‹ Trésor de l'abbaye de SaintMaurice d'AgauneChapitre 23 sur 27 · La circonférence de ce bandeau est de 49 c m · texte numérisé non relu

La circonférence de ce bandeau est de 49 c m

DE SAINT-MATJKICB D'aGAUNE. Iift7

rti'et de la partie supérieure était occupé* par une pierre ronde sertie dans une bâte dentelée, entourée elle-même d'un rang de petites perles. La sertissure est vide aujourd'hui.

A l'intérieur de ce monument que j'appelle un ciboire, parce qu'il en a la forme, se trouve un objet bien peu en harmonie avec sa composition éminemment chrétienne, et bien fait pour déconcerter un peu les gens. Je veux parler d'une petite figurine fondue, ciselée et dorée, représentant un centaure, et qui est fixée au fond de la coupe inférieure. Que signifie ce souveriir mythologique? La tradition rapporte que ce vase servit à Charles magne lui-même, qu'il y buvait dans les festins, et qu'à l'armée il faisait prêter serment de fidélité Sur cette coupe à ses officiers et à ceux de ses ennemis qui imploraient sa clémence. Dans un acte de visfte des reliques, en date du 218 août 1 659, je trouve cette description : « Crater quem dicant fuisse Caroli magni, introhabet centaurum. Olim in eo fiebat vinagium. >

Les archéologues qui ont admiré ce ciboire, ne sont pas d'accord, m'a-t-on dit, sur son âge. Les uns adoptent la tradition et y voient une œuvre du IX e siècle ; d'autres le rajeunissent outre mesure et prétendent y trouver l'empreinte évidente de l'art de la première moitié du XV e siècle. Je crois qu'il faut chercher la vérité entre ces deux exagérations» ; en étudiant avec soin le travail fin et délicat des figures et Mes ornements* le dessin

de ces tiges surmontées de quatrefeuilles et, en dernière analyse, ce qui, je pense, est le meilleur argument, le costume des personnages, je retrouve par la comparaison des analogies frappantes. Les rois de cette coupe ont même couronne et mêmes vêtements que les rois de la châsse de Nanthelme, l'ordonnance des compositions est la même. J'en conclus donc que le ciboire, dit coupe de Charlemagne, appartient à la seconde moitié du xm e siècle.

22° Autre ciboire, dit coupe de Charlemagne ET AUSSI COUPE DE SAINT SlGISMOND 1 .

Cette pièce d'orfèvrerie, haute de 0 m 29, est en argent uni, travaillé au repoussé, dorée par place très-sobrement, et décorée seulement d'ornements gravés d'un goût exquis.

La coupe et le couvercle ont le même profil, et ils présentent, étant réunis, la forme d'une sphère aplatie aux pôles, et renflée au-dessus et au-dessous du cercle horizontal qui occupe le centre. Le ciboire est supporté par un pied circulaire en doucine, et surmonté d'un bouton que la main peut saisir plus facilement que le couvercle lui-même.

Le cercle horizontal, sur lequel vient s'emboîter le couvercle, est orné de feuillages tracés

i. Article 19« de l'inventaire de l'abbé Miles : Cyphus Caroli magni.

Article 14* de l'Inventaire" des Bollandistes : Calix al ter opère simpliciorl.

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en demi-cercle, et de deux petits demi-cercles concentriques gravés et dorés. Le renflement de l'hémisphère inférieur et de l'hémisphère supérieur est orné seulement d'une gravure dorée formant douze arcs de cercle, qui se perdent à leur point de rencontre dans des pommes de pin aussi gravées et dorées.

Le bouton, de forme ovoïde, se raccorde avec le couvercle par un pied uni, dont le profil est à peu près semblable au pied du ciboire. Il est orné au pourtour de trois quatrefeuilles gravés, dorés et accostés de trois dragons retombants finement ciselés en relief. Le sommet du bouton , porte aussi un quatrefeuilles gravé et doré.

Le pied se rattache à l'hémisphère inférieur du ciboire par une bague composée de trois moulures, et suivie d'une partie cylindrique unie et dorée. A partir du ressaut qui termine cette naissance, le pied est décoré de douze cannelures peu profondes, plates dans les fonds et dessinées seulement par des baguettes demi-rondes en saillie, obtenues au repoussé; ces nervures vont se perdre dans la moulure à gorge toute simple qui borde la base du pied. Autour du pied, à un centimètre du bord extérieur, court un dessin gravé et doré, qui rappelle ce qu'on nomme aujourd'hui une grecque.

Le bouton qui est creux contient un morceau de métal, de sorte qu'il est impossible de bouger le ciboire sans produire comme un bruit de gre-

flO TRÉSOR Dï L'ABBE

lot. Cette circonstance a donné lieu à la description suivante de cet objet, trouvée dans un inventaire du mois d'août 1 659 : « Cista quse diun fertur sonat. » On dit que l'intérieur du ciboire, devenu reliquaire, est orné de dessins gravés et dorés du meilleur goût. Je n'ai pas pu le vérifier, car il faut, pour ouvrir un reliquaire, une autorisation, spéciale que je n'ai point osé demander.

