CHAPITRE XXXVIII
Mort dn général Mustapha ben Ismaïl. — Lettre de Châaban Onrd Sidl £1 AaribL — Notice sur Mustapha ben Ismaïl (27 mai 1848).
Le 27 mai, notre camp était posé à Sauk El Etnm, (marché du lundi), chez les Beni-Hidja, sur le penchant d'une colline dominant une vallée couverte de verdoyantes moissons émaillées de ces belles fleurs sauvages qui abondent à cette époque de l'année, et nous étions encore sous l'impression de joie que nous avait causée la nouvelle de la prise de la smala. Rivet était à mes côtés et nous admirions le camp de nos goum (cavaliers arabes auxiliaires) du Chelif pittoresquement étalé sur le versant opposé de la vallée. Il me fit remarquer le silence et la tranquillité qui régnaient parmi nos Arabes ordinairement si criards et si turbulents, et comme nous cherchions à pénétrer la cause de cette anomalie^ nous vîmes s'approcher, le capuchon baissé et le bas de sa figure recouvert par le haïk, Sidi Ben Abd Allah OuVd Sidi El Aaribi, notre khalifa du Chelif (1). Ces signes de deuil
(I) La famille des oulad Sidi El Aâribi descend des djoued (nobles) qui ont fait la conquête de l'Afriqae septentrionale et parmi ses membres compte un marabout célèbre, Sidi eî Aâribi, qui fut canonisé vers le neuvième siècle de Thégyre (quatorzième siède de notre ère).
Cette famiUe jouissait d'une grande considération auprès du gouvernement turc, dont eUe regretta la chute, et vit avec déplaisir surgir la puissance d'Abd-el-Eader.
Aussi son chef, Sidi Châaban^ fut-il tout d'abord un des aUiés de Mustapha ben Ismaïl et alla-t-U un des premiers faire acte de soumis-
nous causèrent de si terribles angoisses nous et nous prîmes à redouter de si grandes catastrophes que j'éprouvai une sorte de soulagement lorsque, me remettant une lettre ouverte, le khalifa me dit d'une voix qu'entrecoupaient des sanglots : « Que la bénédiction soit sur sa tête (1), Mustapha ben Ismaïl est entré dans la miséricorde de Dieu. »
Le maréchal, prévenu de l'arrivée de son khalifa préféré, qui d'ordinaire venait directement à lui, pressentit sans doute quelque fâcheux événement, car, ne pouvant modérer son impatience, il pénétra dans ma tente au moment où j'achevais de lire la lettre que m'avait remise Ben Abd- Allah.
En quelques mots je lui en expliquai le coiïtenu ; sa douleur fut profonde.
La nouvelle de la mort du général Mustapha ben Ismaïl avait été bien vite répandue dans le camp, et, depuis les généraux jusqu'aux sous-lieutenants , tous les officiers étaient
sion aux Français quand le général de Perregaux pénétra dans la vallée du Chelif . On sait la versatilité et l'imprudence de notre politique en Algérie à cette époque et les fatales conséquences qu'eUe amena : Sidi Châaban tomba entre les mains d'Abd-el-Kader, qui lui fit grâce de la vie, mais le retint en prison, où il mourut du choléra ; toutefois le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné.
Pendant mon séjour chez Abd-el-Kader, j'avais reçu Thospitalitè chei les fils de Sidi Châaban, et j'avais inspiré de vives sympathies à l'aîné, Sidi ben Abd- Allah (notre khalifa actuel), qui n'avait pas craint de me dévoiler la haine qu'il nourrissait contre le persécuteur de sa famille. H était donc certain qu'il saisirait avec empressement l 'occasion de se rallier à la France.
Ben Abd-AUah oftraLÎt dans sa tournure, dans ses manières et^ansla noble franchise de son langage, le type parfait de la distinction. Admirable cavalier , guerrier intrépide, généreux, hospitalier, c'était vraiment un preux chevalier.
Je laisse à penser l'impression favorable qu'il produisit sur le maréchal. Il le nomma khalifa des provinces ouest du Chelif et lui témoignait une affection paternelle, que Ben Abd-AUah reconnaissait par un tendre et respectueux dévouement.
