PREMIÈRE PÉRIODE
La tradition catholique place le martyre de la légion thébéenne dans la plaine qui s'ouvre au midi de l'étroit défilé au débouché duquel sont situées la ville et l'abbaye de Saint-Maurice. Le massacre de ces soldats chrétiens en 302 a été l'objet de vives controverses. Les travaux des Bénédictins, des Bollandistes, de Dom Briguet, de J. de L'Isle, de P. de Rivaz, ont démontré la réalité du fait, que du reste l'existence de l'abbaye semblerait à elle seule prouver d'une façon irrécusable.
Les corps des martyrs restèrent ensevelis au lieu même où ils avaient reçu la mort jusqu'au temps de saint Théodore, premier évêque du Valais, siégeant à Octodurum (Martigny). Les commencements de l'épiscopat de ce saint ne sont pas connus ; on sait seulement qu'il souscrivit au concile d'Aquilée en 381 et au concile de Milan en 390. Saint Théodore fit relever une partie des corps des martyrs thébéens et construire en
DE SÀINT-MAUMCB d'AGÀUNÊ.
leur honneur une basilique 1 où ils furent déposés. La date exacte de cette translation et de l'érection de la basilique n'est pas certaine , mais on peut la placer vers 360 sans craindre de commettre une erreur trop considérable, puisque saint Théodore est mort en 391 après un long épiscopat.
La basilique élevée par saint Théodore est le premier monument public érigé en l'honneur de saint Maurice et de ses compagnons, et très-probablement, c'est là l'origine même de l'antique abbaye. Si l'on écoutait la tradition, il faudrait croire que dès les premières années qui suivirent le martyre des Thébéens, de pieux personnages s'étaient fixés autour du champ où le massacre avait eu lieu, qu'ils y avaient construit un oratoire, et qu'ils se réunissaient là pour honorer les précieuses dépouilles. Saint Théodore n'aurait fait alors que les organiser en communauté , sous une règle religieuse, en même temps qu'il faisait construire la basilique.
Vers la fin du V e siècle, l'existence d'une communauté religieuse à Agaune est constatée d'une manière positive. Alors s'y trouvaient des moines gouvernés par un abbé du nom de Séverin, qui vint à Paris en 507, appelé par le roi Clovis, et dont la vie a été écrite par Faustus, son disciple 8 .
1. Lettre de saint Eucher. Bollandistes. T. VI, Septe m bris.
2. Vie de saint Séverin par Faustus. Bollandistes. T. II, Febru., p. 547.
Un autre fait vient encore prouver l'existence du monastère d'Agaune à cette époque : un moine anonyme de Condat (saint Claude), qui écrivit en 512 la vie de saint Oyen 1 , nous dit qu'il a composé cette relation à la demande de Jean et d'Armentaire, moines d'Agaune. A la fin de cet écrit, il ajoute qu'il a rédigé, à la demande de l'abbé de l'île de Lérins, la règle suivie dans l'abbaye d'Agaune.
Il paraît probable que pendant presque toute la durée de cette première période ce furent les évêques d'Octodurum qui gouvernèrent le monastère d'Agaune comme supérieurs. L'un de ces prélats, Léonce ou Agricola *, comprenant qu'un évêque ne pouvait pas, à la fois, diriger un diocèse et gouverner un monastère, autorisa les moines à élire leur supérieur. C'est alors, vers 478, que saint Séverin fut élu.
Du reste cette période demeure enveloppée du voile le plus épais; presque tous les écrivains, qui ont traité ce sujet, ont donné chacun leur catalogue . des premiers supérieurs, en donnant la liste des évêques d'Octodurum, et leurs travaux présentent des dissemblances complètes. Le Gallia christiana, plus prudent, ne commence le catalogue des abbés d'Agaune qu'à saint Séverin.