‹ Trésor de la chansonChapitre 12 sur 102 · LE SOLLICITEUR DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE SOLLICITEUR DE VILLAGE

Harangue à un député.

AIR: Je loge au quatrièm» étage.

Les habitants de not'village M'ont chargé d\ous féliciter; Aussi, d\ous rendr* mon hommage, Aujourd'hui je viens m'acquitter.

Nous demandons pour seule grâce Quelque gage de vot'bonté ; Donnez à chacun une place , Vous serez un bon député.

Le fils dé récrivain Paraphe A, dit-on, beaucoup de talent, Il ne met pas mal Torthographe, Il sait lire assez couramment. Il voudrait , si Monsieur l'protège, Entrer à l'Université.

Nommez-le professeur d' collège, Vous serez un bon député.

Dans not' village on n'sait pas lire, Et tout le monde est ignorant, Notre maître d'écol' désire Faire un nouvel enseignement.

Obtenez-lui, par votre zèle, La faveur de l'autorité.

D'ouvrir une écol' mutuelle.

Vous serez un bon député.

L'ingambe, ce vieil invalide, Bon gré, malgré , veut de l'emploi , n s'croit sans doute assez solide Pour servir encore son roi.

Monsieur, si vous prenez la peine De le mettre en activité, Faites-le nommer capitaine, Vous serez un bon député.

34 LIVRE tu

Pour tous mes amis à la ronde J*ai sollicité quelqu'emploi ; Si j'ai parlé pour tout le monde , Ne puis-je pas parler pour moi ?

Dans la haute magistrature Donnez-moi quelque dignité.

Ou bien » ua' petit' préfecture, Vous serez un bon député.

M. TRÉBOR.

LES VILLAGEOIS EN DIGNITÉ^ Lettre d'une mère à $an fils.

AlB: De» bourgeoU de Cbarlre».

J'apprends , mon p'tit Mimile,

Qu't'és palTrénier du Roi.

Chacun , dans notre ville,

N*sait pas plus c'que c'est qu'moi.

C'est sans doute quelque emploi ,

Bourgeois ou militaire.

Au surplus, ça n'nous r'garde pas; Mon fils, tu fras comm' tu voudras Nous n'te tourment'rons guère»

Ton père, que ta lettre À contenté beaucoup, Te demande d'quoi s'mettre Dans la vign' jusqu'au cou.

Mais n'te gén' pas pour ça ; Il n'boit pas fort ton père.

Un tonneau d'Bourgogn* suffira.

Ensuit' tu fras comme' tu voudrai ; Nous n*te tourmentions guère.

Ton fllleul Fanfan Tbéte Est un grand garnement , Dans Tcas de tenir tête À tout un régiment.

Puisque c'chiéh d'enfant-là A Tgout du militaire « D'une épaulette il s' content'ra, Ensuit' tu fras comm' tu voudras $ Nous n'te tourmentr'ons guère^

Ton cousin l'grand Giraffe Aspire à l'Institut, Il connaît l'ostographe Et l'ba bé bi bo bu.

Y en a d' plus bêt' que ça Dans r nouveau ministère*

Mais c'est égal, pouss' le par là, Ensuit' tu fras conim' tu voudras ; Nous n'te tourment Vons guère.

Quant au cousin Batiste, Il n manquera pas d emploi , Car il est royaliste Plus encor ' que le roi.

Pour n'pas s^battre il s'cacha Pendant la dernier' guerre, Il n'demand' que la croix pour ça.

Ensuit' tu fras comm' tu voudras ; Nous n'te tourmentions guère.

Maintenant chaqu' dimanche Ton parrain Tournesol Porte un' cocarde blanche^ Larg' comme un parasol.

Depuis vingt ans il a Vingt fois changé de bannière.

Faut qu' tu lïass' jug' d paix c't' homm' là. Ensuit' tu fras comm' tu voudras ; Nous n'te tourmenterons guère.

Il faudrait pour bien faire, Qu' ton oncle Jean soit juré, Qu' not' bedeau soit vicaire, Qu' not' vicaire soit curé.

Tftour finir c't affair' là, Qu'enfin ton pèr' soit maire, Le rest' du village attendra.

Ensuit' tu fras comm' tu voudras ; Nous n'te tourmenterons guère.

EMILE DEBRAUX.

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