IV. Transition aux théories historiques
Quand une fois il est certain que l'on a fait fausse route , on revient presque toujours sur ses pas. La philosophie abstraite avait tout rapporté à l'homme, à l'individu, à sa volonté; non -seulement elle avait rompu les liens sacres et invisibles qui nous unissent à Dieu : de conséquence en conséquence, elle était arrivée à rompre de même ceux qui maintiennent les sociétés, la famille et l'État. Mais l'empire que la société exerce sur les individus est à la fois une nécessité morale et une puissance de fait : ici donc on ne put s'aveugler longtemps sur la fausseté des conséquences, et leurs effets funestes firent découvrir le vice du principe.
Les écrivains contre-révolutionnaires combattirent le système du Droit naturel dans un intérêt de parti ; la philosophie allemande s'en dégagea dans un intérêt purement scientifique. Le principe d'une volonté objective, l'idée des organismes sociaux, distinguent les systèmes de Schelling et de Hegel des précédents. Toutefois ces causes supérieures à la volonté individuelle de l'homme ne sont point encore des causes 'intelligentes et libres : de là la ressemblance de ces systèmes avec la philosophie des Grecs , dont ils se distinguent néanmoins par deux points .essentiels. D'abord ils contiennent déjà le germe du point de vue historique: aussi Schelling admet-il dans son sys-
d'après le point de vue hist. par m. stahl. 509
tèmc le développement progressif des sociétés. Mais d'un autre côté, le principe objectif est toujours encore un principe abstrait , qui pose ses conséquences suivant une loi nécessaire. La liberté divine, source véritable du développement historique, inconnue à la philosophie concrète des Grecs, est formellement exclue par les systèmes qui vont nous occuper. Par là ils se rattachent au rationalisme, dont ils forment la dernière période. *