Voir la planche n°U
TRESOR DE LABBATE
rieur de cette face du reliquaire (angle droit pour celui qui regarde).
Une tradition déjà ancienne, puisqu'elle se trouve consignée dans l'inventaire des Bollandistes, attribue au pape Eugène III le don de ce reliquaire, et des reliques qu'il contient, aux religieux de l'abbaye.
Eugène III fit un voyage en France en 1 1 48 pour se rendre au concile de Reims, et soit en allant, soit au retour, il s'arrêta à Saint-Maurice. Il en consacra la basilique, et donna une bulle dans laquelle il confirme les donations et privilèges concédés à l'abbaye, et accorde aux chanoines le droit de porter le camail écarlate. Dans cette bulle, il n'est fait aucune mention du reliquaire dont nous nous occupons. Cette tradition me semble donc en contradiction absolue avec l'inscription placée sur la face postérieure de la châsse. Que lisons-nous en effet? qu'un prêtre, nommé Teuderigus, a prescrit de faire ce reliquaire en l'honneur de saint Maurice; qu'un particulier, nommé Nordoalaus, et sa femme Rihlindis 1 donnèrent des ordres pour la fabrication, qui fut confiée aux deux orfèvres, Undiho et Ello. On peut avoir placé plus tard dans cette chasse des reliques de saint
1. Il n'y a pas à douter que ce ne soit là un nom de femme; à l'époque mérovingienne, nous trouvons une foule de noms terminés ainsi : Chrotechildis, Brunechildis, Adaltrudis, Bathildis, Hiltrudis, Ragintrudis, Rinchildis, etc., etc. N
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Pierre et de saint Paul données peut-être par le pape Eugène III, mais il n'en reste pas moins positif que le reliquaire avait une destination spéciale, et qu'il était fait pour saint Maurice. La forme de tous les noms inscrits sur ce monument peut être une très-sérieuse indication pour le dater, et MM. de Lasteyrie et de Linas, qui tous deux ont parlé de ce reliquaire, sont unanimes pour fixer cette date à l'époque mérovingienne.
En comparant ce merveilleux coffret aux objets d'art de la même époque que j'ai pu étudier, tels que la fibule donnée par le duc de Luynes, le pectoral de la Bibliothèque Impériale, le pectoral, les aigles, les couronnes de Guarrazar du Musée de Gluny, l'épée de Childéric du Musée du Louvre et la monture du vase, dit de saint Martin, dont je parlerai bientôt, j'ai constaté des différences de fabrication que je crois utile d'indiquer. Dans tous les objets que je viens de citer, les verroteries ou grenats en tables très-minces ont été enchâssés dans des cases formées par des lamelles d'or très-fines et fixées là, soit dans un mastic très-adhérent, soit par le rabattage au brunissoir de la tranche extérieure de la cloison de métal. Mais ce rabattage est très-léger, la tranche de la cloison d'or n'est pas sensiblement élargie, et elle affleure à très-peu près le niveau de la verroterie. Elle conserve l'apparence d'une cloison dans les travaux d'émaillerie exécutés un peu grossière-
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ment ; et cela doit être ainsi , puisqu'il est à peu près certain que les objets d'orf èvrerie en verroteries cloisonnées des artistes mérovingiens ne sont qu'une imitation imparfaite et laborieuse des émaux byzantins et orientaux, dont le secret était inconnu en Occident.
Sur la petite châsse de saint Maurice au contraire le réseau en or, qui forme le cloisonnage, est relativement épais ; il est en saillie, et les bords de la tranche supérieure sont franchement rabattus à l'outil de manière à former une vraie sertissure, qui maintient solidement les tables de grenat taillées pour chaque case , à la meule et très-exactement.
Trouvera-t-on dans cette façon de procéder un indice suffisant pour établir que notre reliquaire est antérieur ou postérieur aux monuments divers que je viens de citer? Je ne sais; il ne m'est pas permis de formuler une opinion , et je laisse aux deux savants que j'ai nommés le soin d'élucider cette douteuse question.