(1) Phrase consacrée pour annoncer la mort de quelque parent ou ami.
venus spontanément présenter leurs condoléanœs au maréchal, dont ils connaissaient Taffection et l'estime pour le vaillant chef des Douairs.
J'avais eu le temps de traduire la lettre adressée au khalifa, le maréchal m'ordonna d'en faire la lecture à haute voix, sur le devant de sa tente, où se pressait une foule de soldats mêlés à leurs officiers.
Voici la traduction fidèle de ce document, dont je conserve précieusement l'original :
« De la part de l'agha Sidi Mohammed Châaban à son frère Sidi-Ben Abd-Allah-Oul'd Sidi El Aaribi, khalifa des provinces du Bas Chelif .
ce Dar Sidi El Aaribi, le mercredi 25 rabiaâ el teni, 1259 (25 mai 1843).
« A l'Etoile brillante de la constellation qui entoure la mémoire de notre saint ancêtre, à notre frère qui est ici-bas ce que nous avons de plus précieux et de plus cher, Sidi Ben Abd- Allah, khalifa, que Dieu augmente ta gloire et ton bonheur !
« Après les saints respectueux et empressés qui conviennent à ton rang élevé, je te fais savoir que j'ai reçu ta lettre vénérée par laquelle tu me donnes la nouvelle de ce qui vient d'arriver à la dêira (smala) de notrç ennemi (1). Que Dieu soit loué et glorifié. Sa justice se montre dans ce monde avant d'éclater dans l'autre.
« Hélas ! pourquoi dois-je répondre à cette bonne nouvelle par le récit d'un malheur qui serre le cœur : Mustapha ben Ismaïl a été tué ! que Dieu lui fasse miséricorde.
« Ecoute cette fatale histoire :
« Après que Oul'd el Key eut attaqué la dêira, exploit incroyable ! tué ce qu'il avait tué, pris ce qu'il avait pris, toute
(1) Abd-el-Kader.
la tribu des Hachem se sauvait vers l'ouest où elle espérait trouver un abri. Mais Bou-Haraoua (1) et Mustapha ben Ismaïl apprirent le dessein des fugitifs, se mirent à leurpoursuite, les atteignirent, et pas un seul ne leur échappa, cavaliers, femmes, enfants, troupeaux et toutes leurs richesses furent ramenés à Tiaret. Là Mustapha ben Ismaïl demanda à Bou-Haraoua la permission de rentrer à Oran avec ses Douairs et ses Smalas. Bou-Haraoua lui accorda cette permission en lui conseillant de prendre la route des Oolad Sidi El Djilani ben Aâmmar, mais il repoussa ce sage conseil et dit : « Je ne pi'endrai pas d'autre route que celle des Flittas. 3) Dieu avait marqué son heure, qui peut la retarder ! Il prit donc la route d'El Kantara, et quand il arriva dans le bois de Hammam-el-Cheurfa la poudre retentit de tous côtés. Les Douairs et les Smalas, ces maîtres du fusil, craignent-ils donc la poudre ? Non, mais eux et leurs chevaux chargés de butin ne peuvent combattre. La peur pémire dans ces cœurs de lion par la porte de V avarice, ils fuient... oui, les Douairs ont fui devant l'ennemi qu'ils avaient toujours méprisé.
« Mustapha ben Ismaïl veut les arrêter, ils n'écoutent plus sa voix. Alors il reste seul et fait face à l'ennemi. Sa balle atteint tout audacieux qui ose paraître. Ses enfants des jours glorieux, les Ahmed oul'd El Kadhi, les Habib ben Chérif, les Mohammed ben Kaddour, les Saddik bon Eulam, les Ben Daoud et tant d'autres fusils renommés, où sontils ? Ils sont malgré eux entraînés dans la fuite générale... et l'heure avait sonné... Mustapha ben Ismaïl tombait pour ne plus se relever... Que Dieu lui fasse miséricorde !... que vos joues pâlissent (2), ô Douairs et Smalas... Celui qui
(1) Le général de Lamoricière.
