‹ Trente ans de critiqueChapitre 40 sur 42 · ST · texte numérisé non relu

ST

l'objet, lai est cause cependant d'impatiences, de révoltes, de souflEranoes.

La comédie se passe entre les trois personnages inévitaUes, la femme, le mari et l'amant. Ibis qoel amanti Un amant d'une heure, pris dans un accès de colère et àè désespoir, et qui n'était mêlé d'abord aux luttes de la femme et du mari que par son affection profonde pour tous deux. Ge sont ces deux conjoints, et leurs malentendus d'amour et de tyrannie, qui sont tout le drame, pendant deux actes.

Etienne Féraud est un savant distingué, riche, et qui a commencé sa vie par des succès et des plaisirs d'homme adoré. Il a été l'homme à femmes, dont Boui^t a écrit la physiologie,celui qui garde l'étemel prestige,le « Delaunay d , dit-il lui-même railleusement, le victorieux qui est expliqué joliment, dans l'étude de Bourget, par ce mot : « Il était doué. » Mais Etienne s'est lassé de ses victoires, il a pris une maltresse raisonnable, Catherine Villers, une gentille femme, économe, paisible, et qui ne réclamait pas d'amour. Et ce noviciat heureux du ménage ayant fait apprécier à Etienne Féraud les douceurs d'une maison bien tenue, tout en lui rendant le désir de quelques sensations plus jeunes et plus vives, il a épousé M^ Germaine, une jeune fille charmante, riche aussi, et qui, du premier jour, l'a aimé passionnément.

D a été heureux, il a été flatté. Ses coquetteries dlionune i bonnes fortunes ont été caressées oi^eilleusement. Et puis, il a été troublé réellement par cette amoureuse si désirable, par cette tendresse enveloppante. Mais six ans de

ce bonheur ont passé. Et Germaine n'imagine pas que leur vie à tous les deux puisse [avoir d'autre objectif que ces \ joies d'amour et cette unique absorption. Etienne a ses ambitions de savant, ses volontés de travail, ses impatiences de se ressaisir, d'être libre de sa pensée, d'avoir chez lui une existence reposante, ordonnée, assagie. Mais Germaine est bien belle, et sa beauté bien friande. Ce mari, en dépit de ses souhaits intimes, est tenté sans cesse, car cette honnête épouse a tous les trucs de l'excitation voluptueuse, et, comme elle le dit, elle en aurait inventé. Et Etienne, qui cède toujours à ce despotisme d'amour, s'irrite de plus en plus de sa faiblesse, s'exaspère de sa servitude, n'a plus que des amertumes méchantes pour toutes les douceurs auxquelles il se croit contraint, même quand il y ^t entraîné.

Cette situation conjugale est exposée en un premier acte très brillant, de mots aigus et de mots profonds. Dans cet esprit si amusant, il y a de l'observation neuve, et il y a aussi de la hardiesse voulue, des traits que des répliques préparatoires ont amenés dans le dialogue. L'amoureuse Germaine n'y est pas seulement la jeune femme à l'impérieuse passion; elle a des désinvoltures de vie cavalière, dès étalages de recherches sensuelles. « Ta vie de garçon est terminée, dit-elle i son mari, la mienne commence. » Passe encore qu'elle s'humilie délicatement, avec des paroles conmie celle-ci : « Quand tu me rends ta tendresse, je n'ai plus besoin de dignité. » Mais elle a vraiment trop d'aUusions i ses joies nocturnes; elle paraîtrait plus femme et plus naturelle en se réclamant plus 4e sa

■noérité d'amoor que de set reconnaiesanoei deeeneatioiift.

EUeae ▼mte d*tee romineiqiie, œtte Gemudne an tempérament enfiévré. Elle ne l'eat pas, à la façon d'Hélène Ghazeldu Orîm^iTMmNirydontBoargetaditaTecnnejnfttease sobtile: t Pareille 1 toutes les femmes romaneaqnes, Htiène s'occupait de la délicatesse dee voluptés oommunes i elle et à son ami comme d'un sood de sentiment. Ce qm rend une fenune de cet ordre par&dtement înintrt ligihle à an libertin, c'est qu'il s'est habitué, kd, à séparsr les chosos du plaisir des choses du cœur, et à goûter le plaisir dans des conditions avilissantes ; au lieu que la femme romanesque, et qui aime, n'ayant connu le plaisir qn'assodé à la plus noble exaltation, reporte sur ses jouissances le culte qu'elle a pour ses émotions morales, i Germaine n'a pas assez de cette fine psychologie ; elle devrait, par cda même qu'elle se sent entièrement et honnêtement amoureuse, se targuer moins d'être la femme solliciteuse et enlaçante.