Les tables de grenat, qui composent le fond de la châsse, les pâtes de verre vertes et bleues, qui remplissent les cases en forme de poires et la couronne tracés autour du camée, sont toutes posées sur paillon en or gaufré. Ce paillon, trèsvisible sous les tables de grenat, ne l'est point sous les pâtes vertes et bleues qui sont plutôt opaques que translucides; il existe cependant , et il est facile de s'en convaincre en examinant celles des
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cases vertes et bleues vides aujourd'hui. Les pâtes de verre enfermées dans le réseau de cloisons qui couvre le cylindre du toit, ne sont pas posées sur paillon, et le fond des cases, relativement assez profondes, m'a paru rempli par un mastic grisâtre.
Les filigranes, qui composent les motifs d'ornements sur les faces postérieures et sur le dessous de la châsse, sont faits de deux fils d'or réunis, tordus en spirale et sôudés sur un fond d'or aussi, finement maté à l'outil. Les lettres de l'inscription sont frappées à la main d'une façon assez irrégulière, et l'extrémité des jambages, au lieu d'être terminée par un trait transversal , est arrêtée par un coup de poinçon circulaire.
Cette châsse est le morceau d'orfèvrerie le plus rare et le mieux conservé que j'aie vu jusqu'ici; il dépasse de beaucoup toutes les pièces que renfer-^ ment nos musées , et mérite d'attirer l'attention des archéologues, qui ont étudié particulièrement cette branche de la science. Si j'osais émettre une opinion, je dirais que ce reliquaire a été fabriqué à la fin du V e siècle ou au commencement du VI e par des orfèvres francs ou bourguignons; la présence des pierres antiques pourrait, je pense, confirmer cette opinion, si l'on veut penser que les rois de France et de Bourgogne avaient alors de nombreuses relations avec Rome, puisque toute leur ambition était de recevoir le titre de patrice.
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Parmi les sujets gravés sur les dix pierres antiques montées sur cette châsse, voici ceux que j'ai cru reconnaître :
Cornaline : Fortune couronnant la Victoire.
le carrée ] 0n y x: Lion '
[Calcédoine : Foudre accompagné
d'une étoile.
1 Onyx : Grappe de raisin.
/Cornaline : Mars ou Ajax.
petits : s e • ....
1 Id. : Jupiter avec I aigle.
\Onyx : La Fortune; belle gravure.
Les dimensions de ce reliquaire sont : Longueur, 18 e 5 m .
Largeur, 6 e 5 m .
Hauteur totale prise sur le petit côté, du bas jusqu'au sommet du cylindre, 12 e 5 m .
Hauteur de la partie carrée, 7 e 8 m .
Hauteur de la partie formant toit jusqu'à la naissance du cylindre, 4 e 5 m .
Diamètre du cylindre, 1 c \ m .
5° Chasse-coffret en argent doré, ornée de pierreries 1 .
1. Art. 17 e de l'inventaire de l'abbé Miles : Cophinus duplex argenteus cum multis reliquiis.
Article 15 e de l'inventaire des Bollandistes : Lipsanothecœ du a.* variis ornatae gemmis in quibus servantur varia 1 reliquiae.
Nota : Les Bollandistes ont réuni en un seul article deux
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Ce reliquaire, en argent doré, est encadré sur les quatre angles et sur l'arête du toit par des rangs de grosses perles exécutées au repoussé. Le fond est en métal uni et poli. La face antérieure était ornée de vingt-trois pierres fines montées sur chatons et appliquées tout uniment sur la feuille de métal du fond au moyen de deux rivets. Il manque aujourd'hui sept pierres, dont quatre ont disparu avec les chatons qui les contenaient. Les pierres restantes se composent de saphirs, émeraudes, améthystes et cristaux de roche.
