RÉVOLTÉE
iS octotre 4889.
n y a» à la fin du premier acte de Révoltée, une prière de « mère coupable » de H"** de Yoves, où vous retrouverez ridée première de la pièce : t Mon Dieu! faites que ma fille ne soit pas comme mon péché qui se renouvelle el qui marche devant moi ! Montrez-moi, en la préservant, que vous m'avez pardonné. J'ai besoin de sa vertu pour me sentir absoute. » Ce primitif sujet de M. Jules Lemattre : une fenune distinguée, mal mariée autrefois, qui a eu secrètement une enfant illégitime, l'a fait élever dans un couvent lointain, a contribué à lui faire épouser un honnête homme, et qui la voit avec terreur irritée de sa condition trop modeste et toute prête à tomber, par amertume, par révolte, dans une aventure galante, — ce primitif sujet n'est pas devenu le principal intérêt de la pièce. Les angoisses de M"^ de Voves, â l'idée que sa fille, à qui
éUe n'a jamais réfèlé le secret d» sa naissance, Ta renoaveler la faute de sa mère, ces anfoisses sont dramatiques. Hais par la force même du suget, un autre intérêt, supérieur à celui des remords et des expiations de la mère, s'est dressé dans l'œuvre, l'intérêt du mari essayant de reconquérir sa femme. La lutte qui a vraiment prise sur le public, ce n'est pas celle de If* de Vova» pour empêcher sa fille, M"* Hélène Rousseau, de tomber ; c'est la lutte du mari, de grand cœur et d'humble gaucherie, du mari qui n*a pas su se faire aimer de sa fenune, et qui entreprend d*ètre connu d'elle, de la toucher, de la ramener.
Mais peu importe que Révoltée ait d'autres émotions, d'autres réalités que celles qui seraient venues, directement, spécialement, de l'idée première de M. Jules Lemaltre ! H importe que vous ^ ayez, des émotions, des réalités, de la vie évidente, de la vie contemporaine en scènes et en personnages. Et vous en avez. Àllez-y voir. Et si vous ne sentez pas que cette pièce est vraie, profonde, attachante quoique si railleuse en toutes ses péripéties et paroles, et aux moments mêmes où elle s'écarte le plus nettement des effets ordinaires du théâtre, tant pis pour vous !
Voici les événements de Révoltée : Hélène, enfant abandonnée, qui a grandi tristement au couvent, humiliée et ulcérée de n'avoir pas de mère, a épousé sans amour Pierre Rousseau, professeur de mathématiques, un homme rare, mais farouche, dont elle ne pouvait deviner le mérite, et qui a représenté pour elle la flu de sa réclusion. La mère d'Hélène, M"" de Voves, qui ne s'est jamais trahie, par des scrupules de conscience, par dévouement aussi au fils de
— Séi —
son maiiaige, au BiA qui porte smi nom et qu'elle s'est appliquée à rendre un beau garçon austère — raffinement da mère coupable, — - M"^ de Voves attire chez elle sa fille, dès que oelle-ci est mariéep la fait pénétrer dans un monde d'élégance où le modeste mari, Pierre Rousseau, tout â ses travaux, ne l'aurait pas conduite.
Vous avez toute la situation exposée et tous les personnages caractérisés, ai premier acte, un jour de réception de M"^ de Voves, par des conversations vives, fines, de la plus mordante modernité, sans un seul de ces mots spirituels faits paur la scène et l'applaudissement. Tout au (dus, le séducteur de la pièce, Brétigny, a-t-il« pour un mondain sans particulière culture, un peu trop de vues subtiles, de l'ironie pittoresque de M. Jules Lemaltre. Mais on nous dit que ce Brétigny est spirituel. Et cela autorise l'auteur à lui prêter quelques traits de son propre esprit. Les autres, Hélène, M** de Voves, son fils André, M°^ Herbeau, une précieuse de bonne humeur, une ambitieuse d'influence littéraire, sans solennité de morale, tous se font connaître par leur conversation, qui est bien la leur, et la plus naturdle, la plus aisée, quoiqu'elle ait été écrite d'une plume si ferme et si délicate.
