‹ Trésor de l'abbaye de SaintMaurice d'AgauneChapitre 1 sur 27 · TRÉSOR · texte numérisé non relu

TRÉSOR

par M. Édouabd AUBERT,

Membre résidant de la Société Impériale des Antiquaires de France.

L'antique abbaye de Saint-Maurice d'Agaune est située dans la vallée du Rhône, à 21 kilomètres au sud-est du lac Léman et à 1 3 kilomètres au nord-ouest de Martigny. L'église et les bâtiments de ce monastère quinze fois séculaire touchent à la petite ville de Saint-Maurice et sont construits au pied d'un véritable cirque de rochers à pic, dominés à leur tour par les cimes neigeuses de la Dent du Midi. Ce gigantesque amphithéâtre ferme presque le Valais, et les montagnes qui pressent en cet endroit les deux rives du Rhône sont tellement rapprochées qu'elles laissent à peine un étroit passage à ce fleuve.

L'abbaye de Saint-Maurice, le plus ancien peutêtre de tous les établissements monastiques de l'Occident, a été tour à tour dotée et dépouillée

par les souverains et les seigneurs des pays environnants. Les rois mérovingiens, bourguignons, carolingiens , les empereurs d'Allemagne , les princes de Savoie, et tous leurs grands vassaux ont été ou ses persécuteurs ou ses bienfaiteurs. Des biens immenses composant autrefois les domaines de l'abbaye, il ne reste plus aujourd'hui qu'un peu de terre dont les revenus sont à peine suffisants pour faire vivre, plus que modestement, les trente chanoines qui forment le personnel de la maison. Malgré les tempêtes politiques, malgré les incendies multipliés et les pillages, les religieux sont parvenus à conserver presque intacts les reliquaires de leur trésor. J'ai été assez heureux pour obtenir de Mgr de Bethléem, abbé de Saint-Maurice, l'autorisation d'étudier et de dessiner les précieux monuments qui composent ce trésor, et je me décide à publier aujourd'hui le résultat de mes travaux.

Avant de commencer la description de ces objets intéressants, il me s.emble nécessaire de dire quelques mots du passé de l'illustre monastère; un récit sommaire pourra servir à remettre en lumière des faits oubliés par quelques-uns, inconnus au plus grand nombre, et donnera, je me plais à l'espérer, un peu plus de valeur à l'inven- # taire des pièces qui composent le trésor.

L'histoire de l'abbaye^de Saint-Maurice d'Agaune peut se diviser en quatre périodes :

1 0 La période de la fondation par saint Théo-

dore, premier évêque du Valais ; cette première période, qui commença vers Tan 360 et se continua jusqu'en 51 5, dura environ 1 50 ans.

2° La période de la restauration par Sigismond, roi de Bourgogne; cette seconde période, commencée en 515, se termina en 824; elle compte par conséquent 309 années.

3° La période de la substitution des chanoines séculiers aux moines. Cette réforme demandée par Louis le Débonnaire en 824, et approuvée parle pape Eugène II, dura trois siècles; elle avait été rendue nécessaire, je l'établirai plus tard, par les désordres qui s étaient introduits dans l'abbaye.

4° La période de l'établissement des chanoines réguliers en remplacement des chanoines séculiers. La réforme de 824 ayant plutôt aggravé qu'amélioré l'état de l'abbaye, Amé III de Savoie proposa la nouvelle organisation qui fut approuvée par le pape Honorius 11. La quatrième période, qui a commencé en 1 1 28 et qui dure encore au jour où nous sommes, compte maintenant 742 années d'existence.

L'abbaye et la petite ville, sa voisine, ont porté d'abord le nom de Tarnade, emprunté à la station romaine Tarnaïa ou Tarnada, mentionnée sur l'Itinéraire d'Antonin et par la Table de Peutinger. La forteresse de Tarnade, appelée par Marius d'Ave nches castrum Tarnatense ou Tauredunense, fut engloutie en 562 sous les ruines du Mont Taurus. Vers la fin du rv e siècle, le monastère et

la ville prirent le nomd'Agaune et le conservèrent seul jusqu'au IX e siècle. A partir de cette dernière époque, on y ajouta le nom du chef de la légion thébéenne, et la ville et l'abbaye furent appelées Saint-Maurice d'Agaune.

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