CHAPITRE XXXIV
Mes relations avec Tedjini. — Organisation de mes émissaires. — Défiances des Arabes. — Lettre à Abd-el-Kader. — Kéflexions sur mes récits.
Dès mon arrivée à Alger je me mis donc à l'œuvre avec l'ardeur que j'ai toujours apportée à ce que j'ai entrepris.
Je devais d'abord profiter des heureux résultats qu'avait déjà produits sur l'esprit des musulmans de l'Algérie la publicité donnée à làfetfxma de Kairouan, du Caire et de la Mecque par les Izhouan (confréries) de Tedjini, de Sidi Eukba, de Moulay Taïeb, et des Oulad Sidi Cheikh, dont les mcikadr dem m'avaient aidé à obtenir cette importante décision.
A cet effet, il était indispensable de me mettre en communication avec ceux des chefs arabes qui, n'étant pas animés de la foi ardente de l'émir, désiraient en secret la fin d'une guerre dont la continuation menaçait leur vie, leur famille et leurs biens. Mais la surveillance exercée par Abdel-Kader et ses agents rendait ces communications très difficiles sinon impossibles ; un seul homme, alors (1842), pouvait m'en fournir les moyens : c'était Sidi Mohammed Tedjini, mon ancien ami d'Aïn-Madhi, dont le puissant concours m'avait été déjà si précieux. Je lui expédiai immédiatement le fidèle et intelligent mozabite qui lui avait porté mon premier message (1), et voici un extrait de sa réponse :
(1) Voir le tome I^', livre IX, page 442.
« Mon cœur était encore en proie à la douleur qui l'avait envahi lorsque notre serviteur Jhaïa ben Ahmed El Bouzidi (1), à son retour de la Mecque, m'annonça l'événement de Aârafat (2) ; mais l'heure de notre mort est écrite sur le livre de l'Étemel, et la main de l'homme ne peut l'avancer ni la reculer. Grâces soient rendues à Dieu qui t'a conservé et qui n'a pas effacé de ta mémoire le souvenir de l'amitié qui nous lie. Le créateur la bénira cette amitié, tant que nos efforts communs tendront à préserver ses créatures des malheurs qui les menacent.-
e: Ta saine raison a jugé avantageux à la cause de la paix, que nous soutenons réciproquement, de te mettre en relations avec les chefs des tribus que Sid El Hadj Abd-el-Kader entraine à la guerre ; j'approuve ce projet et j'ai choisi parmi les membres de ma zaouïa huit serviteurs qui, chargés d'entretenir des rapports fréquents avec les divers khouan (3) Algériens, peuvent parcourir tout le pays, des frontières de Tnnis à celles du Maroc, sans exciter le moindre soupçon. Chacun d'eux porteur d'un d'hair (4) revêtu de mon cachet devra te remettre une lettre également revêtue de mon sceau qoi l'accréditera auprès de toi. Je me rends garant de leur discrétion et de leur fidélité ; quant à leur intelligence, l'expérience t'en donnera la preuve. »
Ai- je besoin de dire que je soumettais préalablement mes moindres démarches à l'approbation du général Bugeaud dont la confiance, je pourrais dire iUimitée , faisait peser sur
(1) Le brave mokaddem qui m'avait rejoint & Kairouan, puis au Caire, d'où nous nous étions rendus ensemble à la Mecque.
(2) Ck)mme tous les pèlerins présents à mon enlèvement à Aârafat , mon compagnon le mokaddem fut persuadé que j'avais été mis à mort, ainsi que le grand chérif en avait donné l'assurance au kadhi de la Mecque.
(3) Membres des confréries.
(4) Brevet.
moi, simple interprète, une responsabilité redoutable? Cette position exceptionnelle n'aurait pas manqué d'amener de graves conflits entre M. le commandant Daumas , directeur des affaires arabes, et moi, si mon chef, respectueux des règles de la hiérarchie, n'avait prévenu cet officier du rôle qu'il entendait me confier.