N Ce ciboire n'est pas plus la coupe de saint Sigismond, que le précédent n'était la coupe de Charlemagne, et je crois, en considérant le parti^ pris d'ornementation en arcs de cercle terminés par des pommes de pin, que cette pièce est plus ancienne que la coupe de Charlemagne. Je n hésite pas à dire qu'elle appartient à la fin du

XII e siècle 1 .

23° Croix reliquaire, dite croix de Saint- Louis*.

Ce reliquaire, en forme de croix au pied fiché, est en argent repoussé, et doré dans quelques

1. Hauteur totale 0. 29 c . Hauteur du bouton 0. 0M ». Hauteur du pied 0. 092 m . Diamètre du ciboire au cercle horizontal 0. ilxU m - Diamètre du pied 0. 101 m .

2* Article 22 e de l'inventaire de l'abbé Miles : Duae cruces continentes de pretioso dominicae crucis ligno. (Nota. L'abbé Miles a réuni, sous un même numéro de son inventaire, les deux croix reliquaires dites, l'une de saint Louis, l'autre de saint André.)

Article 2« de l'inventaire des Bollandistes : De vera cruce Savaltoris nostri.

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parties, mais très-sobrement. Sa hauteur totale est p!e 29 e Ç> m , et la longueur de la traverse est de 15 e 8 m . Les quatre extrémités se terminent en forme de fleur de lis ; le montant et les bras sont cpuverfô d'ornements, dont le dessin principal en moitié d"3Ç rappelle la disposition des filigranes appliqués sur la bordure de la manche du bras de samt Bernard, motif sur lequel M. Blavignac s'est surtout ajppuyé pour assigner à ce dernier la date du rx° siècle. Les contours de la croix sont bordés par un rang de petites perles repoussées d'une finesse exquise. Cinq médaillons, entourés aussi par un rang des mêmes petites perles, sont placés, l'un au centre de la croix et les quatre autres vers les extrémités, de manière à toucher aux ornements en forme de fleur de lis. Le médaillon du centre porte l'agneau pascal ; celui de l'extrémité supérieure, l'aigle de saint Jean ; celui du bras à gauche, le lion de saint Marc ; celui de droite, le bœuf de saint Luc, et celui de l'extrémité inférieure, l'ange de saint Matthieu. Aux quatre extrémités, au milieu de l'ornement en fleur de lis qui termine la croix, on voit une .place circulaire un peu en creux et percée d'un ou deux petits trous ressemblant à des trous de rivet. Peut-être y avait-il là primitivement quatre chatons enchâssant des pierres précieuses.

La gravure seule peut donner une idée exacte de l'élégance et de la légèreté des ornements, qui couvrent le montant et les bras 'de ce reliquaire.

TRÉSOR DE l'àRBAYE

Il contient une parcelle de la vraie Croix, et la tradition rapporte que Y abbaye le doit aussi à la générosité de saint Louis. Bien que la lettre du roi ne fasse pas mention de ce cadeau, rien ne s'oppose dans le style de cette belle pièce d'orfèvrerie à ce qu'on ne puisse admettre cette origine. Cette croix m'a semblé positivement porter tous les caractères de l'art du xm e siècle ; c'est un vrai chefd'œuvre au double point de vue du goût dans la composition et de la délicatesse dans l'exécution. J'aurais bien voulu voir et étudier l'autre face du reliquaire, mais il est enfermé et scellé dans une enveloppe aussi en forme de croix, ornée d'émaux grossiers, de pierres fausses et de dessins gravés à la pointe, représentant les instruments de la Passion. Cette enveloppe porte, en outre, les armes des Quartery, famille de Saint-Maurice, qui adonné deux abbés au monastère d'Agaune, et il est probable qu'elle fut exécutée sur l'ordre du premier abbé, Georges, qui gouverna l'abbaye de 1618 à 1640. Georges était un homme ferme, habile et prudent administrateur ; c'est lui qui construisit l'église actuelle, et il s'occupa beaucoup du trésor. Le second abbé du nom de Quartery, Jodoc ou Jean VI, était au contraire un homme faible, indécis, et son administration, qui dura de 1657 à 1 669, porta de graves préjudices à tous les intérêts de l'abbaye. Je ne puis donc pas dire si la face postérieure de ce reliquaire est ornée ou si elle est en métal uni.

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DE SA1NT-MAUR1CB d'aGAUNE. M 3

24° Croix reliquaire, dite croix de Saint- André 1 .

Cette croix, en argent repoussé et doré par place, est haute de 47 e ; la longueur de la traverse est de 217 e 6 m . Comme dans la précédente, son extrémité inférieure est terminée par un appendice pyramidal qui, enfoncé dans une mortaise préparée à cet effet, servait probablement à la faire tenir debout. Le montant et les bras sont décorés d'un rinceau plat à deux filets, terminé à chaque enroulement par une large feuille que dépasse une pomme de pin. Ce rinceau est encadré sur chaque bord par un rang de petites perles. Au point d'intersection du montant et de la traverse est fixée une plaque quadrangulaire, ornée d'une rosace en quatre feuilles formée par des tiges à feuillages très-légers, au milieu desquelles figurent quatre pommes de pin. Cette plaque, encadrée d'un filet et d'un rang de perles, est montée sur une charnière qui, en s'ouvrant, laisse voir un caisson dont l'épaisseur ne dépasse pas celle de la croix, soit 2 e ; c'est là qu'est déposée la relique. A la partie supérieure est fixée l'inscription traditionnelle

i. Article 22«, déjà cité, de l'inventaire de l'abbé Miles : Duae cruces continentes de pretioso dominic» crucis ligno.

