‹ Trente ans de vie française (volume 3)Chapitre 201 sur 256 · L'HOMME DE LETTRES · texte numérisé non relu

L'HOMME DE LETTRES

Pour naùè tous, ûh moment de ce passage de l'être intérieur et vif à Têtre charcuté et public, ce sont les plis et les nécessités d'un métier. Par notre profession, nous sommes tournés en choses extéfieuTes, du côté du public, exprimés pour lui, utilisés par lui. Et le métier descend peu à peu dans notre monde intérieur pour te faire participer à la pétrification et a la mort que sont cette ciaràpace, cette attitude publique. Le métier est un ordre de relations avec les barbares, qui, malgré toutes les résistances, malgré les difficultés faites par l'orgueilleux cochon et les subtilités de son égotisme, nous bàrbarîse nécessairement. De là là méfiance et le hérissement de M. Barres contre ïé spécialiste, l'Adversaire, le Charles Martin ou le Bouteillèr, en qui l'instinct de l'animal flaire et redoute le charcutier. Bouteillèr, dans sa dernière classe, lorsqu'il désigne à ses élèves les fonctions publiques qu'ils vont être appelés à remplir, que fait-il, ce « contremaître des ateliers intellectuels » sinon vouer et désigner à l'étal public ces sensibilités vivantes ? Et pourtant M. Barrés, comme les autres compagnons d'Ulysse, doit y passer. Déjà dans VHomme Libre il reconnaissait qu' « un métier, quel qu'il soit, fait à notre personnalité un fondenient > solide ; c'est toute une réserve de connaissances et d'émotions. J'avais ' pour métier d'être ambitieux et de voir clair. Je connais parfaitement quelques côtés de l'intrigue parisienne » ^. Mais quand il écrivait cela il avait déjà un autre métier, celui d'homme de lettres, métier dont l'ambition, la clairvoyance et la connaissance de l'intrigue pahrisienhe sont des parties utiles et même essentielles.

Ce métier M. Barres Ta pratiqué consciencieusement. En même temps qu'il est, cette année 1 920, un de nos deux ou trois pîiis grands écrivains vivants, un représentant éminent de la pleine tradition littéraire

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