(2) Expression employée chez les Arabes pour exprimer le sentiment de la honte.
avait bravé mille fois la mort pour vous sauver la vie, vous avez laissé son corps à Fennemi ! Il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu !
« Voilà ce que nous venons d'apprendre, ô notre frère bienaimé, et nous avons sous nos tentes plusieurs Douairs témoins de ce terrible événement, qui apparaît comme un rêve inspiré par le démon.
« Les nedbèt (1) de nos femmes retentissent dans nos douars. Leurs ongles déchirent leurs joues. Mustapha ben Ismaïl mort dans un jour honteux et mort abandonné ! Les décrets du Très-Haut sont impénétrables ! Qu'il permette que notre fin arrive à l'heure de sa miséricorde. Qu'il te couvi'e de sa haute protection. »
Après la lecture de ce dramatique récit, chacun se retira morne et silencieux sous sa tente. Cette douleur générale était un juste hommage rendu à la mémoire du plus vaillant et du plus fidèle allié de la France en Algérie.
Bien que des hommes compétents aient souvent, avant moi, parlé des services éminents que nous a rendus l'illustre chef des Douairs, je crois que je serais très répréhensible si, dans un ouvrage que j'intitule « Trente-deux ans à travers V Islam, » je ne consacrais pas quelques pages à cette grande et belle figure musulmane.
Mustapha ben Ismaïl descendait d'une des tribus Jf'^M (2), Arabes d'Orient qui achevèrent, à la fin du septième siècle de notre ère, la conquête de l'Afrique septentrionale. Il appartenait donc aux djouad (3). Depuis deux siècles, c'était dans
(1) Lamentations que poussent les femmes arabes à Toccasion d'une mort.
(2) Voir tome I", page 229.
(3) Noblesse militaire.
sa famille que les Turcs choisissaient les chefs de ces grandes tribus makhzen (1), dont le réseau, dans chaque province, enlaçait toutes les tribus arabes de la Régence.
Lors de la conquête d'Alger, Mustapha ben Ismaïlse rallia au bey tunisien auquel le maréchal Clauzel avait confié le commandement de la province d'Oran, en vertu d'un traité conclu avec le bey de Tunis. Mais ce traité n'ayant pas été ratifié, l'agha des Douairs se retira dans les limites de son territoire, refusant également et d'entrer en relation avec les généraux français et de reconnaître l'autorité d'Abd-el-Kader, qui commençait à lever l'étendard de la guerre sainte.
Dès cette époque, de profonds sentiments de haine animèrent l'un contre l'autre le vieux M'Ehazni (2), représentant le gouvernement turc dans toute sa rigidité, et le jeune marabout, champion de la nationalité arabe.
Abd-el-Kader, ayant relevé sa puissance chez les tribus de la province d'Oran par le traité conclu avec le général Desmichels et ayant organisé une petite armée régulière, songea à établir plus solidement son pouvoir sur ces tribus et leur réclama le paiement des impôts.
Mustapha ben Ismaïl saisit cette occasion pour secouer définitivement le joug que voulait lui imposer celui qu'il appelait ichir, un enfant ; il attaqua l'armée de Témir, la mit en complète déroute, et Abd-el-Kader ne dut son salut qu'à son cousin El Miloud Bou-Taleb (3).
Le chef des Douairs fit alors au général Desmichels des propositions qui, si elles eussent été acceptées, eussent changé complètement la face des choses en Algérie. La puissance naissante de l'émir eût été étouffée dans son berceau.
Elles furent rejetées !... De nouveaux encouragements, de
(1) Gouvernement.
(2) Fonctionnaire civil ou mUitaire.
(3) Voir tomepf, page 255.
nouveaux secours furent accordés par la France à Abd-el- Kader, et celui-ci, à la tête de toutes ses forces réunies, tomba à rimproviste sur les Douaire et les Smalas.
Pendant toute une journée, Mustapha ben Ismaïl et ses vaillants guerrière soutinrent glorieusement ce combat inégal, et le soir les deux troupes campèrent en face Tune de l'autre.