Vous apprenez là qu'Hélène et ce Brétigny, un viveur avisé, bien musclé et de sécheresse élégante, sont en coquetterie réglée. Et c'est Tamertume coupante d'Hélène sur rien et sur tout, sur un discours d'académicien rapportant des faits vertu^x avec étonnement et décernant des prix de vertu avec malice, sur ses maigres ressources et les sacrifices qu'elle doit faire â son mari, c'est la révolte
perçant en toutes les ndlleoaes paroles de cette jeune femme, qui vous dévoile les souflBranoes de sa jeunesse, et comment son mariage, peu riant pour èUe, la prépare i une aventure amoureuse, où il n*y aura guère d'amour, où elle ne cherchera que revanche, défi à sa destinée, curiosité presque méchante de plaisirs inconnus. Le mari, Pierre Rousseau, est le seul qui ne paraisse pasàce premier acte. Mais son ami André de Yoves, le jeune homme rude, et tout spécialement rude pour cette jolie Hélène, épouse dédaigneuse et révoltée, dont il ne se sait pas le frère. André nous Fa expliqué, cet honnête Pierre Rousseau, en attendant qu'il se trahisse lui-même, qu'on le voie dans ses tourments de mari méprisé ou, du moins, mal jugé par sa femme.
L'action s*engage à un bal de M"^ Herbeau, où Hélène est venue pour y retrouver Brétigny. Lui, il la désire, et il lui fait bien entendre, dans sa déclaration d'amour, de quoi il s'agit entre eux, d'une agréable liaison, dont elle a la tentation, et dont il a la vanité. Elle y voit clair, et cela ne la choque pas, elle sait bien qu'elle n'aime pas Brétigny, qu'elle aime ce qu'il représente, une certaine sensation neuve, un certain dégoût de la vie régulière et terne. Cette scène d'amour où on ne s aime pas est charmante et cruellement vraie, et combien originale! On n'a jamais fait parler si juste le séducteur sûr de lui, qui dit à la femme qu'il poursuit : « Vous allez être à moi », sans insolence, et qui l'attire et la trouble, précisément par ce ton décidé et cette insouciance des conventions, dont elle se pique aussi. Du reste, tout l'extérieur, tout le suffisant des
déclarations amoureuses, dans cette conversation A curieusement sèche au fond, dans ces engagements où aucun des deux ne cherche à tromper Tautre. Cette seule scène est d*une vérité ironique bien profonde, et elle est d'un auteur dramatique, bien savant déjà, et qui a sa manière et sa souplesse, au plus dur de son observation. Mais vous en avez d'autres, non moins fortes, en œ deuxième acte.
D'abord la scène de l'aveu, de M^ de Voves à son fils André. EUe et lui ont surpris le manège d'Hélène et de Brétigny, et que le dénouement est proche. André, tout â son dévouement pour son ami Pierre, de colère hautaine pour les petitesses ou dépravations qu'il attribue à Hélène, se demande si elle ne doit pas à sa naissance de hasard, â une mère vicieuse, ses curiosités de vice. Et sur un de ces mots de son fils, qui l'atteint si impitoyablement, M"^ de Voves, n'ayant voulu d'abord qu'intéresser André au salut d'Hélène, que la lui faire juger avec plus de sympathie, M"* de Voves laisse échapper son secret, dit, avec de cuisants souvenirs et des désenchantements résignés, sa propre faute, la séduction qu'elle a subie et la naissance qu'elle a cachée.
