‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 2 sur 143 · LES TENTES DES INDIENS (P · texte numérisé non relu

LES TENTES DES INDIENS (P

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ohn Tanner, dont les Mémoires d'une vie de trenie années passée au milieu des Indiens de l'Amérique du Nord, ont

paru à New-York au dernier siècle, n’est point un personnage imaginaire. Son récit,eu égard à la naïveté de la forme et des pensées, ne peut permettre aucun doute sur l'existence du narrateur ni sur la loyauté de l'éditeur américain ; on n'invente certes pas ainst /

En littérature, comme en politique, l'inexpérience et l'extrême habileté viennent échouer contre le même écueil ; il n’est pas de romancier, novice ou expert, qui n'eût cherché d'autres ornements pour les scènes de la vie sauvage que T'anner retrace dans toute leur brutalité primitive. La littérature de métier ne saurait être aussi simple, lors même qu'elle affecterait des prétentions à la simplicité.

: D'origine européenne, enlevé dès son bas âge par les Indiens de la frontière, Tanner passe toute l'adolescence, toute la jeunesse æ ct les premières années de l'âge mur, dans les privations et les habitudes de la vie sauvage, — habitudes qu'il est si difficile de rompre pour revenir à la vie civtiisée. M. Edwin James, dans une cons-

x PRÉFACE

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ciencieuse préface, explique avec quel rigorisme il s'est interdit toute altération des souvenirs de Tanner, sous la dictée duquel il a écrit cet ouvrage. Et nous-même, nous avons suivi le texte anglais de James avec une scrupuleuse exactitude.

Au surplus, voici des preuves décisives de l'authensicité de l'ouvrage.

M. Gustave de Beaumont, dans le tableau des mœurs américaines qu'il a publié sous le titre de « Marie ou l'Esclavage aux Etats- Unas », consacre un appendice de près de cent pages à l'état ancier. et à la condition présente des tribus indiennes de l'Amérique du Nord.Ce résumé, d'un intérêt vivant, non moins remarquable par le talent de l'écrivain que par la force et la noblesse des pensées, ne s'appuie que sur des témoignages incontestés, el M. Gustave de Beaumont invoque au premier rang celui de John Tanner, rentré dans a vie civilisée après trente années passées au milieu des peuplades Sauvages.

Alexis de Tocqueville, compagnon des courses de M. Gustave de Beaumont dans l'Amérique du Nord, a fait paraître, lui aussi, un écrit d'un rare mérite issu du même voyage. Tout le monde connaît le livre « de la Démocratie en Amérique », qui, tout en faisant les réserves nécessaires sur les opinions de l'auteur, a tant passionné les esprits sérieux. C'est une méditation politique de l'ordre le plus élevé, dont les moindres détails prouvent autant de conscience que de maturité. Alexis de Tocqueville, étudiant, sans esprit de système, la marche de la civilisation en Amérique, examine avec soin l’état actuel et l'avenir probable des tribus indiennes qui habrtent le territoire possédé par l'Union. Or, l'autorité de Tanner est invoquée, dans ses pièces justificatives, p:rmi les témoignages les plus concluanis.

Hâions-nous d'ajouter que MM. de Beaumont et de Tocqueville ont rencontré Tanner à l'entrée du lac Supérieur : 1ls ent longue-

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PRÉFACF.

| ment conversé avec cet Américain, qui leur a paru ressembler bien

plus encore à un sauvage qu'à un homme civilisé, el 1l n'est pas resté dans leur esprit le moindre soupçon contre ia sincérité de son récit. Les mémoires ont été traduits d'après un exemplaire qui appartenait en personne à M. de Tocqueville et dont le premier feuillet : « Acheté de Tanner lui-même sur le Steam-boat, l'Ohio, en août 1831.»