Une sincère affection dont nous nous étions donné réciproquement tant de preuves, m'unissait à Daumas et était une garantie de bonne entente entre nous ; aussi, pendant les quatre années durant lesquelles il a été chargé de la direction des affaires arabes, tandis que j'étais l'interprète du maréchal Bugeaud, jamais le moindre dissentiment n'est survenu entre nous. Cette entente nous était commandée et par le désir ardent que nous avions de concourir à la grande œuvre de notre chef et, il faut bien le dire, par la force des choses , car de cette entente dépendait le succès de nos missions respectives.
Les fonctions de Daumas le retenaient presque constamment à Alger, tandis que j'accompagnais le général Bugeaud dans toutes ses campagnes ; mais une correspondance active maintenait une complète unité d'action entre les deux principaux agents de la politique arabe, dirigée de haut par le gouverneur général.
Les serviteurs que Sidi Mohammed Tedjini devait mettre à ma disposition arrivèrent successivement à Alger, et me présentèrent les Chairs et les lettres qui les accréditaient auprès de moi. Ils furent amenés dans une maison tierce, pendant la nuit, et, à l'exception de mon fidèle mozabite, personne ne put ni les connaître ni se douter de nos relations. La moindre indiscrétion eut compromis et leurs personnes et le succès de leurs démarches.
Pendant trois années consécutives, ces émissaires constamment en route, exposés à de cruelles fatigues et à de ter-
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ribles dangers, ne m'ont jamais donné lieu de suspecter leur bonne foi. Quand je rendais compte au général Bugeaud des missions qu'ils venaient de remplir, il était émerveillé de leur audace et de leur sagacité.
Certes, mon chef m'autorisait à récompenser généreusement leurs services, mais avec l'argent seul je n'aurais pu obtenir de pareilles preuves d'intelligence , de fidélité et de dévouement. Le mobile le plus puissant qui les faisait agir prenait sa source dans leur aveugle soumission aux ordres de leur maître, représentant pour eux l'autorité civile et religieuse.
Ces braves gens se mirent donc en campagne et furent bientôt en mesure de me rapporter l'assurance de l'accueil favorable que plusieurs chefs, mes anciens amis , réservaient aux ouvertures que je les avais chargés de leur faire. Tous, me dirent-ils, avaient été très flattés du souvenir que je leur conservais et n'attendaient que l'établissement définitif des Français dans leur contrée pour venir, eux et leurs tribus, faire acte de soumission au khalifa du sultan de France. C'est ainsi que je désignais aux Arabes le gouverneur général de l'Algérie.
Mais, malgré leurs bonnes dispositions et leurs belles promesses, les renseignements de mes émissaires me laissaient entrevoir que, en dehors du sentiment religieux et de la crainte que leur inspirait Abd-el-Kader, un obstacle plus puissant encore arrêtait la soumission des Arabes. Cet obstacle, je ne pouvais en douter, c'était le manque de confiance des tribus dans la durée de notre occupation.
Et, en effet, depuis la conquête d'Alger, nos tergiversations étaient bien de nature à faire naître, dans l'esprit des indigènes, des méfiances que la politique habile de l'émir avait grand soin d'entretenir.
Je résume ici le langage tenu à mes émissaires par les chefs arabes dont ils m'apportaient des messages :
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« Quand les Français ont pris Alger, disaient-ils, nous sommes accourus pour les combattre, parce que Dieu nous fait une obligation du djihad (guerre sainte). Mais, comme nous ne tardâmes pas à reconnaître que nos efforts étaient impuissants contre les armées de nos conquérants , et qu'ils nous disaient dans leurs proclamations : « Les Turcs nous « ont offensés, nous les avons vaincus et chassés et Dm « nous a mis à leur place; nous vous considérons comme dm « amis, et si vous vous soumettez, nous vous gouvernerons avec « plus de clémence et de justice que vos anciens maîtres et « nous respecterons vos familles, vos biens et votre religion, » nous avions confiance dans la parole du lieutenant du sultan de France et, malgré notre antipathie pour les chrétiens, nous n'étions pas éloignés de lui faire acte de soumission.
