‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 116 sur 143 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

sink par la main, le sang jaillit à grands flots de ma tête. « Que signifie cela, mon fils ? » me dit-il. Je voulus tourner la chose en plaisanterie, mais je m’évanouis à ces mots, ct ils virent toute l’étendue de la blessure que j'avais reçue. Otopunnebe était pour moi une vieille connaissance, et m'avait toujours manifesté des dispositions amicales ; il parut très affligé de ma blessure, et se promit en lui-même de punir Wawbebenaïssa de son injuste violence. Cet homme fut puni quelque temps après de la persistance dans ses méchancetés. Il est mort de faim !

Voici ce qui était arrivé.

En entrant dans la cabane de ma belle-mère, je n'avais pas songé à baisser le chaperon de ma capote, faite d’une peau de moose très épaisse. Cette négligence m'avait empêché de remarquer l'entrée de Wawbebenaissa, et de voir ou d'entendre son approche. Il est probable aussi que je serais tombé mort à l'instant même de son attaque, si ma tête n'avait pas été ainsi couverte. La force du coup qu’il me porta s'était trouvée amortie par l’épaisseur du cuir, mais mon crâne était fracturé, et il existe encore un calus très prononcé à l'endroit le tranchant du tomahawk

avait frappé. Il me fallut up de temps pour me remettre

de cette blessure, quoique : dont ell | cause

fût de moindre durée que je ne |: t d’abord.

Wawbebenaissa s'enfuit aussitôt ver: notre x e de Menau-

zhetaunung, et les autres Indiens, n’ayant jan ins la

prairie, furent saisis d’une terreur panique. Il ent tous que les Sioux s'étaient mis à leur poursuite. Je me sentais trop faible pour voyager ; et d’ailleurs je savais bien que n« ‘avions alors rien à craindre de la part des Sioux ; mais ma -mère trouva fort mauvais mon refus de me mettre en route avec les Indiens. Je n’ignorais pas que ma belle-mère, ma femme peut-être elle-

même, n'avaient pas été étrangères à l'attaque de Wawbebenaissa

SE De: us ces

contre mes jours : je leur dis donc de me laisser si elles voulaient, et elles partirent, emmenant avec elles tous mes enfants. Otopunnebe et son cousin, jeune garçon de quatorze ans, restèrent seuls auprès de moi ; ils me prodiguèrent, avec les attentions les plus délicates, tous les soins que réclamait mon état, tandis que ceux qui auraient dû être mes amis m’abandonnaient à mon triste sort. Après le quatrième jour, je me trouvai beaucoup plus mal ; j'étais incapable de me tenir debout, et presque même de me mouvair. Vers le dixième jour, je commençai à me rétablir.

Nous partîmes alors ensemble pour le village, et mon ami me raconta ainsi ce qui s'était passé.

A peine arrivé, Otopunnebe entra et s’assit dans la cabane de l’un des principaux chefs ; peu après, Wawbebenaissa parut aussi,

“et alla s'asseoir en face de lui. Tous deux se regardèrent quelque

temps en silence, et Wawbebenaïissa dit enfin :« Otopunnebe, vous n'êtes jamais venu dans notre village : je n’ignore pas le motif qui vous amène de si loin pour nous voir. Vous n'avez pas de frères de votre sang, les longs couteaux les ont tous tués, et vous êtes assez fou pour donner le nom defrère à l’homme que j’ai battu l’autre jour.

— Il n’est pas vrai, répondit Otopunnebe, que les longs cou-

teaux m'aient tué un frère; mais, l’eussent-ils fait, je ne vous laisserais pas vous ruer sur mon ami,qui est en tout semblable à nous; je ne vous permettrais pas de l’insulter et de le blesser, ainsi que vous l’avez fait, si souvent, sans cause et sans provocation. IL est vrai que je l’appelle mon frère, et je le vengerai comme un frère ; mais je ne veux pas verser de sang dans la cabane de ce chef, qui m'a reçu en ami. »

A ces mots, il prit Wawbebenaissa par la main, le mena hors de la cabane, et déjà il allait lui plonger son couteau dans le cœur, lorsque le chef, homme très fort, lui arrêta la main, saisit le cou-

roulaient, . Otopunrent seuls s les plus que ceux riste sort.

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