Mais rinconscient et exaspérant égoïsme de la passion de Germaine, ses persécutions sentimentales, ses absolus dédains des travaux et de l'indépendance de pensée de son mari, ses ignorances d'une vie réglée et douce, tout cela est marqué en détails frappants, en paroles caractéristiques, tout cela doit précipiter l'inévitable crise, où le mari et la fenmie se diront tout.

Gomme il arrive toujours, c'est un fait aocessoire, un spectacle manqué, un voyage empêché, ^ qu'on est mécontout d'avoir laissé empêcher, qui provoque l'explication cruelle. 11 fallait qu'ils se fissent du mal, qu'ils se dissait des choses irréparables, ces deux associés de l'amour, l'une

si ônenrante, l'autre si ulcéré, souflrant l'un par l'autre de leurs bonheurs tourmentés. L'explosion était fatale, et M. de Porto-Riche l'a poussée à fond. Raremeot, tu théâtre, une crise morale a été scrutée, étalée, avec oette iFigueur décisive. L'analyse est faite avec une sagacité mattresse, et l'auteur ne s^nble pas avoir eu un seul instant la virtuosité de son observation, ni prendre parti pour un de ses personnages- Us ont admirablement raison tous les deux ; c'est l'originalité et la force de cette belle scène. Germaine a raison d'être indignée qu'on lui impute i persécution, à dépravation, à vanité, sa tendresse si humUe, sa sollicitude passionnée. Etiauie a raison de se révolter contre ce despotisme d'être âiible, contre Btm incapacité de faire jamais ce qui lui plaît, contre les troubles qu'on lui impose, et les désirs qu'on lui renouvelle. D a le sarcasme méchant, et k rancune injurieuse. Il se vante à Germaine de ne l'avoir jamais aimée, s'il a succombé sans cesse à ses tentations. L'excès des reproches ici et des revanches cruelles est d'une vérité profonde. Ce n'est pas assez qu'Éti^me se soulage de ses asservissements forcés, il lui faut blesser la femme par laqudle il est aimé, et qu'il aime aussi, d'un fiévreux et irritant amour.

Et Germaine i son tour, afiblée par cette révélation que ses illusions de six années étaient mensongères, voyant son amour perdu et sa vie détruite, appelle la seule vengeance qui attendrait ce mari impitoyablement méprisant. Un amant, n'importe lequel, ce sera sa bravade d'amoureuse rouée et désespérée. El ils (mt été trop loin, l'un et l'aii^re,

pour ne pas 8e défier de ce qui les dôcfair^n. • Puisque tu tdoresms femme, dit Etienne i son ami Pascal» oonsde-li. Moi» j'en ai assez. Je te la donne. » C'est la réplique furieuse i rindignation douloureuse de Germaine : • Tu ne seras plus longtemps ma idctime, je te le promets. Ah! je te gènel Un honmie te débarrassera de moi. i L'audaœ de li soéne et des paroles ne nous semble ici chercher aucune brutalité. C'est une situation morale traitée avec une force et une vérité neuves. L'impartialité de M. de Porto-Riche» fidsant s'expliquer i coeur ouvert ses deux personnages» les rendant aussi émouvants» aussi vrais Tun que l'autre» est d'un auteur dramatique» original» pénétrant et vivant.

Tout s'est passé comme on l'annonçait. Germaine a été la mattresse un instant de ce Pascal qui l'aimait avant son mariage, et qui a bientôt fait de reconnaître pourquoi il a été pris. Us s'expliquent aussi» ces deux amants navrés de leur furtif bonheur. Elle a le sarcasme méprisant» et on pourrait dire seulement qu'elle y met trop d'esprit» et des traits trop jolis et trop fins. Lui aussi fait le moraliste trop agréable, quand il dit : « On pardonne une liaison à une femme comme il faut» on ne lui pardonne pas un caprice» » et quand il raconte son anecdote de l'Espagnol consciencieux, qui trahissait pour la vie. Hais sauf ces enjolivements malicieux» la scène est d'une belle tristesse amère.

