XXIV XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES
Eb ! hioup ! Eb ! hioup ! Eh ! Jean de Lignières, Ah ! tu ne m'entends guère.
Eh ! hioup ! Eh ! hioup ! Eh ! Jean de Lignières, Ah ! tu ne m'entends pas.
J'allais garder mes bêtes, Dessous le grand ormeau. Eh ! hioup ! etc.
Le loup, ilest venu, M'a mangé le plus biau. Eh ! hioup | etc.
S'il n'eût été goulu, Il m'eût laissé la piau. Eh ! hioup ! etc.
Pour m'en faire une veste Et m'garantir de l’iau. Eh ! hioup !etc.
Et le bout de la queue Pour mettre à mon capiau. Eh ! hioup ! etc.
Et puis l'os de la cuisse Pour m faire un calumiau. Eh ! hioup l'etc.
Pour fair’ danser les filles Dessous le grand ormeau. Eh ! hioup ! etc.
COMPLAINTE DE NOTRE-DAME
Mode de MI = Mode Minceur de HUGO RIEMANN Æ
Ce mode vénérable, l’'Harmonie Doristi des anciens Grecs, se présente ici avec ses caractères les plus nets. C’est une échelle à pente descendante, qui est à la fois l'inverse et la symétrique de notre Mode Majeur moderne, et qui peut être considérée, ainsi que l'a montré Hugo Riemam, comme le Mode Mineur absolu. J'ai indiqué ailleurs le rôle de cette échelle dans l’histoire de l'art et je me borne à rendre ici, une fois de plus, hommage à la ténacité de Charles Bigarne, qui a sauvé de l'oubli cette mélopée. de noble allure, et l'a défendue contre les dièses dont j'avais, en moninexpérience, prétendu la parer !
Jusque vers 1880 les enfants de chœur, le Jeudi Saint, à Chorey, — village situé aux portes de Beaune, — ayant à leur tête le plus grand d’entre eux « accoutré d’une façon bizarre et armé d'une hallebarde » chargeaient ce héraut d’être leur interprète et de queri la roulée. À chaque maison il s'arrêtait, cognait de sa hallebarde contre l’huis et entonnait la Complainte de Notre-Dame. Le plus souvent la porte s’entr'ouvrait et les bonnes gens gratifiaient le chanteur de quelques œufs durs. Ceux-ci étaient mis en commun et on en faisait le partage. Après quoi c'était à qui, au jeu de la Roulée, grossirait ou perdrait sa part.
Les mots qui terminent la dernière strophe sont les bribes du latin que les enfants de chœur ont retenu. Ils servent à clore dignement la supplique et à provoquer, par leur majesté redoutable, la générosité des habitants. Cf. Beauquier, Chansons populaires de la Franche-Comté (1894), page 325.
{Palois et locutions du pays de Beaune, page 74.]