Un lecteur exercé ne saurait d'ailleurs méconnaître dans les défauts mêmes de cet ouvrage la preuve irrécusable de son authenticité.

| L'absence de toute espèce d'art et la naïveté du récit ont rurement

été poussées aussi loin. C’eût été l'œuvre d'une révision facile de

| grouper plus arlistement les personnages, de les mettre en scène plus

à propos, de mieux classer les faits. L'éditeur américain s’en est scrupuleusement abstenu, et le traducteur français a su résister à

« la tentation de rendre la vérité plus évidente par des vraisemblunces

mieux coordonnées.

Les humbles mémoires de John Tanner paraissent donc tels qu'il

à Les a dictés lui-même. Vous avez lu cent fois le roman de la vie sau-

vage ; en voici la réalité. Autant que je puis en juger, dit Washing-

ton Irving, « l'Indien des fictions boétiques est, comme le beroer du

roman pastoral, une pure personnificaiion d'atiributs imaginaires. » Cette critique générale du spirituel écrivain n'est que trop fondée,

| mais elle ne saurait atteindre les souvenirs de Tanner ; l'imagi- | nation en est sévèrement exclue, il n'y a rien de poétique dans ses

mémoires.

Signalons maintenant l'importance capitale de cette publication. Tel qu'il est, dans son irrécusable simplicité, le récit de Tanner

donne, presque à chaque ligne,un terrible démenti aux assertions du

bhilosophisme voltairien. C’est la réponse la plus péremptoire à tant de soi-disant moralistes qui ont confondu l'état de nature avec l'état

M sauvage, comme le leur a si justement reproché Chateaubriand.

xu PRÉFACE.

Il semble qu'une véritable fatalité, — juste châtiment de leurs il | mensunges, —- ait poursuivi les écrivains raiionalistes, toutes Les | tois qu’ils ont voulu puiser dans l'exemple des Indiens un argu- {l ment contre le christianisme et v'ordre social. Montesquieu lui-mésme ji et Buffon n'ont pas échappé à cette loi commune. I! serait trop facile de r:lever ic1 d’étranges erreurs dans leur pages déclamatoires ; et, st l’on voulait remonter iusqu'à Montaigie hour le provoquer à ne

1 voir l | lutte de raisonnement, sl serait confondu comme les autres par l'évi- Wa quests | | dence des faits. ae ji Nulle renommée de penseur n'a plis à perdre que celle de J.-J. Volta [fl Rousseau à l'étude des révélahions de Tanner. Chaque souvenir re- Di () produit par le naïf autobiographe met à nu un sophisme du fameux ét pol ul écrivain. Il n'est presque pas de fait, néglizgemment rapporté dans EE nd | j es Mémoires, qui ne devienne une réfutahion sans réplique d'un 4 ne || j passage du « Contrat social » ou du « Discours sur l'inégalité des 1 Dai | ll conditions ». Les prétendues félicités de l'état de nature et l'impos- 1 que cel | { sibilité d'imposer un joug aux sauvages qui n'ont besoin de rien ii qui di | qu sont réduites à leur jusie valeur par un adversaire d'autant plus À re | | |} redoutable que la démonstration n'a rien de classique, et qu’elle PT Li Il parle d'elle-même à ious les esprits. ur il Est-1l bien nécessuire d'ajouter que Raynal, et tant d'autres phl- FPS | jl losophes à sa suite, ne sauraient résister aux arguments d'expérience Lérançar | I | de ce peintre de la nature qui ne les connaît même pas? Tanner aura M. lité | fil rendu un éminent service aux Sciences morales, en dégageant leur UN, dr 2 (l étude d'une foule de lieux communs su les sauvages qu'on nous pré- 1, non | à (l | tendait ne porter quasi pas de vêtements, ne vivre que du produit de 1 un sic, | | leur chasse, être en;fpaix avec toute la nature dès qu'ils se sentaient We, pa f repus, et n'avoir jamais pu être domptés. Des fs é {| l « Le nord de l'Amérique, disait le philosophe Poivre, est habité D, 7, | ji par de petits peuples sauvages, misérables et sans agriculture, mais | Indes | ll jouissant de la liberté, et par là moins malheureux peut-être que la :: Hélas À se

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