‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 34 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ins leurs véhicules ; mais la vieille femme savait qu’une fois entre les de mains des blancs il lui serait difficile, ou peut-être même impos- L sible, de les en tirer ; elle refusa donc ce service. Il nous fallut pluné- sieurs jours pour transporter nos pelleteries, parce au’elle ne vou- 110- lait pas même suivre la route des marchands. ntY, Malgré toutes ces précautions, M. Mac-Gilveray et M. Shabdors boyéa, en la traitant avec distinction et lui donnant un peu de isse- vin, lui firent accepter une chambre pour elle et tous ses ballots. avec Ils tâchèrent d’abord, par des sollicitations amicales, de l’amener prin- à vendre ses fourrures ; mais, voyant qu’elle était déterminée à ic où D les garder, ils en vinrent aux menaces. Un jeune homme, fils de unis- M. Shabboyéa, voulut enfin les prendre de vive force ; mais le vions A vieillard inteivint, et, crdonnant à son fils de renoncer à ce dests de | sein, le réprimanda d’un tel acte de viclence. quets Netnokwa, maintenue aïnsi en possession de ses fourrures, se dre Île à disposait à les porter à Mackinac, lorsque nous vîmes arriver au portage, à la tête d’une petite bande d’Indiens, un homme qui se e, où D nommait Bittegishsho (1), et dont la résidence ordinaire était à mar- ML Middle-Lake. Wamegonabiew se lia intimement avec cette faice de mille. Tous nos préparatifs de voyage terminés, et les bagages déjà s, att- | rangés dans les canots, il fut impossible de trouver mon frère. avait DS Nous le cherchâmes dans toutes les directions, et seulement quelrrure. È 1 quels jours après, un Français nous apprit enfin que Wameir fait D } gonabiew était de l’autre côté du portage avec la famille de Bitteoir si : gishho. On me députa vers lui, maïs je ne pus rien gagner sur sa k

PA résolution ; à l'insu de nous, il avait voulu devenir libre et PA s'abandonner au désordre à sa fantaisie

La vieille femme, qui connaissait son caractère obstiné, se mit e côté D à pousser des cris : « Si j'avais deux enfants, nous dit-elle, je pour-

DA (1) Nom qui signifie : le zigzag de l'éclair.

rais consentir à perdre celui-là, mais je n’en ai pas d’autre (1) et je dois aller avec lui. » Elle donna à la veuve, fille de sa sœur, et élevée par elle depuis son bas âge, cinq bailots de peaux de castors, dont un en toute propriété ; les quatre autres et soixante peaux de loutres, devaient être portés à Mackinac et distribués d’après ses instructions. La veuve partit alors dans le canot des marchands, remit les fourrures à M. Lapomboise de la compagnie du Nord- Ouest, et en obtint un reçu qui fut brûlé plus tarci dans un incendie de notre cabane sans que Netnokwa ou personne de la famille ait jamais touché un penny pour ces marchandises d’un grand prix.

La vieille femme, très affligée de la mauvaise conduite de son fils, et de ses propres malheurs, chercha des consolations dans les liqueurs spiritueuses. En un seul jour elle échangea cent vingt peaux de castor, beaucoup de cuirs de bisons et d’autres objets pour du rhum. Elle avait coutume, lorsqu'elle s’enivrait, d’enivrer, autant que ses moyens le lui permettaient, tous les Indiens du voisinage. De toutes nos richesses gagnées par tant de sueurs et de courses longues et pénibles il ne nous resta qu’une couverture, trois petits barils de rhum, et les misérables vêtements que nous portions. Je ne pus, ni dans cette circonstance ni dans aucune autre, voir le gaspillage de nos pelleteries et de nos autres biens, avec l'indifférence que les Indiens semblent toujours éprouve en pareille circonstance, et j'en fus navré.

Nous partîimes ensuite avec Bittegishsho et quelques autres

Indiens pour le lac des Bois. Ils nous aidèrent à construire un

canot et à passer le portage. Le froid nous surprit au lac des Bois, et Netnokwa résolut d'y rester. Les manœuvres des maichands avides de s'emparer de nos baïlots,contribuèrent autant au moins que la conduite de mon frère à empêcher notre départ pour le lac Huron. Du reste mon frère revint alors avec nous.

(1) L'autre n’était qu’un fils adoptif.

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