Celle du dénouement est plus hardie encore. Etienne» à qui Germaine a tout avoué» avec une sorte de fierté qui s'excite et qui se déchire, Etienne insulte et chasse celle qui l'a trompé. Et il l'insulte dans son amour passé, en lui disant : « Tu ne peux pas savoir combien de fois j'ai maudit

la pitié qui m'enchatnait ici. » Mais cette vision de la faute a ranimé en lui, quoi qu'il dise» toutes les soifs voluptueuses dont il s'irritait. Ainsi le Paul Forestier d'Emile Augi^ disait à sa Léa, après la trahison : a Je m'en souviendrai donc, mais pour plus t'adorer. » Ce regret malsain, cet amour qu'une certitude odieuse fait plus impérieux, plus aigu, Augier avait bien indiqué cela. Hais M. de Porto- Riche l'accuse avec plus de décision. Son analyse n'a crainte d'aucune des contradictions du cœur, ni même de ses avilissements, a C'est à croire, dit Etienne, que nous sommes rivés l'un à l'autre par tout le mal que nous nous sommes fait, par toutes les infamies que nous nous sommes dites. » Ils vont donc se réconcilier, reprendre leur vie d'amour, et leurs douloureuses ivresses. « Réfléchis, dit Germaine, inquiète de ce pardon, tu seras malheureux.. » Et lui répond, c'est le dernier mot de la pièce : « Qu'est-ce que cela fait? »

C'est le dénouement, haïssable si vous voulez, mais vrai. C'est la fin humaine. Comme il était humain à Germaine de se retourner contre Pascal, contre celui qui a profité de son désespoir, et de l'insulter avec éclat comme l'Hermione de Racine insulte Oreste :

Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée?

Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements.

Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ?

Quand je l'aurais voulu, fallait-il y souscrire?

C'est à peu près ce que dit Germaine à Pascal, en style plus moderne, en invectives plus hardies. Mais le retour-

iMiit ie aoK €g^fw de cme c p wpiOMtioi i «WMtfomdl r«noiiiMie. D j t das pttionii qid Ml fifia^ gÉlté peur iee chom aériwm 4i Jt HWJMt <l piiaiiw pMT les dioiM léfim 4i FiqnL Getto cwédio di M. dePorlo-Rîd»6il«Mdii|liitiMiniiales,te

4mi M «• dmmrt 1 dkte dans kt mots, <iiielqw aifeoMioii A l'amoiir de GermiiM, k ittoe itterifii^ piliiite de lie.

Amotn^eiMe est un spedaqlb curieai, et une œavre ijui amuse ceux qu'elle choque.

Hcûiri IiaVedaû

LE PRINCE D'AUREC

3f octobre 489i.

On avait annoncé que le Prince (TAurec, cinglant les nouvelles mœurs aristocratiques et les puissances israélites, aurait un succès de scandale, à moins qu'il ne tombât sous des indignations de a société ». La nerveuse comédie de M. Lavedan n'est pas tombée, au contraire; elle n'a pas fait de scandale â Paris, et n'en fera pas à Bruxelles.

Car ce n'est pas un succès de scandale, que d'avoir amusé le public en montrant un certain monde décoratif tel qu'il est, en faisant une vive peinture, une juste satire d'élégances vaines, de prétentions surannées, d'inconscientes corruptions. H. Henri Lavedan a eu une douUe hardiesse : étaler sur la scène le vide d'existence, le détraquement moral d'une classe dirigeante, qui ne dirige plus rien que des façons d'attelage et des nouveautés de toilette, et les ruines d'honneur produites par ses ruines d'argent;

CKBm ni JOOTQBnr

nte

tndilioi» vénénidM et dt a A tour modanw origiari. Dom, d'avril, fl 6t dm v8N6t ds wniM^ pwfldt édMmtilton de Tbimm cUo» oa qfà

