CHAPITRE SEPTIÈME
tôt sur lui; le bruit des clochettes et des bijoux d'argent dont j'étais paré lui révéla mon approche, mais je le saisis sans fui laisser le temps de faire autune résistance, son fusil étant déchargé ; se voyanc pris, il cria : « Assinneboïn. » Je répondis :« Ojibbeway. » Nous fûmes contents l’un et l’autre de voir que nous pouvions nous traiter en amis ; mais la dissemblance de nos dialectes ne nous permettait pas de converser ensemble : je lui fis signe de s'asseoir à terre auprès de moi, et il s’assit aussitôt. Je lui donnai une oie que j'avais tuée peu auparavant, et, après quelques instants de repos, je lui fis comprendre que je voulais l’accompagner à sa cabane.
Deux heures de marche nous amenèrent en vue de son village, et il me précéda au foyer de sa famille. En entrant sur ses pas, je vis un vieillard et une vieille femme se couvrir la tête de leurs couvertures, tandis que mon guide se glissait sur-le-champ dans une petite loge assez grande seulement pour recevoir une personne et la cacher à la vue du reste de la famille ; sa femme lui porta son repas dans cet appartement séparé, d’où, sans se laisser voir, il s’ertretenait avec ceux qui se tenaient dans la cabane ; quand il voulait sortir, sa femme avertissait les vieillards qui se cachaïent la tête, et il en était toujours de même lorsqu'il rentrait.
Cette coutume est strictement observée par les hommes mariés chez les Assinneboins, et, je le crois aussi, chez les Bwoirnugs ou Dahkotahs, comme ils se nomment eux-mêmes ; on sait qu’elle existe chez les Omowhows du Missouri.Elle ne se borne pas aux rapports des hommes avec les pères et mères de leurs femmes ; elle s'étend jusqu'aux oncles et aux tantes, et c’est un égal devoir pour le mari et pour les parents de sa femme d'éviter de se voir les uns les autres. Si un homme entre dans une hutte où se trouve son gendre, celui-ci se cache la figure jusqu’à son départ. Les jeunes hommes, tant qu'ils restent dans la famille de leurs fem-
mes, ont une petite cabane distincte dans l’intérieur ou une partie de la cabane séparée du reste par des nattes ou des peaux suspendues ; la jeune femme y passe la nuit : le jour, elle est l’intermédiaire de toutes les communications entre ceux qui ne doivent pas se voir. Il est bien rare, si même il arrive jamais, qu’un homme prononce le nom de son beau-père ; ce serait considéré comme une indignité et un manque absolu de respect. Cet usage n'existe aucunement chez les Ojibbeways, qui le regardent comme une folie fort incommode.
Les habitants de cette cabane me traitèrent avec beaucoup de bonté. Le grain était extrêmement rare dans la contrée ; ils en avaient un peu en réserve ; ils le firent cuire et me le donnèrent. Le jeune homme leur raconta combien je l'avais effrayé dans ja prairie, et ils en rirent tous de bon cœur. Ce village se composait de vingt-cinq cabanes ; cependant, malgré toutes mes questions, je ne pus savoir de personne où se trouvait alors Bagiskunnung. Il y avait un autre village à une journée environ de distance ; je ne tardai pas à m'y rendre, avec l'espoir d’une recherche plus heureuse.
Presque au terme de ma route, je vis voler des oies, et j'en tuai une qui alla tomber au milieu d'une bande d’Assinneboins. Voyant parmi eux un homme très vieux et d’une apparence misérable, je lui fis signe de la ramasser et de la garder ; maïs, avant de le faire, il s’'approcha pour m’exprimer sa gratitude d’une manière tout à fait nouvelle pour moi. Il posa ses deux mains sur ma tête et les passa à plusieurs reprises sur la longue chevelure qui couvrait mes épaules, en m’'adressant, dans son langage, des paroles que je ne comprenais pas. Il alla ensuite ramasser l’oie, et revint m'inviter, par des signes que je compris sans peine, à vivre sous son toit, tant que je resterais dans son village. Pendant qu'il préparait notre repas, j'allai de cabane en cabane, examinant tous
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