CHAPITRE HUITIÈME
l'une d'elles échut à notre chef Wagetote, bien qu’il ne se fût approché qu’à quelques journées du lieu du combat, et il retourna dans son pays avec ce trophée. En arrivant à la montagne de la Tortue, à notre retour, nous souffrions tous les tourments de la faim, et quelques-uns étaient à peu près hors d’état d’aller plus loin. Nous fûmes donc obligés de nous arrêter, et il ne restait que chez quatre d’entre nous assez de force et de résolution pour essayer de chasser. C’étaient un vieillard nommé Gitcheweesh (la hutte du grand castor), deux jeunes guerriers et moi ; le vieillard était tres animé et montrait la confiance la plus absolue de tuer quelque gibier. « Quand j'étais encore petit enfant, nous dit-il, une fois que je n’avais rien mangé pendant trois jours, le Grand Esprit vint à moi et me dit : (1) « J'ai entendu tes cris, je ne veux plus t’entendre crier et te plaindre si souvent ; mais si jamais tu te vois réduit à mourir de faim, appelle-moi, je t’entendrai et te donnerai quelque chose. » « Je n'ai jamais, ajouta-t-il, réclamé la réalisation de cette promesse ; mais je viens de passer toute la nuit à prier et à chanter, et je suis sûr que je serai nourri aujourd’hui par la bonté du Grand Dieu ; il ne me refusera certainement pas cette première demande. » Nous sortîmes ensemble de grand matin, et nous nous dispersâmes pour chasser. Je marchaï tout le jour sans rien rencontrer ; mais j'étais si faible, que je ne parcourus qu’une très petite étendue de terrain. Je rentrai tard ; les deux jeunes guerriers m’avaient précédé et n'avaient rien pris non plus ; tous commençaient à se désespérer. Mais le vieux Gitcheweesh était absent encore ; il revint très tard, courbé sous le poids d’une lourde charge de venaison (1). Je fus choisi pour préparer et partager ce qu’il avait rapporté. Le lendemain, nous
(1) 1 veut dire apparemment qu'il le vit en songe.
(1) On + voit pas trop comment expliquer ce fait sans admettre que Dieu ait réellement exaucé ! ire pleine de foi de ce pauvre paien.
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