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INTRODUCTION

La philosophie du Droit est la science du juste. Or, qu'est-ce que le juste? Les opinions sont diverses , les systèmes nombreux et hostiles. Nous sommes ainsi appelés à prendre parti entre les théories qui se partagent notre époque.

Jamais la science du juste ne fut plus difficile. La succession rapide des systèmes et des révolutions a produit, dans le domaine de la philosophie, l'incertitude de toute connaissance; dans le domaine du Droit, l'instabilité de toutes choses.

Vers la fin du siècle dernier, une tendance dès longtemps préparée, éclata. L'orgueil de la liberté des actions et des pensées humaines devint le principe de la science. Comme tout principe nouveau, il prétendit à la domination exclusive et absolue. Tout fut détruit et nivelé, pour ne reconstruire que ce qu'aurait confirmé la raison. Mais là se trahit son impuissance, et l'on commença de s'incliner de nouveau devant cette

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puissance supérieure qui gouverne à notre insu le* choses humaines.

Cette réaction naturelle tomba elle-même dan* l'excès contraire. La lutte contre la philosophie du temps se changea en dédain de toute philosophie; un respect aveugle pour les institutions consacrées par Thistoire, entraîna l'abdication de tout examen et de tout libre jugement. L'école historique elle-même a fini par sentir le besoin d'un principe du juste , sans savoir où le trouver.

Un dernier système, celui de Hegel, s'oppose également aux deux tendances précédentes; et il faut ajouter enfin les théories les plus importantes qui se sont produites dans le passé, et que notre civilisation classique ne permet point de passer sous sileuce.

Quelle mesure commune appliquera- t-on à ces systèmes divers, pour porter sur leur vérité un jugement qui ne soit pas désavoué par eux? Chacun contient en lui-même son premier principe du juste, ou même son premier principe de toute pensée et de toute connaissance. Admettre ce critérium, c'est admettre tout le système; le nier, c'est faire récuser son jugement. Entre des systèmes divers il n'y a point de rapprochement possible: l'éclectisme supposerait lui-même une mesure qui serait rejetée par tous ensemble.

Toutefois, un système ne se forme pas de lui-même; il naît dans la pensée des hommes, et il y est suscité par une cause réelle , un motif, un besoiu, un intérêt

d'après le point de vue hist. par m. stahl. 447

de la nature humaine. Son premier principe n'est autre chose qu'une expression plus ou moins fidèle de cet intérêt , qui partant domine le système sans être dominé par lui ; et la mesure de cet intérêt sera la mesure légitime du système qui en dérive. Or, cette mesure n'est point un raisonnement, mais un fait. Le jugement des divers mobiles des systèmes philosophiques est dans leur développement historique et leurs résultats, fondés sur la nature réelle de l'homme.

Si des systèmes contraires sont inconciliables, leurs mobiles divers ne le sont point; tous, au contraire, ont leur vérité relative, puisque tous sont compris dans la nature humaine. Une philosophie qui leur donnerait satisfaction à tous, serait à coup sûr la véritable; et elle concilierait entre eux tous les systèmes , non dans leurs assertions contradictoires, ce qui est impossible, mais par leur tendance et par l'intérêt qui les a produits.

C'est de ce point de vue que nous allons suivre , dans ses grands traits, la génération des théories actuelles. L'étude du passé préparera les résultats de l'avenir.

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