‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 120 sur 143 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

frère de Kishkauko et huit autres Indiehs, qui se rendaient à la réunion convenue. Parti à l'insu du gouverneur Cass, je n’emportais aucune espèce de provision. Nous eûmes beaucoup à souffrir de la fatigue et plus encore de la faim, surtout après avoir passé les rapides du Miami, où nous laissâmes notre canot. Les Indiens que nous rencontrions nous refusèrent souvent tout secours, quoiqu'ils fussent dans l'abondance. Nous nous arrêtâmes plus d’une fois pour dormir près du champ de blé d’un homme blanc ; le blé était mûr ; nous étions à demi morts de faim, et cependant nous n’osions rien prendre. Une nuit, nous nous arrêétâmes auprès d’une maison de bonne apparence. Il y avait là un vaste champ de beau blé. Les Indiens, presque affam5, me dirent : « Shawshawwanebase, vous êtes venu de bien loin pour voir vos parents, entrez et voyez s’ils vous donneront à manger. » Je me présentai à la porte ; maïs les blancs, qui prenaient alors leur repas, me chassèrent, et les Indiens se moquèrent de moi.

Peu de temps après, une nuit, comme nous dormions sur la route, quelqu'un vint à passer à cheval et nous demanda, dans la langue des Ottawwaws, qui nous étions.Un des Indiens répondit: «Nous sommes des Ottawwaws et des Ojibbeways,nous avons avec nous un « long couteau » de la rivière Rouge fait prisonnier, il y a bien des années, par Kishkauko. » Sachant qui nous étions et où nous allions, il nous dit à son tour qu’il se nommaït Ahkoonahgoozik. « Si vous êtes bons marcheurs, ajouta-t-il, vous arriverez chez moi après-demain à midi, et là, vous trouverez un bon repas. Il faut que je marche toute la nuit pour arriver demain. » À ces mots, il nous quitta.

Le lendemain mes forces étaient tellement épuisées qu’il fallut m'ôter ma charge. Un Indien prit mon fusil, un autre ma couverture, et nous arrivâmes vers la nuit aux fourches du Miami. Là

étaient un village Indien, un comptoir et plusieurs familles de:

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blancs. Je m’adressai au traiteur, je lui exposai mon état et celui des Indiens qui m'accompagnaient, mais nous n’obtînmes aucun secours ; le jour d’après, j'étais incapable de poursuivre ma route, Quelques Indiens eurent enfin pitié de nous, et grâce à leur aide, le jour suivant nous pûmes atteindre le toit hospitalier d’Apkoonakgoozik.

Cet homme nous attendait avec deux grands plats tout pleins de blé et de venaison qu’il avait fait cuire d'avance. Il en plaça un devant moi avec des assiettes et des cuillers de bois, l’autre devant Benaissa. Notre repas terminé, il nous dit que le meilleur parti pour nous était de nous reposer auprès de lui dix ou quinze jours, puisqu'il avait beaucoup de grain et que le gibier gras abondait dans les alentours. Je lui répondis que, pour ma part, le voyage dont je voyais le terme si rapproché avait été mon vœu constant pendant de longues années ; que j'éprouvais une extrûne impatience de savoir si quelques-uns de mes parents vivaient encore, mais que je m'estimerais heureux de passer deux ou trois jours avec lui et de lui emprunter ensuite un cheval pour me porter jusqu’à Kauwissenokiug ou Sainte-Marie. « Eh bien | soit », reprit-il. |

Au terme fixé, un matin, de bonne heure, comme nous faisions nos préparatifs de départ, il vint à moi conduisant un beau cheval, et il me mit la bride à la main en me disant : « Je vous le donne pour votre voyage. » Je ne lui répétai pas que je comptais le laisser à Kauwissenokiug. Je savais qu’en pareil cas les Indiens n'aiment pas les protestations réitérées.En deux jours,je parvins à l'endroit désigné pour le conseil. Les Indiens n'étaient pas encore assemblés ; mais déjà un homme s’y tenait pour distribuer des provisions aux arrivants. Je ne tardai pas à me voir saisi d’une fièvre violente. Sans me condamner absolument à ne pas sortir de ma

cabane, cette fièvre me fut extrêmement désagréable et pénible.

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