‹ Trente ans de vie française (volume 2)Chapitre 47 sur 161 · I . Une Campagne Royaliste au Figaro, p · texte numérisé non relu

I . Une Campagne Royaliste au Figaro, p

LE PROTESTANTISME

pas cette « musique des tentes de Sem» sans lesquelles Iss plus aériennes parties de notre âme n'existeraient peut- être pas et je ne sais quelle torpeur nous immobiliserait ? Dans ce Sermon sur l Unité de l Eglise qui est pour la France comme la croisée même de ses branches, ces tentes de Sem représentent l'Eglise, — l'impérieuse mobilité qui sous l'ordre même du grand siècle ne lui permet jamais la paix, ne lui donne cet ordre que comme le repos d'un jour, — les murailles de toile qui, sur la durée romaine où elles campent, conservent les nomades esprits du désert, la foi aux étoiles et à l'espace, les formes ployantes comme transîpises par elle à la cathédrale gothique. Quam pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua^ Israël! Le croyant, aujourd'hui, n'écouterait pas l'Evangile debout, le rite de l'Eglise ne l'exigerait pas par là prêt à partir pour répandre la parole qu*eUe lui rappelle, si, en mémoire de sa sortie d'Egypte, le peuple errant et tourmenté n'avait dû, à la Pâque, manger debout Tagneâu avec les herbes amères, tenant son bâton de voyage et s 'étant ceint les reins pour les roiites où sa destinée, demain, l'appellera. Et l'extérieur social n'est ici que l'enveloppe grossière de la réalité intérieure, où l'an et désigne la mort : « S'arrêter satisfait à quelque hauteur que ce soit de la religion, dit George Eliot, est une preuve terrible qu'on en ignore le principe même. •

LE PROTESTANTISME

Dans la chaîne du mal telle que la conçoit M. Maurras, la Bible et le Juif ne forment que le point de départ ; la suite en est constituée par trois disastres, trois maladies qui se sont engendrées l'une l'autre et qui, dans la mesure où elles n'étaient pas combattues, ont vicié le monde moderne : Réforme, Révolution, Romantisme. A ces trois R M. Maurras n'oppose point nominalement les trois C, Catholicisme, Contre-Révolution, Classicisme, mais c'est bien sous ce triple aspect qu apparaît à son lecteur l'ensemble de sa doctrine. Tout s'y rattache

LES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

à « notre tradition catholique, part intégrante et dominante de la latinité. Les habitudes de lesprit classique en font ainsi partie ; cette façon de concevoir la science, les lettres, les arts, la vie de société, les disciplines de la pensée y déterminent le goût et même la passion raisonnée de Tordre. C'est le contraire de l'esprit révolutionnaire ^ ». Et l'esprit révolutionnaire, c'est une Somme chronologique, un bloc analogues : cela va de Luther à la Sorbonne contemporaine, en passant par le puritanisme anglais, Rousseau, la Révolution française, le romantisme français et le pangermanisme. Sauf en ce qui concerne le pangermanisme, qui n'existait pas de son temps, le même bloc se retrouve chez Auguste Comte qui, dans la Politique positive, fait commencer la décadence politique et morale du monde moderne à la Réforme ; ses jugements sur la Révolution comme fait sont un peu confus, mais il s'attaque avec énergie aux idées dites delà Révolution ; enfin, s'il ne s'est guère préoccupé du Romantisme, il n'a pas fait entrer une seule œuvre romantique dans la Bibliothèque positiviste où figurent les chefs-d'œuvre de la poésie classique. Sa table de proscription, et surtout les motifs qu'il en donne, sont en somme les mêmes que ceux de M. Maurras. Et l'origine en paraît bien claire : c'est la distinction raisonnée établie par les saint-simoniens entre les périodes organiques et les périodes critiques de l'humanité. Voilà donc le point où s'amorcent à peu près, dans cette régression et ce passage du flambeau, les idées de M. Maurras. La théorie des périodes organiques ébauchait, au moment même du Génie du Christianisme, sentimental, un Génie du Catholicisme, politique, dont nous trouvons en M. Maurras la forme dernière.

Le protestantisme fut un désastre pour l'humanité, parce qu'il rompit l'unité du « splendide tout catholique » et parce qu'il installa partout où il s'établissait sous une figure avouée ou déguisée le principe du libre examen et la souveraineté du sens propre. M. Maurras le dénonce sous sa forme allemande et sous sa forme française ou plutôt sous les traits étrangers qu'il a donné à la France.

C'est du protestantisme qu'est née l'Allemagne moderne, c'est-àdire l'ennemi de tout ce qui est français, de tout ce qui est nousmême. « L'Allemand déclare s'être senti devenir lui-même, il a formulé la définition consciente de son quid proprium au jour précis où il a prononcé sa séparation d'avec les principes et les éléments de

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