D'APRÈS LE POINT DE VIE UIST. PAR M. STAIIL
bonheur est une des fins de la nature. La vertu ellemême est pour Aristote le milieu entre deux extrêmes, parce que rien, dans la nature, ne se conserve que par la modération.
La nature avec ses fins dépend aussi peu que l'idée de Platon de la raison humaine. Pour Aristote aussi, le bien est un objet extérieur et donné, qu'on découvre \kw une activité de l'esprit dirigée vers lui , par l'observation. Mais l'intuition de Platon suffit à donna immédiatement la connaissance dii juste, tandis que l'observation ne donne à Aristote que des matériaux d'où il faut dégager cette connaissance au moyen de l'abstraction et de la généralisation. De là un travail logique, qui a donné quelquefois le change sur la portée de son système, en même temps que ses objections à Platon semblaient le rapprocher des théories modernes. Mais il n'en est rien. Pour lui aussi , la justice n'est pas un système de règles, mais une manière d'être des hommes; pour lui aussi les institutions s'éprouvent , non |iar la rigueur des déductions logiques,
mais |>ar leur effet réel , produit dans l'Etat et sur les hommes; pour lui aussi, la société précède et domine l'individu.
Dans la vérité des choses, l'intuition et l'observation s'accordent et se complètent en vertu de l'accord que l'intelligence suprême a mis entre la plnsique et l'éthique, entre l'idée et les faits. D'abord, si la loi * 'impose aux laits et leur commande, elle est à son tour limitée par eux , en ce sens qu elle ne peut coin-
/454 RistlÉ DE LA PHILOSOPHIE Dl DROIT
mander Y impossible. Puis ensuite, dans la grande chaîne des harmonies de l'univers, l'histoire de la nature est comme le prélude de l'histoire de l'homme, et elles présentent entre elles des analogies profondes, malgré des différences non moins essentielles. Enfin, l'impulsion naturelle de l'instinct et du besoin conduit souvent l'homme au même but que la loi morale lui prescrit comme un devoir. Comment se fait-il donc que, dans les deux grands représentants de la philosophie des Grecs, ces deux méthodes se montrent exclusives et hostiles? C'est qu'aux Grecs a manqué totalement le point de vue historique, qui seul concilie l'idéal avec la réalité, en faisant concevoir une progression , une approximation de l'une à l'autre. Chez Platon, l'idée dans sa sublimité ne produit que le dédain du monde réel; chez Àristote, l'étude exacte de celui-ci ne produit que la conviction de l'imperfection inévitable de toutes choses.