‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 42 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME (e)t · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME (e)t

La vieille femme, instruite de cette manière d'agir, lui e: fit de si vifs reproches, qu’il fut obligé de nous quitter. Wamegonabiew, qui, à la chute des feuilles, avait pris pour femme la fille d’un Ojibbeway, alla vers le même temps vivre auprès de son beaupère. Notre famille resta composée de Netnokwa et de moi, de la petite fille Bahwetig, d’un fils de Tawgaweninne, Kezhikoweninne qui commençait à grandir et des deux petits enfants. Je me vis pour la première fois laissé seul pour passer l’hiver avec une famille à faire vivre sans aucun secours étranger. Wawbebenaisse campait à une journée de nous ; j'avais pendant la bonne saisor tué beaucoup de castors et d’autres animaux, et nous avions des vivres pour quelque temps ; not: étions aussi bien pourvus de cuvertures et de vêtements.

Par une matinée très froide, comme je sortais pour la chasse, je détachai tous mes ornements d’argent et les suspendis dans la hutte ; la vieille femme m'en demanda la raison ; je répondis qu'ils étaient incommodes par un temps aussi froid, et que, d’ailleurs, je pourrais les perdre en poursuivant le gibier. Elle me fit quelques remontrances, mais je persistai et je sortis enfin. Au même instant, Netnokwa se mit en route pour aller visiter Wawbebenaïssa ; son absence devait durer deux jours ; notre cabane restait sous la garde de Skwahshish (c'était le nom de la petite fille Bahwetig) et de Kezhikoweninne.

En revenant très tard dans a nuit, après une longue et malheureuse chasse, je trouvai les enfants frissonnant et criant auprès des cendres de notre cabane, incendiée par leur négligence. Tout était consumé ; mes ornements d'argent, un de mes fusils, plusieurs couvertures et beaucoup de vêtements étaient perdus ; il ne

nous restait qu’un sac à médecine (1) et un petit baril de rhum,

{1} Contenant des herbes médicinales.

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92 TRENTE ANNÉES DANS LES DÉSERTS que je lançai au loin, exaspéré de voir que le seul objet épargné nous était inutile et même nuisible. J'ôtai ensuite à la petite fille sa couverture et l’envoyai passer la nuit dans la neige, lui disant que, puisque sa négligence nous avait privés d’abri, il était juste qu'elle souffrît du froid plus que les autres ; le petit garçon coucha près de moi sur les cendres chaudes.

Le lendemain matin, de très bonne heure, je repartis pour la chasse ; et comme je savais quelle serait la colère de la vieille femme en apprenant son malheur, je m’arrangeai de manière à ne revenir qu'à la nuit. En approchant de l’endroit où avait été notre hutte, je l’entendis gronder et battre la petite fille. Quand je parus auprès du feu, elle me demanda pourquoi je ne l'avais pas tuée, lorsqu'en rentrant j'avais vu notre cabane en cendres. « Puisque vous ne l’avez pas voulu, ajouta-t-elle, c’est moi qu vais la tuer. — O ma mère, cria la petite, ne me tuez pas! je vous paierai tout ce que vous avez perdu. — Qu’'avez-vous a donner ? comment pourrez-vous me payer ? — Je vous donnerai le Manito ; le grand Manito descendra pour vous récompenser de ne m'avoir point tuée. » On lui fit grâce.

Nous manquions absolument de vivres, et nous étions presque nus ; nous primes le parti d’aller au comptoir d’Aneeb, à Kenerw- Kkauneshewayboant, où nous obtînmes un crédit de la valeur d’un paquet de peaux de castors. Pourvus de couvertures et de vêtements, nous allâmes rejoindre Wamegonabiew,qui nous accompagna jusqu’à l'endroit où s'élevait naguère notre cabane. Nous commençâmes à réparer nos pertes en construisant une petite hutte de gazon pour nous abriter pendant que nous préparions le puk-kwi pour un nouveau wigwam. Les femmes montraient beaucoup d'industrie dans tous les travaux, et nulle plus que Skwahshish ; la nuit, lorsque l’obscurité ne permettait plus 4e chasser, nous les aidions, Wamegonabiew et moi. En peu de

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