‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 37 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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tôt. Il nous arrivait souvent de n’avoir rien à manger pendant deux ou trois jours ; ensuite un ou deux lapins ou bien un oiseau tué nous permettaient de traîner notre souffrance quelques jours de plus. Nous faisions tous nos efforts pour exciter Wawbebenaissa à se donner un peu plus de peine, parce que nous savions qu’il manquait rarement le gibier rencontré ; mais il nous répondait d'ordinaire : « Je suis trop pauvre et trop malade. » Wamegonabiew et moi, pensant que des excursions plus éloignées que nos courses habituelles pourraient amener des rencontres plus heureuses, nous sortîmes un matin de très bonne heure et marchâmes rapidement toute la journée ; aux approches de la nuit, nous tuâmes un jeune castor, et Wamegonabiew me dit : «Mon frère, préparez un camp et faites cuire un morceau de notre castor ; moi j'irai plus loin tâcher de tuer quelque gibier. » Il ne tarda pas à revenir chargé de viande, il avait tué deux cari-

bous. Le lendemain, nous nous levâmes de très grand matin pour

| traîner les deux caribous pendant toute la longue distance qui

nous séparait de notre famille. C'était une marche au-dessus de mes forces ; mais Wamegonabiew, m'ayant devancé, envoya la jeune femme à mon aide, et j'arrivai avant minuit.

L'expérience nous avait démontré quel danger il y avait pour nous à rester dans un tel état d'isolement ; ces nouvelles provisions nous permettant de nous déplacer, nous résolûmes de nous rapprocher de quelque lieu habité. Le comptoir le plus voisin était aux bords du lac d'Eau claire, éloigné d’un trajet de quatre à cinq jours ; nous laissâmes notre cabane, et, prenant seulement nos couvertures, une chaudière ou deux et les objets les plus nécessaires pour notre voyage, nous nous dirigeâmés vers le comptoir. Le pays que nous devions traverser était plein de lacs, d’îles et de

| marécages ; mais la gelée nous permettait de suivre une route : directe.

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Un matin, de bonne heure, Wawbebenaissa, excité peut-être par une faim excessive, ou par l’exercice qu’il était forcé de prendre, se mit à prier et à chanter. Il dit enfin : « Aujourd’hui, nous verrons des caribous. » La vieille femme, dont le caractère était un peu aigri par une longue suite de privations, et qui ne regardait pas Wawbebenaïissa comme un chasseur bien entreprenant, lui répondit : « Des hommes n'auraient pas dit : nous verrons du gibier aujourd’hui, mais nous en mangerons. »

A peine avions-nous marché quelques instants, qu: six caribous vinrent droit à nous, vers la pointe d’une petite île ; nous nous cachâmes dans des buissons, et ils s’approchèrent à portée de fusil ; mais l’arme de Wamegonabiew rata, et à ce bruit ils s’enfuirent tous. Wawbebenaissa lâcha aussitôt son coup, en blessa un à l’épaule ; et cependant, le soir, après une poursuite de tout le jour, le: ‘eux chasseurs rentrèrent au camp sans rien rapporter. Notre j..ition devenait si décourageante, qtie nous prîmes le parti de nous alléger par l’abandon d’une partie de nos bagages pour hâter notre marche. Nous tuâmes aussi notre dernier chien, qui devenait trop faible pour pouvoir nous suivre. La vieille femme n’en voulut pas manger ; j'ignore pour quel motif.

Quelques jours après, nous reconnûmes que nous étions égarés, ignorant quelle route suivre, et trop faibles pour marcher au hasard. Netnokwa, qui, réduite aux dernières extrémités, semblait toujours moins abattue que le reste de la famille, choisit, comme À l'ordinaire, l'emplacement de notre camp, nous apporta assez

de bois pour entretenir un grand feu, roula sa couverture autour d'elle, et partit son tomahawk à la main ; nous voyions bien tous qu’elle allait chercher quelque moyen de nous sauver de notre détresse.Le lendemain.,elle revint et nous dit : « Mes enfants, après de longues prières j’ai dormi, la dernière nuit, dans un lieu soli- "aire et éloigné ; j’ai vu en songe la route que j'avais suivie, le lieu

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