‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 26 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Marche à travers les neiges. — Le lac d’Eau claire. — Education d’un chasseur.— Les canots de cuir. — Les Indiens tournebroches. — Expédition guerrière. — Traversée périlleuse. — Les élans. — Une mauvaise farce. — Persistance d’une Indienne darïs la prière. — Le lapin dans la chaudière. — Secours providentiel. — Fuite de mon frère et douleur de sa mère.

OUS partimes dans les premiers jours de l'année pour le pays de Peshauba ; la neige était épaisse, et notre longue route traversant presque toujours des prairies ouvertes,

RNB nous ne pouvions pas marcher quand le vent soufflait avec force. Au commencement de notre voyage, nous : | manquions de vivres, mais nous rencontrâmes bientôt un grand D nombre de bisons très gras et excellents. Malgré la couche épaisse de la neige, et quoique la saison fût très rude, ces animaux pouvaient encore, au moyen de leurs cornes, découvrir le gazon, et trouver ainsi une suffisante nourriture.

Nous avions laissé nos nattes de roseaux, le voyage étant trop long pour nous permettre de les emporter. Dans le mauvais temps, nous élevions une petite cabane couverte de trois ou quatre peaux de bison encore fraîches, dont la gelée ne tardait pas à faire un abri à l'épreuve de la neige et du vent. Dans les temps calmes, nous campions ordinairement sans autre couverture que nos vêtements.

Pendant toute notre marche, Peshauba et Saningwub portèrent constamment sur leur dos un des enfants en bas âge de notre sœur. Notre voyage, avec toute la diligence que permit la température, dura piès de deux mois et demi. Au milieu de notre route, nous passâmes devant le magasin et le fort de Mouse-River. Nous nous dirigions à peu près vers le nord-ouest, et nous arrivâmes enfin à un endroit nommé Kauwaukomigsahkiegun (le lac d'Eau claire), d’où part un petit ruisseau nommé Saskawjawun (l'eau douce). Ce n’est ni la source ni un bras de la grande rivière de Saskawjawun (Saskutchawin), qui est plus loin vers le nord. Le lac d'Eau clair n’est pas cependant non plus la source princi-

pale du petit Saskawjawun, qui commence à une assez grande È

distance aussi au nord.

La petite hutte de Peshauba était au bord de ce lac ; il y vivait depuis plusieurs années avec les trois hommes dont j'ai parlé. Il avait laissé sa femme au lac Huron. Je ne sais si les trois autres Indiens étaient mariés, mais ils n’avaient point de femmes avec eux. Aussitôt après notre arrivée, il ouvrit son magasin, et,en tira beaucoup de peaux de castor, de pelleteries apprêtées, de viande boucanée, et d’autres objets qu’il remit aux femmes es disant : « Nous avons assez longtemps été nous-mêmes nos serviteurs, cela ne saurait durer davantage. C’est à vous désormais de préparer les peaux, de boucaner les viandes, de faire nos mocas- Sins. »

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La vieille femme se chargea particulièrement de ce qui appartenait à Peshauba ; elle l’appelait son fils, et le traitait comme tel. Sa fille et sa belle-fille prirent soin des trois autres hommes. Nous restâmes, Wamegonabiew et moi, sous la surveillance particulière de notre mère. J'étais à la chasse le compagnon de Peshauba, qui fut toujours bon pour moi, et semblait prendre plaisir à m’apprendre à devenir bon chasseur.

L'hiver était fort avancé quand nous arrivâmes au bord du lac. Cependant la saison restait si froide encore que l’eau gelait aussitôt que nous ia mettions hors de notre cabane. Dans nos jours de chasse, nous sortions bien avant le lever du soleil, pour ne rentrer que longtemps après son coucher. À midi, le soleil s’élevait

Là peine jusqu’à la cime des arbres, quoiqu’ils soient très bas dans

cette contrée presque toute couverte de prairies, où croissent seulement, en très petit nombre, des cèdres et des pins d’une faible végétation. Les castors et d’autres espèces de gibier y abondent. Le pays des Mandans, au bord du Missouri, n’en est pas très éloigné ; un homme pourrait aller, en quatre jours, de Mouse- River aux villages des Man lan

, Au moment où les ! allaient commencer à poindre, nous partîimes avec toutes el beaucot iande et de queues de castor boucanées, mptoir de Mouse-River. Dans ce pays, il n’y a ni bouleaux : res res à la constru

ion des canots ; nous fûmes obligés, pou ge, d'en aire un de peaux de moose ; cousues en et tendues avec eaucoup de soin, elles forment, si on les laisse bien sécher, un bon à solide canot, qui, cependant, n'aurait qi 1 de durée dans es grandes chaleurs. L/intention de Net: à et de Peshauba

tant de retourner au lac Huron, nous embarquâmes nos personnes vec tout ce qui nous appartenait dans ce canot, qui pouvait porà peu près moitié autant qu’un bateau ordinaire de Mackinac.

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