c< Nous nous attendions à voir vos armées s'étabhr dans les villes et les forts occupés par les Turcs, et y soutenir par leur présence le pouvoir des chefs que vous auriez choisis parmi nos grandes familles. Au lieu de ces mesures, qui nous eussent inspiré confiance, vous vous êtes renfermés dans les villes de la côte; de là vous avez dirigé contre nous des expéditions meurtrières, sans suite et sans but. Cependant, quelques tribus se soumirent, quelques chefs allèrent à vous, mais vous les avez abandonnés au moment où il fallait les protéger. Dans le premier traité de paix que vous avez conclu avec Abd-el-Kader (1), vous avez livré à son ressentiment les douairs et les smalas qui s'étaient ralliés à VOUS; puis, ayant compris les désavantages de ce traité avec l'émir, vous avez recommencé une guerre qui n'a pas duré moins de quatre années. Pendant cette guerre, vous avez porté la mort et la ruine dans tout le pays, et vous avez encore obtenu la soumission d'un certain nombre de
(1) Traité Desmichels, 1833.
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tribus qui ont cru aux promesses que vous leur aviez faites de ne jamais les abandonner, et voilà que vous concluez avec Abd-el-Kader un nouveau traité (1) par lequel vous avez replacé ces mêmes tribus sous son autorité, c'est-à-dire que vous les avez livrées à sa vengeance. Comment voulez-vous, après de pareils exemples, que les Arabes aient confiance en votre parole ? Dernièrement encore n'avez-vous pas envoyé des propositions de paix à Abd-el-Kader par le chrétien Naiale- Manucci (2) ? Et Abd-el-Kader ne proclame-t-il pas qu'il est sur le point de conclure un nouveau traité avec le sultan de France, et ne menace-t-il pas des punitions les plus terribles tous les musulmans qui se soumettraient aux chrétiens ?
a: Si vous voulez obtenir des soumissions réelles et durables, il faut qu'il soit bien évident pour tous que vous avez l'intention formelle de vous établir pour toujours dans notre pays, et que vous êtes désormais décidés à ne conclure aucun arrangement , ni aucun traité qui replaceraient sous l'autorité de l'émir les tribus qui seraient venues à vous. »
Ce document, mis sous les yeux du général Bugeaud, ne laissa aucun doute, dans son esprit clairvoyant, sur la nécessité de convaincre les Arabes de la résolution immuable prise par la France d'étendre sa domination sur toutes les contrées de l'Algérie, plaines, montagnes et désert, après en avoir chassé Abd-el-Kader.
Dans ma coiTcspondance avec les chefs de khouan et mes anciens amis, je les mettais donc en garde contre la politique de l'émir, et je leur déclarais, au nom du gouverneur général, que désormais la France ne consentirait plus jamais à ti-aiter avec lui.
(1) Traité delà Tafna, 1837.
(2) Cet intrigant aUié de l'Israélite Ben D'ran, avait été en e£Eet chargé d'une sorte de mission auprès de l'émir, à l'époque de mon voyage à la Mecque.
Le général Bngeand voulut en outre faire savoir directement à Abd-el-Kader son intention formelle de le combattre à outrance et de n'écouter aucune de ses propositions sous quelque prétexte que ce fut. A cet effet, il m'autorisa à M écrire et à lui faire parvenir secrètement ma lettre par le plus habile de mes émissaires. Voici la copie de cette lettre :
« A Sid El Hadj Abd-el-Kader ben Mahhi-Ed-Din.
Seigneur, je dois te dire, avant toute chose, que je t'adresse cette lettre confidentielle et personnelle avec la permission de mon illustre chef le général Bugeaud, khalif a du roi des Français dans le royaume d'Alger.
Près de trois années se sont écoulées depuis le jour où, souvenir cruel, je te déclarai que t'ayant trompé en feignant d'être musulman, je préférais mourir plutôt que de combattre mon pays. Ta loi t'imposait alors le devoir de m'envoyer au supplice. Le dévouement affectueux dont je t'avais donné tant de preuves, et le courage de mon aveu calmèrent sans doute ton juste courroux; tu épargnas ma vie. Je n'oublierai jamais cet acte magnanime et chaque fois que, sans enfreindre mes devoirs de serviteur de la France, je pourrai te donner une preuve de ma gratitude, je le ferai avec bonheur.
