‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 33 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Esprit m'a donnés la nuit dernière. Je l’ai prié, et j'ai chanté presque toute la nuit ; ce matin, comme je venais de m’endormir, il m'est apparu, et m’a donné un ours pour nourrir mes enfants qui ont faim. Vous trouverez cet animal dans un petit bois au milieu de la prairie, partez sur-le-champ ; l'ours ne s’enfuira pas, quand même il vous verrait venir.»

— «Non, ma mère, répondit Wamegonabiew, il est trop tard à présent ; le soleil va se coucher, et il sera difficile de suivre une trace dans la neige ; demain Shawshawwanebase partira avec une couverture et une petite chaudière ; dans le jour, j'irai tuer l'ours ; mon jeune frère me rejoindra, et nous passerons la nuit à l'endroit où l’ours aura été rencontré. »

La vieille femme ne céda point à l'opinion du chasseur ; il s’ensuivit une altercation et des paroles vives, car Wamegonabiew avait peu de respect pour sa mère, et, ce qu’à peine aurait osé un autre Jndien, il se moquait de ses prétentions à communiquer avec le Grand Esprit ; il la plaisanta surtout de ce qu’elle avait dit que l'ours ne fuirait pas s’il voyait venir des chasseurs.La vieille femme offensée adressa de vifs reproches à son fils, sortit de la cabane, raconta son rêve aux autres Indiens, et leur indiqua la place où l'ours serait certainement trouvé : ils convinrent avec Wamegonabiew qu’il était trop tard pour partir; mais, comme ils avaient foi aux prières de Netnokwa, ils ne perdirent pas de temps pour suivre ses indications dès le point du jour.

L'ours était à la place qu’elle avait désignée, et fut tué sans üifficulté. Il était grand et gras, mais Wamegonabiew, qui était de la chasse, n’en reçut qu’un très petit quartier pour la part de notre famille ; la vieille femme en fut irritée, car si l’ours ne lui avait pas été donné par le Grand Esprit, et si elle n’avait pas vu en songe la place où on le rencontrerait, elle l’avait au moins suivi à la trace jusqu’au petit bois dont elle avait fait le tour pour s'as-

see

FST nt

he f

(lus

{te

surer qu'il n’en était pas sorti (1). Peut-être, dans le but de faire tête dé croire à des entrevues avec le Grand Esprit, employait-elle quel- notre f quefois des artifices de ce genre. gnîmes

Nos privations nous forcèrent à fun*déplacement ; après avoir C'éta achevé notre quartier d'ours, nous nous mîmes en route pour la nommé rivière Rouge, espérant y rencontrer des Indiens ou trouver du nous re gibier sur notre passage. J'avais appris à prendre des lapins ; damme quand nous fûmes arrivés à notre premier camp, j'allai tendre soins.

plusieurs pièges dans la direction que nous devions suivre le lende- à deven

main. Après ce souper, (or le souper était ordinairement notre seul h : Wameg iepas, quand nous avions peu de provisions), il ne nous resta plus distance qu’une petite quantité d'huile d’ours fortement gelée, dans une norimé chaudière recouverte d’une peau. Ces provisions firent partie de vieux qi la charge confiée à mon traîneau, et je partis en avant pour visiter que la Ie mes pièges ; j'y trouvai un lapin, et, voulant faire à ma mère une tigue ; le surprise plaisante, je le cachai tout vivant dans la chaudière. vaste etc Ie soir, à l’heure du campement, j'épiai l'instant où elle vou- bois que drait préparer notre repas ; je m'attendais à voir e lapin s’élancer homme ;

de sa prison, mais, à mon grand désappointement, la graisse, se vinmes a sier des f:

quelque t

charbons

fondant malgré la rigueur du froid, avait nresque noyé le petit animal. La vieille femme me gronda sévèrement ; mais, depuis, elle a raconté plus d’une fois cette aventure en riant du spectacle À

ue lui avait présenté l’intérieur de la chaudière : elle parla aussi Sans SON q ;

toute sa vie de la conduite inhospitalière des Indiens que nous Le lend quittions alors. plus maux cabane, C

Après quelques jours de voyage, nous découvrîimes des traces de chasseurs, et nous fûmes enfin assez heureux pour trouver une à ‘tons affa nous appt traînait le

que nous a

(1) On ne voit guère la valeur de cette explication. Depuis le moment où cette femme avait fait et renouvelé sa prédiction, l’ours avait eu tout le loisir de courir ailleurs. I1 semble bien difficile d'expliquer, dans ce second cas comme dans le premier, que Netnowka ait pu parler avec tant d'assurance, et tout à Ja fois avec tant de vérité,sans aucune intervention divine N

Lit

ou diabolique. NW de notre ce

CHAPTTRE TROISIÈME 7I

tête de bison qu’ils avaient laissée. Ce sec” urs inattendu apaisa notre faim ; nous suivîmes le sentier frayé par eux, et nous atteignîmes ainsi aux bords de la rivière Rouge une troupe de nos amis.

