‹ Trente ans de vie françaiseChapitre 72 sur 154 · L'Énergie Spiritueilt, p · texte numérisé non relu

L'Énergie Spiritueilt, p

2, li^ p. 185.

LE BERGSONISME

action n'avait un objet et une hn « Il consiste en une attente d'images.., 1) est, à I état ouvert, ce que i image est à I état fermé 11 présente er termes de devenir, dynamiquement, ce que les 'mages nous donnent comme du tout fait, à létat statique » El inversement limage utilï ne peut être déposée que pa/ un schéma vivant. " L image aux contours arrêté? dessine ce qui a été Une mtelligence qui n opérerait que sui des images de ce genre ne pourrait que recommencer son passé tel quel, ou en prendre (es éléments figés pour les recomposer dans un autre ordre, par un travail de mosaïque Mais à une intelligence flexible, capable d'utiliser son expérience passée en la recourbant selon les lignes du présent, il faut, à côté de limage, une représentation d'ordre différent toujours capable de se réahser en images, mais toujours distincte d elles Le schéma n est pas autre chose ^ . "

Réaliser une image c'est donc entrer dans la catégorie de l'action. On ne pense pas par images, mais on arrête sa pensée à des images, l'image marquant plutôt l'interruption de la pensée que la pensée elle-même On pourrait emprunter à M Paulhan son idée, fort juste, de I évanescence, telle qu'il l'a exposée dans le Mensonge du Monde, pour dire que, selon la théorie bergsonienne, I image est ! évfinescence de la pensée.

Il n est pas impossible qu une âme qui s'est rendue absolument étrangère à I action puisse saisir le courant de la pensée pure et sans images II y a peut-être de cela dans l'état des yoguis de l'Inde. Mais la pensée ne peut s'organiser, progresser, qu au moyen d images, de signes, et surtout des plus utiles, les mots. << Un pays, disait à près M. Bergson dans une leçon dont j'ai conservé quelques notes, peut être envahi par une armée ennemie, mais il n'est conquis que par les forteresses qu'on y établit Le mot nous permet de rendre effective la conquête, d en faire une base d opérations pour d autres conquêtes Dans la construction d'un tunnel à travers un banc de sable, il faut que chaque pouce soit assuré par I établissement d une arche de maçonnerie. La puissance d excaver ne dépend pas de la maçonnerie, mais sans elle l'opération ne pourrait aller «u delà de sa phase rudimentaire. La pensée seule ne serait qu une étincelle qui périrait aussitôt. Il nous faut arranger les mots en concepts pour tirer de cette scintillation une lumière durable. » La pensée est un progrès, mais nous n'enregistrons utilement ce progrès que par un travail de consolidation.

l. L'Énergie Spirituelle, p. 189.

LA CONNAISSANCE

Aristote a pu définir Dieu comme une pensée qui se pense, et peutêtre un jour, si une théologie naît du bergsonisme, cette définition lui paraîtra-t-elle en effet valable pour Dieu Mais, du point de vue fîumain. elle est contradictoire La pensée, étant un changement vivant, ne peut se penser en tant que changement, elle ne peut que penser ses objets, des obiets, les objets qu elle fabrique. L intelligence ne peut pas plus se penser qu elle ne peut penser I évo'ution. dont elle est un produit « L'intelligence n'est point faite pour penser l'évolution, au sens propre du mot, c'est-à-dire la continuité d un changement qui serait mobilité pure ^ » L'intelligence pense dans les cadres de l'action possible. « Il faut, pour que nous puissions modiner un objet, que nous l'apercevions divisible et discontinu » H le faut aussi pour penser cet objet. Nous sommes changement, et nous ne pensons pas le changement ; donc nous ne nous pensons pas. Mais nous pensons l'immobile, la chose sur laquelle nous pouvons agir. C'est que notre pensée n'est pas faite pour connaître la réalité, mais pour préparer notre action.

Et cependant la philosophie est la science de la réalité. Seronsnous dès lors congénitaîement incapables de philosopher, d atteindre la réalité ? Non Quelle que soit cette réalité, nous en sommes, nous sommes plongés en elle, nous nous sentons, depuis qu il y a des philosophes (et même depuis qu'il y a des hommes si l'homme est, comme on l'a dit, un animal religieux), le pouvoir et le devoir de la saisir. D'autre part il n'y a pas de philosophie qui n'ait mis en lumière la difficulté que nous avons à y parvenir, la nécessité de nous faire pour cela une contre-nature, d'aller au rebours de nous-mêmes. Toute philosophie débute, logiquement, par une critique des illusions naturelles, — soit qu elle dépasse cette critique avec le dogmatisme, soit qu elle v demeure avec le scepticisme, soit qu elle i organise avec le criticisme — et qu elle mette ces illusions au compte soit des sens, ou de 1 entendement, ou de la raison. Qu on soit ou non platonicien, une allégorie de la caverne, une théorie des idola, forme le seuil, le narthex de toute spéculation philo.sophique. Chez M. Bergson comme chez Bacon on peut distinguer quatre illusions fondamentales que la philosophie aura à surmonter Elles seraient pour lui 1 illusion du morcelage, l'illusion du néant, l'illusion du désordre, l'illusion des principes.

Page 1