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CHAPITRE XIII

Origine du pèlerinage. — La mosquée. — LaCaâba. — Bit Allah. Les monnments situés autour de la Caaba.

C'est le moment opportun, je pense, de mettre sons les yeux du lecteur une notice succincte sur l'origine du pèlerinage de la Mecque.

Le but du pèlerinage est la Caâba, Dormir qtmdrata, nom que les Arabes idolâtres donnaient à certaines maisons autour desquelles ils tournaient en invoquant leurs divinités.

D'après la tradition musulmane, Dieu aurait ordonné à Abraham de reconstruire la Caâba^ originairement édifiée par Adam et détruite par le déluge. Abraham obéit et fut aidé dans cette œuvre par son fils Ismaël, qui habitait, avec sa mère Agar, le pays de la Mecque. L'ange Gabriel apporta à Abraham la pierre noire, Hadjer-el-Essoued, qui lui servit d'échafaudage, car elle remontait, dit la tradition arabe, à mesure que la construction s'élevait au-dessus du sol. Cette pierre, fixée dans un des angles de la Caâba, est touchée et baisée par tous les pèlerins.

Après la mort d'Ismaël, les Arabes Amalécites s'emparèrent de la Caâba et du puits de Zem-Zem, d'où l'eau avait miraculeusement jailli, à la prière d'Agar, au moment où son fils Ismaël allait mourir de soif. C'est bien à la pré-

sence de ce puits intarissable que doit être attribuée la fondation de la Mecque, car, nulle autre part dans le pays, on ne trouve de Teau douce en aussi grande quantité.

Pendant l'espace de deux mille ans (toujours d'après les auteurs arabes), la Caâba fut plusieurs fois détruite par les inondations, puis reconstruite en dernier lieu par un Arabe idolâtre nommé Ameur-ben-Laha, qui y plaça une idole appelée Hobal. Depuis, chaque tribu des Arabes idolâtres voulut avoir sa divinité dans la Caâba. La tribu des Kossaï fut la première qui construisit des maisons autour de la Caâba. Cette agglomération de maisons reçut alora le nom de Becca. Les Beni-Koreich succédèrent aux Kossaï. La Caâba ayant été incendiée vers cette époque, les Koreïchites élevèrent à la même place une construction en bois, sous laquelle ils placèrent la statue de Hobal, grand dieu des païens, et autour de cette statue un grand nombre d'autres idoles. Abd-el-Motalleb-ben-Hicham, grand-père de Mohammed, répara le puits de Zem-Zem. La Caâba fut construite en pierres.

Les Koreïchites avaient édifié autour de la Caâba une petite viUe, dont les terrasses des maisons ne devaient pas dépasser la hauteur de la Caâba.

Lorsque Mohammed rentra victorieux dans la ville de ses ancêtres, il détruisit les idoles du temple et abolit l'idolâtrie. Il consacra toutefois l'ancien pèlerinage des Arabes, en déclarant que la visite de la Caâba, Bit Allah (la maison de Dieu), était une œuvre pie pour tout musulman; et Dieu, dans un chapitre du Coran, indiqua les règles qu'on devait suivre pour accomplir le Heudj (pèlerinage). Le kalife Omar construisit, le premier, une mosquée autour de la Caâba. Il serait trop long de citer le nom des princes musulmans qui agrandirent et embellirent la mosquée, et qui durent la reconstruire, ainsi que la Caâba elle-même ; car Tune et l'autre

furent détruites à diflPérentes époques par les inondations et les incendies.

C'est en l'an 1074 de l'hégire, vers le milieu du dixseptième siècle de notre ère, que la Gaâla, le puits de Zem- Zem, les pavillons des quatre sectes orthodoxes et les colonnades de la mosquée, ont été reconstruits et réparés tels qu'on les voit aujourd'hui.

Depuis cette époque, les sultans de Constantinople et les Tice-rois d'Egypte n'ont eu à réparer que les dégâts commis par les Ouahabites ou Wahabites, au commencement de ce siècle.

La Caâba et les pavillons de diverses formes qui en sont rapprochés sont à peu près au milieu d'une grande place en forme de parrallélogramme ayant environ 180 mètres de long sur 130 mètres de large.

