‹ Trente-deux ans à travers l'IslamChapitre 14 sur 63 · LIVRE in · texte numérisé non relu

LIVRE in

CHAPITBB XII.

Départ de Médine. — Boute de Médine à la Mecque. — Iiiiam. —

Entrée à la Mecque.

Le mardi 14 décembre 1841 (29 choael 1257), nous v/xtîmes de Médine par la porte Bab-el-MasBri, par laqnelk nonfi y étions entrés. Notre mekononm s^étaib adjoint à nne caravane de cent chameaux environ, qni se rendait à Djedda. Nous suivîmes pendant quatre jours la même route que celle que nous avions prise pour aller. C'est à la station de Ssafra que nous quittâmes la route de Yamboa à Médine. Ssafra est un assez joli village bâti sur le penchant d'une colline au-dessus d'une vallée fertile : de beaux jardins et beaucoup de dattiers.

Nous nous étions arrêtés avecmon mnphti auprès d'un puit«, sous de magnifiques palmiers, lorsque nous fûmes tout d*nn coup entourés pas une troupe de femmes^-presque toutes jeunes et jolies, qui venaient puiser de Teau. Elles avaient la figure découverte et ne furent nullement intimidées par notre présence. Elles appartenaient, nous dirent-elles, à la tribu

des Harb, dont une petite fraction habite Ssafra. Jamais je n'avais entendu parler l'arabe d'une façon aussi pure et aussi douce. Je serais resté longtemps à causer avec ces gracieuses bédouines, si le muphti, dont la dignité était compromise à ses yeux par la présence de jeunes femmes, ne m'avait donné le signal du départ.

Les caravanes, les pèlerins isolés même, voyagent pendant la nuit, fâcheuse habitude pour ceux qui aiment à voir le pays.

Le 18, nous campâmes à Oued-Zozag. De là, nous suivîmes la crête de montagnes assez escarpées.

Le 19, nous nous arrêtâmes à Djebel-Eyoub, près des puits de Mestoura.

Le 20, nous fîmes halte à Rabegh, grande station des caravanes, village situé à 8 ou 10 kilomètres de la mer, dont on sent les émanations salines.

Le lendemain 21, nous arrivâmes à une agréable station nommée Kholeïs ; nous admirâmes d'autant plus l'abondance et la limpidité des eaux qui arrosent ces jardins plantés de dattiers, que depuis trois jours nous parcourions un payer aride et que nous venions de traverser un col très difficile , nommé Teniat-el-Kholeïs.

Le 22, nous établîmes nos tentes à Oued-Djemmoum, vallée qui aboutit à celle appelée Oued-Fathma, au milieu de beaux jardins de dattiers et d'arbres fruitiers.

Là, nous revêtîmes le irham, car une journée seule nous séparait de la Mecque. Le muphti, le mokaddem et moî fîmes nos grandes ablutions et récitâmes les prières ordonnées aux pèlerins qui se rendent à la Mecque avec l'inten-, tion de faire le pèlerinage. Le irham est le costume que doit prendre le pèlerin quand il approche de la Mecque. Il se compose de deux pièces de calicot de lin ou de laine, de couleur grise ou blanche. Avec l'une il s'entoure les reins,

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avec Taatre le cou et les épaules, en laissant le bras droit à découvert. Il quitte tout autre vêtement. Les étoffes qui composent le irham sont achetées pour la circonstance et n'ont aucun ornement. La tête est nue ; les chaussures laissent le cou-de-pied à découvert. Tant qu'un pèlerin est mohrem (revêtu du irham), il ne se fait pas raser la tête, marche toujours gravement, ne tue aucun être vivant (même certains insectes), et doit s'abstenir de querelles et de tout rapport avec les femmes.

Il me fallut passer une partie de la nuit à écouter la lecture du Coran par le muphti. Je commençais à souffrir du froid dans mon irham, et j'obtins de mon compagnon la permission de m'envelopper jusqu'au jour dans mon burnous. Beaucoup de pèlerins contractent des maladies souvent mortelles, pendant le temps qu'ils portent le irham, soit à cause du froid, soit à cause de la grande chaleur. Du temps des Arabes idolâtres, le pèlerinage avait lieu à l'autonme, saison pendant laquelle le irham avait moins d'inconvénients. Mais Mohammed ayant établi l'année lunaire et ayant fixé le pèlerinage au mois de dhi-el-hadja, et l'année lunaire ayant onze jours de moins que l'année solaire, le pèlerinage, dans l'espace de trente-trois ans, arrive successivement à toutes les époques de l'année.

Les vieillards et les malades peuvent se couvrir la tête, en payant une redevance à la mosquée. On peut avoir une ombrelle ou se faire de l'ombre avec son mouchoir.

Le lendemain, 23 décembre (9 de dhi-el-kaada), à l'aurore, il fallut se mettre en prières auxquelles prenait part la femme du muphti, qui avait quitté tous ses ornements et s'était complètement enveloppée dans un immense voile en laine blanche (1). Nous montâmes à chameau, car nous avions

(1) Les femmes pèlerines doivent aussi prendre le irham, composé

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une longue route à parcourir. A mesure que nous approchions de la Mecque, la vallée devenait plus aride. Arrivés au lieu appelé Mémouniah, nous mîmes pied à terre. Notre mekououm devait se rendre avec nos chameaux, nos serviteurs et nos bagages à un caravansérail situé dans le quartier El-Chamy, situé près de la grande mosquée, et là attendre notre retour. Au bout d'une heure environ, nous aperçûmes la ville, dont la vue nous avait été jusque-là cachée par les montagnes bordant à l'est la vallée par laquelle nous arrivions.

Dès que nous entrâmes dans le quartier Bab-el-Omra, dont la rue conduit à la grande mosquée, nous fûmes entourés par plusieurs individus, nommés meitouaf (1), qui, nous voyant revêtus du irham, comprirent que nous avions l'intention de visiter la Caâba, et nous firent pénétrer dans le temple par la porte Bab-el-Selam.

d'un voile recouvrant la figure et d'un grand haïk, bande d'étoffe de laine ou de coton, qui doit les envelopper entièrement, sans même laisser paraître les mains, ni les chevilles du pied.

(1) (Qui fait tourner). Ce sont les guides qui sont chargés d'accompagner les pèlerins et de leur indiquer les cérémonies du pèlerinage. Leur nom vient de la cérémonie toûaf, promenade circulaire autour de la Caâba.

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