Je crois que l'occasion se présente aujourd'hui d'éclairer mon ami sur les dangers de sa situation.
Ah ! si tu avais écouté les conseils désintéressés de celui que tu appelais Omar, tu n'aurais pas attiré sur les musulmans que Dieu avait confiés à ta garde, les malheurs d'une guerre que tu soutiens avec la certitude d'être vaincu. Si tu avais observé, sans arrière-pensée, non pas seulement la lettre, mais l'esprit du traité que tu avais conclu avec la France, tu régnerais paisiblement sur des populations que tu avais pour mission de régénérer et de rendre prospères. Mais, regrets inutiles î {EUi Fêt met — ce qui est passé est mort).
Aujourd'hui, écouteras-tu celui dont une cruelle expérience t'a prouvé la clairvoyance et la sincérité ?
Renonce, crois-moi, à une lutte inégale et dont le résultat certain est la ruine des populations que tu forces à la soutenir avec toi. Mais, me diras-tu, Dieu m'ordonne de combattre les infidèles, et la mort la plus glorieuse que puisse désirer un vrai croyant, c'est la mort dans le djihad (guerre sainte). Oui, Seigneur, il est écrit dans le Coran que le musulman mourant dans le djihad a droit aux félicités étemelles de la Djenna (paradis) ; mais le djihad, pour être agréable à Dieu, doit être soutenu dans les conditions prévues par la loi. Cette loi, je la connais, puisque, tu dois le savoir, je suis allé moi-même interroger à Kairouan, au Caire et à Taïf les ulémas les plus renommés de l'islamisme. Eh bien, leur souveraine décision peut-elle laisser un doute dans l'esprit d'un homme intelligent ?
« Quand, dit la fettoua , un peuple musulman dont îe territoire a été envahi par les infidèles , les a combattus aussi hngtemps quHl a conservé V espoir de les en chasser, et, quand il est certain que la continuation de la guerre ne peut amener qiie misère, ruine et mort pour les musulmans, sans aucune chance de vaincre les infidèles, ce peuple, tout en conservant T espoir de secouer leur joug avec Vaide de Dieu , peut accepter de vivre sous leur domination, à la condition expresse qi/ils conserveront le libre exercice de leur religion et que leurs femmes et leurs filles seront respectées, j>
Je te le demande. Seigneur, peux-tu conser^ er le moindre espoir de vaincre les armées de la France ? N'as-tu pas vu dans mille rencontres dix soldats français mettre en fuite cent guerriers musulmans, tandis que la loi du djihad ordonne à dix guerriers musulmans d'accepter le combat contre cent chrétiens ! Quelle terrible responsabilité n'assumes-tu pas devant Dieu en attirant sur des populations inoffensives et sur
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des femmes, des vieillarda et des enfants, tous les fléans de la guerre ?
Et, je te le dis en vérité, ne compte plus sur an nouveaa traité de paix.
La France est décidée k te chasser du territoire de l'Algérie dont elle veut senle gouverner les habitants. Le khalif» du roi a l'ordre de repousser tontes les propositions qne ta lui adresserais, serait-ce même ponr l'échange des prisonniers, car on ne traite qu'avec nu chef d'État et tu as perdu ce titre à ses yeux le jour où tu as déchiré le traité de 1» Tafna.
Voilà , Seigneur, la vérité. En dehors de ce qui précède, tout ce que peuvent te dire des intrigants sans foi ni saoB mission, est absolument faux, et l'avenir te le prouvera.
