‹ Travaux scientifiquesChapitre 2 sur 3 · SUR L’INFLAMMATION · texte numérisé non relu

SUR L’INFLAMMATION

Rôle des cellules endothéliales. — Les cellules endothéliales ■forment à la surface des membranes séreuses et k la surface de la membrane intérieure des vaisseaux et du cœur un mince revêtement de cellules plates ; elles sont revêtues d’une cuticule, comme un léger vernis. Ces cellules, constituées, d’après la conception de Ranvier, par un protoplasma ramifié et anastomosées entre elles, sont assimilables aux cellules du tissu conjonctif. Au début des inflammations expérimentales, comme dans celles que l’on observe chez l’homme, elles perdent leur cuticule, sont plus ou. moins, atteintes dans leur vitalité et peuvent être nécrosées en partie si l’agent irritatif est violent ; mais celles qui sont peu compromises

Cornu., Du râle de la fibrine dans les inflammations des séreuses et du tissu conjonctif (Bulletin de l'Académie de médecine, 16 mars 1897).

Cornil et Toupet, Des hématomes en général et des hématomes musculaires en particulier (Archives des sciences médicales, avec 1 planche, Paris, Masson,

Cornil, Des modifications que subissent les cellules endothéliales dans les in-

ou intactes manifestent de suite une série de réactions qui se succèdent suivant une marche régulière. Les premières recherches en ce sens ont été faites par Cornil et Ranvier à propos de l’inflammation expérimentale du péritoine ( Manuel d’histologie pathologique, I" partie, 1869, p. 73 et suiv.).

Ranvier a décrit (1) depuis la façon dont ces cellules, après avoir perdu leur cuticule, se tuméfient, se relèvent, poussent de longs prolongements. et s’anastomosent 1 les unes avecjlesjautres, dans les espaces aréolaires du grand épiploon. M. Cornil a montré les mouvements et modifications analogues des cellules du tissu conjonctif enflammé en contact avec un épanchement sanguin.

La figure 1 montre le réseau de cellules de tissu conjonctif anastomosées entre elles au milieu du sang coagulé, et la figure 2

De même, lorsque la lumière d’un vaisseau sanguin est le siège d’un arrêt du sang consécutif à une inflammation, les cellules

le rapport de avec le réseau

endothéliales qui revêtent sa membrane interne s’hypertrophient, se relèvent, se multiplient, deviennent des cellules pédiculées encore adhérentes à la paroi ou libres et ces cellules pénètrent dans le sang coagulé qui le remplit.

Ces phénomènes très intéressants, observés dans les expériences de ligature des veines et des artères chez le chien sur les vaisseaux de toute grandeur et qui sont représentés dans les figures 3 et 4, se montrent aussi chez l’homme lorsqu’on se trouve dans les mêmes conditions de conservation des tissus que dans les expériences.

Ainsi dans la figure 5 qui se rapporte à une artère radiale oblitérée et ayant causé une gangrène de la main pour laquelle M. le docteur Schwartz avait amputé l’avant-bras du malade, nous avons dessiné le réseau des cellules endothéliales anastomosées les unes avec les autres au milieu du sang coagulé.

En pratiquant, chez des chiens, la ligature aseptique de la veine crurale de façon à pouvoir étudier en série les modifications de la paroi veineuse et du caillot tous les jours consécutifs à l’opération, on constate, pendant les deux premieis jours, la multiplication, le relèvement, la migration des cellules endothéliales qui adhèrent,

d’une part, à la membrane interne du vaisseau, d’autre part, aux filaments et grumeaux de fibrine voisins de la paroi, et ces mêmes cellules rayonnent isolées ou en réseau du côté de la partie centrale du caillot. Au troisième et quatrième jour, le mouvement de formation cellulaire est accru ; l’endothélium forme une couche pressée de cellules arciformes insérées sur la membrane interne et pénétrant dans le coagulum sanguin.

Néoformation de capillaires. — C’est à ce moment aussi que

se constitue la charpente des vaisseaux capillaires de nouvelle formation.

