CHAPITRE CINQUIÈME
En allant visiter ces Indiens, j'avais principalement pour but de chercher des nouvelles de Wamegonabiew, mais ils ne l'avaient point rencontré. Je me décidai alors à laisser la vieille femme près du Menaukonoskeeg, et à me rendre seul à la rivière Rouge. J'avais quatre chevaux, dont un, très vif et très beau, passa pour le meilleur de cent quatre-vingts, qu’une petite armée de Crees, d’Assinneboins et d'Ojibbeways venait d’enlever aux Indiens Falls. Dans cette campagne de sept mois, les guerriers avaient détruit un village, enlevé cent cinquante chevelures et fait des prisonniers.
Dix jours après avoir quitté le Menaukonoskeeg avec mon bon cheval, j'arrivai au comptoir de Mouse-River. Là j'appris que Wamegonabiew était à Pembinah, sur les bords de la rivière Rouge. M. Mackee me donna un guide pour atteindre la source de la rivière de Pembinäh, où je rencontrai Aneeb, traiteur dont j'ai déjà parlé. À une journée de marche de son comptoir, je parvins à la cabane du beau-père de Wamegonabiew, mais mon frère n’y était pas, et le vieïllard ne me reçut point avec cordialité : il vivait avec un parti de Crees nccupant près de cent huttes. Voyant que les choses n’allaient pas comme je l’aurais désiré, je passai la nuit chez ur vieux Cree, que je connaissais antérieurement.
Le matin, le vieillard me dit : « Je crains qu’on ne tue votre cheval ; allez voir comme on le traite. » Je courus dans la direction qu'il m’indiquait : une bande de jeunes gens et d'enfants avait renversé mon cheval et le battait. Quand j’arrivai, plusieurs d’entre eux le retenaient par la tête tandis qu’un homme, debout sur son corps, le frappait à coups redoublés. « Mon ami, lui dis-je, descendez de 1à. — Je ne le veux point, répondit-il. — Je vous aiderai donc. » Puis, le jetant à la renverse, j’arrachai la bride des
mains de ceux qui retenaient mon cheval, et le reconduisis sous