Les petits côtés étaient décorés chacun de quatre pierres montées comme celles de la face antérieure et posées en ligne perpendiculaire, Tune au-dessous de l'autre. Sur le petit côté, à droite, il ne reste qu'une pierre et un chaton vide, la pierre restante est un saphir. Sur le petit côté gauche, il ne reste non plus qu'une pierre et un chaton vide; la pierre est un saphir très-pàle.
La face postérieure est occupée tout entière par un double rinceau partant du même ornement, au bas de la châsse, s'élargissanl de chaque côté au point de toucher presque aux rangs de perles de la bordure, et se réunissant de nouveau vers l'arête du toit. Ces deux rinceaux largement dé- . roulés donnent naissance à des stipules d'un dessin vigoureux et sont exécutés au repoussé ; ils
petites châsses-coffrets, celle dont nous nous occupons en ce moment et celle qui porte le n° 6 de mon inventaire.
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sont en argent naturel sur fond doré comme tout le reste de la châsse. Le pied du reliquaire est entouré sur les quatre laces d'une baguette de métal à double filet maintenue sur la plaque du fond par des petits clous d'argent.
A quelle époque faut-il attribuer la fabrication de ce monument? Si je m'en étais rapporté à ma première impression à la vue de cet encadrement de grosses perles, attaché sans plus de façon sur les angles à l'aide de clous très-apparents, je me serais cru autorisé à décider pour la fin du X e ou le commencement du XI e siècle; mais en considérant avec attention la composition et l'exécution de l'ornement repoussé qui décore la face postérieure, en voyant avec quelle précision les chatons des pierres sont fabriqués et combien les pierres elles-mêmes sont finement serties, j'ai rectifié mon premier jugement et j'en suis arrivé à proposer le XII e siècle, première moitié, comme l'époque la plus probable de la fabrication de cet intéressant morceau d'orfèvrerie.
Ce reliquaire a 1 2 e 8 m de longueur, 5 c de largeur, 14 e % m de hauteur totale.
6° Chasse-coffret en cuivre doré avec pierres fines et inscriptions 1 . La face carrée antérieure de
1. Article 8 e de l'inventaire de l'abbé Miles. Aliud reliquiare ubi legunt per transi u ci du m vitrum. Art. 15 a de l'inventaire des Bollandistes : Lipsanothec»
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ce reliquaire est ornée de trois pierres ovales trèsgrosses, montées sur chatons à sertissures dentelées, et accompagnées de huit petites pierres carrées montées aussi sur chatons, mais serties seulement par quatre griffes chacune. Les trois grosses pierres sont un cristal de roche, une aiguemarine, toutes deux cabochons, et une belle agate taillée à plat.
La partie formant toit porte en son milieu un médaillon rond qui contient, sous verre, une inscription en écriture du XV e siècle, sur papier taché de rouille. J'ai pu déchiffrer la date : anno domini mil le si m o quatercentesimo sexagesimo quarto, et ces mots : ad reliquias sanctorum Cosme et Da-
miani plur alior honore. Le médaillon est
accompagné de quatre pierres carrées, montées sur chatons et serties par quatre griffes.
La face postérieure carrée est décorée de six pierres carrées et de six quintefeuilles en relief alternées. Ces fleurs exécutées au marteau sont en cuivre doré comme tout le reste du reliquaire et fixées au moyen d'un rivet sur la plaque de métal qui fait le fond.
La partie formant toit porte sur cette face du reliquaire, comme sur la face antérieure, un médaillon de même diamètre accompagné aussi de quatre
duae variis ornât» gemmis, in quibus servantur variae reliquiae.
(Notfc)» Article déjà cité dans la précédente description, • n° 5 de mon inventaire.
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pierres carrées. L'inscription fixée sous le verre est encore plus usée, plus tachée, plus illisible que la première, et je n'ai pu lire que ces mots : in thebeorum honore.
