MEMOIRE
ET
ML le Ministre de l'instruction publique vient d'accueillir de la manière la plus bienveillante ce second Mémoire sur les monuments inédits de l'histoire du Droit français au moyen âge. Le premier avait déjà obtenu, il y a un an passé, la même faveur, pour laquelle je ne saurais témoigner assez à M. Guizot ma vive reconnaissance. Son suffrage sera toujours une des plus douces récompenses que je puisse ambitionner pour mes travaux, et je craindrai peu de m'égarer dans mes recherches tant que je serai soutenu par l'approbation d'un guide aussi sûr, d'un juge aussi compétent.
J'avais pensé devoir mener de front la rédaction d'une Histoire du Droit public et privé
de la France, qui nous manque, avec la mise en lumière des monuments rares, inédits ou mal-édits (qu'on me passe le mot) de notre ancien Droit. Huit années d'études m'avaient d'ailleurs convaincu que l'époque décisive pour l'intelligence de notre ancien Droit coutumier était l'époque féodale. Non que je veuille attribuer au principe et aux formes de la féodalité une perfection idéale qu'aucun établissement humain n'aura jamais, ou chercher l'interprétation de notre Droit actuel dans l'élément féodal qui se trouvait mêlé aux coutumes du moyen âge; mais nous avions .alors une société constituée, des institutions arrêtées, des coutumes rédigées, tandis que l'époque barbare n'offre encore que les rudiments grossiers de tout cela. Les temps plus modernes, au contraire, ne laissent déjà plus apercevoir des coutumes que des débris altérés par la prépondérance excessive du Droit romain.
C'est donc avec intention que j'avais essavé dans mon premier Mémoire de faire, en quelque sorte, l'inventaire des coutumiers français du treizième au quinzième siècle; et j'ai été assez heureux pour trouver dans les manuscrits de quoi en compléter et en rectifier la liste.
Après les coutumiers se présentaient naturellement les registres judiciaires. Le mémoire que je publie aujourd'hui est consacré à l'étude de ceux de ces registres qui laissent tous les autres bien loin derrière eux par leur célébrité comme par leur importance réelle.
Puissent ces recherches consciencieuses, tout incomplètes qu'elles sont encore, contribuer à rappeler l'attention publique sur l'histoire trop négligée de notre Droit national ! Quand une fois les sources seront bien connues et accessibles à tous, le grand monument historique dont elles contiennent les matériaux s'élèvera, non avec moins de labeur, mais sur une base plus large et plus solide, dans des proportions plus riches, plus harmonieuses et plus vraies. Il n'appartient qu'à M. Guizot de provoquer et d'encourager puissamment de tels travaux; à lui seul aussi il appartient d'en rendre l'exécution possible.