CHAPITRE SEPTIÈME
les chevaux ; mais je ne trouvai pas Île mien. Quelques jeunes hommes m’accompagnaient, et leurs dispositions semblaient amicales ; cependant, lorsque je pris la route du village le plus voisin, je vis l'un d’entre eux, monté sur un bon cheval, partir comme pour m'annoncer.
Quaud j'arrivai dans ce village, nul ne fit la moindre attention à moi et ne parut même m'apercevoir. Je n’avais jamais eu aucun rapport avec cette bande d’Assinneboins. Je vis bien qu'on les avait prévenus contre moi. Leur chef, qu’ils appelaient Kahogemawweet Assinneboin (le chef assinneboin), était un chasseur distingué. Peu de temps après, ses guerriers, ne le voyant pas revenir de la chasse après une absence d’une longueur inaccoutumié:, suivirent sa trace et le trouvèrent mort dans la prairie. Il avaît été attaqué et tué par un ours gris. |
Voyant que je n'avais rien d’hospitalier à attendre de cette bande, je n’entrai dans aucune cabane, et je me bornai à épier les chevaux parmi lesquels j’espérais encore reconnaître le mien. J'avais beaucoup entendu parler de la vitesse et de la beauté d’un jeune cheval appartenant au chef, et je le reconnus bientôt paissant dans un pré, sur la seule description qui m'en avait été faite. J'avais une longe sous ma couverture, je la coulai adroitement au cou du cheval, et je m’envolai plutôt que je ne m’enfuis. L'irritation causée par la conduite inhospitalière des habitants de ce village m'avait poussé instantanément à cet acte, qui n'avait absolument rien de prémédité. Quand nous commençâmes, le cheval et moi, à perdre la respiration, je m’arrêtai pour regarder en arrière. Les cabanes des Assinneboins étaient à peine visibles conme de petites taches dans une prairie éloignée.
La pensée me vint que je faisais mal d'enlever ainsi le cheval favori d'un homme qui ne m'avait jamais fait aucun tort, quoiqu'il m'eût refusé les devoirs ordinaires de l'hospitalité envers un
étranger. Je sautai à terre et lâchai le cheval ; mais aussitôt, je vis accourir au galop trente ou quärante Assinneboins que m'avait cachés une faible élévation de terrain. Ils étaient déjà tout près de moi ; je n’eus que le temps de m'enfuir dans un bouquet voisin de noisetiers. Ils continuèrent quelques instants à me chercher dans tous les sens, et ce répit me donna le temps de me cacher avec quelque soin. Enfin, ils descendirent de cheval, et se dispersèrent à ma recherche. Plusieurs passèrent tout près de moi. Ma cachette était si bonne, que je pouvais surveiller leurs mouvements sans m'exposer à être découvert. Un jeune homme entonna son chant de guerre, déposa son fusil, et, une simple massue à la main, vint droit à la place où je m'étais réfugié. Il n’était guère qu’à vingt pas de moi, mon fusil était armé et je le visais au cœur, lorsqu'il retourna en arrière. Il n’est pas probable qu'il m’eût découvert ; mais l’idée d’être surveillé par un ennemi inaperçu, armé d’un fusil et dont il ne pouvait reconnaître la position aurait ébranlé sa résolution. On me chercha inutilement jusqu’à la nuit ; alors le cheval du chef fut ramené au village.
Je retournai aussitôt vers ma famille tout joyeux d’avoir échappé à ce danger, et, marchant nuit et jour, j'arrivai, la troisième nuit, au comptoir de Mouse-River. Les traiteurs me dirent que c’était une folie de n’avoir point ramené le cheval du chef ; ils l’avaient, disaient-ils, entendu beaucoup vanter et ils m'en auraient donné un bon prix.
Dans un village d’Assinneboins, à vingt milles de ce comptoir, j'avais un arni nommé Bena (le faisan), que j'avais prié, en passant, äe tâcher, pendant mon absence, de retrouver mon cheval ou, au moins, de découvrir la résidence actuelle de Bagiskunnung. J'allai le voir, et il me fit entrer aussitôt dans une petite hutte habitée par deux vieilles femmes ; à travers les crevasses de cette hutte, il me montra celle où vivaient Bagiskunnung et quatre de
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