Gonunent une femme, qui s'est tue, pendant vingt ans, sur le point douloureux de sa vie et dont elle a honte, parle-t-elle subitement à son fils, à ce fils dont elle tient tant à être respectée? Voilà la diflBculté de la scène. Mais on ne l'aperçoit pas, cette terrible difficulté, car M. Jules Lemaltre, tout en rendant inévitable l'aveu de M^ de Voves, tout en foisant que les vraisemblables indignations
4'AQdré «ntdiffit jl m mAm des pmtoi fmqiltatfwi^ « hmbi^ nteit  âpoe, pe Tob^g» pu i lo«t ^ fend»* gmi. Ajidré a Mm oomprii; tout le pye6 4e tant de ipudRriinoes de te mtee loi «tt Uea muni memtfnimt, A plie ne 6*est pe» tnop tbtinée deuitt toi. On > m, pir qqelle teodiBue pour celte 811e qû n ee pmlr^ dédûraoent fidt ea elle par ]ei ièf«ritéa d'André, Tivik en est sorti, i peine articulé. On ne s'étonne pss qnleile an lôît ve^ue là. lUe ne poavait pins flùre aatranmi» pir la firoe de la Êbxmàm, f» Vui de M- Jules Uauiiire i poosser tOQi naUirelleigent les dioses i rsigo, et elle a't ga'im mot de dédantiimiietie, à la to, aprts s'ttr* trabî# en ses justifications désespértes de la prétendoe amie qui Ait la mère d'Hélène.
Cette belle scène, dont le dramatique hardi ne semUe avoir que réalité nécessaire, a sa suite logique. André pro^ voque Brétigoy, dont il sait les oitreprises affichées sw Hélène. Une provocation sans un mouvement ou mue jrfurase mélodramatique, le dialogue nerveux de ^denz hommes qui ne font pas des effets de théâtre, l'un, de sang* froid railleur et de riposte blessante avec oorrecticm mon^ daine; l'autre, d'agitation émouvante, avec sincérité, résolu* tion énergique. C'est une conversation d'aujourd'hui, !me querelle de gens du monde, et pourtant cet André est ua don Quichotte, un paladin des anciens temps. Mais vou4 ne trouverez rien de chimérique, aucune tension de per* sonnage d'une autre société que h nôtre, dans l'hérolsmus de sa conduite et de ses discours.
G(^ au troisième acte que le drame a ses scènes les
plus poignantes. Hélène s'ennuie, elle est irritée d'avoir été ramenée par son mari avant la fin du bal de M"^ Herbeau. Elle sent, avec exaspération, sa vie murée dans ce mariage sans avenir de luxe ; elle en veut à son mari de lui avoir fait manquer, en s'offirant à elle, le jour où sa lassitude du couvent la condamnait à prendre le premier épou^ seur venu, sa vraie destinée, sa chance d'être la femme brillante qu'elle serait si naturellement. Elle n'est pas odieuse, cette Hélène, elle n'esl qu'insurgée contre le monde hostile, et sa part trop mesquine. Si elle n'est pas touchée par son mari, quand il se dévoile à elle, quand il se plaint, avec une éloquence embarrassée, mais m vraie, c'est que le désaccord est encore trop profond entre leurs deux natures. Qu'elle est pénétrante, pourtant, cette confession du mari, s'accusant de ses maladresses, priant celle qu'il aime de le voir tel qu'il est, d'avoir pour lui au moins affection démente!
Et cette explication, à laquelle il s'est résolu avec tant d'appréhension, où les mots douloureux lui sortent comme péniblement, avec une vérité d'autant plus saisissante, est interrompue par ses obligations professionnelles, qu'on lui vient rappeler, au plus délicat de son effort. Il n'a pu la toucher, cette femme auprès de laquelle il s'irrite de h sentir si gauche, et plus il souffre de sa froideur mauvaise et de ses dédaigneux sourires, plus il s'entratne, malgré lui, à la pousser en ses révoltes.
Sur un dernier mot de menace, qui lui a échai^, Hélène s'est décidée à écrire à Brétigny, à lui accorder ee rendez-vou^ qui hà livrera, par défi, sans tentation véritable
j^aattiee j^aetettlinek