C'était une bande nombreuse de Crees sous les ordres d’un chef nommé le Petit Assinneboin et de son gendre Sinapegagun. ils nous reçurent avec beaucoup de cordialité, nous donnèrent abondamment à manger, et nous vinrent en aide dans tous nos besoins. Deux mois après, les bisons et tout le gibier commençant à devenir rares, nous eûimes tous à souffrir de la faim. Un jour, Wamegonabiew et moi nous traversâmes les prairies jusqu’à Îa distance d’une journée pour chasser aux bords d’un ruissau nommé Pond-river. Là nous trouvâmes un bison si maigre et äi vieux que son poil ne poussait plus ; nous ne pûmes en manger que la langue. Une course aussi longue nous avait épuisés de fatigue ; le vent était fort, la neige chassait avec violence. Dans Îa vaste étcadue de plaine ouverte devant nous, il n’y avait d’autres bois que de petits chênes s’élevart à la hauteur de l’épaule d'un homme ; il nous fallut camper sous ce misérable abri. Nous parvinmes avec beaucoup de difficulté à former une espèce de brasier des faibles branches de ces arbres ; quand notre feu, au bout de quelque temps, avait séché le sol, nous reculions jes tisons et es charbons pour nous asseoir sur les cendres chaudes ; une nuit

sans sommeil se passa ainsi.

Le lendemain, quoique le vent se fût élevé, et que le rernpgs fût plus mauvais encore que la veille, nous reprîimes la route de notre cabane. C'était une course d’une forte journée, et comime nous étions affaiblis par la faim et la fatigue, il était très tard quand nous approchâmes du gîte. Wamegonabicw, mois épuisé, se trainait le premier ; il se retourna pour twe regarder, et nous vimes que nous avions l’un et l’autre ia figure gelée : arrivés à proximité | de notre cabane, comme je ne pouvais plus rnercher, il me laissa,

et bientôt quelques femmes vinrent au devart de moi. Nos mains étaient aussi extrêmement gelées, mais comme nous avions de bons mocassins, nos pieds n’avaient pas souffert.

La faim continuant à se faire sentir dans le camp, on jugea nécessaire de se séparer pour suivre différentes directions. Netnokwa résolut de se rendre avec sa famille au comptoir de M. Henry, qui a été depuis noyé dans la rivière de Columbia. Il était alors établi près de l'endroit où l’on a fondé, dans la suite, l’établissement de Pembina ; nous chassâmes tout le reste de l’hiver avec d’autres Indiens, pour les marchands de fourrures, et, au printemps, nous retournâmes avec les mêmes compagnons au lac où nous avions laissé nos canots ; tout y était en bon état. En réunissant ce qui se retrouvait dans nos magasins et ce que nous avions rapporté de la rivière Rouge, nous possédions onze ballots de peaux de castors, de quarante fourrures chacun, et dix paquets d’autres pelleteries. Notre intention était alors d’aller vendre le tout à Mackinac.

Nous avions encore un grand dépôt au lac de la Pluie, où Netnokwa, ayant peu de confiance dans l’honnêteté du marchand, avait caché des fourrures de prix à quelque distance de son comptoir. Ce riche dépôt, joint à ce que nous rapportions, aurait suffi pour nous mettre dans l'abondance ; maïs la cache avait été violée ; il n’y restait pas un seul ballot, pas une seule fourrure. Nous vîimes chez le marchand un ballot qui nous parut avoir fait partie de notre magasin ; mais il nous fut impossible de savoir si nous avions été pillés par des blancs ou par des Indiens. La vieille femme fut très irritée, et n’hésita pas à attribuer le vol au marchand, l’honnêteté des Indiens lui étant connue.

Quand nous arrivâmes à la petite maison, située de l’autre côté

service des marchands nous engagèrent à confier nos ballots à

PPT DE a

“ gonabiew D gishho.

| résolutio : s’abandor

4 À à pousser du grand portage, au lac Supérieur, les hommes qui étaient au

leurs :

mains sible, sieurs lait pa Mals boyéa, vin, lu:

Ils tâcl

à vend:

les garc M. Sha vieillard sein, Je Netno disposai:

portage, nommait Middlemille, To | rangés d Nous le d quels jo

La viei

(1) Non qu

Page 1