Les deux petits côtés sont ornés et seulement dans leur partie carrée de deux pierres carrées. Sur les petits côtés du toit, il n'y a aucun motif de décoration.
Au-dessus de la corniche, qui couronne la partie carrée du reliquaire, court un ornement qui simule un rang de créneaux ; l'arête du toit est surmontée à ses extrémités de deux boules en métal. Toutes les pierres carrées, qui se composent de quelques saphirs vrais, de topazes et de verres colorés, sont montées de la même façon, sur chatons, et serties par quatre griffes.
Ce reliquaire, presque nul sous le rapport des matières employées pour sa fabrication, porte cependant, malgré sa simplicité et l'absence totale de tout ornement ciselé, l'empreinte de l'époque où il a été exécuté. C'est bien là une œuvre de la seconde moitié du XV e siècle, et la date donnée par l'inscription me semble parfaitement d'accord avec la façon dont les chatons sont fabriqués et les pierres serties.
Les dimensions de cette châsse sont :
Longueur, 16 e .
Largeur, 8 e 3 m .
Hauteur de la partie carrée jusqu'à la saillie supérieure de la corniche, 6 e .
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Hauteur totale du bas jusqu'à l'arête du toit, 1 1 c 5 m .
7° Chasse-coffret en argent 1 . Cette petite châsse est encadrée sur toutes ses faces par des bandes de métal moulurées de trois gorges peu profondes, fixées sur le fond par des clous d'argent à têtes plates. En dedans de ces bandes, règne un rang de palmettes frappées en creux dans la plaque d'argent qui compose le champ du reliquaire. La partie formant toit est ornée sur la • face antérieure de huit rangées des mêmes palmettes frappées les unes au-dessous des autres sans aucun intervalle, en sorte cependant que la première rangée fait partie de la façade perpendiculaire.
Cette façade, partagée en deux carrés par un double rang de palmettes adossées, est décorée de deux médaillons ovales, ciselés, inscrits chacun au milieu de l'un des deux carrés. Celui de gauche représente une tête d'ange ailé et nimbé ; ces mots : AVE GRATIA P. gravés sur le champ du médaillon semblent sortir de sa bouche. Sur le médaillon de droite on voit la sainte Vierge nimbée et portant sur la tête une couronne fleurdelisée; cette inscription : ECCE ANCILLA DOMI. est gravée comme la précédente de façon à ce que les mots semblent sortir de la bouche de la Vierge. Les deux têtes se regardent, et il est, je
1. Art. 16° de l'inventaire des Bollandistes : Capsa argentea, in qua sunt partes vestium sanctissimae Virginis et capitis sanctLFelicis.
Nota. Ce reliquaire a été exécuté environ cent ans après la mort de l'abbé Miles.
crois, inutile d'ajouter que l'artiste a voulu représenter l'Annonciation. Ces médaillons sont exécutés avec une finesse et une élégance qui rappellent les meilleures œuvres de la Renaissance française. On serait tenté d'attribuer notre reliquaire à la seconde moitié du XVI e siècle, si Ton ne voyait fixée dans la baguette moulurée qui encadre le haut de cette façade, une petite tête d'ange dans ses ailes, ciselée en ronde-bosse. Cette figurine,toute gracieuse qu'elle est, porte l'empreinte évidente du temps où elle a été exécutée: elle est du milieu du XVII e siècle.
Sur la face postérieure, la partie inclinée ne compte que sept rangées de palmettes, et la façade perpendiculaire, comprenant par conséquent un champ plus élevé de tout un rang de palmettes, porte l'inscription suivante, séparée en deux parties par un double rang de palmettes adossées , disposées comme elles le sont sur la face antérieure :
INSVNT DE VESTE DEI PARJE S. 10AN. EVANC : F. MAGDAL.
REL1QCLE APLRVM PETRI. PAVLÎ.
ANDREA. BARTHOE. MARTI.
STEPHA. S. RIGOLAI. LAVREN.
S. YIISCENT1. COSM. ET DAM.