‹ Trente ans de théatre (volume 2)Chapitre 14 sur 33 · LES DÉBUTS DE MADAME ROSE GARON · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE MADAME ROSE GARON

appliqué pour la première fois ses théories de metteur en scène. Les repas pantagruéliques du premier acte, le délicieux tableau de la cruche au second, la scène du cerisier si finement détaillée par M"® Reichenberg et M. Frédéric Febvre, la jolie musique de M. Henri Maréchal qui cadrait avec le ton général de Fouvrage et le caractère des personnages, tout cela était d'un effet simple et vraiment exquis. L'éclatant succès de la pièce avait décidé Perrin à tenter, avec les Rantzati, une nouvelle épreuve. Sarcey répétait bien, chaque dimanche, qu'au théâtre tout doit être arrangé pour l'illusion des yeux et faire office de vérité sans être jamais vrai; mais Perrin, doué d'un entêtement superbe, n'en poursuivait pas moins sa petite révolution théâtrale, s'ingéniant à nous rendre la vieille Alsace dans une série de tableaux d'une délicatesse rare.

Les Rantzati furent alors mis en répétitions, malgré Sarcey et, disons-le, malgré les sociétaires du Comité qui jugeaient que l'Ami Fritz ^ définitivement installé au répertoire, suffisait à la gloire du théâtre. Perrin s'était piqué au jeu et avait distribué la pièce à MM. Got, Coquelin, Worms, Maubant, Baillet, M"" Bartet et Pau-

liiie Granger. Tous les rôles étaient bien venus, tous les artistes se trouvaient satisfaits.

Les premières répétitions marchèrent sans encombre et Tadministrateur général, suivant son idée, combinait de nouveaux effets de lumière et passait tout son temps avec les électriciens, les décorateurs et les costumiers. Le premier acte était débrouillé, déchiffré, su : l'effet en était certain... Mais au milieu du second acte, M. Ilenri Maréchal, devenu, après son succès de rAmi Friiz, le musicien attitré du théâtre, avait intercalé un quatuor. Grave écueil ! M. Got chantait déplorablement faux, et comme il était presque aussi têtu que son administrateur, il ne voulait pas confesser qu'il détonnait. La brave Pauline Granger venait d'être nommée sociétaire à quart de part; elle attendait un nouveau douzième et elle n'eût, pour i^ien au monde, froissé son respectable doyen . Quant à M. Goquelin, qui chantait et chante encore aujourd'hui, on sait avec quel art, le « Ho! ho! je n'y prenais pas garde » des Précieuses ridicules^ il était certes supérieur à son illustre camarade, mais il ne se montrait luimême qu'à demi rassuré. La quatrième partie

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