‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 52 sur 143 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

et'que, caché sous sa couverture, ii n’avait pas perdu de vue son ancien beau-père jusqu’au moment de sa sortie de la cabane. Je lui répondis qu’il avait bien mérité de perdre son fusil, puisqu'il souffrait qu’un vieillard le lui enlevât sous ses propres yeux. Je tentai néanmoins, mais sans succès, de faïre rendre cette arme.

Avant d’arriver à Mouse-River, mon cheval était devenu si faible et si maigre, qu’il ne pouvait plus même porter la femme de Wamegonabiew. Nous fimes halte pendant deux jours. Nous avions eu beaucoup à souffrir de la faim, car depuis iongtemps le produit de notre chasse s’était borné à un bison très'chétif, lorsque nous rencontrâmes une petite bande de Crees, sous les ordres d'un chef nommé Ogemawahshish, (le fils du chef). Au lieu de venir à notre secours, ils nous reçurent très mal, et. j’entendis qu'ils parlaient de nous tuer, à cause d’une vieille querelle avec des Ojibbeways. Ils ne voulurent nous vendre qu’un vetit blaireau, et nous ne perdîmes pas de ternps pour nous éloigner d'eux le plus possible.Après deux autres jours de misère, nous’rencontrâmes un Ojibheway nommé Wawbuchechawk (la grue blancke), qui venait de tuer un moose gras.

Nous vécûmes un mois avec cet homme, toujours dans l’abondance et passant les nuits dans sa cabane. Nous partîmes”enserable, et il ne nous quitta qu’à Rush-lake-river. Ia vieille femme s'était éloignée du comptoir où je l’avais laissée pour aller vivre chez les Indiens à une distance de quatre journées. Tous mes chevaux avaient été négligés et étaient morts, malgré toutes les recommandations que j'avais faites à Netnokwa.Le cheval qui venait de me porter à la rivière Rouge venait de mourir,et il ne m'en restait plus un seul ; Netnokwa avait, selon toute apparence, rmoncé à me compter dans sa famille, et Wamegonabiew me

quittait.

Je restai quelque temps tout srul auprès du comptoir ; le trai-

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teur, M. Mac-Glees, fit enfin attention à moi et m'invita à venir vivre avec lui. Il me parla tant de quitter les Indiens, que je fus plus d’une fois tenté de suivre son avis. Mais, toutes les fois que je songeais à rester au comptoir, j’éprouvais un invincible sentiment de répugnance. Passer tout mon temps à la chasse était à mes yeux un sort aussi digne d’envie que l’existence 1nonotone des hommes occupés dans les comptoirs me paraissait insupportable.

A la source de Menaukonoskeeg, il y avait un comptoir que j'allai visiter avec cinq Français et une femme ojibbeway, envoyés par M. Mac-Glees. Nous n’emportâmes de vivres que pour un seul repas, et tout fut mangé dans la première nuit ; vers le milieu du troisième jour, parvenus à une petite crique d’eau salée, nous vÎimes un homme assis au sommet d’un monticule voisin. Nous nous en approchâmes, et il ne répondit point à nos questions ; nous voulûmes le secouer et le soulever, il était roidi par le froid; et quand nous retirâmes nos mains de lui, il tomba comme une masse entièrement gelée ; sa respiration n’était pas arrêtée encore, mais ses lèvres restaient immobiles, et il présentait presque tous les signes de la mort. Auprès de iui gisaient sa petite chaudière, un sac contenant son briquet et une pierre à fusil, sou alêne et une paire de mocassins. Nous essayâmes tous les moyens possibles de le rappeler à la vie, mais sans aucun succès. Le regardant comme mort, je conseillai aux Français de le porter au comptoir pour lui donner une sépulture convenable ; iis se rendirent à mon avis, et j'ai appris, dans la suite, qu’il avait cessé de respirer une ou deux heures après leur départ.

Il paraît qu’on l’avait renvoyé du comptoir à la source de la rivière, comme trop paresseux pour mériter d’être nourri. Presque entièrement dénué de vivres, il s'était rendu à la cabane de Wamegonabiew qui lui avait donné à manger et offert d’abondantes

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provisions ; mais il avait tout refusé en disant qu’il ne pourrait les porter. Il était déjà très affaibli, et il lui avait fallu deux jours pour se traîner jusqu’à l'endroit où nous le rencontrâmes, à très peu de distance de son point de départ. De là, je me rendis avec la femme ojibbeway à la cabane de Wamegonabiew.

