GÉODÉSIQUES
M. lé Général Bassot, directeur du Service géographique au Minitère de là Guerre, a procédé, sur la demande de la Commission de surveillance de la Tour, présidée par M. Mascart, à des mesures géodésiqués extrêmement précises, ayant pour but de faire un repérage exact du sommet, afin de pouvoir vérifier ultérieurement l'existence d'un déplacement. Ces travaux ont fait l'objet d'une communication à l'Académie des Sciences (6 décembre 1897), dont nous reproduisons des extraits. .
« Eh avril 1896, la Commission de surveillance de la Tour Eiffel, présidée par notre confrère M. Mascart, demanda au Service géographique de l'Armée de faire procéder au repérage du sommet de la Tour et de vérifier par des observations périodiques si ce sommet subit quelque déplacement.
« La solution de ce problème a conduit à des résultats assez curieux et qui me paraissent dignes d'être signalés à l'Académie.
« Il est évident tout d'abord qu'en présence d'une masse métallique aussi considérable, soumise aux effets des agents atmosphériques et en particulier de la chaleur solaire, il fallait s'attendre à voir le sommet de la Tour constamment en mouvement ; les dilatations inégales des arêtiers, inégalement exposés aux influences solaires aux différentes
heures de la journée, doivent produire, en effet, une sorte de torsion dci ce sommet, phénomène analogue à celui que Ton a déjà remarqué sur les pylônes en bois, servant de signaux géodésiques.
a Mais quelle est Tamplitude de l'oscillation et comment la déterminer? '
« Le procédé que nous avons employa est le suivant :
« On a d'abord fondé un repère invariable sur le sol, près du pied de la verticale du paratonnerre, puis ojn a ôhoîsi trois stations extérieures à la Tour, desquelles on puisse viser, au moyen de lunettes* décrivant ua plan vertical, successivement le repère et le paratonnerre. En chaque station on a installé un cercle méridien portatif, de telle manière que *1« champ de la lunette comprît le repère et le paratonnerre. Avec des instruments bien réglés, on pouvait ainsi, au moyen de la vis micrométrique de l'oculaire, mesurer avec une haute précision, en chaque station, l'angle existant entre les deux plans de visée,
« Au préalable, pour avoir tous les éléments nécessaires aux calculs de réduction, on a mesuré une petite base, relié les stations au repère à l'aide d'une triangulation, pris les distances zénithales; enfin on a orienté une des directions par l'observation du Soleil.
« Aux trois stations, les observations étaient simultanées et rythmées ; en chacune d'elles, on pointait, à heures convenues, le para'^ tonnerre, puis le repère, puis le paratonnerre, et ainsi de suite, chaque série comprenant quatre pointés sur le paratonnerre et trois sur le repère; les séries étaient espacées de demi-heure en demi-heure.
« Les mesures ainsi faites ont été traduites sur un schéma à échelle nature et rapportées au repère fixe. L'intersection deux à deux des plans passant par le paratonnerre donne finalement pour chaque série un petit chapeau, dont le centre de gravité fournit la position du paratonnerre au moment de l'observation.
« Remarquons en passant que la grandeur du chapeau permet d'évaluer l'erreur d'observation ; il résulte de nos opérations que chaque position du paratonnerre est déterminée avec une erreur moyenne de ± 3 mm seulement. C'est grâce à cette précision que nous avons pu étudier avec certitude le mouvement du sommet de la Tour, qui est en i'éalité très faible, et mettre en évidence son oscillation périodique.
« Pour chaque journée d'observation, on a finalement un dessin
figuratif donnant de demi-heure en demi-heure le pied de la verticale du paratonnerre, et chaque position du sommet de la tour se trouve définie par sa distance horizontale au repère fixe et par Tazimut vrai de la ligne joignant sa projection au repère.
« En réunissant par une courbe les positions successives du paratonnerre, on fait ressortir le mouvement progressif de la Tour pendant la durée des observations.
« Les expériences ont élé faites en août 1896, en mai et en août 1897. Il eût été désirable, en principe, de n'observer que par temps calme et couvert pour obtenir le minimum de déviation de Taxe de la Tour et en conclure son repérage avec plus de certitude. Mais cette condition était difficile à réaliser, nos postes d'observation n'ayant pas été organisés en observatoires permanents; il eût fallu d'ailleurs immobiliser pendant trop longtemps le personnel assez nombreux, nécessaire au travail, qui avait à satisfaire à d'autres nécessités impérieuses de service. En réalité, nous avons fait les observations un certain nombre de jours, quelque temps qu'il fît, et les résultats que nous avons trouvés démontrent qu'il n'est pas indispensable d'avoir un ciel couvert pour l'étude dont il s'agit.
« Les 21 mai et 25 août derniers, nous avons pu faire les expériences d'une manière presque continue depuis le matin jusqu'au soir. Nous en donnons les résultats ci-après, à litre d'exemple.
« De l'examen des courbes de ces deux journées, il ressort que le sommet de la Tour a des mouvements plus rapides et que les variations en distance et en azimut sont plus considérables le matin que dans l'après-midi...
« Les courbes du 21 mai (fig. 42) et du 25 août (fig. 43) affectent une forme qui se rapproche assez d'un 8 non fermé. Évidemment, la courbe des 24 heures doit être plus complexe, et cela se conçoit : vers la fin de la nuit, le paratonnerre doit avoir de faibles mouvements; dès que la chaleur solaire se fait sentir, les mouvement deviennent rapides ; on voit le paratonnerre se rapprocher du repère, puis s'en éloigner; dans l'après-midi, quand l'effet total de la chaleur s'est produit, il y a un moment d'équilibre où les mouvements sont faibles : la nuit venue, avec le premier refroidissement nocturne, les mouvements doivent encore une fois être rapides, puis redevenir faibles quand arrive l'équilibre nocturne.
Repère
Fig. \'2. — Courbe du 21 niai 1897.
Journée du 21 mai 1S97,
dessérios État du ciel Ilourcs D ' Azimuts (1) c
1 Couvert, temps calme. ^^^o M. 66 352,5 5,5
2 Id. 5, o 65 356,5 4,5