‹ Trente chansons bourguignonnes du Pays de BeauneChapitre 11 sur 139 · LU LA · texte numérisé non relu

LU LA

Cette sorte de conclusion est propre au Majeur moderne, au mode d'UT, le dernier venu de la série modale. Il faut donc, dans l'accompagnement de toutes les chansons populaires qui regimbent à s'enrôler sous sa bannière, rejeter la Cadence Parfaite, et lui substituer des formules conclusives en rapport avec les éléments harmoniques du Mode.

En résumé les moyens employés dans ce recueil, pour adjoindre à la ligne mélodique des chansons un accompagnement polyphone plus ou moins fourni et mouvementé, sont déterminés par la volonté de n’user que des ressources modales, enrichies à l’occasion de divers sons « supposables » dans les échelles défectives ambiguës 10], — et d'employer la Cadence Parfaite dans les seuls modes Majeur et Mineur modernes.

On peut constater, non sans surprise, que le Mineur moderne, avec note sensible, sise à un demi-ton de la tonique, ne se trouve que deux fois(X VII, XXIX) dans le chansonnier de Beaune.

1. Notre grand Rameau aimait à descendre le Mineur comme il le montait ; non qu'il ignorût la manière (D). maisila quelque prédilection pour l’autre (C).

.2. C'est le Mineur dimorphe (deux formes : l’une ascendante, l’autre descendante, vulgarisée par J.-S. Bach). Voyez, page 1v, les formules [2] et [2 bis]. Mais J.-S. Bach pratique également la forme (C).

3. Le lecteur curieux de l’origine des échelles, question capitale dans la pratique même de l'art, trouverait

XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES xXHI

Il va de soi que la polyphonie vocale dont j’use en quelques chansons est un artifice. Mais il m’a paru légitime de transformer quelquefois en chœur à voix distinctes les textes purement homophones que l’art populaire me livrait. Il y a en eux une telle sève, que j'ai cru pouvoir tenter, en me soumettant à une discipline appropriée et sévère, de donner à ces frustes mélodies un revêtement instrumental, et choral parfois. Comme il est respectueux avant tout de leur forme organique, il me semble qu’il peut servir à les présenter mieux épanouies, plus colorées : car il exprime l’harmonie modale latente en ces chansons et il en souligne les rythmes. Et il tend ainsi à montrer que l’art, en s'emparant des créations populaires, peut greffer sur leur robuste souche des rameaux vivants.

D'autres observations générales s'imposent, relatives : 1° aux dimensions ou, selon l'expression consacrée, à l'ambitus de la mélodie ; 2° aux formes rythmiques et strophiques ; 3 aux variétés du langage verbal, qui sont nombreuses et d ailleurs ne s’encerclent point dans le seul patois de Beaune ; 4° à la prosodie qui s'applique à ce langage.

L'ambitus de nos trente chansons est, par ses dimensions, fort variable. Les unes l'ont aussi court qu'il est possible, à moins de tomber dans la quarte du Roi Dagobert, et le réduisent à une quinte (XIX), à une sixte(V, XV, XXVI). Les autresétendent leur parcours mélodique de la « septième » à la « neuvième » ; mais c’est l’octave qui est la contenance moyenne. Une chanson (XXIV) se permet un étalement exceptionnel : elle va jusqu’à la « onzième » et comprend par conséquent une étendue d’une octave et demie. Elle semble avoir été composée par une femme, dont la voix, spacieuse et svelte, pouvait sans péril aller du grave à l’aigu. C’est un court morceau de bravoure, et charmant.

Le plus grand nombre d’entre elles, quelles que soient les dimensions de leur ambitus, semblent prendre soin de poser sur les degrés essentiels de leur échelle modale des repères apparents. Ces degrés sont. nous l'avons déjà vu, la Fondamentale (F) du mode (ut ou ré, ou mi, ou fa, ou sol, ou la) etle cinquième degré au-dessus, ou ce qui revient au même, le quatrième degré au-dessous. Les Quinres Mobaes :

Il est facile de constater que ces intervalles essentiels sont formellement exprimés par

dans l'Histoire de la Langue musicale (Laurens), dans le Traité de l'accompagnement modal des Psaumes Q anin), et dans le Traité de la musique grecque antique (Encyclopédie Delagrave, I, pages 377 à 537) que j'ai antérieurement publiés, des explications que je ne puis fournir ici.

1. 1 est évident que sont équivalentes à ces deux séries-là celles-ci :

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