XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES XIX
l'Arrière-Côte. De là il voyait le soleil se coucher derrière les cimes bleues du Morvan. Il garda un attachement passionné pour ce coin de terre familiale.
Le marquis d’Ivry avait une âme de musicien etil travailla avec le consciencieux et obscur Aristide Hignard. Il produisit plusieurs ouvrages pour la scène, d’une svelte écriture, dont l'un au moins a connu le succès : les Amanis de Vérone. publiésen mars 1867, un mois avant la première représentation du Roméo et Juliette de Gounod, eurent trente représentations consécutives au théâtre Ventadour en 1878. malheureusement interrompues par l’aliénation de la salle ; Capoul chantait Roméo, et Heilbronn, Juliette. — Quand il mourut, Paul d’Ivry avait achevé un autre ouvrage lyrique, Persévérance d'amour, tiré par lui-même du conte drolatique de Balzac. Cette partition, gravée par les soins de son fils Charles d'Ivry, grand prix de Rome en 1896, a les mêmes qualités que les Amants de Vérone : elle cest toute spontanée, d'un tour aimable et libre, et j'ai compris, à entendre l'auteur l'interpréter de sa voix vibrante, l'amitié pleine d'estime que Liszt avait pour lui. Dans ce dernier ouvrag le marquis d'Ivry a utilisé plusieurs mélodies locales, entre autres un Miserere du xvin*, qui se chantait à Notre-Dame de Beaune pour les biens de la terre. Les partitions de Fatma. Quentin Metsys. la Maison du Docteur, Omphale et Pénélope sont restées inédites ; ce sont des ouvrages de jeunesse, mais qui révèlent l'activité de cet artiste enthousiaste. [1 fut aussi un artiste généreux, incapable d'envie et de déuigrement. Doué d'un goût sûr, il éprouva, au contact de l'art wagnérien, des émotions profondes qu'il traduisait avec éloquence, à une époque où l'art wagnérien, en France, ennuyait tout le monde.
C'est Antonin Bour@gois (1827-1901), qui fut adjoint au maire de Beaune, président du Tribunal de commerce à Beaune, juge de paix à Tournus, et revint mourir au pays natal, qu'il chérissait. Nul Beauaois ne savait mieux les histoires du cru, et nul ne les contait si bien. Il mourut sans s'être pressé jamais ; — d'aucuns disent sans être une seule fois « arrivé à l'heure » ; sans s’être indigné de rien ni contre personne ; plein de contentement, même dans les jours néfastes : un de ces optimistes que la vieille Bourgogne procréait, et qui tendent à devenir, dans notre monde affairé, effaré, des êtres de légende.
C'est Edme GRANPRÉ, mort en 1900, économe des hospices et qui, fidèle aux traditions locales, chantait volontiers son couplet, tout beaunois, au dessert. Il légua à l'Hôtel- Dieu d'intéressantes œuvres d'art. Sa connaissance des patois bourguignons était fort étendue.
C'est aussi Félix-Albert Moianor (1835-1880), Comtois d'origine, Bourguignon par son mariage. devenu passionné citoyen de notre petite patrie, où il exerçait le négoce des vins. Sa belle humeur, son fol entrain l'avaient inscrit au livre d'or des Beaunois, sitôt qu'il vécut parmi eux. Recherché pour son talent de musicien et l'agrément de son esprit, il fut pendant vingt ans l’âme et la joie des réunions, à Beaune. Et il tenta, aux jours néfastes où nos édiles jetèrent bas les deux tiers de nos remparts magnifiques, d'organiser la résistance. Par une coïncidence qui n’est pas fortuite, les protestataires, qu'un soir il réunit dans sa vieille demeure, étaient Charles Bigarne, Paul d’Ivry, Antonin Bourgeois, Edme Grandpré. Ces gardiens de nos chansons locales s'étaient tout naturellement érigés en défenseurs de nos vieux murs. S'était joint à eux le peintre Hippolyte Michaud, que Moignot sacra chef des conjurés, parce qu'il lui savait le geste prompt et la dent dure... En effet Michaud prononça contre les Vandales un réquisitoire féroce assaisonné d’un belli-
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queux refrain : «la Marseillaise beaunoise », disait-il. Sa terrible chanson, — qui manque en ce recueil, — demeura sans effet. 1! Mais tout de même le souvenir et l'exemple de ‘ ces amis de Beaune défendra de la destruction tout ce quireste des murailles ; et les
musiques qu'on va lire sont un trésor qu'ils ont sauvé. Mai 1914.
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