Tout autour de cette cour règne une colonnade de trois et quatre rangs de colonnes supportant des arceaux en ogive surmontés de petites coupoles enduites au dedans de plâtre fouillé et en dehors blanchies à la chaux. Les colonnes ne sont semblables ni par la matière ni par la forme : les unes sont en marbre, d'autres en porphyre, d'autres en granit-, le plus grand nombre en pierre. Elles ont une hauteur moyenne de 6 mètres et environ 60 centimètres de diapaètre.

Mon mettouaf me dit qu'elles sont au nombre de six cents, et il compta cent cinquante petites coupoles. Ce nombre ne me parut pas exagéré. Aux arceaux sont suspendues des lampes qu'on allume chaque soir.

Le sol des colonnades est pavé avec des dalles inégales et disjointes.

Dix-neuf portes, placées irrégulièrement, donnent accès dans ce temple. Quelques-unes, -5fl5?-e?-/Se^m surtout, celle par laquelle le pèlerin doit faire sa première entrée dans le temple, ont l'aspect grandiose des portes des plus belles

mosquées du Caire. Autour du temple s'élèvent sept minarets ronds et quadrangulaires, peints de diverses couleurs, et d'où les muezzins appellent à la prière. Nulle part, je n'ai entendu de voix plus belles et d'intonations plus mélodieuses.

Les murailles extérieures, contre lesquelles courent les colonnades, sont ornées de magnifiques inscriptions en lettres dorées ou en relief. Au-dessus des portes également se trouvent des inscriptions en relief sur de grandes plaques de marbre indiquant le nom du prince qui les a construites et la date de leur construction.

Sept chaussées pavées partent des colonnades et aboutissent à la Gaâba. Le sol de la mosquée est plus bas que le sol de la ville. Où y descend par quatre ou cinq marches.

Ainsi que je l'ai dit, la Caâba n'est pas tout à fait au milieu de la cour. C'est une construction massive ayant environ 12 mètres de long sur 8 de large et 9 mètres d'élévation. Elle repose sur une base en talus de 60 centimètres.

La terrasse est plate.

Une seule porte, située sur la façade nord, donne entrée dans la Caâba. Elle est à 2 mètres environ au-dessus du sol. Cette porte est doublée de lames d'argent avec des ornements en or.

A l'angle nord-est de la Caâba, près de la porte, est engagée dans l'angle du bâtiment la fameuse pierre noire, Hadjer-elrEssoued. C'est un ovale irrégulier formé de plusieurs morceaux de même nature qui ont dû être disjoints par l'action du feu et qu'on a réunis dans une espèce de moule en ciment entouré d'un cercle d'argent. L'attouchement des mains ou des lèvres des croyants depuis des siècles a creusé cette pierre, qui dans le principe devait être en saiUie.

A l'angle sud-est est une autre pierre que les pèlerins doivent toucher sans la baiser.

94 LIVRE TROlSlilME.

Sur le côté ouest de la Caâba est le mîzab, gargouille en or massif, dit-on, par laquelle s'écoule la pluie qui tombe sur la terrasse.

Au-dessous est une plaque de marbre entourée de mosaïque. C'est là qu'ont été enterrés Ismaël et sa mère Agar. A l'est et à l'ouest de la Caâba, s'élève, à une hauteur de 1™ 50 environ, un mur semi-circulaire nommé Hatim, recouvert de plaques de marbre sur lesquelles sont gravées des inscriptions» L'espace compris entre ce mur et la Caâba se nomme Hadjer et est aussi saint que le sol de la Caâba même.

La Caâba est entièrement recouverte d'une immense enveloppe en soie noire qu'on nomme kessoua (vêtement). Ce voile est renouvelé chaque année à l'époque du pèlerinage. Il est fabriqué au Caire, aux frais du sultan de Constantinople. La portion du côté de la porte est brodée en argent, des ouvertures sont ménagées pour la pierre noire et pour l'autre pierre.

L'usage de recouvrir la Caâba d'une tenture remonte aux Arabes idolâtres.

