‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 36 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Chants et paroles prophétiques de la vieille Indienne. — Famine. — Marche difficile à travers les lacs, les îles et les marais. — Repas d’écorces d’arbres. — Français hospitaliers. — Un chirurgien improvisé. — La pêche aux doris. — Les mouettes et les cormorans.— Influence du mauvais exemple. — Chasseurs saisis par la gelée. — Déloyauté d’un compagnon. — La cabane incendiée.

vEC les neiges abondantes et les glaces épaisses, reparurent la misère et la faim ; nous ne pouvions plus tuer de mooses ni prendre de castors au piège ou par les procédés ordinaires quoiqu'il n’en manquât pas dans le pays, Quand la famine commença à devenir intolérabie, notre vieille

mère eut recours à son moyen extrême, qui consistait à passer une

nuit à prier et à chanter ; le matin, elle dit à sor fils et à Wawbe-

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benaissa : « Allez chasser ; le Grand Esprit m'a donné de la venaison. » Wamegonabiew lui répondit: «Le temps est trop froid et trop calme, il est impossible d'approcher assez des mooses. » « Je peux faire venir le vent, reprit Netnokwa,; le temps est calme et froid à présent, maïs, avant la nuit, le vent sera fort ; allez, mes enfants, vous êtes assurés de tuer du gibier, car, dans mon songe, j'ai vu Wamesonabiew rentrer avec un castor et une lourde charge de viande sur le dos. »

Ils partirent enfin,et peu après,le vent du sud se levant ne tarda pas à souffler avec force, en même temps que la température s’adoucit. Vers la nuit, les chasseurs revinrent chargés de chair de moose ; Wamegonabiew rapportait un castor ainsi que sa mère l'avait vu en songe. Comme le moose était très grand et très gras, nous transportâmes notre cabane auprès de l'endroit où il avait été tué. Mais ce ne fut là qu’un secours bien temporaire ; nous tuâmes cependant encore quelques castors.

Dix jours après cette heureuse chasse, nous manquions de vivres. Un jour, chassant le castor à quelque distance de notre cabane, je découvris les traces de quatre mooses ; je cueillis une petite branche qu’ils avaient broutée, et en rentrant je la jetai devant Wawbebenaissa, couché devant le feu, avec son indolence habituelle. « Regardez ceci, bon chasseur, lui dis-je, et allez nous tuer quelques mooses. » Il prit la branche, l’examina quelque temps, et me dit : « Combien sont-ils ? — Quatre. — Je les tuerai. »

Le matin, de très bonne heure, il suivit ma trace et tua trois mooses ; c'était un bon chasseur quand il se mertait en train, maïs la plupart du temps il était assez paresseux pour mieux aimer souffrir toutes les extrémités de la faim qu’aller chercher du gbier, ou même poursuivre celui qu’on avait découvert. Nous eûmes alors un moment d’1bondance mais la famine revint biet-

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