LE R’'VENANT VIVANT
BEAUNE (Guerres de l’Empire)
A mon s’cours, mes enfants!
Rentrous! il est temps:
D'frayeur me v'là morte!
V'là Simon, not’ grand gas, Qui r'vient du trepas Et nous tend les bras...
C’est ben lui, voyez-vous!
Sauvons-nous tretous, Fermons ben lai (la) porte!
Toi,pour le renvoyer, Prends vit ton psauticr, Moi, not’ benitier!
ÿ Pan! pan! ouvrez-moi don, J'suis vot’ gas Simon Qui r’ vient d'Angleterre:
Me trouvant mal la-bas, Je r’viens à grands pas; N’'vous sauvez donc pas!
- C'n’est pas la verite!
On m’a apporte Ton act’ mortuaire.
C’ qu'est écrit est ecrit, Mets-toi dans l'esprit Qu’t’es mort. C’est fini!
- Je n’suis pas mort un brin,
Et je n’suis enfin
Ni r’venant ni diable.
Avec vous sans tarder, Pour vous rassurer, J’vas boire et manxzer.
- Non! va-t-en, mon enfant, D’main tu s’ras content:
Car dès d’ main, j’te l'jure, Pour adoucir ton sort, J'te ferai dire d'abord Un service de mort.
- Un servic(e)! Vous rêvez!
J'savais ben qu’vous m’ preniez Pour un autr, ma mèrel Je n’suis pas un r’venant, J'suis vraiment vivant:
Simon vot enfant.
$ - Sic’est vrai qu’t’es vivant, Entre, mon cher enfant, Viens don t’ mettre à table, Manger et m’rassurer, Car j'sais ben qu’là-bas Les morts ne mang’ pas!
Ÿ - M'voyant si mal reçu Tout surpris j'ai cru Qu’ vous perdiez la tête.
Je n’savais pas pourquoi J'vous voyais d’bonn’ foi Prier Dieu pour moi.
Là-d'sus j’ m'en vas m'asscoir; Ben heureux d’les voir, V'là que j’casse la croûte:
Embrassez - moi tretous.
Bou Dieu, qu’il est doux De m’ voir avec vous!
- C’tour Ià, mon pauv’ garçon, Me donne un(e)leçon:
Je n’s’rai pus si bète.
J'te promets, mon enfant, Qu’ic-n’croirai maint’ nant Qu’ aux r’venants vivants!