CHAPITRE DOUZIÈME
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teau et le brisa. Une lutte s’ensuivit ; trois ou quatre hommes à la fois se jetèrent sur Otopunnebe ; mais il était d’une rare vigueur, et il ne lâcha point Wawbebenaissa, qui ne se tira enfin de ses mains qu'avec deux côtes brisées et plusieurs graves contusions. Otopunnebe était naturellement paisible, même dans l'ivresse ; s’il lui arrivait de prendre part à une rixe, c'était plutôt, comme dans cette circonstance, pour un ami que pour une cause personnelle.
Nous fîmes, Otopunnebe et moi, un festin avec du gibier, que ma convalescence, étonnamment rapide, m'avait permis de tuer ; et, de retour au camp abandonné, nous trouvâmes encore toutes les cabanes dans l’état où les Indiens les avaient laissées. Dix jours après, ils commencèrent à revenir, les uns après les autres, pour veiller sur ce qui leur appartenait. Otopunnebe prit mon canot pour retourner à la rivière Rouge, où il s'était établi.
Les autres Indiens emportèrent leurs cabanes, leurs meubles et leurs vivres. J'avais alors une assez grande quantité de viandes sèches, pour suffire à la subsistance de ma famille pendant plus d'une année. Après avoir pourvu de mon mieux à toutes mes affaires, je pris un petit canot et je partis seul pour Mackinac, d’où j'espérais aller retrouver aux Etats quelques-uns de mes parents, s’il en existait encore.
Au lac de la Pluie je rencontrai M. Giasson et plusieurs autres:
agents de la compagnie de la baie d'Hudson. Tous me dirent qu’il n’y aurait pas de sûreté pour moi à me trouver en présence des employés de la compagnie du Nord-Ouest, encore furieux de la conduite que j'avais tenue. Je savais que les agents de la baie d'Hudson n’ayant point de relations avec le‘bas du lac Supérieur, ne pourraient nullement venir à mon aide, et que, si j'entreprenais de asser seul, je rencontrerais inévitablement quelques blancs du Nord-Ouest.
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Prenant donc mon parti, j'allai droit au lac de la Pluie, où je trouvai mon ancien traiteur, M. Tace. Il se tenait au bord du lac, lorsque j’arrivai dans mon petit canot. Il me dit de venir chez lui et je le suivis. Là il me demanda d’un ton presque sévère le motif de ma venue. « Pourquoi, me dit-il, n’allez-vous pas chercher vos amis de la baie d'Hudson ? » Je lui répondis que je voulais aller aux Etats... « Il aurait bien mieux valu, reprit-il, que vous v fussiez allé il y a longtemps. » Je restai là vingt jours, parfaitement traité par M. Tace, qui me mena ensuite au fort William dans son propre canot. De là, le docteur Mac-Laughlin m’'envoya dans une de ses barques au saut de Sainte-Marie, d’où M. Ermatinger me conduisit à Mackinac. Tous les agents du Nord-Ouest que je reucontrai dans ce trajet me traitèrent avec bonté ; nul ne me dit un seul mot de mes relations avec la compagnie de la baie d'Hudson.