‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 24 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME SI

Je me demandais en moi-même : Comment sait-elle que j'ai tué un ours ? Mais je passai mon chemin sans lui rien dire, et j'arrivai à la cabane de ma mère. Après quelques minutes, la vieille femme me dit : « Mon fils, regardez dans cette chaudière, vous y trouverez un peu de chair de castor, qu’un homme m’a donnée après votre départ ; laissez-en la moitié pour Wamegonabiew, qui n'est pas encore rentré de la chasse, et n’a rien mangé aujourd’hui. » Je pris donc mon repas, et voyant qu’enfin Netnokwa était seule, je m'approchai d’elle, et lui dis à l'oreille : «Ma mère, j'ai tué un ours ! — Que dites-vous, mon fils ? reprit-elle. — J'ai tué un ours. — Etes-vous bien sûr de l'avoir tué ? — Oui. — Est-il bien mort ? — Oui. » Elle me regarda fixement auelques instants, me prit dans ses bras, m’embrassa tendrement, et me couvrit longtemps de caresses. Je lui rapportai ensuite tout ce que ma tante m'avait dit en allant et en venant,et son mari en ayant été instruit à son retour, la gronda et la battit sévèrement. On alla chercher l'ours, et comme c'était le premier que j’eusse tué, on le fit cuire tout d’une pièce, et tous les chasseurs de la bande furent invités à s’en régaler avec nous, selon la coutume des Indiens.

Le même jour, un des Crees tua un ours et un moose (1) dont il

} donna de beaux quartiers à ma mère. Pendant quelque temps

uieux des sauvages pour se garantir du froid, grâce à de longues écorces qu'ils savent emboîter comme nos tuiles creuses pour se préserver de la pluie. Nous nous bornerons à citer un vieux missionnaire des premières années du dix-septième siècle, dont la relation n'aurait guère à

: subir, au vingtième, que des modifications de style : « Quelque part qu’ils soyent arriués, la | première chose c’est de faire du feu et se cabaner, ce qu’ils ont faict dans une heure ou deux,

souvent en demy-heure. Les femmes vont au bois et en apportent des perches, lesquelles on dispose par en bas en rond à l’entour du feu, et par en haut, on les enfourche entre elles pyramidalement, de manière qu’elles se reposent l’une contre l’autre, droit au dessus du feu, car

} là est la cheminée. Sur les perches on iette des peaux, ou bien des nattes ou des escorces. Au pied des perches, dessous les peaux, se mettent les sacs. Toute la place à l’entour du feu est

ionchée de fueilles de pin, afin de ne pas sentir l'humidité de la terre. Dessus les fueilles de

| pin ils iettent souvent des nattes ou des peaux de loups marins aussi délicates que le velours là dessus ils s’estendent à l’entour du feu, ayant la teste sur leurs sacs, et, ce qu’on ne croi-

D roit pas, ils sont très chaudement, léans dedans à très petit feu, voire aux plus grandes à rigueurs de l’hiuer. » Relation de la Nouvelle France.

(1) Sorte de daim, commun dans ce pays.

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nous eûmes beaucoup de gibier dans cette nouvelle résidence ; ce fut là que Wamegonabiew tua son premier bison, et à cette occasion ma mère donna encore une fête à toute la bande. Bientôt après, les Crees nous quittèrent pour retourner dans leurs pays. Ils étaient serviables et hospitaliers ; nous les vîmes partir avec regret. Nous allâmes ensuite regagner l'endroit où nous avions __ laissé le marchand, et nous y arrivâmes le dernier jour de décembre.

Nous restâmes quelque temps seuls auprès de la maison du marchand dont nous reçûmes bientôt un message. En allant le rejoindre, nous rencontrâmes Peshauba, chef guerrier célèbre de la nation des Ottawas, qui était venu du lac Huron depuis plusieurs années. Il avait entendu dire qu’une vieille femme ottawa laissée, par la mort des hommes de sa famille, seule avec deux femmes, deux jeunes garçons et trois petits enfants, était réduite à une extrême pauvret ur les bords de l’Assinneboin.

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Il avait trois compagnons que Indiens appelaient ses jeunes n': hommes, quoique l’un d’eux fût peut-être plus âgé que lui; LA c'étaient Wausso (l'éclair), Saggitto (celui qui effraie tous les 8 FA hommes), et Saning:wub (celui qui étend ses ailes); le plus vieux, | 4 in, Wausso, reconnu lui-même pour un guerrier distingué, était | hi | tombé malade, et avait été laissé à quelque distance. + Dr Peshauba nous suivait de place en place, d’après les indica- k ni 4 tions des Indiens. C'était un grand et très beau vieillard ; il reconnut sur-le-champ Netnokwa pour une de ses parentes, et de- d manda qui nous étions. Ce sont mes fils, répondit-elle. Me regar- AS dant alors avec une attention toute particulière, il me dit : « Ve- u à F nez ici, mon frère ; » puis, découvrant sa poitrine, il me montra si la cicatrice d’une blessure profonde et dangereuse : « Vous rap- ss pelez-vous, mon jeune frère, qu’en jouant avec des fusils et des flèches vous m'avez fait cette blessure ? » Voyant mon embarras,

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