Mais Mustapha, malade déjà depuis plusieure joure, était grièvement blessé. L'élite de ses preux était tuée ou hora de combat, et tous les autres, démoralisés, demandaient à accepter les propositions pacifiques d'Abd-el-Kader, qui, disaient-ils, n'aspirait au pouvoir que pour diriger la guerre contre les chrétiens.
Devant de pareilles dispositions, et ne pouvant plus compter sur l'appui de la France, dont le puissant concoure favorisait les projets ambitieux de Témir, le vieux guerrier comprit que continuer la lutte serait exposer ses troupes à une honteuse défaite et il remit son autorité aux mains des chefs disposés à se rallier à Abd-el-Kader. Trop fier pour s'unir à cette démarche, il quitta son camp, la nuit niême, malgré ses horribles souffrances et alla s'enfermer dans le mechouar (citadelle) de Tlemsen, où les Coulouglis se défendaient vaillamment contre les partisans du nouveau prince des croyants (1).
Il fallut son courage, son énergie et le prestige de son nom pour se maintenir dans cette citadelle en face de la population hostile des Hadare (2) et en butte aux attaques et aux intrigues des agents d'Abd-el-Kader.
Enfin cette vaillante garnison fut déhvrée en 1836 par le maréchal Clauzel. Un témoin oculaire m'a raconté l'impression qu'il éprouva quand Mustapha ben Ismaïl vint au-de-
(1) Emirel Mouminin, titre pris par Abd-el-Kader.
(2) Nom qae portent les habitants des villes d'origine arabe, par opposition aux Coulouglis,
vant du maréchal. « L'entrevue de ces deux vieux guerriers, me dit-il, tous deux encore aussi vigoureux de corps que d'esprit, tous deux illustres dans leur nation, offrit à l'armée un spectacle qui ne manquait ni de grandeur ni de majesté. »
Mustapha, heureux de se retrouver à la tête de ses vaillants Douairs et Smalas, qui avaient accompagné le maréchal Olauzel sous la conduite de son neveu El Mezari, organisa, le jour même de l'arrivée de la colonne, une expédition contre Abd-el-Kader. Il surprit son camp et mit son armée en déroute. Rentré à Oran, le maréchal chargea le général d'Arlanges d'aller occuper Rachegoun. On se souvient du combat de Sidi Yakoub (1), glorieux pour nos troupes, mais fatal dans ses conséquences, qu'on eût évitées si on eût suivi les sages conseils de Mustapha.
Ai-je besoin de redire les charges brillantes qu'il exécuta à la bataille de la Sikkak (2), où il eut la main fracturée par une balle, et de raconter les mille circonstances où son audace, secondée par un coup d'oeil militaire qu'admirait le maréchal Bugeaud, rendit tant de services signalés à la cause française ?
Musulman convaincu et fidèle observateur des rites et des lois de sa religion, Mustapha ben Ismaïl partageait, à l'égard des chrétiens, les antipathies innées chez les sectateurs de Mohammed ; mais il puisait la force de refouler ces sentiments dans le respect qu'il professait pour la foi jurée. « J'appartiens à Dieu et au sultan de France, qui m'aide à écraser mon ennemi et le sien, s> me disait-il, dans nos entretiens intimes.
Il me témoignait beaucoup d'estime et d'affection, mais il existait entre nous une cause de constant désaccord. L'ad-
(1) Voir tome I®"^, page 149.
(2) Ibid.
miration que je professais pour Abd-el-Kader l'exaspérait. Aveuglé par sa haine, il ne consentait pas à reconnaître Télévation des sentiments qui dirigeaient la conduite de emir.
Taleh haili oua Tammâa (lettré ambitieux et cupide), disait-il en accompagnant ces paroles d'un signe dédaigneux dont mes vieux compagnons d'Afrique doivent se souvenir et qui exprimait la haine et le mépris.
Non seulement le général Mustapha agissait en serviteur fidèle et dévoué, mais il se considérait comme garant de la fidélité de ses Douairs et de ses Smalas, et plus d'une fois, malgré les supplications de nos généraux et du général de Lamoricière entre autres, il avait tué de sa main des cavaliers de ses tribus qui avaient déserté chez Abd-el-Kader et qu'on amenait prisonniers devant lui.
