CHAPITRE CINQUIÈME TOI
bons procédés de cette famille ne se démentirent pas tant que nous restâmes dans leur voisinage.
Quand revint la saison du sucre, je transportai mon camp à deux milles au dessous du fort d’'Elk-River ; les arbres à sucre, nommés, par les Indiens, sheshegemawinzhs, sont de la même espèce que ceux qui se trouvent communément dans les vallées du Haut-Mississipi, où les blancs les appellent érables de rivière. Ils sont grands, mais fort dispersés ; et, pour cette raison, nous établîmes deux camps, un de chaque côté de la rivière. Je restai seul sur une rive, et la vieille femme sur l’autre avec les perits enfants. Tout en récoltant le sucre, je tuai un grand nombre d'oies, de canards, d'oiseaux de toute espèce et de castors. Il y avait près de mon camp une forte source saumâtre où les traiteurs faisaient ordinairement du sel. Cette source a près de trente pieds de diamètre ; son eau est bleue, et avec les plus longues perches on n’en trouvait pas le fond. Elle est située très près de l’Elk- River,entre l’Assinneboin et le Saskawjawun à prè: de vingt jours de marche du comptoir du lac Winnipeg. Il y a dans cette partie de la contrée beaucoup de sources et de lacs salés, mais je n’en connais pas un second aussi cons:dérable.
Je rencontrai, dans ce pays, un blanc qui s’occupa beaucoup de moi, et voulut me persuader de le suivre en Angleterre ; mais je craignis qu’il ne m’y abandonnât, et qu’il ne me devint impossible de rejoindre mes amis des Etats-Unis, s’il en existait encore ; j'étais aussi fort attaché à ma vie de chasseur, soit comme nécessité, soit comme amusement : je refusai donc ses offres. Au nombre des Indiens qui se réunirent au printemps près du comptoir, était notre vieux compagnon et ami Peshauba ; tout le produit des chasses de l'hiver et des derniers jours toute la récolte du sucre, tout ce que possédaient les Indiens se changea, comme à l'ordinaire, en whisky. Quand il n’en resta plus, la vieille Netno-
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kwa alla prendre, derrière la plaque du foyer du comptoir, uu baril de dix gallons qu’elle y avait caché l’année précédente.
Cette longue débauche, accompagnée de querelles et de désordres, fut suivie de la faim et de la misère ; quelques Indiens, pour conjurer la famine qui commençait à se faire vivement sentir, proposèrent une sorte de défi entre tous les chasseurs rassemblés, à qui prendrait le plus de lapins dans un jour. Dans cette lutte, je l'emportai sur Peshauba, l’un de mes premiers maîtres dans l'art de la chasse.
Du comptoir nous prîmes, par la rivière des Cygnes et le Menaukoncskeeg, la route de la rivière Rouge, et nous nous arrêtâmes en chemin, pour prendre des castors au piège, avec l’aide d’un jeune homme nommé Naubashish, qui s'était attaché à nous depuis quelque temps ; je ne tardai pas à découvrir des traces d’Indiens, qui devaient avoir suivi la même direction, deux jours seulement auparavant, et je résolus de tenter de les voir ; laissant la vieille femme et ma famille avec Naubashish, je montai mon meilleur cheval et suivis les traces à travers la prairie.
Après une marche de quelques heures, je reconnus un endroit où une cabane avait été élevée la veille, et mon cheval passa sur un tronc d'arbre qui traversait le sentier ; tout à coup une poule de prairie se leva sous les pieds du cheval, qui s’effraya, et me fit tomber sur le tronc d'arbre, d’où je roulai à terre ; comme je tenais toujours la bride, il m'appuya les deux pieds de devant sur la poitrine ; je restai plusieurs heures säns pouvoir remonter à cheval ; quand j’y réussis enfin, je me décidai à continuer ma marche vers les Indiens, dont je me croyais moins loin que de ma propre cabane. En arrivant parmi eux, j'étais hors d’état de parler ; ils virent bien que j'étais blessé, et me traitèrent avec bonté. Cette chute fut très grave ; je ne m’en suis jamais corplètement rétabli.
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