On considère comme un acte de souveraineté le droit de fournir la kessoua de la Caâba. Le 25 de dhi-el-kaâda de chaque année, la vieille tenture est enlevée et le bâtiment reste découvert quinze jours, jusqu'au 10 de dhi-el-hadja, où les pèlerins reviennent de El-Aârafat à Oued-Mouna.

La porte de la Caâba est ouverte trois fois par an : le 20 de ramadhan, le 15 de dhi-el-kaâda et le 10 de mohan'em.

Autour de la Caâba règne un pavé en marbre, qui est audessous du niveau de la cour ; ce pavé, en forme d'ovale, est entouré par des piliers en bronze doré reliés par des chaînes auxquelles sont suspendues des lampes en verre qu'on allume pendant la nuit. Au delà de ces piliers existe un second pavé qui a 5 mètres de largeur, un peu plus élevé que le

premier ; et enfin un troisième également un peu plus élevé et qui a 12 mètres environ de largeur.

Il faut donc descendre deux larges degrés pour arriver au sol de la Ceâba*

Sur le rond extérieur s'élèvent quatre petits pavillons, appelés makam (1), en forme de pagodes indiennes, ouverts de tous côtés et supportés par des pilastres très légers. Là siègent les représentants des quatre sectes orthodoxes :

Le makam Maleki est sur la face sud ;

Le makam Hanéfi sur la face ouest ;

Le makam Hambli sur la face nord, vis-à-vis de la pierre noire;

Et le makam Cheffâi sur la face est, au-dessus du puits de Zem-Zem.

Les musulmans qui viennent prier auprès de la Caâba se rangent autour et dans la direction du makam de leurs sectes respectives.

Les femmes doivent se placer derrière le makam Hambli. Elles ne font la promenade circulaire autour de la Caâba que la nuit.

Le puits de Zem-Zem est une construction carrée placée au-dessous du makam el-ChefPâi. Les murs sont revêtus de plaques de marbre sur lesquelles sont gravées de belles inscriptions. L'orifice du puits est garni d'une margelle de 1™,50 de hauteur. Le diamètre est d'environ 3 mètres. On puise l'eau avec des seaux en cuir attachés à de petites chaînes. La chambre où se trouve le puits est constamment remplie de pèlerins ou d'habitants de la ville. L'eau ne diminue jamais, le puits étant alimenté par une source qui arrive par un conduit souterrain. Elle est blanchâtre, un peu tiède, mais douce à boire. A côté de la chambre où se trouve

(1) Place d'honneur.

le puits est un bassin en marbre constamment rempli de l'eau du Zem-Zem. Au-dessus de ce bassin s'ouvre une fenêtre aux barreaux de laquelle est suspendu par une chaîne un vase en étain avec lequel les pèlerins peuvent puiser de Teau sans être obligés d'entrer dans la chambre du puits.

On doit donner l'eau gratuitement, mais tous les serviteurs de la mosquée la vendent.

On boit cette eau comme remède contre tous les maux. On en emporte pour soi et pour les siens, en cas de maladie. Les bouteilles se vendent très cher. On vend également des linceuls qui ont été trempés dans l'eau de Zem-Zem et qui doivent préserver du feu de l'enfer ceux qui en seront enveloppés.

Au nord-est du puits de Zem-Zem sont deux laides constructions, appelées El-Kohtein (les deux coupoles), qui contiennent les jarres, lampes et objets à l'usage de la mosquée. A côté se trouve le marchepied qu'on approche de la porte de la Caâba le jour où on doit l'ouvrir. Il glisse sur de larges roues très basses.

Un peu à l'ouest s'élève un arceau isolé, appelé Bab-el-Saîam (la porte du Salut). Il a environ 4 mètres de large sur 6 de hauteur.

A côté se trouve le makam Sidna-Ibrahim, pavillon élégant qui recouvre l'endroit où se tenait Abraham lors de la construction de la Caâba.

Enfin, au nord-est de ce pavillon, c'est-à-dire en face de la porte de la Caâba, se trouve le monteur, la chaire de la mosquée, construction élégante en marbre blanc avec ornements gravés et dorés. La chaire est surmontée d'une sorte de clocher pointu octogone et doré.

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