Je chassais depuis un mois avec mon frère, lorsque Netnokwa, qui me cherchait partout, vint nous rejoindre. Wamegonabiew alla chasser les castors dans un canton que je lui désignai sur les bords du Clam-River, et je retournai avec Netanokwa à Menaukonoskeeg pour la récolte du sucre. Nous formions une réunion de dix feux, et, la récolte achevée, nous allâmes tous ensemble à la chasse des castors.Dans les chasses de cette espèce, les produits sout quelquefois également partagés ; mais il fut convenu que chacun garderait ce qu’il aurait tué. En trois jours, je réunis autant de peaux que j'en pouvais porter ; mais, dans ces courses longues et rapides, on ne pent guère traîner de provisions avec soi, et la faim ne tarda pas à se faire sentir de toute la bande. La plupart des hommes devinrent, et moi comme eux, extrêmement faibles par défaut de nourriture, et incapables de chasser un peu loin.

Un jour, la glace commençant à se couvrir d’eau sur les étangs, je découvris, dans un petit marais, à un mille du camp, les traces récentes d’un moose ; je les suivis, et je tuai cet animal. Comme c'était le premier de son espèce, une fête fut célébrée; et l’on dévora tout en un seul jour.

Bientôt après, tous les Indiens se rendirent, en deux journées de marche, à l'embouchure de la rivière, où Wamegonabiew vint nous rejoindre ; sa chasse avait été très heureuse aux bords du Clam-River. Nous restâmes à boire à un mille du lac, auprès du

comptoir, jusqu’à ce que toutes nos pelleteries fussent vendues, et ma famille, accompagnée seulement de Wamegonabiew, re-

tourna à l'embouchure de la rivière. Ce trajet était si court, que +6 nous ne prîmes point les chiens dans les canots ; ils firent lever sur

la rive un élan qui se mit aussitôt à la nage ; nous le poursuivimes É à travers le lac, et il fut tué en sortant de l’eau. | de

Vers ce temps, nous rencontrâmes un vieux chef ottawa nom- tue mé Wagetotahgun (celui qui a une cloche), et plus ordinairement ] Wagetote : c'était un parent de Netnokwa. Nous passâmes eu- | dif! semble deux mois, et, presque tous les matins, il m'invitait à vig chasser avec lui ; au retoui, il me donnait toujours la meilleure agi part, et quelquefois même la totalité de ce qu'il avait tué ; il prit | plu beaucoup de peine à m’apprendre la chasse du moose et des au- à auc tres animaux difficiles à atteindre. Wamegonabiew et sa femme plu nous quittèrent alors pour se rendre à la rivière Rouge. D bris

Les Indiens sont généralement convaincus que le moose, plus À in adroit qu'aucun animal , lorsqu'il s’agit de sa conservation, a, son

entre autres facultés, celle de demeurer longtemps sous l’eau. D dc | Deux hommes, de la baude de Wagetotahgun, que je connaissais blie ul | parfaitement, et considérais comme dignes de foi, revinrent un L ve soir de la chasse, après une absence de toute la journée, et mous dirent, qu'ayant poursuivi un moose jusqu’à un petit étang. ils 4 tout l'avaient vu disparaître au milieu ; choisissant des positions qui aut leur permettaient d'observer toute la surface de l’eau, ils avaient 1 que fumé et veillé jusqu'aux approches du soir. Pendant tout cet es- nous pace de temps, ils n'avaient distingué aucun mouvement de l’eau jeun ni aucun autre indice de la position Gu moose ; perdant enfim tout jeun espoir de succès, ils s'étaient remis en route. | etm Peu d’instants après ce récit, parut ur chasseur isolé, chargé de Fi viande fraîche ; cet homme raconta qu'ayant suivi,pendant quel- D etm que temps, la trace d’un moose, il était arrivé aux bords d’un l'A étang, où il avait découvert les traces de deux hommes, et que, | vive

tout indiquant qu'ils étaient arrivés à cet endroit presque aussi-

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