Q eBDni 01 juHniB pOK WLQtffÊBUmm

Bn eKpUqQint que li Mkhe de M. Ittui pis trop doTBt nooi tvons iulrodiiil HmMuf < nom à kl pièce. Ge prinee d'Anee t nne ironie à k da Jour, pea aoiiciean de ene Aonlp dhiro eoidiêro» el d^ tan nMirdiift. Piv 11, ^ dilettenliflnie àet vie fidole. Qnand fl tnoontéàetl 8i perte de la veille iQ bicenni, 400,000 frmeB, il itionie: t Tai oondait UmtM nion niail oOmme à rordimire, cur, enfin, noblesse oblige, i Et si la prétentioniMmble naïve, œ n'est pas en naïf qu'il Ta. Bt pas légitimiste pour unson, œ descendant de l'historique connétable d'Aorec. H dit i sa bonne femme de mère, une dévote des droits 'du Roy : « Vous pouvez avoir un Roi, ailes, je vous défie de le sacrer : on rirait. » D raille agréablement les emjdoîs modestement décoratift de noms illustres : • Nos noms ne servent plus aujourdliui que pour des plats. L*arnto^ cratie fiimçaiae peuple les menus, et il y a un gigol d'agneau qui s'appelle conune moi. i TeDe est Tinmie de ce prince, assez hautain dans sa feçon de blaguer les anciennes hauteurs, et tout prêt i agréer un bon prix de son plus glorieux bibelot de femille, la femeuse ^p6e da connétable d'Aurec.

n y a des princes, qui s'expriment moins joliment, el

agissent plus malheureusement. Les actions prêtées à œlui-ci ne sont pas ocmipliquées, et la comédie de M. Lavedan ne développe que ces deux points plus ou moins dramatiques : la duchesse de Talais payera-l-elle ou ne payera-t-elle pas les dettes de son fils, et le baron de Hom, millionnaire israâite qui a fourni 700,000 francs au ménage d'Aurec, et peut mettre le prix i ses plus audacieuses &ntaisies, sera-t-il remboursé de ses avances en devenant l'amant de la princesse?

Voilà les événements auxquels nous avons à nous intéresser, et ils ne sont pas très palpitants. Mais l'oeuvre a d'autres visées et d'autres curiosités que celles d'une lutte de passions et de la marche d'une action tiiéâtrale. Il s'agit de vous montrer quelques figures caractéristiques de la société qui se croit encore la plus brillante aujourd'hui, et qui peut le croire, puisqu'elle est le point de mire et la visible ambition de tant d'enrichis dans toutes les sortes d'affaires, et même de certains arrivés de la politique. Il s'agit de mettre en relief quelques détails bien observés et très significatif d'une vie de vanité et de luxe. Et, enfin, il s'agit de nous foire assister à quelques épisodes de cette partie, si souvent jouée, maintenant, entre ceux qui savent leur fréquentation une valeur assez haut cotée, et ceux qui ont toutes les autres valeurs et veulent avoir celle-là aussi.

Les personnages vivement croqués et leur dialogue plein de traits d'une vérité moqueuse, voilà donc l'intérêt et l'originalité de cette comédie nerveuse. Vous avez entrevu le prince d'Aurec. Il n'est pas méchant, au fond. Et sa raillerie sèche, qui lui fidt prendre les solennités de ses

ss

prodiet atee tant de galtA, est pour lai de la détachée et de llnaondanœ élégante. Quand il est n oraellement hamilié, an dernier acte, par le financier de Hom, qu'il prétend eiécater, et qui étaUit firoidement le bilan de la aitoation» le compte des dûs, tddigatîons et inoorrectiona du prince et de la princesse d'Aarec ; qoand il juge loi-meme son impossibilité i maintenir nne attitude dédaigneuse on menaçante, il a une détente Uen sincère, un accablement aans phrases. Et sauvé de cette humiliation, où ses restes d'honneur allaient s'émietter, sauvé par la duchesse de TUais, sa mère, qui payera tout, il ne promet pas plus qu'il ne peut tenir, il sait bien qu'il ne se corrigera pas de ses légèretés dVisif : il s'engage simplement i vivre honnêtement et i bien mourir. Pas de tare d'argent et du courage à la guerre, ce sont les deux droitures dont il se sent capable. Et sa vanité se re<iresse au dernier mot. a 11 y a une manière », répond-il au romancier Montade, constatant que les non titrés meurent aussi bien que les autres pour leur pays. On peut même dire qu'ils meurent plus héroïquement, car rhéroïsme obscur est le plus difficile. Et cette « manière » galante et ce courage aisé, dont le prince d'Aurec se pique, sont singulièrement excités et aidés, quand on se sait regardé. Un prince, qui mourrait piteusement, serait encore plus bète que lâche.