Article 19* de l'inventaire des Bollandistes : Pars crucis sanctl Andreae, inclusa cruce argentea.

UA TRÉSOR DR i/iBBÀÏR

en lettres dorées sur champ d'émail bleu foncé.

La croix se termine à chacune des quatre extrémités par une véritable fleur de lis avec ses trois feuilles et sa traverse seulement. Il est aisé de voir que ces ornements ont subi de profondes dégradations; il ne reste plus que le fond en métal uni, fort bossué et fixé sur le bois, qui forme l'armature, par des rivets anciens et par de gros clous relativement modernes. Il paraît clair que ces fleurs de lis et leurs traverses étaient primitivement bordées d'un rang de petites perles semblables à celles qui entourent toute la croix ; mais que contenait le champ laissé libre par les perles? Si une conjecture était permise, je pencherais pour un ornement filigrane, car il m'a semblé apercevoir de légères traces de soudure à la surface du métal.

Ce reliquaire me paraît, à peu d'années près, contemporain de la croix de saint Louis. Nous y remarquons les mêmes encadrements de perles exécutés avec la même délicatesse, la même forme de lettres que sur la monstrance donnée par le même roi ; enfin nous constatons la présence de la pomme de pin au milieu des rinceaux. Or, ce dernier motif d'ornement était très -usité au xiii 0 siècle ; nous le retrouvons dans les édifices et dans les œuvres d'orfèvrerie, par exemple dans la châsse des grandes reliques d'Aix-la-Chapelle, où il est employé avec profusion. Cependant je crois le reliquaire de saint André plutôt antérieur

DE SAINT-MAURICE d'AGAUNE.

que postérieur aux deux objets donnés par saint Louis, et je me fonde pour avancer cette opinion sur l'ampleur du rinceau décoratif de la hampe et de la traverse. Je retrouve là une simplicité d'enroulement, une largeur d'exécution qui rappelle le dessin des maîtres du xn e siècle, et je conclus en disant que la croix reliquaire, dite de Saint-André, parce qu'elle contient un morceau de la croix sur laquelle cet apôtre fut martyrisé, appartient aux vingt premières années du XIII e siècle.

25° Anneau de saint Maurice 1 .

Cette bague se compose d'un anneau méplat, qui s'ajuste à un chaton ovale saillant de 2 m , long de 3 e 1 m et large de 2 e , le tout en or uni et poli. Un saphir ovoïde d'un bleu très-pâle est enchâssé dans le chaton. Cette pierre est défigurée par deux entailles profondes et par six trous d'un diamètre de moins d'un millimètre ; tous ces accidents n'ont point été produits par la main de l'homme, ce sont des défauts naturels, car les entailles sont polies jusqu'au fond, et les trous aussi profondément qu'il a été possible au lapidaire de le faire. Je n'ai pas cru nécessaire de donner un dessin de ce bijou qui ressemble à

1. Article 15* de l'inventaire de l'abbé Miles ï Serinium cum tribus annulis sancti Mauritii. (

Article 12* de l'inventaire des Roilandistes : Annulus sancti Mauritii.

toutes les bagues antiques exécutées dans les mêmes conditions de simplicité. Tout le monde peut donc s'en faire une idée très-exacte. Le saphir est de qualité fort inférieure ; la monture est sans valeur artistique, et ce bijou n'a d'autre prix que celui que lui donne la légende catholique.

26° Statue équestre de saint Maurice 1 .

Cette statue, d'une hauteur totale de 58 e 5°, est exécutée en argent en partie travaillé au repoussé, en partie fondu et ciselé. Elle représente saint Maurice, armé de toutes pièces comme les chevaliers du XVI e siècle, et monté sur son cheval de bataille.

Le cheval repose * sur un socle ovale, soutenu lui-même par quatre chimères ridiculement petites proportionnellement à la masse qu'elles supportent. Le socle 8 se compose de deux rangs de

1. Article 16 e de l'inventaire de l'abbé Miles : Equus argenteus super quo est effigies sancti Mauritii cum omnibus ejus petiis pertinentiis ornamentis argenteis. (Nota bene.) Cet article, d'une écriture différente, a été ajouté au bas d'une page de l'inventaire. L'abbé Miles, en effet, mort en 1572, ne pouvait pas parler d'un objet donné seulement en

Article 20» de l'inventaire des Bollandistes : Fragmenta aliquot vestium sancti Mauritii in pulcherrima statua equestri argentea sancti Mauritii, dono data a serenissima Sabaudia? domo.

2. La hauteur du cheval, de la plate-forme du socle audessus de la croupe, est de 29 c 5 n».

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