‹ Trente ans de vie française (volume 2)Chapitre 97 sur 161 · L'Avenir de l Intelligence, p · texte numérisé non relu

L'Avenir de l Intelligence, p

2, Trois Idées Politiques, p. 59.

L'ORDRE CATHOLIQUE

« aux passions leur air de nature, la simple et belle naïveté ». Aussi le Juif monothéiste est-il « un agent révolutionnaire. Le protestant procède absolument du juif : mothéisme, prqphétisme, anarchisme, au moins de pensée ». Tout cela s'est installé dans le pays de M. Maurras avec la Marthe qu'y amena Marius. Sorcière d'Asie d'où procèdent la barbarie, le judaïsme, le protestantisme, le Romantisme, la Révolution, le Bloc et « toutes les fureurs dont le bloc est le père », Sycorax qui a pour Caliban M. Reinach de qui M. Maurras écrit que « jamais sorcier d'Asie ne se joua comme lui de la naïveté du peuple des Gaules » *. Tel est l'effroyable arbre de Jessé du monothéisme juif, qui plonge dans les marais de Martigues, porte les fleurs vénéneuses du romantisme et dans les hautes branches duquel M. Maurras désigne avec horreur la tête de notre Polybe.

Le monothéisme étant l'anarchie, M. Maurras exalte l'Eglise catholique pour avoir accompli la tâche miraculeuse d'organiser cette anarchie, de ployer selon l'ordre helléno-romain le sauvage théisme de Sem, d'arracher à l'idée d'un seul Dieu son « venin », de mettre, comme l'autre Marthe, la bonne, au cou de la bête le cordon qui l'amène à la ville, l'apprivoise, et en fait un s^ov tcoX^tixov.

L'Eglise, selon lui, a organisé l'idée de Dieu. Elle ne laisse passer sa parole que contrôlée par une autorité, incorporée au statut social de la nature humaine. Elle interdit à la conscience de s'adresser à Dieu omîsso medio. Elle institue un protocole des relations entre l'homme et Dieu, elle élève la communication de l'homme à Dieu à la hauteur, à la dignité de la société civile, de la société romaine sur laquelle elle s'est modelée et dont ses fondations ont épousé le roc. Interdisant à la fantaisie individuelle d'épouser la matière docile et dangereuse du monothéisme, elle fait au contraire de Dieu une tradition, elle fournit à l'homme une tradition de Dieu, qui canalise et règle la spéculation sur Dieu. De sorte que « le catholicisme propose la seule idée de Dieu tolérable aujourd'hui dans un Etat bien policé. Les autres risquent de devenir des dangers publics. »

Supplément paradoxal à Bossuet, à la Défense de la Tradition et des Saints-Pères. « Je ne quitterai pas, dit M. Maurras dans la Préface du Chemin du Paradis, ce cortège savant des Conciles, des Papes et de tous les grands hommes de l'élite moderne pour me fier aux Evangiles de quatre Juifs obscurs. Car autant vaudrait suivre le Christ intérieur

1. Préface de Joseph Reinach, hisforien, par Dutrait-Crozon, p. XI.

LES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

des gens de la Réforme, ou la conscience morale des Latins, ces huguenots antiques, ou encore le vague Dieu qui multiplie par Tinfini les divers pladta de M. Jules Simon ».

La caractéristique de l'Eglise catholique est de maintenir un équilibre vivant entre la religion des peuples orientaux du livre et la tradition qui était seule pour Tantiquité classique à transmettre le dépôt des croyances, K II n*est guère, écrit un professeur d'histoire religieuse à la Sorbonne, que le catholicisme à placer ainsi sur le même plan, — pari pietatis affecta et reverentia, écrivent les Pères du Concile de Trente — l'Ecriture et la Tradition \ » Mais si Bossuet défendait la Tradition contre les protestants, c'était évidemment comme tradition de quelque chose. Les Saints Pères n'ont fait que développer et soutenir contre les hérésies une théologie dont le noyau est dans l'Evangile et dans saint Paul. Admirer le cortège et mépriser ce qu'il transporte, vénérer la tradition et détester ce qu'elle transmet, voilà un bien paradoxal formalisme. Ici encore la pensée de M. Maurras nous apparaît un simple comtisme immodéré, et nous reconnaissons en lui un pur écho du philosophe qui, dans une lettre du 9 Aristote 69, écrite à Alfred Sabatier après l'entretien de ce disciple avec le jésuite auquel il avait porté à Rome les étranges propositions d'alliance du Fondateur du Positivisme, s'étonne douloureusement que Sabatier ait trouvé là « un naïf interlocuteur, assez arriéré probablement pour ne pas même sentir combien Ignace de Loyola surpasse, à tous égards, leur Jésus Christ. »

Voici, je crois, comment on pourrait fixer sur ses racines religieuses cette conception individuelle et paradoxale d'un catholicisme canalisé dans ses définitions sociales. Le Christianisme, quelle que soit sa confession, peut se définir comme la religion qui admet entre Dieu et l'homme un médiateur divin, Jésus-Christ. Aucun monothéisme d'ailleurs n'est rigoureusement pur en ce qu'aucun ne se passe de médiateurs, qui, dans le judaïsme et l'islamisme, sont simplement des hommes. Moïse et Mahomet. Mais l'Eglise catholique ne s'arrête pas là. Entre Jésus-Christ, médiateur divin, et l'âme individuelle, elle organise tout un système de médiation humaine. Un médiateur humain dans le temps, qui est la tradition, un médiateur humain dcms l'espace, qui est l'Eglise, l'Eglise triomphante en son chef la Vierge et en ses membres les saints, l'Eglise militante en son chef le page, en ses membres les clercs» en son troupeau les laïques. Cette

Page 1