‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 119 sur 143 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

qui, je le crois, était envoyé par le major tout exprès pour prendre soin de moi dans le voyage. La traversée dura cinq jours ; le gentleman, en débarquant, me dit de l’attendre, et je ne l'ai jamais revu.

Le jour d’après, je débarquai moi-même, et m’étant avancé dans la rue, je m’arrêtai un moment pour regarder tout autour de moi. Enfin, je vis un Indien, j'allais droit à lui, et je lui demandai qui et d’où il était. — Ottawaw de Saugenong, répondit-il. — Connaissez-vous Kishkauko ? — C’est mon père. — Où est Manitoogheezhik, son père et votre aïeul ? — Mort à la dernière chute des feuilles !

Je lui dis d’aller chercher son père et de l’amener, mais le vieillard ne voulut pas venir.

Le lendemain, comme j’errais encore dans la rue, regardant de côté et d'autre, j’aperçus un vieil Indien, et je courus le rejoindre. En m'entendant approcher il se retourna, m’examina quelques instants d’un air inquiet et me serra dans ses bras. C'était Kishkauko ; il ne ressemblait guère au jeune homme qui m'avait fait prisonnier tant d'années auparavant. Il me fit avec empressement beaucoup de questions sur ce qui m'était arrivé, sur les lieux que j'avais habités depuis notre séparation. Je le priai de me conduire chez le gouverneur Cass, imaïs il le refusa avec une apparence d’effroi. |

J'appris alors de Kishkauko dive:s détails de mon enlèvement que j'ai rapportés au début de ce récit, et dont j'avais conservé un vague souvenir d’après les conversations tenues plus d’une fois en ma présence. Je croyais encore que ma famille presque tout entière avait été massacrée dans la seconde expédition de Manitoogheezhik à l'embouchure du Big-Miami, lorsque le vieillard m’avait rapporté le chapeau de mon frère pour preuve de ce massacre.

« Est-il vrai, dis-je à Kishkauko, que votre père ait tué tous

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mes parents ? » Il me répondit que aon. Manitoogheezhik, l'année d’après mon enlèvement et dans la même saison, était retourné à l'endroit d’où il m'avait “nlevé ; là, comme dans sa première expédition, il avait épié mon père et ses planteurs depuis le matin jusqu’à midi. Alors tous les blancs étaient rentrés à la maison, excepté mon frère, âgé de dix-neuf ans, qui labouraït avec un attelage de chevaux. Les cordes étaient passées autour de son cou ; les Indiens se jetèrent sur lui ; les chevaux voulurent s’enfuir : mon frère s’embarrassa dans les cordes, tomba, et fut pris par les Indiens.

Les chevaux furent tués à coups de flèches,et les Ottawwaws entraînèrent mon frère dans les bois. L/Ohio fut passé avant la nuit, et ils ne firent halte qu’à une bonne distance. Mon frère fut fortement attaché à un arbre, les bras et les mains liés par derrière, et les cordes maintenant sa poitrine et son cou ; maïs il parvint à les ronger et à tirer de sa poche un canif qui trancha tous ses liens.

Aussitôt il courut droit à l'Ohio et le traversa à la nage. Les Indiens, réveillés au bruit qu’il faisait, le poursuivirent à travers les bois ; mais la nuit était très sombre, et ils ne l’atteignirent pas. Son chapeau était resté dans le camp ; ils le prirent pour me faire croire que mon frère avait été tué par eux, tandis qu'il était rentré, au lever du soleil, dans la maison paternelle.

Le gouverneur me donna des vêtements d’une valeur de soixante à soixante-dix dollars et me fit loger pour quelque temps chez son interprète, à un mille de sa résidence, où je devais attendre le moment d’une grande réunion d’Indiens et d’hommes blancs à Sainte-Marie sur le Miami. C'était de 1à qu’il me promettait de me faire rejoindre mes parents au bord de l’Ohio.

J'attendis deux mois au moins, et mon impatience de poursuivre m« route augmenta chaque jour ; je partis :nfin avec Benaïissa,

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