Le Voyage de Sparte, p. VII
LA VIE DE MAURICE BARRÉS
Le 3tyle éj:aRf:, selop la juste définit^gp, rpr4ï*e et le mouvement que l'on met dans ses pensées, il semble que la prose française admette deux espèces de style : l'un où l'ordre et le mouvement sont continus, s'établissent, s'accumulent, progressent selon une ligne unique, l'autre où ils sont discontinus, procèdent par positions successives, par iiidi cations rompues. Le xyi^ et le XVII^ siècle ont admis — peut-être avec raison — le primat du premier genr,e, qui s'inspire des modèles oratoires ancier s. Le second, qui a chez les anciens son type en Sénèque, est traité avec ui? parti fr^jic par les moralistes, réglé comme un genre avec la Rochefouçaiild et la Bruyère. Il acquiert tpute sa pleine valeur au XVIII^ siècle, avec Montesquieu, et il apparaît au XIX^ siècle, avec Michelet et la prose de Victor Hugo, comme le style propre de la prose romantique.
M." Barrés s'attache au second et parle généralement sans estime du premier. Il e'st évidemment un homme très intelligent, mais il écrit d'un style de sensitif et noii d'un style d'intellectuel. Il parle à propos de Taine de 1' « inévitable lourdeur de la véritable intelligence » ^. Cette lourdeur nécessaire, c'est, derrière la force patiente du bœuf, la suite et la permanence d'i|n sillon. Bos suetm aratro, disait-on du maître du style oratoire français. La pure et authentique intelligence est construite plus ou moins sur le modèle des mathématiques, comme une concaténation. Elle est lourde parce qu'elle est constitué^ par un «:4pfta! de principes. Chez M. Barrés il faut comprendre l'intelligence cornme un mouvement, une inquiétude, un bond de la sensibilité à la pensée, la présence de la première dans les termes de la seconde. Elle ne se rattache pas à l'esppt de suite, mais à l'esprit de passage. Sauter les idées intermédiaires, procéder par allusions, indications, spéculation sur la vivacité du lecteur, ce sont bien des traits français. Voyez chez M. Barrés l'enchaînement continuellenr^ent arrêté par la réflexion sur place ou rornpii p^r des départs sur des voies diyergenties. Il indique élégamment ce caractère français quand il fait parler dans Au Service de r Allemagne, madame d'Aoury : « Au cours de ce repas, les ondulations de son esprit, son tact, sa souplesse, en un mo|: son art, que des Allemands eussent méconnu et traité de frivolité, se faisaient encore plus sensibles par le contraste même qu'elle offrait avec ce jeune Alsacien, qui ne pouvait rien dire que d'amplement expliqué, et qui sem-