Il professait une sorte de respect pour nos simples soldats, qu'il voyait combattre avec tant de courage et supporter joyeusement tant de privations et de fatigues, et il avait inspiré ce sentiment à tous ses Douairs, chefs et simples cavaliers. Aussi allaient-ils au milieu de T ennemi enlever les soldats blesses qui étaient restés entre ses mains et prenaient-ils en croupe ceux qui ne pouvaient marcher.
Mustapha eût honteusement désarmé ceux de ses cavaliers qui auraient abandonné une troupe française engagée contre des Arabes.
Quel respect nous avions tous pour ce magnifique vieillard à la figure d'aigle, qui, dès que la poudre parlait, avait encore à quatre-vingts ans la vigueur et l'élan de la jeunesse !
Comme il était digne dans ses rapports avec nos généraux et nos autorités !
Et ses intrépides cavaliers ! Quel prestige n'exerçait-il pas sur eux ! Un de ses regards les faisait trembler, un signe
d'approbation était leur plus haute récompense. C'était à qui dans les combats se signalerait sous ses yeux; pas un n'eût hésité à mourir à sa place
Et les Douairs et les Smalas avaient lâchement abandonné leur glorieux chef et un misérable Arabe avait tranché cette belle tête que la mort avait épargnée durant soixante années de combats incessants ! C'est que, comme dit Chaaban dans sa lettre, la peur était entrée dans leur cœur de lion par la porte de Favarice, Voici, en effet, les détails que nous recueillîmes plus tard sur ce tragique événement :
Les nombreux fantassins de la grande tribu des Flittas, ayant appris que les Douairs et les Smalas, chargés du butin immense qu'ils avaient fait sur les fugitifs de la smala, devaient passer sur leur territoire, s'étaient postés en embuscade dans les bois de Hammam el Cheurfa.
Presque tous les chefs marchaient en avant ; par une circonstance fatale, le général Mustapha se trouvait à Tarrièregarde.
La plus grande partie des cavaliers conduisaient à pied leurs chevaux chargés de butin comme des bêtes de somme.
Quand toute la colonne fut engagée dans le défilé, les fantassins de Flitta dirigèrent un feu meurtrier sur les malheureux Douairs et Smalas, qui furent saisis d'une panique telle, que la plupart coupaient les sangles de leurs selles, s'élançaient sur leurs chevaux à poil, et fuyaient effarés. En vain les chefs qui étaient en tête voulaient-ils les arrêter, ils étaient eux-mêmes entraînés par cette avalanche humaine.
Pendant ce temps, le général Mustapha combattait seul à l'arrière-garde, et tombait le cœur percé d'une balle.
Un misérable Arabe le reconnut, lui coupa la tête et la porta à Abd-el-Kader, qui devant ce lugubre trophée s'écria :
CAMPAGNES D'AFBIQUE. 285
<r Mâa Mustapha ben Ismaël Ehalass el Aânad. 7> (Avec le fils d'Ismaïl disparaît Vâunèd.)
On ne peut traduire le mot âanèd que par cette périphrase : « L'entêtement dans le point d'honneur. »
L'émir fit enterrer la tête de son terrible adversaire avec les cérémonies habituelles des funérailles.
Les Douairs et les Smalas qui avaient fait partie de cette fatale expédition n'osèrent, dit-on, se présenter devant leurs femmes qu'après quarante jours, temps pendant lequel ils ne se firent pas raser la tête, et n'entrèrent ni au bain ni au café.
Le maréchal, dans un ordre du jour à l'armée, rendit en termes émus un magnifique hommage à la mémoire du général Mustapha ben Ismaïl. Grand et inflexible caractère qui ne varia jamais dans sa haine contre Abd-el-Kader et dans la foi qu'il avait jurée à la Erance.
Le général de Lamoricière stigmatisa la conduite des Douairs et des Smalas, qui ne tardèrent pas, d'ailleurs, à racheter glorieusement cette défaillance.