Cette néoformation de capillaires résulte de la progression dans le caillot de grandes cellules allongées parallèles, unies bout à bout suivant leur longueur, laissant entre elles un mince espace libre et unies ensuite par leurs bords de façon à limiter une cavité étroite,

•; Fig. 7. — Coagulùm fibrineux et cellules endothéliales dans une ligature de la veine crurale chez le chien quatre jours après l’opération: a, endoveine; [b, cellules ’ épithéliales relevées ; c, cellules endothéliales accolées à des filaments de fibrine ;

cylindrique,fermée par des cellules endothéliales. Le sang coagulé est parcouru par ces canaux et leur, sert de soutien,. Ces cavités ne contiennent, de place enpjaçe, que des débris mortifiés de globules sanguins du caillot. Elles constituent, au quatrième et au cinquième jour, un réseau de capillaires anastomosés qui occupe une partie plus ou moins considérable du caillot ; ces capillaires nouveaux

sont tout prêts à recevoir le sang vivant de la circulation générale. C’est ce qui arrivera vers le sixième jour, lorsque les membranes moyenne et interne de la veine enflammée auront été elles-mêmes le siège de la formation de néo-capillaires venus <’ .

et qui auront perforé ces membranes en apportant le liquide sanguin qui pénétrera à son tour dans le réseau plus ou moins constitué déjà des néo-capillaires.

Les jours suivants, le caillot est partout parcouru par des vais¬

seaux ; dès fibres de tissu conjonctif apparaissent au huitième jour et consolident le contenu jusque-là fibrineux de la veine.

Si l’on étudie ce qui se passe à [la surface d’une membrane séreuse enflammée artificiellement, comme la plèvre, on observe une succession de lésions -de l’endothélium tout à fait comparables. Nous avons produit des pleurésies aseptiques par cautérisation ignée de la surface de la plèvre viscérale ou par des ligatures assujettissant le poumon à la paroi de la poitrine et comprenant les deux plèvres pariétale et viscérale. Le premier

effet de cette inflammation consiste dans un dépôtde fibrine fourni par la quantité plus ou moins grande de sang épanehé entre les deux feuillets de la plèvre et dans la mise en activité des cellules endothéliales qui les tapissent. Les phénomènes vitaux observés du côté de cês cellules sont les mêmes que ceux qui se passent dans les vaisseaux à la suite de la ligature : hypertrophie, multiplication, détachement, relèvement de : ces cellules endothéliales, qui pénètrent et cheminent dans le caillot fibrino-cruorique en s’unissantles unes aux autres parleurs prolongements et forment ainsi un réseau cellulaire plus ou moins complet. Les éléments du sang et les leucocytes migrateurs qui se trouvent en contact avec ces cellules servent à leur nutrition. Ces mêmes grandes cellules provenant de l’endothélium et organisées en tissu conjonctif nouveau servent à constituer des vaisseaux de nouvelle formation, comme cela a lieu dans les veines au milieu du caillot sanguin.

Les vaisseaux capillaires de ces unions pleuro-pleurales sont assez rapidement le siège d’une circulation sanguine, parce que les vaisseaux delà surface de la plèvre arrivent facilement à s’unir avec eux, ou, pour mieux dire, ces néo-capillaires sont la prolongation directe des vaisseaux préexistants à la surface des plèvres.

La figure 8 montre des capillaires de nouvelle formation limitées par leurs grandes cellules endothéliales et contenant du sang vivant en circulation. La figure 10 représente les expansions nouvelles d’une anse capillaire du réseau sanguin préexistant de la plèvre, qui pénètrent dans l’exsudât pleurétique. Ces capillaires nouveaux, qui s.e terminent par des pointes d’accroissement constituées par leur endothélium entrent ainsi dans la couche exsudative de fibrine et s’unissent bientôt avec ceux qui y existent déjà ; ainsi s’effectue la vascularisation de l’adhérence pleuro-pleurâl'è, recevant à la fois le sang des deux plèvres viscérale et pariétale.

Cette tendance constante des exsudats fibrineux inflammatoires à être envahis par les cellules multipliées du tissu conjonctif et de l’endothélium et à être bientôt parcourus par des vaisseaux

qui leur apportent le sang de la circulation générale, se manifeste même dans des lésions où on ne l’aurait pas soupçonnée, par exemple dans la pneumonie fibrineuse de l’homme. Là, en effet, on trouve parfois une organisation de l’exsudât fibrineux iutra-alvéolaire, comme le démontre la figure 10.

Mais c’est surtout dans les processus réparateurs ou cicatriciels que ces propriétés d’organisation, de régénération, sont manifestes et trouvent leur application la plus décisive.

Réparations cicatricielles. — Il importe avant tout, pour la réussite des expériences qu’elles soient conduites avec toutes les précautions de l’asepsie.

Lorsqu’on réunit par une suture deux parties d’une séreuse,

Page 1