TROISIÈME PÉRIODE
Nous voici arrivés à la période la plus triste de l'histoire de l'abbaye. Cette maison devient la proie des abbés commendataires, c'est-à-dire la proie de l'avarice des princes; ses biens sont dilapidés, et les religieux sans chef tombent dans tous les excès. Dans le vm e et dans le rx e siècle, les souverains ne craignaient pas, pour récompenser un favori, de lui donner soit un évêché, soit une «abbaye. Les évêchésde Lyon, d'Aoste, de Vienne, ont été longtemps désolés par de semblables abus. De là, les lacunes nombreuses qui existent dans les catalogues des évêques et des abbés à cette époque. Les abbayes riches furent envahies par des princes ou des seigneurs, qui d'abord les gouvernèrent sous le titre modeste d'avoué ou de défenseur, mais leur protection n'était pas gratuite, et ces personnages s'emparaient de tous les revenus des monastères ; plus tard ils prirent effrontément le titre d'abbé et firent gouverner les établissements en leur nom par des prévôts étrangers. Les religieux des abbayes ainsi envahies ne conservèrent ni la libre élection de leurs abbés, ni même celle de leurs prévôts; on leur laissa seulement la faculté de choisir parmi eux un prieur triennal. Tel fut pendant trois siècles
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l'état de l'abbaye d'Agaune, depuis Louis-le-Dé- / bonnaire jusqu'à Amé III de Savoie. D'abord, / quelques comtes ou barons de la Suisse prirent le titre d'avoué de l'abbaye, et puisèrent à pleines mains dans les revenus des domaines ; pufe, vers 81 5, Arnulphe, bâtard de l'empereur Louis, s'empara de l'abbaye violemment. Arnulphe dilapidait les revenus de l'abbaye, en aliénait les biens, et avait fait du monastère un lieu de débauche. En vain l'empereur voulait-il mettre un terme à ces scandales, son fils n'obéissait plus à sa voix. Enfin Louis, irrité, crut couper le mal dans sa racine en expulsant tous les moines corrompus, et en leur substituant trente chanoines séculiers, auxquels il donna pour abbé Abdalongus, celui-là même dont Arnulphe avait de force usurpé le pouvoir. Le pape Eugène II approuva cette réforme par sa bulle de 824 et augmenta encore les privilèges de l'abbaye. Abdalongus rentra aussitôt dans tous ses droits, mais dans ses droits d'abbé commendataire, car il était évêque de Sion, comme l'avaient été Willicarius et Althœus, ses prédécesseurs sur le siège abbatial. Il existe une grande confusion dans la chronologie de cette période affligeante; tour à tour des rois, des princes, des évêques et des seigneurs ont possédé l'abbaye, et presque tous, ils lui ont fait un mal immense. Son histoire est, du reste, celle de la plupart des abbayes d'Occident, et une plume plus autorisée que la mienne a éloquemment retracé tous les
U TRÉSOR DE l'aRBAIB
maux infligés aux établissements religieux par la funeste institution de la commende l .
Les rois de la Bourgogne transjurane usurpèrent tous le gouvernement de l'abbaye d'Agaune ; cependant l'un d'entre eux, Rodolphe III, peut être considéré à juste titre comme un bienfaiteur de l'abbaye. Il restitua 2 une grande partie des biens qui avaient été aliénés , fit des donations nouvelles, et vint à bout de rétablir la psalmodie perpétuelle, abandonnée dès longtemps.
Après les rois de Bourgogne nous voyons se succéder les abbés commendataires de la maison de Savoie ; Raynaldus , le dernier d'entre eux , et aussi le dernier des abbés commendataires, mena une telle vie de désordre que le comte de Savoie, Amé III, son frère, se détermina à modifier la constitution du monastère, et médita la réforme qui distingue la quatrième période de l'histoire de l'abbaye.