La princesse n*a pas de figure très distincte, avec ses grâces où se mêlent les familiarités et les hauteurs. On nous dit qu'elle est la beauté même, et la fraîcheur savoureuse, et on la montre assez détraquée, avec ses hardiesses d'esprit, curieuse des causes célèbres en cour d'assises et

des sermons de prédicateurs achalandés, dépensant sans compter et fournissant de la copie, sur ses propres élégances, aux chroniqueurs mondains. « Mon trousseau vous a lancé », dit-elle joliment à un petit joumaleu, tout fier d'avoir décrit in extenso la lingerie de cette princesse, le jour de son mariage. Une fenmie si peu sentimentale, i l'humeur si dégagée, parait bien naïve dans ses étonnements dédaigneux, quand le baron de Hom, qui lui a avancé 300,000 francs pour des notes de couturière, laisse entendre sur quelle sorte de reconnaissance il a compté. Son insolence est charmante, et la scène où elle accable le financier malavisé de ses sarcasmes, serait parfaite, si elle ne révélait pas autant d'inexplicable candeur que de mordant esprit chez cette princesse révoltée. Sa parole est nette et sa séduction cavalière, certainement, mais sa personne est indécise. Elle est bien âpre à l'indignation, pour une solliciteuse si liante.

Il y a cependant, dans la comédie de M. Henri Lavedan, une vraie croyante aux illustrations et aux devoirs de l'aristocratie. Hais par une ironie un peu cruelle de l'auteur, cette convaincue touchante et respectable des supériorités de vieille et noble race, est née Piédoux, fiUe des fameuses machines Aristide Piédoux, à battre le beurre. If^ Piédoux est devenue duchesse de Talais, par culte et ambition des grands noms; et elle sait ce qu'il lui en coûte. Elle mettra du temps à se guérir de son délicat orgueil, car si peu fine d'esprit qu'elle fût, elle n'avait pas seulement la grosse et extérieure satisfaction d'être du Fauboui^, et d'être appelée duchesse. Elle voudrait ardenmient que son fils fit bon-

MUT i 80B iBoftCres. Et quand éUe ^tTOue qu'elle eût M plus henrenae en épousani llionnèle homme, mi^patnt considèrA, qui r«miit al l'afiit demandte en marij^ge, m mélancolique» son amAre confession s'eiprime en mota douloureux bien justes. Hle est bonne fournie, aussi naturelle dans ses joies de duchesse que dans ses comptas de bonne bourgeoise et dans ses désillusions de mare. Bt avant la scène toudiante où elle a vu le fond de ses chimères, eOe a eu, au dmixiéme acte, une explication avec son fils, une revue de ses désinvoltures de prince, où c*est dle« toute maladroite qu'elle soit, qui a le sens haut des anciens noms et des anciens rangs.

M. Lavedan, dans une brochure intitulée : La CriHque du prince (tAurec, a expliqué ingénieusement oonmient la leçon de sa comédie était plus forte, parce que la duchesse de Talais, si bonne, si loyale, si soucieuse des devoirs de raristocratie, était tout simplement une Piédoux. Lie prince eût paru moins coupable, aux côtés d'une mère de même sang que lui, et rachetant trop sa vilenie. M. Lavedan tenait â frapper fort une classe, enviée encore, à laquelle ceux qui ne la respectent plus prodiguent toujours des marques de respect. Il n'a rien ménagé. Et c'est le droit du poète comique de montrer, dans un état social qui se désagrège, les ferments de pourriture.

On sait bien qu'il n'y a pas de classe absolument vicieuse et corrompue ; que, parmi les luxueux conmie parmi les misérables, se trouvent des consciences rigides et des cultures savantes ; que d'anciennes familles ont des rejetons pleins d'honneur, dont l'existence est utile et l'esprit ouvert.

