‹ Travaux sur l'histoire du droit françaisChapitre 243 sur 250 · I . Système oe Schelling · texte numérisé non relu

I . Système oe Schelling

Le système de Schelling dérive de celui de Fichte, et ne s'explique que par lui. Le moi individuel est remplacé comme principe par le moi absolu, qui, posant le non-moi, apparaît comme l'identité Ju réel et de l'idéal, de la puissance et de la science, de la nécessité et de la liberté. Le moi absolu, en tant qu'objet, se multiplie, se particularise, pour produire les hommes et les choses; en tant que sujet, il reste toujours un et général : il y a donc aussi identité du général et du particulier. Le moi absolu n'a conscience, et connaissance que dans le moi empirique de chaque homme : mais cette connaissance pour chaque homme est générale et nécessaire.

Dans ce système, comme daus celui de Fichte, la possibilité de nos conceptions est expliquée, puisque le sujet et l'objet sont dérivés du même principe, et partant homogènes; mais en même temps l'objet est plus qu'une simple conception, puisque, posé par le

moi absolu et non par le moi individuel , il a une existence véritablement indépendante de ce dernier. Il ue s'agit plus de montrer comment le moi individuel forme nécessairement toute la ebaine de ses conceptions, mais comment le moi absolu pose nécessairement Téchelle des êtres par l'évolution des puissances, par la combinaison du réel et de l'idéal. De là, d'abord , les règnes de la nature, et puis l'bomme, et la succession des empires , les époques de l'bistoire.

Mais le moi absolu est toujours la raison impersonnelle : comment ce principe unique et abstrait peut-il produire le changement, la diversité? C'est que le temps et l'espace sont les conditions nécessaires , non de notre subjectivité dans nos conceptions , mais de J'absolu dans son évolution , quoique ne se trouvant point dans l'absolu comme tel. Celui-ci est toujours le même au fond de toutes les variations de l'univers; et le devoir n'est que le retour du mot empirique à l'absolu. Aussi la méthode de Schei lihg n'estelle point la démonstration logique au moyen du syllogisme, mais la construction au moyen de l'intuition intellectuelle : celle-ci est la faculté de reconnaître l'éternel dans le temps, le général dans le particulier, l'unité dans le multiple.

Le réel dans Spinoza u'est qu'une conséquence, une affection de la substance : dans Fichte, il détient le principe même; dans Schellikg, la réalité du moi subjectif est remplacée |)ar la réalité du moi absolu , et prend |>ar là une valeur objective. De là un principe

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de vie qui met eu mouvement tout le système. Ce n'est plus, comme dans les théories précédentes, une idée unique retournée en tout sens et exprimée dans ses applications diverses, mais à chaque pas jaillissent en abondance des idées sans cesse nouvelles. Schelling ne procède plus par analyse, mais par thèse. On voit toute chose se produire, se développer, dans une évolution régulière et continue, qui échappe aux antinomies logiques, et ne manque pas des conditions de l'art.

Mais, tant que Sciielling persiste dans les voies du rationalisme^, cette vie n'est qu'apparente, et le panthéisme inévitable; car la réalité absolue dont il a fait son principe, n'a ni personnalité ni conscience d'elle-même. Dieu existe, mais il n'a conscience que dans la conscience des hommes. Il crée , mais sa création est nécessaire; elle est moins un acte qu'un événement; l'univers devient plutôt que Dieu ne le fait. La liberté de l'homme succombe, aussi bien que celle de Dieu, au fatalisme logique. Si, comme le rationalisme le prétend, il n'est rien que la raisot» humaine ne puisse connaître et déduire d'elle-même, toutes choses doivent être l'effet d'une cause nécessaire : car s'il y avait choix et liberté, comment la raison pourrait-elle se prétendre infaillible?

Voilà pourquoi Schelling tend de plus en plus à s'affranchir du dernier lieu qui le rattache au rationalisme, et à poser comme moi absolu, non plus la raison impersonnelle, mais la personnalité de Dieu.

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Hegel, au contraire, persistant à admettre la nécessité logique et la raison impersonnelle, est obligé de se jeter dans le rationalisme objectif, abandonné depuis Spinoza.

théorie du droit, suivant schell1ng.

Le système de Schelling ne doit pas être considéré comme un système clos et arrêté : il est un effort continuel pour se dégager de son point de départ rationaliste , pour se développer librement vers le terme auquel il tend, et qui seul l'explique. Mais, bien que les écrits de Schelling sur le Droit appartiennent aux premiers temps de sa philosophie, on y voit déjà un progrès sensible. L'absolu , comme principe de l'éthique, devient la volonté générale, non la somme des volontés particulières , mais une volonté véritablement objective, qui se rapporte à la raison pratique et à l'homme en soi de Kant, comme l'absolu lui-même à la substance de Spinoza. La volonté est active de sa nature; la raison, fixe et immobile.

Celte volonté objective, dans l'évolution des puissances, produit nécessairement des types moraux, des associations juridiques, qui sont des totalités, des corps, des organismes sociaux. Au-dessus des règnes de la nature viennent, dans le monde moral, la famille, et l'État, et l'Église; dans l'histoire, la transformation successive et régulière de chacun de ces organismes. L'Etat est l'organisme de la libellé, la plus haute manifestation de l'idéal dans le réel, de

d'après le point de vue hist. par m. stahl. 513

la vie spirituelle et libre dans une (orme extérieure et nécessaire. Il est en même temps la plus haute représentation de l'identité du général et du particulier : car dans Tordre public se réunit la foule des volontés particulières. Cette identité est absolue dans les républiques antiques; elle est disjointe dans les États modernes , où le monarque et le peuple s'identifient par l'action des pouvoirs intermédiaires. La science du Droit s'occupe de la construction de l'État.

Toute vie consiste en des forces qui se limitent Tune l'autre : ainsi la volonté objective peut produire et produit du même jet, et le droit individuel et la loi juridique, la contrainte et la faculté. L'Etat reprend sa valeur objective, supérieure aux volontés humaines, et il est soumis aux conditions de l'art. Par là toute la théorie du Droit naturel est renversée , et la théorie qui le remplace se rapproche des théories des Grecs, d'autant plus que le principe de la personnalité de Dieu manque encore. La moralité publique (l'Etat) , quoique nécessaire et sans conscience d'ellemême, est supérieure à la moralité de l'homme. Dans l'homme , la personnalité et la conscience sont des formes inférieures, que l'Etat dépouille pour se rapprocher de l'absolu.

De ce système de Schelling , développé dans le sens de la philosophie rationaliste , est sorti le système de Hegel. Schelling lui-même est arrivé, dans sa nouvelle philosophie, à reconnaître explicitement le principe du Dieu personnel, libre, et créateur de il. 33

toutes choses, au lieu de l'absolu produisant l'univers, sans choix et sans conscience, suivant une évolution nécessaire.

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