Je dois ajouter à cette lettre les paroles textuelles qne me charge de te transmettre le général Bugeaud :
« Dites à A bd-eî-Kader que je mis autorisé par h rot de France à lui donner Vaman le Jour où il déposera les armes. L'aman de Dieu pour lui, pour sa famille et pour tow» ceux de ses compagnons qui voudront le suivre. Nos vaisseaux les transporteront dans un des ports du sultan de ConstanOneph où le gouvernement mettra chaque année à la disposition de V ex-émir la somme nécessaire pour lui assurer vm existence digne du rang qu'il a occupé. »
Je connais trop tes sentiments, Seigneur, pour supposer que des considérations personnelles de tranquillité et de fortune puissent infiuer sur tes décisions ; aussi est-ce au nom de l'humanité et de ta gloire dans ce monde et dans l'autre que je te supplie d'écouter ma voix. Songe qne le Seigneur et ses créatures te demanderont compte, au grand jour du -iigement, du sang que tu auras fait répandre en continuant me lutte condamnée par les plus illustres conunentateura du îoran.
Que Dieu t'éclaire ! »
Bien que mon séjour au Caire et mon voyage à la Mecque m'eussent permis de faire de grands progrès dans l'étude de la langue arabe, j'ai toujours eu recours pendant ma carrière, floit comme interprète soit comme représentant de la France en pays d'islam, à la collaboration d'un musulman lettré, pour la rédaction des lettres importantes que j'avais à adresser à des chefs indigènes. A moi le fonds, à lui la forme. Je les écrivais toutefois de ma main afin de leur donner plus d'authenticité.
En agissant ainsi, j'ai conservé parmi les musulmans la réputation de aalêm (savant), que dans mon for intérieur je savais ne pas mériter, mais qui m'a permis d'obtenir de grands résultats. A mesure, en effet, que nous avancions dans l'intérieur du pays, les personnages avec lesquels j'entretenais des correspondances, avaient foi dans l'aman que je leur donnais au nom du maréchal, et arrivaient sans crainte dans son camp.
Ce chapitre, en indiquant les moyens d'investigation que j'avais organisés et la part d'influence que j'exerçais sur un grand nombre de personnages arabes, explique la position exceptionnelle que j'occupais auprès du maréchal Bugeaud, position toutefois qui ne m'a jamais fait oublier mon rôle •d'interprète.
Comprendre les larges vues de mon illustre chef, les seconder dans la limite de mes fonctions, me pénétrer de sa pensée et l'exprimer dans les termes appropriés au génie et au caractère du peuple qui m'écoutait, tel était le but vers lequel tendaient mes efforts.
Aussi les Arabes dans leur langage pittoresque disaientils :
OuTd Rouche, rouahh oua quèîàm el maricJian , le fils de Eoches, c'est l'âme et la parole du maréchal.
T. ir. 16
242 LIVBE SIXIÈME.
L'exposé de cette situation était en outre nécessaire, il me semble, afin de justifier l'initiative pour ainsi dire audacieuse que je prenais dans certaines circonstances, fort que j'étais de mon profond dévouement à mon chef, de sa parfaite bienveillance et de la connaissance que j'avais acquise des éléments sur lesquels j'opérais. Je tiens encore à répéter ici, ce que je dis dans le premier volume de cet ouvrage, c'est que je n'ai pas la prétention d'écrire l'histoire des campagnes du maréchal Bugeaud en Afrique , tâche déjà remplie par plus d'un écrivain autorisé, et notamment par le comte d'Ideville, dont l'ouvrage est un superbe monument élevé à la mémoire de l'illustre capitaine et du grand citoyen.
Je me borne à raconter quelques épisodes de cette glorieuse époque où, à côté de la grande personnalité du maréchal, je tâche de mettre en lumière le caractère et les sentiments intimes des Arabes placés sous notre domination. A travers ces récits, entremêlés de lettres, mes lecteurs pourront en outre suivre mes traces et retrouver les personnages plus ou moins importants que je leur ai successivement présentés.
Le cœur de mes chers camarades d'Afrique tressaillera en lisant ces souvenirs des belles années de leur jeunesse militaire ; et ceux de mes compatriotes appelés à gouverner des Arabes ou à traiter avec des puissances musulmanes y puiseront, j'espère, quelques utiles renseignements.