On les oonnatt bien, en Belgique, ceux qui portent leurs noms illustres avec une dignité éclairée. Mais il 8«flBt que la satire de M. Lavedan s'attaque à des déchéances nomtareusesy coutumières» contagieuses, pour que ses duretés soient salutaires et sa justesse évidente, n n'a pas fait une ptinture méprisante de toute la noblesse ; il a donné de fidèles et mordants croquis d'une certaine société, titrée ou non, qui a les énergies de la jouissance, qui met sa distinotion à ne prendre au sérieux que les choses fiîvoles.

Le baron de Hom, le juif somptueux de la pièce, soldant en homme pratique et en estimateur subtil tout ce qui loi paraît de bon rapport ou de grand plaisir pour lui, n'a pas du tout un rôle odieux. Il pèse si exactement les gais et leurs politesses; ses balances de précision pour les métaux précieux, les pierres fines, et les avantages mondains sont si justes, qu'il lui &ut donner raison. D n'asinre pas très délicatement à la possession de la princesse d'Aurec, et il accompagne ses humbles marivaudages d'un bruit d'argent qu'il fait sonner dans ses poches. Mais il est fondé i croire que cette musique particulière mettra en valeur ses paroles passionnées, après les confiances encourageantes de la princesse en ses générosités de millionnaire. Si on le rabroue de façon hautaine, il a des ripostes tranquilles assez décisives. Et enfin, quand il a perdu la partie, tout en rentrant dans ses avances ; quand il est durement congédié, il a le dernier mot, cruel aux jactances de la ftmille d'Aurec : « A propos, l'épée du connétable, c'est moi qui l'ai. » L'acheteur, qui sait payer ses revanches, ne sort pas jâtensemenl.

Onnei'ètoiiiie pu qoe le biiim de Hom tiMiM tut i 1Mqoenter diM iu monde qall t peraè à joor . D t pm dllteiîoiis eur kegBoititrti qaH leetodM : « Imitilei, indiM^ friidee el aigris, ce a'esl plus qa'one daeee artificielle et isolée dans la aodétép une classe de hue, tonte craqueléeb qui se décompose brillanunent sons ses hsmais el qui w tomber demain en pooasiêre... Os ne sont pins rien« et il ne lenr reste pins rien . ■ Ces Tnes ssns pitié cki mal les fiérrenz désirs d'être sgréé par celto classe lante, si le baron de Horn ne dédarsit francbemeitt qn*a]pnt rénasi à acquérir le reste, il lent toucher anasi à ces saii^ftfitions, à ces mtolérances de sakm. n n't^pas k grinn pomanie avenue el obséquieuse, et il se rdèfe par «i ssgacité d'esprit et sa dédnon de conduite.

On sait bien que la peinture israâite, comme la peinture aristocratique, àd M. Lavedan n'est pas générale. Les juib, généreux pour d'autres préoccupations que leur avancement mondain, pour les œuvres de charité, d'enseignement, de science, laborieux pour le bien public et les institutions utiles, sont bien connus ici. Mais le baron de Hom est nn type finement saisi, de l'actuelle civilisation, et de la fortune, qui peut se croire tout permis. Le personnsge est caractéristique, non d'une race, mais d'un curieux moment de la société ; et il n'est pas nécessaire d'y chercher des ressemblances individuelles et une satire directe.

La comédie de M. Lavedan a d'autres croquis d'une vérité non moins piquante : et le marquis de Ghambersao, • qui organise, moyennant bonne commission, le chic des millionnaires patauds, et qui négocie galamment, en

intermédiaire de bonne souche, les bijoux de famille et les rapports d'amitié ; et le romancier Montade, psychologue consciencieux, qui va aux provisions dans les salons distingués. Ces figurines sont joliment touchées, en quelques traits. Et le pétiUement du dialogue de la pièce est constant et charmant. On reconnatt bien au passage les moqueries de l'auteur et le dégagé de son esprit. Nombre de mots ont un tour sarcastique, plus cruel qu'il ne convient aux personnages, mais ce dialogue si brillant a ses échappées de nature et ses traits de caractère. Une légèreté de bel air, comme on disait au siècle dernier, et comme on la recherche aux fins de siècle, invariablement dénoncées, anime toutes ces conversations du Prince d'Aurec. Légèreté amusante et sèche, et que M. Lavedan note si justement, tout en ayant la vigueur et la simplicité de scènes discrètement ou amèrement dramatiques.

-"■^Ifg^'^,

Thëâtpe Ikibire

Page 1