‹ Travaux sur l'histoire du droit françaisChapitre 217 sur 250 · Platon · texte numérisé non relu

Platon

De même que l'œil reçoit la lumière et atteste la lumière, mais n'est point la lumière ni ne l'a faite;

de même l'idée illumine l'intelligence, qui la reçoit et en rend témoignage, mais ne Test point et ne la produit point. Si le soleil, en rayonnant la lumière, donne aux choses la couleur et à l'œil la faculté de les apercevoir, l'idée est dans une autre sphère, la source et la cause de tout bien. Otez le soleil du monde physique, les couleurs s'effacent, les objets disparaissent , l'œil est comme frappé de cécité : otez l'idée du monde intelligible, et vous supprimez la différence du bien et du mal , du vrai et du faux. Telle est la comparaison de Platon au sixième livre de sa République.

L'existence et la nature de l'idée sont donc , pour lui, indépendantes de notre faculté de connaître, qui ne s'exerce même que sous son influence. L'idée n'est point parce que quelque loi de notre raison la postule; elle ne consiste point dans un ensemble de formes vides, de règles abstraites, déduites des procédés de notre esprit. Riche et féconde comme la lumière , elle rayonne suivant sa nature propre ; en elle est le point de départ et le premier principe : il faut que l'intelligence la saisisse par la faculté active de l'intuition.

La justice, émanée de l'idée, n'est pas davantage une règle ou un système de règles, mais la vive image d'une activité variée et exactement déterminée dans toutes ses manifestations. Aussi la République de Platon est-elle le modèle de toute exposition concrète. Il nous montre ses citoyens dans toutes les situations de la vie: leurs occupations diverses, leur éducation, leurs sentiments, sont inséparables de la forme du

d'après le point de vue hist. par m. stahl. 449

gouvernement. Il ne suffit pas qu'ils se dévouent à la république, s'ils ne le fout de telle manière précise, dans telles circonstances et dans tel esprit. Des hommes sages sont préférables à de sages lois ; et il est de l'essence de cette république que les sages la gouvernent. Car aucune règle n'est prescrite pour le jugement des cas particuliers : c'est le sens droit des bons citoyens, formés par une bonne éducation, qui seul en décide. Ainsi cet idéal de république, déterminé d'une manière si positive jusque dans les choses qui semblent les plus accidentelles, ne comporte point de ces principes généraux et abstraits, sous lesquels les faits extérieurs , quels qu'ils soient , se classent et se résument. L'Etat ressemble au corps de l'homme: ce n'est pas uue construction immobile, mais un organisme vivant, où tout se lie et se tient daus une unité parfaite. Aussi Platon ne procède-t-il pas par déduction logique : il examine l'effet total de chaque institution dans l'Etat, de chaque disposition dans les citoyens.

Dire que la République de Platon est impraticable, c'est bieu mal en comprendre l'esprit. Car il ne s'agit pas d'appliquer telle ou telle prescription particulière, mais d'organiser, par des moyens appropriés, un État qui produise sur le spectateur la même impression de grandeur et d'harmonie. L'idée de la République de Platon est celle que, dans leur période la plus brillante, toutes les républiques grecques s'efforcèrent de réaliser. Mais un idéal ue trouve jamais dans il* 29

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le monde sa réalisation complète ; et la République de Platou elle-même ne rend sans doute qu'imparfaitement l'idée qui s'en présentait à sou esprit.

Ce que Platon appelle la justice de l'Etat, n'en est à vrai dire, que la beauté. Le beau consiste, en effet dans la réunion harmonieuse d'existences multiple* en un tout, quoique sans conscience, et sans satisfaction des besoins des parties. Le juste, au contraire n'existe qu'à condition de donner aux existences individuelles cette satisfaction et une certaine indépendance, afin que, formant chacune uu tout par ellemême, elles concourent librement à produire un»1 unité plus haute. Or, Platon sacrifie l'homme, son bonheur, sa liberté, sa moralité même, à l'excellence de l'Etat comme œuvre d'art.

Une telle exagération porte sa peine en elle-même. Plalon avait prétendu faire de sa république une harmonie plus sublime que toutes les harmonies de la na ture : il ne le pouvait qu'en la faisant exécuter librement par des êtres intelligents et libres; mais ses citoyen* sont destitués de tout choix et de tout libre arbitre. L'Étal développe et protège en eux, non leur personne, mais leurs facultés, dont il profile même contre leur gré. Une élite peu nombreuse a seule la conscience du grand œuvre auquel tous les citoyens concourent, et ceux-là même ne sauraient avoir aucun mérite de leur concours , puisqu'ils sont , par position , dan> l'impuissance de s'y refuser. Si donc le bien, suivant Platon, doit être d'une beauté su|>érieure au beau lui-

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