillons ont pénétré. A une heure plus avancée de la nuit, l'insecte prend lin vol plus rapide, ses attaques deviennent brusques et il multiplie ses piqûres. Pendant le sommeil, qui devient plus profond à cause même des piqûres, il emploie sa trompe, qui pénètre profondément dans la peau et le tissu cellulaire souscutané, en y déterminant la suppuration d'une matière jaunâtre et semi-consistante qui sort par la pression sous la l'orme d'une petite colonne cylindrique, d'une ligne à une ligne et demie de longueur. Autour de ce point, l'on voit une légère inflammation, avec enflure et coloration rouge de la peau, ressemblant à un petit abcès.

Pendant le jour, l'insecte est invisible : je ne pourrais pas dire où il se retire : si c'est à l'eau, sur les arl)res ou dans les excavations de la terre. Ce qu'il y a de vrai, c'est que le choléra flt ravage à Cumanâ, plus notablement sur les rives du Manzanarès, et dans la paroisse de Altagracia dont une grande partie est habitée par les Guaicheries. Ces hommes, d'origine indienne, forment une population pauvre et laborieuse vouée presque exclusivement à la pêche; ils vivent dans des huttes peu abritées et entourées d'arbustes de la famille des mimosas, seule végétation de ces terres sablonneuses et arides.

L'homme n'est pas la seule victime du choléra: un grand nombre d'animaux domestiques et sauvages ont, comme nous, le triste privilège d'être attaqués par cette afiTection épidémique : les oiseaux domestiques, les perroquets, les perruches, les hiboux, les singes, les porcs, les chèvres, et même les animaux de grosse espèce, comme les ânes, etc. La plupart de ces animaux moururent pendant le choléra, présentant les symptômes suivants : nausées, évacuations alvines; des crampes qui paralysaient leurs mouvements; contraction tonique des tendons fléchisseurs, désignée par le vulgaire sous le nom de cngarruhamiento (fort rétrécissement des tendons). Môme les morrocoyes, les poissons qui nagent à la surface de l'eau douce,

et les ocrevisses qui marchent la nuit sur le sable des rives, se rencontraient morts pendant tout le temps que dura ce terrible fléau de l'humanité.

Le delta du Gange est le berceau du choléra. Cette peste règne d'une manière endémique dans cette région, provenant de l'habitude qu'ont les Indiens qui demeurent sur les rives de ce fleuve sacré d'y inhumer leurs morts. Ces cadavres, arrêtés dans les eaux dormantes du delta, passent par tous les degrés de fermentation putride, et servent, sans doute, d'éternelle alimentatioji à la reproduction de Tinsccte cholérique dont les métamorphoses successives à l'état de larve, de chrysalide, et à celui d'insecte parfait, s'opèrent peut-être au milieu de ces chairs putréfiées. C'est du delta du Gange que partent ces essaims pestilentiels et meurtriers pour entreprendre leurs longues excursions ravageant les villes et les nations qu'ils rencontrent sur leur chemin.

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